Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Poésie contemporaine
Ithaque : Milly
 Publié le 23/11/17  -  17 commentaires  -  1792 caractères  -  179 lectures    Autres textes du même auteur

Certains êtres nous marquent, peut-être même à jamais.


Milly



J’aimais bien ce prénom – Milly ! – de grande dame,
Son indicible grâce irradiait la maison
De long séjour fermée sur des dizaines d’âmes
Guettant, près du gnomon, l’ultime fenaison.

Je venais voir ma tante, assise entre deux roues,
Parcourant les couloirs du Logis des Grands Hêtres,
Plaintes sous le boisseau, plaisirs sous le verrou,
Un hospice d’antan tenu par de vieux prêtres.

Des gestes, des regards, des lambeaux, des odeurs,
Des mains tendues vers moi mais destinées à d’autres,
Des faciès émaciés, puis, soudaines candeurs,
Les rires d’un dément où, sournoise, se vautre

La lente pesanteur létale des années.
Ces hauts murs abritaient des hurleurs de silence !…
Tante, à défaut d’ailleurs, logeait « aux aliénés »*
Souffrants et résignés à la sourde violence

Des gris espaces clos où l’on ne parle plus,
Mais son rayonnement, un don de la nature,
Forçait tous les loquets et les sanglots perclus
À s’ouvrir aux soleils du chant, de l’écriture.

Alors, l’après-midi, allant de table en table,
Milly donnait l’aubade en éloignant la mort
Qui fuit devant la joie, hait les êtres louables
Et préfère au bonheur la sombre malemort.

Et puis, un triste jour, la chambre sans réponse,
Son prénom, appelé, nul écho, nulle voix,
La nouvelle… inouïe !… réalité absconse !…
De ce train arrêté sur le milieu des voies.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

Tante Milly laissa, sur un petit dressoir,
Deux alliances liées par une fine ganse
Et, sur papier de soie, ô dernière élégance :
« Je n’en peux plus, je viens te rejoindre ce soir ! »



* Expression locale pour « à l’asile ».


 
Inscrivez-vous pour commenter cette poésie sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   rosebud   
6/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
très admirablement écrit et superbement architecturé. L'aisance apparente doit être le fruit d'un long travail qui a disparu comme par enchantement.
Les quatrains 2 à 5 en particulier me semblent absolument parfaits, ce qui marque plus encore malheureusement la faiblesse des sixième et septième (à part le "train arrêté sur les milieu des voies").

   margueritec   
8/11/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Texte très visuel qui donne corps à un présent que vivent beaucoup de personnes âgées, et d 'où se dégage une fine émotion toute de tendresse et de délicatesse. On aurait envie de connaître Milly, partager son "rayonnement", de l'accompagner dans sa joie.
Votre dernière strophe, ponctuant toute une vie d'amour, de souffrance et de tristesse jamais révélée : superbe.

   bipol   
23/11/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
bonjour;

j'ai trouvé votre texte d'un humanisme que je chéri

j'ai un amour vibrant pour les personnes âgées

et cela depuis toujours

et vous même décrivez avec délicatesse cette flemme qui s'éteind

vous faite revivre merveilleusement sa mémoire

j'ai beaucoup aimé

   Hananke   
23/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour

J'aime bien ce texte d'une grande réalité mais aussi rempli de poésie
jusque dans ses moindres détails.

Quelques belles choses entre autres :

La lente pesanteur létale des années
Des gris espaces clos où l’on ne parle plus
De ce train arrêté sur le milieu des voies ( j'adore l'image même si le vers pourrait être mieux formulé).

Oui, encore un bon texte sur le temps qui passe et cette personne
qui enchantait des lieux bien loin d'être enchanteur.

   PIZZICATO   
23/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
" Des mains tendues vers moi mais destinées à d’autres " que cette image est éloquente ! Comme elles le sont toutes d'ailleurs.
" La lente pesanteur létale des années. "

La vie au sein de cet " hospice d’antan " est décrite de façon élégante comme le fut Milly.

