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| Myndie
8/5/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
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Quelle émotion ! Ce texte est magnifique. Un poème de terroir qui m'évoque la luxuriance de la forêt tropicale, avec la puissance incantatoire et l'esthétique lumineuse – même si la localisation géographique est différente- d'un Leopold Sedar-Senghor.
Il y a du rêve et de l'étrangeté dans ce voyage initiatique, cette expérience de vie qui se déroule avec la lenteur de ces « bœuf obéissants » traînant « des chariots lourds ». Inutile de l'expliquer par le sens des images ; la palette du poète-peintre est d'une telle subtilité que les couleurs s'entendent et les sons se voient. Les mots se répondent visuellement, auditivement, idéalement et la peinture, charnelle, se lit et se ressent physiquement. Enfin, comme chez Senghor, l'image n'est pas qu'un décor ; elle frappe l'esprit de toute sa poésie, pour agir ensuite comme un détonateur en projetant l'image d'une réalité humiliée. Parmi une une infinité de phrases toutes plus poétiques les unes que les autres, il y a ceci : « Une montagne de silence à traverser » « je me hausse sur la pointe des pieds et dans la fente d’une écorce, là seulement je t’ai confié mon amour. » Cette offrande mérite largement un « passionnément++ » |
| Passant75
8/5/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
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J’ai été d’abord sensible à l’atmosphère du texte, qui installe, dès l’ouverture (« C’est hier. C’est ailleurs. »), un univers flottant, entre rêve et souvenir. Les descriptions sont riches et très visuelles, ce qui permet une véritable immersion dans les lieux évoqués. On perçoit un réel travail sur les images et les sensations.
Cependant, j’ai trouvé le texte souvent trop chargé. L’accumulation de détails, de métaphores et de références finit par alourdir la lecture. Les phrases, parfois très longues, m’ont donné une impression de saturation, comme si le texte peinait à respirer. Cela nuit, à mon sens, à la clarté et à l’impact de certaines images, pourtant intéressantes. Certains éléments exotiques m’ont également paru un peu attendus, presque décoratifs, ce qui m’a empêché d’adhérer complètement à l’univers proposé. En revanche, la fin m’a davantage touché, le passage à une parole plus intime, plus retenue, apporte une émotion plus sincère. L’aveu final, discret, contraste efficacement avec le reste du texte ; le basculement vers une parole plus intime, avec cet amour confié « dans la fente d’une écorce », apporte enfin une émotion plus juste et moins démonstrative. Au final, je retiens un poème ambitieux et évocateur, mais dont les excès stylistiques peuvent parfois limiter la portée. |
| Cyrill
11/5/2026
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très aboutie
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aime beaucoup
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Superbe texte, onirique et très littéraire. Le style est riche, presque baroque avec son accumulation de détails et ses longues phrases. Il m’évoque celui touffu d’un Faulkner mais débarrassé de son encombrant sentiment de culpabilité. C’est une traversée, avec des visions successives, comme si la narration était guidée par une mémoire hésitante, le rêve éveillé d’une géographie composite. L’hybridation des éléments, quelques uns plus européens que tropicaux, suggère de fait un ailleurs mythique. Le bac et le fleuve m’évoquent une sorte de passage initiatique. Je vois une opposition entre le monde organisé de la maison et la nature foisonnante. De même, la voix narrative est dédoublée, elle paraît hésiter entre je et tu, ça crée une sensation d’intimité avec un locuteur attiré par un retour à une vie primitive.
