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Poésie en prose
Lariviere : Berbères et Bérézina
 Publié le 01/11/07  -  21 commentaires  -  5181 caractères  -  234 lectures    Autres textes du même auteur

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Berbères et Bérézina



Berbères et bérézina. Sourires Kabyle et gégènes aux lèvres. Pot belge et balai malgache.

Micmac mémorable.
Manichéisme taillé à coups de machettes. « Déchoukage » à Port-au-Prince. Mélancolie morbide estomaquée se répand dans les flamboyants et les poitrines.
Caraïbes refrains et calypso aux relents ferreux.
Souffle le feu et la folie écarlate de tous les instants du monde, sur le carrelage glacée de nos têtes.
L’effroi dyspnéique des hommes écartelés s’insinue dans nos souffles et nos poumons.

Supplice de la serviette mouillée dans un commissariat du treizième. Remue-ménage des méninges. Retournement d’ongles et retournement d’âmes.
Torture mentale et torture physique dans les sous-sols des capitales.
Sous le pont Mirabeau coule la Seine... et sur son cours tranquille glisse des reflets de souillures pourpres…

De Pondichéry à la Somalie. De Tegucigalpa au Dakota. Périple sanglant au Pérou. Meurtres politiques maquillées à Ouagadougou.
Des casbahs d’Alger aux rues pavées de Paris.
L’État policier assassine au grand jour ou en sourdine.

Depuis que les bruits des bottes résonnent sur les continents, il y en a eu des séismes sur les corps et les cellules humaines…
Il y en a eu des pertes d’intégrité tissulaires, des déchirures psychiques et des tectoniques organiques…
Il en a coulé des cris, des pleurs, des colères, il en a vomi des dégoûts…
Il en a plu des larmes, des orages indéfectibles sur les familles en deuil, sur les fratries et les enfants des disparus, il y en a eu des détresses et des douleurs, il y en a eu des gravures indélébiles et des blessures sur les cœurs…

Vent de rééducation à l’est jusqu’au dix septième parallèle.
À l’ouest, rien de nouveau.
Latitude et longitude inchangées sur Ramallah. Rien à signaler sur Sabra et Chatila.
Beau temps pour la saison sur la majeure partie de la Tunisie.
Sourires Khmers et charniers bosniaques. Magnifique soleil couchant au Kurdistan. Moussons sanglantes stagnent sur le Tonkin…
J.O. et joviaux javelots à Pékin. Duplique diplomatie des pays riches. Carnage et dégoût comme discipline olympique. Avenir grillagé de Dublin à Budapest. Islamabad sous la pression Yankee.

Les rues s’emplissent de par le monde de soldats rutilants. Les uniformes brillent impeccables et messianiques, traçant un passage applaudi dans la masse avide de chaleur animale et seules quelques gouttes noires en bas d’un veston gris-vert, viennent trahir le cannibalisme boucher de l’officier au col superbement amidonné.

L’harmattan, lui, continue de répandre son souffle safran sur l’Orient et l’occident…

Et du sud ou nord, de l’est à l’ouest, dans les révolutions Orange ou après les révolutions de velours, il pleut toujours…
Nostalgie des capitaines d’Avril et des primevères éphémères ouvrant sur des nouveaux jours…
En vain… Les colonels se boivent rudes et brutaux dans les ruelles d’Athènes et les révolutions, même en œillets, ne laissent perpétuellement que des épines…
Et les appétits de conquêtes guident insatiablement les hommes, ébrieux de pouvoirs et saoulés par le sang…


Psychose et terreur sur le terrain planétaire. Névrose post-traumatique du Katanga à toute l’Afrique. De Kampuchéa à Zanzibar. De Sigmaringen à Gibraltar… Féerie pour autre fois…


Supplice sur les toits trempés et dans les caves de Paris. Pas de faire part pour Lucie. Pas de crête pour les punks de Tokyo. Malaise en Malaisie. Feu de Bengale sur Rafah. Brazzaville s’embrase.

Il a plu sur Vladivostok et c’est Roberto qui se mouille sur le macadam de Montevideo. Les enfants-colles d’Ascension. Enfants-bulles des paradis perdus. Les poumons s’embrasent et se décapent, flamboyant comme des plaques de plèvres rouillées…

Les dictatures se suivent, s’assemblent et se ressemblent de Manille à la Casamance…
Survivre coûte que coûte aux Tontons Macoutes. La mort guette partout les hommes libres sous le soleil violet. De La Paz à Olympia. Léopoldville labellise les guerres mercantiles. Guernica gémit sous le vol des condors. Carambolages caracolent et racolent à Caracas. Les idéaux se télescopent. Sous le soleil birman. Bons baisers de Russie.

Les dictatures se déplacent rampantes et prolifiques sur l’échiquier de marbre veiné et sur les nervures vermillonnes de la mappemonde… Leurs reptations visqueuses s’étendent et coagulent sur le passé et le présent. Nous réservent par avance des lendemains et des tangos macabres. Les bourreaux essuient leurs crimes et les sillons caillotés de leurs lames sur le rebord usé et les manches miséreuses de l’humanité…


Mozambique mosaïques. Florilège factice en faction devant la gare du Nord.