Un quatrain final empli de sensibilité.

   papipoete   
23/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Ithaque,
Un nouveau coup de projecteur sur ces établissements, où l'on rentre debout mais ressort souvent couché !
Milly, " grande dame " trompe sa douleur, en égayant les tables à l'entour, donne une aubade ici, puis là où le sourire s'est enfui . Mais un matin, plus de vie dans la chambre de " Milly " ; elle a rejoint là-haut son amour .
NB qui a vu le film " n'oublie jamais " avec Ryan Gosling et Rachel McAdams, ne pourra s'empêcher de voir dans votre poème, cette histoire pathétique !
Vos vers parfois " dérangent " la conscience, et l'on pourrait détourner le regard, mais ils sont la réalité !

   plumette   
23/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Ithaque,

Quel bel hommage rendu à cette Milly qui dans un lieu de grande détresse irradie et apporte le chant et les mots, en doux pansements pour des âmes éplorées et souffrantes.

très touchée par ce poème visuel à la langue recherchée mais accessible ( sauf gnomon? que je vais aller voir dans le dictionnaire)

c'est beau!

Plumette

   Francois   
23/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Le poème est très bien écrit, presque trop "littéraire" (présence de plusieurs mots rares), des rimes originales (gance/élégance, réponse/abscnse).
La vie de Milly est évoquée avec sensibilité et pudeur, avant la "fin" brutale et tragique...

Quelques trouvailles :
"La lente pesanteur létale des années"
"Et préfère au bonheur la sombre malemort."

Le dernier vers est magnifique.

   Mokhtar   
23/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
« De ce train arrêté sur le milieu des voies ».

On peut y voir, bien sûr, l’évocation dramatique d’un suicide.

Mais pourquoi pas aussi la métaphore du destin de cette femme qui devance l’appel de la camarde, et dont la vie riche et solidaire dans un environnement difficile et poignant a cessé de la « distraire » (au sens pascalien) de la douleur de son deuil. Veuve, elle a tenté de rester sur les rails de la voie-vie qui continue. Mais c’était trop dur. Le train s’arrête avant la gare. Fin du voyage.

Je trouve que ce poème sonne juste. L’atmosphère oppressante de cet hôtel des douleurs est palpable et l’annonce pudique et émouvante du renoncement est amenée avec talent.

   Marie-Ange   
23/11/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
J'ai été profondément ému et bouleversé par votre poème.
La forme, le fond, c'est là, une plume bien talentueuse.

Je reste sans mots, les vôtres ont une telle profondeur,
une telle portée, que je préfère le silence pour mieux
les apprécier.

Simplement quel immense et tendre hommage vous lui rendez.
C'est sublime, je vous ai lu, relu, et je reviendrai.

Pour moi, c'est l'un des plus beaux textes de vous

Je vous adresse un "passionnément" plus, plus, plus ...

   AUDEVAL   
23/11/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
"les aliénés" chez vous, "le coton" de mon chez moi d'il y a trente ans...
Je retrouve tout dans votre poème : les pensionnaires figés qui hurlent leur silence (quelle belle expression vous utilisez), les lieux, les odeurs, les couleurs. Tout y est. Et surtout, le plus important, qui manque souvent dans l'ordinaire de ces établissements, la compassion, la tendresse, la chaleur humaine. Bravo.

   Cristale   
24/11/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Quand l'écriture se présente ainsi, élégante, respectueuse du beau français au langage soutenu, je me sens bien.
Bien dans ma lecture et le monde que les mots ont su mettre en images animées derrière mes paupières.

"J’aimais bien ce prénom – Milly ! – de grande dame,
Son indicible grâce irradiait la maison
De long séjour fermée sur des dizaines d’âmes
Guettant, près du gnomon, l’ultime fenaison."

La scène est vivante, tout le poème l'est d'ailleurs, comme un défi lancé à la mort, comme une étincelle de lumière au milieu de l'obscur, telle Milly.