La fin semble quitter le rêve ( ou y est-elle encore ? ) pour une scène d’enfance. Mais l’histoire s’imagine davantage qu’elle n’est rapportée. Elle renoue là avec « L’offrande » du titre, un amour jamais exprimé ouvertement, confié seulement « dans la fente d’une écorce » – métaphore aux lointains échos sexuels. La nature comme dépositaire du secret – et de la semence. Bravo et grand merci pour ce récit très habité. |
| Lariviere
11/5/2026
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très aboutie
et
aime beaucoup
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Bonjour,
J'ai adoré ce poème. Je n'ai même pas envie d'essayer d'expliquer par une analyse clinique en quoi ce texte est infiniment poétique. Je suis complètement séduit et charmé. J'ai ressenti de la poésie puissante. C'est une écriture très riche, incroyablement prégnante et évocatrice. Force et sérénité se dégagent de ce récit poétique écrit dans un style que j'ai trouvé proche du réel merveilleux, en ce sens qu'il magnifie le réel par des images naturelles très réalistes à priori mais qui sont mise en relief par des perceptions très belles, très profondes, très sensitives. Le douanier rousseau est cité à juste titre. Personnellement j'ai pensé à la poésie de Saint John Perse. Et c'est plus qu'un compliment, tant pour moi sa poétique est dense et puissante. Vraiment merci infiniment pour cette lecture et bonne continuation ! |
| Polza
18/5/2026
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très aboutie
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L’exergue énigmatique commence par une sorte de néologisme entre télescope et décollage peut-être, ce qui ferait écho au Bureau des Longitudes…
« C’est hier. C’est ailleurs. » ça commence comme dans un conte, comme dans un rêve… Le côté descriptif de la maison est très bien restitué, je me suis cru à l’intérieur ! Le portrait d’une dame créole m’a spontanément fait penser à Baudelaire. « C’est vrai que tu n’entends rien. « Une montagne de silence à traverser », dis-tu. Voix pourtant, et verdure, alentour. Comme dans un tableau de maître, il est midi à peine et dans la rue, un chat roux guette une proie que personne ne voit. » L’auteur joue sur les mots, mais subtilement, pas comme un de ces « comiques » grossiers de la bande à Laurent Ruquier que je n’écoute jamais, mais dont je connais néanmoins le genre de propos. tu n’endends rien/Voix/voit… Les mots qui se font écho laissent place à mille possibilités, mille interprétations, mille voyages imaginaires… Je pense par exemple (et comme je fonctionne beaucoup par association d’idées) à maître et chat qui me font penser à « Le Maître et Margueritte », tableau de maître et midi à peine qui me font penser à « La persistance de la mémoire » de Dalí dont j’ai un jour visité un musée à Montmartre et un autre à Figueres. Toujours tableau de maître et glycines qui me font penser aux glycines de Monet dont j’ai également visité le musée à Giverny, etc. Les deux parenthèses (paraît-il) et (bien sûr) ne m’apparaissent pas indispensables au récit… Dans le passage du bac, il y a comme une sorte de rite initiatique, un passage à traverser, un peu comme dans « Le serpent vert » de Goethe… « On arrive, c’est bientôt, en bordure des prairies divisées par des haies plantées d’ormes, d’aulnes et de saules. Au-delà, parmi les herbes hautes et les palmes des jungles du Douanier Rousseau, les jaguars sont tapis, souples et silencieux, qui jaillissent – et vous ne pouvez pas crier car ils saisissent à la gorge. » j’ai bien aimé ce passage presque surréaliste… Il y a tout au long de ce poème (je trouve) un mélange de poésie et d’ésotérisme qui se termine en quelque chose de passionné, de charnel… juste deux petites choses, mais si cela n’a pas été corrigé c’est qu’il doit y avoir une bonne raison que je connaîtrai peut-être dans vos remerciements : « qui tiraient des liasses de billets de leurs ceintures en cuir brodé de métal, où brillaient la gaine d’un poignard ciselé avec art. À leurs cous pendaient des talismans » chacun peut bien avoir plusieurs ceintures, mais « À leurs cous » est-il volontaire, j’aurais peut-être écrit à tort « À leur cou » étant donné qu’ils n’en ont qu’un chacun, mais premièrement, je ne suis pas spécialiste de « leur et leurs » et deuxièmement, puisque nous sommes dans la magie et les talismans, peut-être ont-ils plusieurs cous je ne pas saisi non plus « où brillaient la gaine d’un poignard ciselé », ma logique aurait voulu que le verbe briller s’accorde avec