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Poésie libre
hersen : Lettre nomade
 Publié le 24/12/20  -  13 commentaires  -  2072 caractères  -  132 lectures    Autres textes du même auteur


Lettre nomade



La lune à son heure se tait et reste seule, accrochée dans son ciel de solitude. Les lumières de pacotille une à une s’allument et elle monte la garde d’un monde qu’elle n’a jamais vu.

Elle a accroché à une branche une lettre :


Je vous imagine

croquant des cerises rouges à midi
qu’aux jours d’été vous avez cueillies
sous un soleil
vos pas incessants tapotent le globe
dans vos mains des fleurs et des couteaux
dans les fruits de vos jardins des vers et des délices
des rires et des cris
dans vos chants des notes volatiles
montent comme des oiseaux d’apparat rejoindre l’infini
dans vos plaintes l’insondable
se fracasse dans des ravins
je vous imagine
dans le jour

je vous vois la nuit
les yeux levés à compter les étoiles
je veille
condamnée à poursuivre ma route
sans jamais rencontrer âme vive
je veille sur vos dérives
et dans vos champs de détritus surgissant de la nuit
je vois des bouteilles et des cadeaux dorés factices
je vois
votre Terre cachée sous des lumières d’artifice aveuglant le ciel
les eaux dormantes se précipitent et l’océan s’agite
je le porte à bout de bras
condamnée
par la marée je fais vibrer la Terre

Jusqu’à quand ?

j’aimerais tant une fois
une seule fois dans mon éternité
croquer avec vous des cerises rouges à midi
vous voir sous un jour inconnu
et ainsi changer la face du monde

des chimères
plus sûrement que le réel
brillent dans les astres
elles me rendent folle

je suis une nomade
et quand je m’ennuie de mes longues nuits
je compte vos satellites
visiteurs muets
ils n’ont pas de messages pour moi
je suis une nomade
de la race la plus pure

La lune à son heure se tait et reste seule, accrochée dans son ciel de solitude
Les lumières de pacotille une à une s’allument

La lettre s’envole
la nuit tombe


 
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   socque   
6/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
dans vos mains des fleurs et des couteaux
La classe ! Rien que pour ce vers je suis contente de commenter votre poème.

J'ai aimé la vision de la Lune en errante observant de loin cette humanité que, malgré ses défauts et les dégâts qu'elle provoque, l'astre aimerait bien rejoindre ne fût-ce qu'une fois pour goûter elle aussi aux cerises ; aussi, la lettre abandonnée sur une branche et qui s'envole : le message est perdu.
Le ton d'ensemble est un peu trop mélancolique à mon goût, toutefois le poème m'apparaît expressif, ce qui représente l'essentiel à mes yeux.

Une mention pour ces vers qui me parlent parce qu'ils renvoient à une réalité astronomique :
(...) l'océan s’agite
je le porte à bout de bras
condamnée
par la marée je fais vibrer la Terre.

   Eclaircie   
16/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

Belle idée que cette lettre, à une branche accrochée (du cerisier ?). Notre satellite est depuis toujours source d'inspiration, l'originalité de ce texte démontre qu'elle (la lune) a de belles heures devant elle.

L'ensemble est agréable à lire, certains passages me semblent moins poétiques, ainsi :
"je vois des bouteilles et des cadeaux dorés factices", d'autant que le vers précédent suffisait à mes yeux.
J'ai aimé :
"vos pas incessants tapotent le globe", mais aussi, tous les enchainements du paragraphe, une idée appelant la suivante.
"les eaux dormantes se précipitent et l’océan s’agite
je le porte à bout de bras
condamnée
par la marée je fais vibrer la Terre."
Si j'ai moins apprécié :
"et ainsi changer la face du monde."
La "rondeur" omniprésente, de la lune (opaline) de la cerise (rouge), de la terre assure une belle continuité.

L'idée de reprendre les deux premières phrases en fin de poèmes, en modifiant leur mise en forme, est astucieuse et illustre le cycle, l'alternance, et la rondeur, aussi.

Merci du partage.
Éclaircie

   Donaldo75   
16/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'aime cette forme libre quand elle permet de s"évader comme c'est le cas ici; les images se déclinent dans une forme de dialogue épistolaire où je réponds en silence. Il n'y a pas que de la poésie mais également du fond et les images permettent de le véhiculer sans tomber dans la logique explicative qu'on trouve parfois dans des poèmes trop argumentés. Je pense que c'es' là que le poème réussit le plus à emballer la lecture. Et ça, non seulement ce n'est pas facile mais en plus ça pimente l'impression de lecture, la sensation de ne pas avoir fait le voyage pour rien.