Merci Ithaque, je découvre ici votre plume avec bonheur.

Cristale

   jfmoods   
25/11/2017
Les vers 23 à 27 gagneraient à être retravaillés.

Ce poème est composé de huit quatrains en alexandrins, à rimes croisées et embrassées,  suffisantes et riches, très majoritairement féminines.

Si la présentation de la femme ("ma tante, assise entre deux roues") et son éloge ("ce prénom – Milly ! – de grande dame, / Son indicible grâce irradiait") s'ébauchent dès l'entame, les 14 premiers vers s'appliquent essentiellement à rendre compte de l'ambiance bien particulière d'un lieu (jeu de périphrases : "la maison / De long séjour", "Logis des Grands Hêtres", "Un hospice d’antan tenu par de vieux prêtres") synonyme de claustration ("fermée sur des dizaines d'âmes", "Ces hauts murs", parallélisme : "Plaintes sous le boisseau, plaisirs sous le verrou"), de folie ("les rires d'un dément", oxymore : "des hurleurs de silence") et de déliquescence (énumération : "Des gestes, des regards, des lambeaux, des odeurs, / Des mains tendues", image de la mort à venir :  "faciès émaciés", contre-rejet assorti d'allitérations et d'assonances : "se vautre / La lente pesanteur létale des années").

Les vers 15 à 28 s'attachent à décrire, dans ce décor passablement délétère (périphrase : "Des gris espaces clos où l’on ne parle plus"), la force motrice d'une femme au charisme exceptionnel (groupe nominal : "son rayonnement", hyperbole : "Forçait tous les loquets à s'ouvrir", métaphore : "aux soleils du chant, de l’écriture", gérondif : "en éloignant la mort"), à l'activité inlassable (participiale : "allant de table en table"), dont la disparition soudaine plonge le locuteur dans une profonde affliction (groupe nominal : "un triste jour", gradation : "nul écho, nulle voix", points d'exclamation, métaphore : "ce train arrêté sur le milieu des voies").

Les quatre derniers vers du poème révèlent alors la douleur secrète, profonde, insupportable, d'une veuve (symboles d'une union : "Deux alliances liées par une fine ganse", discours direct ; "Je n’en peux plus, je viens te rejoindre ce soir !").

Merci pour ce partage !

   Donaldo75   
25/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Ithaque,

Ce poème m'a conquis, par son humanité, la facilité qu'a le lecteur à imaginer la scène sans pour autant sortir les mouchoirs.

Dès le début, le lecteur sent le lien entre le poète et Milly:
"J’aimais bien ce prénom – Milly ! – de grande dame,"

Et tout le reste conserve ce lien.
Sans en rajouter.

Bravo !

   Goelette   
27/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Description parfaite de ces tristes endroits où "se vautre

La lente pesanteur létale des années".
Une pudeur appréciable dans les images illustrant l'isolement de ces personnes souvent oubliées par leurs proches "Des mains tendues vers moi mais destinées à d’autres,"
C'est beau aussi de parler de la "malemort" avec tant d'élégance et si j'ai bien compris, ici désirée par Milly avec " ce train arrêté sur le milieu des voies."
Bref un sujet délicat traité en grande délicatesse et un bel hommage

   Quidonc   
27/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Que dire de plus qui ne le fut déjà. Je n'ai pas de superlatif à ajouter.

J'aurais mis un "e" à résignés

Souffrants et résignés à la sourde violence

"La lente pesanteur létale des années." : Comme s'est bien tourné, l'inéluctabilité du temps

le quatrain final est sublime

Bravo

   evadne   
7/12/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
"Des gestes, des regards, des lambeaux, des odeurs"

Ce vers, très beau, donne pour moi la clé du lieu. Un espace diffracté. Une humanité physiquement fractionnée .

Bravo pour cette évocation réussie de la solaire Milly.


Oniris Copyright © 2007-2017