la gaine… mais peut-être est-il possible de considérer qu’étant donné qu’il y a plusieurs ceintures, brillaient plusieurs gaines… mais rassurez-vous, c’est loin d’être ce que j’ai retenu de votre poème, fort heureusement ! Édition J’évoquais la possibilité de plusieurs lectures, plusieurs interprétations. En relisant ce récit une deuxième fois, je m’aperçois que l’on pourrait tout aussi bien supprimer le côté charnel et ne garder que la passion, pas celle d’un homme et d’une femme (ou deux hommes ou deux femmes ou…), mais plutôt celle qui rejoindrait le rite initiatique et que l’on offrirait au divin. L’offrande serait alors à prendre à son sens premier « Don offert à une divinité, ou aux prêtres, aux ministres qui la représentent. »… |
| Eskisse
18/5/2026
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Bonjour Etienne
C'est carrément beau. C'est un récit puissant. J'ai lu dans un premier temps: "je t'ai confié, mon amour" comme si le narrateur offrait la personne aimée au lieu, à la vie... La profusion de précisions fait comme un tableau pointilliste. Une impression de flottaison dans les airs tant les personnages sont esquissés, brossés par ombres, légers. L'argentine évoquée en sourdine. Bravo |
| Provencao
19/5/2026
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Bonjour EtienneNorvins,
Véritablement sous le charme de cette poésie. Mon passage préféré :"Alors je ne dis pas tout haut ce que je supplie qu’on exauce : je me hausse sur la pointe des pieds et dans la fente d’une écorce, là seulement je t’ai confié mon amour." Un secret, un mystère, une révélation tue qui s'harmonise complètement en cette offrande ...presque murmurée. Au plaisir de vous lire , Cordialement |
| Louis
22/5/2026
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J’avais commencé ces deniers jours un commentaire, et je n’avais pu, faute de temps disponible, le terminer. J’ai lu vos explications sur la fabrique du texte et les auteurs que vous avez sollicités, et, à ma surprise, vous ne citez pas celui qui m’a pourtant semblé marquer profondément le texte, c’est-à-dire Rimbaud. J’ai donc parachevé mon commentaire, en vous proposant une lecture possible de votre récit, mais peut-être éloignée de vos intentions. Espérant aussi ne pas avoir versé dans un délire interprétatif.
Ce récit propose une "invitation au voyage", mieux il offre le voyage au lecteur, tant la visée du propos repose sur le don ou l’offrande. Ce singulier périple auquel convie la poésie du texte tend, en effet, à porter une offrande ; c’est un voyage comme celui d’un roi mage, un « voyage immobile » dans lequel ce qui est mobile l’est en vertu du seul dynamisme de l’imaginaire. L’offrande semble destinée à cette figure ici renouvelée d’Ophélie, le personnage de Shakespeare dans Hamlet ; à cette Ophélia aussi du célèbre poème de Rimbaud ; à une Ophélie encore dans une variante "créole"; à une Ophélie qui donc ne se ramène pas seulement à la représentation shakespearienne tragique de la belle jeune fille noyée dans les eaux, mais aussi à celle mythique qui résonne au niveau d’une nature totale et cosmique. Les premiers mots du récit annoncent le contexte spatio-temporel dans lequel il se situe : « C’est hier. C’est ailleurs » Ce qui sera conté ne se passe ni ici ni maintenant. Pas de hic pas de nunc. En opposition au poème précédent de l’auteur, ici pas de « présence » immédiate. Et pourtant, il n’est pas dit « c’était hier », mais : « c’est hier ». Et pourtant toute la narration s’effectue au présent. Un passé donc, qui n’est pas passé. Un passé toujours présent. Une durée, une permanence. En écho, le deuxième quatrain de l’Ophélie de Rimbaud : Voici plus de mille ans que la triste Ophélie Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir ; Voici plus de mille ans que sa douce folie Murmure sa romance à la brise du soir. Mille ans : une éternité. C’est hier ; c’est aujourd’hui. Ophélie « passe », en des époques différentes, et dans des lieux géographiquement divers, par leurs « longitudes ». L’exergue nous avertit : le texte est construit comme un « collage ». C’est le mot-valise « télescollage » qui est utilisé. Le mot réunit « télescope » et « collage ». Des images et des scènes, lointaines et séparées, spatialement et temporellement, se trouvent rapprochées dans le récit et"accolées". Les images donc d’époques différentes et de lieux divers sont "synthétisées" dans le présent du texte, en une « synthèse connective », pour le dire selon les mots de G. Deleuze, en ce qu’elles ne