Bravo !

   papipoete   
24/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour hersen
la lune voit tout, surveille tout de son grand oeil brillant ; elle voit du beau, elle découvre du moche...est-ce pour cela, que parfois elle entrouvre à peine son phare, ne laissant paraître comme sur l'étal du boulanger, qu'un croissant ? Mais les nuits de grande solitude, à compter les satellites, elle voudrait bien toucher en vrai, tout ce que de là-haut elle n'a que le droit de voir...
NB on ne sait si le soleil fait bonne ou grise mine, puisqu'on ne peut le dévisager et tel un chef absolu nous intime l'ordre de baisser les yeux !
la lune est comme nous, a ses humeurs et ses bons jours de nuit...nous qui sommes dans " elle " alors qu'on pense, alors que nos bobos l'on panse, vient-il à l'esprit pour elle d'écrire un mot ?
" elle a accroché à une branche une lettre " : jolie entrée en matière pour évoquer cet astre à qui l'on se confie souvent et veille sur les bons, mais subit le triste spectacle des mauvaises gens...

   Lulu   
25/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Hersen,

Plus qu'une lettre nomade, j'ai lu une voix intéressante et amusante dans sa sphère car poétique à souhait.

Les images rapportées aux échelles évoquées - la lune, la terre, les étoiles - m'ont beaucoup plu.

C'est amusant aussi, car je lis ce poème le soir du réveillon de Noël et ton poème me fait songer à tous ces enfants qui, parce qu'ils y croient, font une lettre à l'invisible, une lettre au père Noël qui ne peut être que nomade, quelque part.

La lettre que tu as écrite, au travers de ta narratrice me touche vraiment. Tu as su y mettre les couleurs de l'été avec les "cerises", le "soleil".

J'ai bien aimé ces images singulières qui sont tiennes ici : "dans vos mains des fleurs et des couteaux" ; un peu comme si la vie était duale, et jamais juste belle à ne porter aucune arme. Mais on peut songer aux roses avec leurs épines qui les protègent...

Cette accumulation qui mènent aux chants volatiles montent joliment jusqu'à ce mot que j'ai trouvé presque inattendu : "l'infini"
La suite est magnifique... Quelle inspiration... !

J'ai moins aimé l'expression "pas âme qui vive", trop convenue.

Mais le poème porte vers un regard unique et, au-delà du regard, des ressentis propre à la narratrice, alors tout va en nous élevant, nous, lecteurs, vers cette autre chose qui n'est pas nous.

Compter des satellites... Belle idée dans ce décor où la sensualité ne manque pas. On y croque les cerises... Cette saveur donnée au coeur d'une lecture hivernale fait sourire et est la bienvenue !

La lune n'a pas fini de nous inspirer, tous, à te lire !!!

Au plaisir de te relire.

EDIT : J'ai relu ton poème et vois que je me suis trompée. Tu as écrit "Sans jamais rencontrer âme vive", ce qui est différent et plus beau, même si je l'ai d'abord ressenti comme j'ai cru lire ce vers trop proche de l'expression toute faite.

Ce matin, ce poème m'apparaît encore plus riche. Le regard de la narratrice n'est pas désespéré dans le regard porté sur le monde dans lequel on vit sur Terre, mais il est beau d'avoir inversé La Terre et la Lune d'une certaine façon pour aller vers ce "Demander la Terre", comme on pourrait "Demander la Lune". Enfin, ce qui est beau, c'est bien le chant, aussi et surtout... ici. Merci encore du partage !

   wancyrs   
25/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Salut Hersen,

On dirait un slam, comme j'ai souvent écris et scandé, mais hors Oniris. Terminer le texte comme on l'a commencé montre bien cette boucle ennuyeuse que la lune fait autour de la terre, n'ayant rien à se mettre sous la dent, ou sous les yeux, que ces images fanées.
tes mots sont adéquat pour décrire cet ennui, mais aussi cet envie qu'a la lune vis à vis des habitants de la terre, elle, condamnée à n'être qu'un satellite de la terre... Mais pendant la nouvelle lune, l'astre nocturne ne voit-elle pas la terre ensoleillée ? Elle qui à cette période du mois est entre soleil et terre ?

Merci pour le partage.

Wan

   Hiraeth   
25/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
En lisant j'ai tout de suite pensé à ce poème de Keats, je ne sais pas si vous le connaissez, hersen : https://www.poetryfoundation.org/poems/44468/bright-star-would-i-were-stedfast-as-thou-art

J'aime beaucoup l'intensité dramatique de ce monologue poétique, qui emprunte au théâtre jusque dans les sortes de didascalies qui l'accompagnent. On sort du texte empli d'une vénération nouvelle pour cette lune qui nous parle et que nous percevons ici comme une divinité tragique (concept paradoxal !), aimante et protectrice mais condamnée à une solitude impuissante qui confine à la folie.

