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Poésie contemporaine
Ithaque : Martin
 Publié le 08/11/21  -  7 commentaires  -  3525 caractères  -  98 lectures    Autres textes du même auteur

En des temps à peine surannés, voici une scène habituelle dont se souvient aujourd'hui l'enfant d'alors, dans ce quartier paisible d'une bourgade du sud-ouest, où l'on parlait moitié français/moitié patois.
(NB : puisse le lecteur m'excuser par avance de l'envoyer, à plusieurs reprises, lire la traduction française en bas de page).


Martin



Il portait un prénom chantant comme une rime,
Habitait quelque part du côté des Marmonts(1),
Marchait le col dressé, tel un mât d’artimon,
Avec, au fond des yeux, un faux air de déprime.

Il foulait, d’un pas lent, la rue Daniel Argote,
Suzanne lui parlait en allant au marché,
On eût juré, de loin, un coche empanaché,
Lui en chapeau de paille et elle en redingote !

Tout le monde, au quartier, connaissait l’attelage,
Charroi de « péraqué »(2), licol, essieux grinçants
Et puis le chien Labrit, au museau menaçant,
Dès qu’on voulait, trop près, lui lustrer le pelage.

Il avait sur le front deux rangées de clochettes,
La clarine au collier, qu’on entendait partout,
Un pouet-pouet en laiton, « dïnca lou carretou »(3),
Que Suzanne pinçait, à petites touchettes,

En disant « Say t’assy charmantes ménagères,
Qu’ey amíat la lèit dehens lou carríôt »(4)
Et nos mères sortaient « dab tistèth et cageôt »(5)
Acheter du fromage entouré de fougères,

Des Pavés persillés, du lait crémeux et tiède,
De tendres « cabécous », des mousserons moelleux,
Des crêpes ciselées de festons roux-mielleux
Et même, quelquefois, lapins et palmipèdes.

Moi je lâchais la main que verrouillait ma mère,
Chuchotant, tout au fond des ouïes du baudet,
Mes sornettes d’enfant, « histoères de fadet »(6),
je lui promettais des vers dignes d’Homère

Dès que je serais grand !… Aujourd’hui Martin vole
Dans le doux paradis, près du Nouste Francis(7),
Parfois, je les surprends, sur un nuage assis,
À faire des « chabrot »(8) ou d’autres fariboles.

« Dïnc a bèt lew, Amics ! »(9) Votre céleste table
Me ravit cent fois plus que le monde ici-bas,
Prévoyez mon assiette, un verre, des rumbas,
Et l’on fera la hèste(10)… à sidérer le diable !


__________________________________________________________
(1) Quartier.
(2) Chiffonnier.
(3) « Sur le côté du chariot ».
(4) « Venez ici charmantes ménagères, j'ai amené le lait dans le chariot ».
(5) « Avec des paniers et des cageots ».
(6) « Histoires de gamin ».
(7) Francis Jammes, « Prière pour aller au paradis avec les ânes ».
(8) Vin rouge dans la soupe tiède.
(9) « À très bientôt, mes Amis ».
(10) Et l'on fera la fête.


 
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   Gemini   
1/11/2021
 a aimé ce texte 
Bien
À première vue, ce poème a deux handicaps. Sa longueur, et les notes de traduction d'un patois qui n'intéresse peut-être pas tout le monde. Notes qui coupent la lecture pour le sens, et patois dont on doit croire sur parole à l'orthographe (chose intéressante à considérer).
Il porte par contre un beau titre, simple, direct, qui renvoie à des souvenirs de Brassens en ce qui me concerne.
À la première lecture, j'ai la sensation d'une scène souvenue par l'auteur, d'un Martin, marchand itinérant, disparu depuis, lui revenant par la grâce du ciel.
Je ne pense pas que ça va plus loin. C'est une histoire, un souvenir sur lequel on pose la patine des années, des mots du cru, et l'authentique de la province.
Du Giono du sud-ouest.
J'ai trouvé le tableau plutôt bien décrit, avec des détails souvent charmants (j'ai adoré les cabecs et les chabrot (sans s ?)) qui l’ancrent dans la réalité (ou plutôt la véracité).

La référence à Francis Jammes, (qui aide à mieux cerner le site géographique) explique peut-être le choix de la catégorie.