constituent pas des éléments épars, ou bien un catalogue purement surréaliste. Scènes et images, de lieux et de temps différents, s’y "télescopent". Comme dans le film de Cocteau, Le testament d’Orphée, vie et mort, présent et passé, êtres mythologiques imaginaires et êtres réels, imagination et mémoire, se mêlent, sans ordre chronologique et linéaire. Tout n’est pourtant pas désordonné. La "synthèse connective" a son vecteur dans la quête d’Ophélie et l’offrande à lui porter. La première étape du voyage mène vers « la maison à varangue ». Cette maison n’est pas aperçue par hasard, et ce n’est pas "une" maison, mais « la » maison, comme si celle-ci était déjà connue, comme si elle était déjà présente à l’esprit. Elle ne peut qu’être déjà vue, avoir été mise en notre présence, vue par chacun, vue ailleurs, vue hier. Elle n’est pas découverte, mais "reconnue". Elle est une "demeure", ce qui dure toujours dans l’intemporalité de l’imaginaire. Désormais elle est là sur le « granit bleu », par effet de déplacement, déterritorialisée et reterritorialisée, si l’on ose dire, malgré la difficile prononciation de ces termes, et leur conceptualisation par Deleuze. Des couleurs contrastées se heurtent dans l’image de la maison et de son socle : « bois rouge », « granit bleu » Demeure au bois rouge vif, rouge sang sur granit bleu marbre funéraire. Oui, on la reconnaît : c’est la demeure d’Ophélie, c’est la maison-Ophélia. Rouge vif de sa vie passionnelle, de sa « douce folie » comme écrit Rimbaud, de son amour pour Hamlet ; mort en bleu de la pierre funéraire, mais la pierre faite eau bleue du fleuve ou de la rivière, et azur du ciel. Le socle de la maison passera, en effet, dans la suite du récit, de l’état solide et minéral, à celui liquide du fleuve, puis celui éthéré du ciel. La maison présente une synthèse de vie et de mort, mais aussi une synthèse d’intériorité et d’extériorité. L’image de la maison offre d’abord un extérieur, mais l’image du dedans, de l’intériorité renvoie encore à une extériorité, dans ce qui se voit, « il y a une vitrine » en effet, dans le salon, un lieu qui s’expose, et se donne à voir. Derrière la vitrine, se tient, ostentatoire, tout un recueil d’objets hétéroclites : « dagues » et « étriers » qui renvoient à l’époque de l’Ophélie de Shakespeare ; ils s’exhibent, juxtaposés avec des objets d’une tout autre époque et d’une tout autre géographie ( et culture) : « statuettes en bois », « miniature lascive », et portrait d’une « dame créole ». Cette intériorité exposée constitue une synthèse d’espaces et de temps différents. Ophélie est cette union, en son dedans, de tout un dehors. Ophélie, imaginée dans les eaux qui s’écoulent, est un passage, une traversée d’un monde à l’autre. Voilà l’Ophélie nordique devenue "créole". Devenue autre, elle reste pourtant la même. Elle est l’unité d’une diversité, l’unité d’une multiplicité. L’annuaire du Bureau des longitudes est présent : il est là "pour nous", il s’ouvre à nous. Nous aide à comprendre le passage d’un méridien à l’autre, d’une latitude à l’autre. L’annuaire se situe dans une pièce « adjacente ». Mais tout dans ce récit-collage est ainsi, adjacent. En contiguïté plutôt qu’en continuité. Le passage s’effectue comme un saut quantique sans itinéraire continu d’un lieu à l’autre. L’annuaire informe des contiguïtés géographiques autant que temporelles (il contient aussi une éphéméride). Enfin la chambre, dans l’intérieur plus intime de la maison, nous est présentée : « Et voici la chambre. Voici le lit blanc comme un lys… » L’auteur partage avec Rimbaud la comparaison avec le lys, lui qui écrit : « La blanche Ophélia flotte comme un grand lys » Lit blanc d’Ophélie qui vogue sur les "eaux dormantes" du fleuve. Et l’eau lui fait un grand lit. Bien sûr, eau fait lit. Le voyage se poursuit du monde visuel au monde de la parole. « C’est vrai que tu n’entends rien » : à qui s’adresse ce constat ? à Ophélie ? Peu probable, puisqu’une réponse suit, qui suppose que le locuteur a été entendu. Qui est donc l’allocutaire, sinon le narrateur lui-même ? Il voit, mais n’entend pas. Il voit Ophélie, mais ne l’entend pas. « Une montagne de silence à traverser » : se répond-il à lui-même. Cette masse élevée de silence fait obstacle à la volonté de rejoindre Ophélie, mais d’où vient-elle, d'où vient ce silence imposant ? Les choses pourtant ne restent pas muettes et silencieuses, des voix émanent d’elles : « Voix pourtant, et verdure, alentour ». Voix partout dans la nature. Partout la voix d’Ophélie. Le