On sent une inspiration romantique dans cette élégie, mais aussi moderniste dans la façon qu'a le texte de ne pas faire de hiérarchie entre les mots et les sujets poétiques : même les détritus et les satellites ont leur place dans ce poème, tout comme la vie quotidienne qui se voit ainsi sublimée par le regard de Mère lune.

Beaucoup de beaux vers, mes préférés étant :

"dans vos mains des fleurs et des couteaux"
"des notes volatiles / montent comme des oiseaux d'apparat rejoindre l'infini" (j'ai un faible pour ce genre de jeux de mots tout simples)
"je veille sur vos dérives"
"je suis une nomade / de la race la plus pure"

Par contre je changerais le dernier mot du premier vers en italique : "connu" plutôt que "vu", parce qu'ensuite on lit "je vous vois la nuit"...

   Angieblue   
25/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Comme c'est beau et émouvant cette lune nomade et seule qui envoie une lettre à la terre et qui imagine...!

J'ai aimé:

"je vous vois la nuit
les yeux levés à compter les étoiles
je veille
condamnée à poursuivre ma route
sans jamais rencontrer âme vive
je veille sur vos dérives"

"je vois
votre Terre cachée sous des lumières d’artifice aveuglant le ciel
les eaux dormantes se précipitent et l’océan s’agite
je le porte à bout de bras
condamnée
par la marée je fais vibrer la Terre"

Et ce qui m'a le plus bouleversée c'est quand elle dit:

"j’aimerais tant une fois
une seule fois dans mon éternité
croquer avec vous des cerises rouges à midi
vous voir sous un jour inconnu
et ainsi changer la face du monde"

C'est magnifique! la reprise de l'image des cerises, la lune qui nous verrait alors le jour et le monde qui ainsi changerait de face...Quel bel imaginaire poétique!

Et très beau aussi le retour de ce passage qui sert de prélude à la chute:
"La lune à son heure se tait et reste seule, accrochée dans son ciel de solitude
Les lumières de pacotille une à une s’allument"

Merci pour ce conte merveilleux que le hasard m'a fait lire le jour de Noël. C'est magique!

   Cristale   
26/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un très joli poème qui donne la parole à la lune qui nous laisse une lettre exquisement tendre et émouvante.
La plume de hersen sait exprimer la poésie mais aussi l'enfer de toute existence, les éléments qui semblent muets et immuables éternellement se meuvent, dotés d'une âme que le poète sait voir et entendre.
Beauté, douleur, j'aime beaucoup cette "nomade" telle qu'elle nous parle dans sa lettre. Dame Lune est une Sage qui n'a pas besoin de téléscope ni de microscope pour voir la réalité de l'Univers et la bazard qui règne sur le Terre...
Les autres ont déjà tout dit et si bien dit que je ne peux rien ajouter.
Mais je peux souhaiter une bonne fin d'année à l'auteure talentueuse qui a écrit ce si joli poème.
Bravo et merci hersen.
Cristale
Cristale

   Ombhre   
26/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Hersen,

un texte surprenant, empli d'une poésie presque naïve. Je l'ai commencé, sans y accrocher au départ, et puis les lignes une à une m'ont emporté sous la lueur silencieuse d'une lune nomade jusqu'à la fin du poème. Et je l'ai relu pour mieux le savourer, et une fois encore pour me faire sourire et lever les yeux au ciel.

Cette étrange complainte trouve très naturellement des échos dans le cœur du lecteur (ou en tout cas dans le mien), avec une simplicité désarmante, une candeur qui fait du bien. Et j'ai adoré cette idée de la lune qui accroche une lettre à un arbre, comme une bouteille à la mer.

Je regarderai désormais la lune différemment :-)

Merci.
Ombhre

   Atom   
28/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'aime beaucoup cette idée de Lune se sentant seule et mélancolique dans l'espace infini, en observatrice obligée (un peu condamnée) à reluquer ce qui se passe sur la Terre. Elle en devient envieuse, parfois condescendante, parfois juge, et aussi mégalo...devenant au final, presque humaine.

   hersen   
28/12/2020

   Lariviere   
1/1/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Salut Hersen,

J'ai beaucoup aimé ce poème.

L'écriture est maginfiquement poétique et savamment dosé, entre fortes évocations et surréalisme doucereux...

Les images sont fortes, elles impactant et s'impriment de façon agréable et frappante dans nos neurones...

Une poétique entre synesthésie réussi et métaphysique sous jacente...

Cette lune nomade m'a vraiment séduit

J'adore !

Merci pour cette lecture !


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