Agréable à la relecture.

   papipoete   
8/11/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
bonjour Ithaque
Un poème " chronique " d'un jour ordinaire, montrant un attelage sur lequel l'on se retournait, tant son allure semblait extraordinaire ! Un fier baudet, et un chien portant clochettes... une scène de vie que Martin promettait encore nombreuses, à l'oreille du destrier. le destin en décida autrement... Martin chevauchait les nuages...
NB un texte que l'auteur fameux chanteur, put poser sur une partition, et fredonner au tempo du train où Suzanne et son fils, allaient paisiblement au marché.
C'est tendre comme une partie de campagne, qu'un peintre put coucher sur une toile.
à partir de la 5e strophe , je ne sais plus compter la métrique...
la dernière est fort touchante, ma préférée

   Miguel   
8/11/2021
 a aimé ce texte 
Un peu
Le genre de poème qui ne parle qu'à son auteur ou à ceux qui ont connu ce qu'il évoque. On peut y trouver quelque chose d'universel, mais c'est un peu bridé par l'abondance des particularismes. C'est un peu long aussi, cette revue des gens et des clichés du passé. Mais enfin ça réveille un peu de nostalgie.

   socque   
8/11/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Ce poème m'avait charmée en Espace Lecture, je m'étais abstenue de le commenter parce que je croyais à tort en avoir identifié l'auteur.

Charmant, oui. Quoiqu'il ne corresponde à rien dans mon expérience, il m'a évoqué tout un monde tendre, suranné. J'aime évidemment l'allusion à Francis Jammes (« J'aime l'âne si doux / Marchant le long des houx (…) Il a tant travaillé / Que ça vous fait pitié »), et la fin où la mort apparaît comme une belle occasion de renouer avec des amis inconnus.

J'ai quelques réserves sur l'abondance des éléments en patois qui m'ont obligée, non-provençale que je suis, à souvent couper la lecture pour me renseigner auprès des notes en bas de page. Rien de bien grave.

   Myo   
8/11/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un souvenir d'enfance au gout franc et sincère du terroir.
Personnellement, je ne suis pas gênée par les quelques expressions en patois qui soulignent le caractère de l'ensemble.

L'histoire est charmante et se lit comme une légende du cru.
L'idée est originale et la scène joliment décrite.

Merci du partage

   ferrandeix   
8/11/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un poème très curieux. Il faut avoir un certain courage pour oser sortir un texte aussi marqué par le terroir, affirmer sans complexe cet aspect "plouc" d'un monde désuet, voire déclassé, si éloigné de l'intellectualisme et des subtilités poétiques. Mais la poésie est partout. L'intercalation du patois - tout de même en partie compréhensible - ajoute un certain charme rustique, charme qui opère possiblement encore plus quand on ne comprend pas. Et je déconseille de consulter les notes, ce qui détruirait tout. Je n'arrive pas à comprendre les gens qui cherchent le sens d'un mot dans un dictionnaire quand il s'agit de la poésie. Le souvenir de l'âne constitue le thème principal, quoiqu'on ne comprenne pas trop la signification de ce que peut lui dire l'enfant, mais peu importe. L'âne est par lui-même un personnage poétique, ce qui est déjà un élément favorable au poème, indépendamment de l'écriture et du contenu. On pense à Francis Jammes, bien sûr, à Stevenson, à "Platero et moi" de Ramon Jimenez... Du reste, pour l'écriture, rien à redire vraiment, c'est fluide, animé. J'hésite à mettre la mention "j'aime beaucoup", finalement je la mets, en bénéfice pour l'auteur, mais aussi en partie pour l'âne.

   Virou64   
10/11/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
U here beroy poème! (Un très joli poème!), que j'ai d'autant plus apprécié que je n'ai pas eu besoin de faire les allers retours vers les traductions.
De beaux alexandrins, bien équilibrés, de belles images un brin nostalgiques, un zeste de pessimisme dans le dernier quatrain, pour un moment de lecture très agréable.
Une évocation savoureuse de l'atmosphère dans ces bourgades rurales du temps où les gens, surtout les enfants, s'enchantaient au passage de personnages pittoresques tels cette marchande ambulante et son âne.
Un petit hommage également à cette région qui a nourri tant de poètes: Francis Jammes, Paul Jean Toulet, Tristan Derême...Mais aussi Xavier Navarrot, Simin Palay ou Al Cartero, pour ne citer qu'eux, dont les oeuvres écrites dans la langue du pays sombrent peu à peu dans l'oubli faute de lecteurs/locuteurs natifs.
NB: un petit clin d'oeil à Socque qui situe la scène en Provence: Faites un petit saut de 600 km en direction de l'ouest. Vous aurez plus de chances d'y trouver le quartier des Marmonts.


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