monde naturel et la figure d'Ophélie, en effet, fusionnent, devenant presque indissociables. Plus loin dans son itinéraire, le narrateur saura écouter : « dans le soir qui descend, je prêterai l’oreille à chaque feuille, et je les entendrai chanter, d’une voix nimbée par le clair de lune, les échos veloutés et liquides d’un rêve évanoui jadis entre les seins d’une endormie… » La nature parle d’0phélie, si l’on sait l’entendre, elle parle de « l’endormie » et de ses « rêves » de vie et d’amour. Ophélie n’est pas seulement objet de la parole, mais aussi son sujet. Aussi apparaît-elle comme une figure transcendante dans la nature, non pas une divinité, une déesse séparée et distincte du monde naturel, mais une transcendance dans l’immanence. La « montagne de silence » semble donc correspondre à une masse de surdité de la part du narrateur et de notre part, nous qui avons imposé le silence au monde pour n’entendre que nos pauvres rationalisations. Une nouvelle image heurte, frappe l’image précédente, image probablement du narrateur lui-même, semblable à un félin, un chat roux, peint comme dans un « tableau de maître » , immobile pour toujours, pour toujours aux aguets, dans une heure de pleine lumière, midi, un midi qui ne passe pas, un temps figé, comme dans les tableaux "métaphysiques" de De Chirico. Le chat voit l’invisible pour les hommes ; il entend ce que l’on n’entend pas. Mais ne bouge pas. Il est l’image de ce qu’il faut éviter, de ce que le narrateur refuse désormais, image d’une métaphysique de l’état immobile, image de cette attente indéfiniment figée, quand il faut se mettre en mouvement et montrer ce qui est devenu invisible, faire entendre ce qui est devenu inaudible. Une étape suivante du parcours du mage-poète consiste à « traverser le fleuve ». Ce fleuve où repose le « mystère de la femme au fond des eaux ». Ce fleuve qui n’est ni un Léthé ni un Styx. Il faut passer, il faut traverser. Ophélie n’est pas seulement en ces lieux. Un poète, de plus, incite au passage : « Passe, insiste le poète sur la page ». Ce poète pourrait encore être Rimbaud. « Il faut poursuivre vers cette ombre » : ajoute le poète. Et Rimbaud, en effet, désigne Ophélie par l’image d’un « fantôme blanc ». Il convient de suivre le chemin des rêves et des « visions » d’Ophélie, ce monde qu’elle hante toujours, comme fantôme blanc » ou comme une ombre, mais blanche et diaphane. « Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre folle ! Tu te fondais à lui comme une neige au feu : Tes grandes visions étranglaient ta parole » C’est vers ce Ciel, vers la légèreté du vol qui mène là, dans les hauteurs, que tend toute la suite du périple. Pour point de départ, la terre, sa gravité, ses pesanteurs : « chariots lourds, traînés par des bœufs obéissant à l’aiguillon long et flexible d’un charretier rêveur ». Lourds chariots, mais légèreté du rêveur charretier. Ainsi se comprend cette rêverie sur les oiseaux : « Peut-être, après tout, les sapiens ne sont-ils pas faits pour vivre dans les maisons mais dans les arbres comme les oiseaux de longs périples, qui viennent pour le repos avant de s’enfoncer à nouveau dans le silence du ciel ». Il s’agit de s’élever, des arbres qui tendent vers le ciel jusqu’à l’azur lui-même, jusqu’à l’infini du ciel. Il s’agit de quitter, en s’élevant, ces paysages si hétérogènes, accolés pourtant, « les prairies divisées par des haies plantées d’ormes, d’aulnes et de saules. » et « des jungles du douanier Rousseau » Rimbaud encore en écho : « - On entend dans les bois lointains des hallalis » S’élever encore du fleuve où flotte Ophélie au grand ciel infini. Le premier vers du poème de Rimbaud indique la voie, en assimilant l’eau du fleuve au ciel : « Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles, La blanche Ophélia flotte comme un grand lys » Il y a une continuité dans la rêverie entre « flotter » et « voler ». Et c’est par une élévation que prend fin le récit : « je me hausse sur la pointe des pieds » par laquelle l’offrande peut se faire : « dans la fente d’une écorce, là seulement je t’ai confié mon amour » Offrande d’amour. Amour pour Ophélie, figure de la nature, synthèse de vie et de mort, synthèse d’unité et de multiplicité, synthèse de beauté et de transcendance dans l’immanence. Ainsi le narrateur prend-il place de Hamlet, adopte la position humaine qui choisit affirmativement, joyeusement, l’être, qui choisit l’être plutôt que le non-être. Merci Etienne pour ce beau récit poétique, étrange autant qu’original. |