Il en a coulé des ponts sous l’Amazone. De Duvalier à Trujillo. De Pinochet à Salazar.
Arc de triomphe tendu sous les tropiques.

De Bogota a Hanoï. De Moscou à Lisbonne. De Santiago au champ de Mars…

Il en a défilé des casques sur les avenues du Monde…


 
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   bernalot   
1/11/2007
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Superbe choix de mots pour un inventaire qui fait froid dans le dos. Ton texte est immédiatement compréhensible et pour autant ton talent n'est pas dévoyé.
Magnifique !!!

   Bidis   
1/4/2010
Commentaire modéré

   Pat   
1/11/2007
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
C'est raide mais c'est fort... Ce tour du monde et de ses horreurs, sans fin malheureusement... Toujours aux aguets Larivière, toujours là pour qu'on n'oublie pas... La concentration de tous ces "hauts faits" peut être suffocante quand la liste s'allonge comme ici... Et tout ça, bien sûr, servi par une plume acéré comme la conscience de notre idéaliste combattif... Une plume peut être plus efficace qu'une arme (y'a une citation de je ne sais plus qui qui dit à peu près ça !). Tout ça bien sûr, écrit avec talent... Et qui nous fait faire corps avec ces horreurs, histoire de bien les comprendre, de les vivre dans notre chair (suppliciée) : "Souffle le feu et la folie écarlate de tous les instants du monde, sur le carrelage glacée de nos têtes.
L’effroi dyspnéique des hommes écartelés s’insinue dans nos souffles et nos poumons. "

   clementine   
2/11/2007
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Je suis admirative et"clouée"devant cette suite de mots pour "dire"plus efficace que des poignards.Bravo.

   Anonyme   
3/11/2007
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Larivière, tu es très fort. Ce ton cette force dans le langage, ces déclinaisons de la violence, cette visite dans les bas fonds de la conscience m'ont glacé le sang. On est sous le coup d'une émotion forte après la lecture de ton texte. On est saisi par ces images, j'en suis resté coi. Puis tes mots me sont venus à l'esprit sans que j'ai eu besoin de relire ce texte. C'est très impressionnant. Quelle écriture mais j'ose à peine en parler tellement tu as donné de sens à tes mots

   Anonyme   
4/11/2007
 a aimé ce texte 
Bien ↓
En principe j'aime beaucoup lire du Lariviere..

Mais ici, malgré ce style que j'adore, quelque chose m'a gênée.

Peut-être ce balayage, ce survol, trop bref à mon goût, des couleurs et des douleurs.. comme détaché
Peut-être les mots qui parfois sont beaux comme des aurores boréales, parfois sombrent dans la banalité.

Je sais que c'est sans doute intentionnel. Mais...
Le thème. Oui ce thème qui saigne et fait saigner...

Peut-être, lui (et non pas moi simple lecteur) aurait-il mérité du grand Larivère, celui que j'ai perçu dans certains écrits, au delà des mots qui résonnent...celui qui parvient à les 'soumettre' à son 'projet': montrer là-bas les lieux 'rêvés' de l'intelligible et du sensible.

   jensairien   
5/11/2007
Pas bête le commentaire sur la lecture en classe. Effectivement on pourrait proposer à une classe de lycée de démêler d'entre tout ce foisonnement d'images tous les évènements politiques retracés. C'est un peu un abrégé lyrique de 100 ans histoire politique. Un tour de force, un tour du monde, un tour de vice dans la mémoire collective. Comme un film en accéléré de toutes ces images de sang et de haine qui affolent en permanence nos consciences cathodiques.
A part ça. Lisant ce texte haletant je me demandais bien comment l'auteur allait clore son exposé. Et bien chapeau! (ou plutôt "képi!"). Par un défilé militaire! Cette image pure et altéré combien aimée de nos quatorze juillet fêtards et guillerets. Les enfants applaudissent, les badauds applaudissent, les journalistes applaudissent. Le sang coule. Les larmes coulent. Lariviere coule.
Je ne mets pas de note parce que à force les plumes de son poème vont finir par ressembler à des étoiles de général.

   Togna   
15/11/2007
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Cette communion des mots m’a contraint à extraire ma tête d’autruche du sable.
Pour combien de temps avant que je ne retourne à l’indifférence ?
Le constat du besoin congénital de puissance de l’homme, amplifié de nos jours par le choc des civilisations, n’a, à ma connaissance, jamais été dit d’aussi brillante manière sur ce site.

   macalys   
17/1/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un panorama grandiose de la misère de l'esprit humain, qui nous donne à méditer.

   fufaru   
1/2/2008
Joli ! Malgrès tout j'y ai vu un très beau voyage ...

   nico84   
1/2/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Je viens de me rendre compte que je ne t'avais pas commentés ce texte alors que je l'ai lu il y a longtemps et que j'avais adoré.

Je bugue défois, voilà, tu le sais, j'adore ton écriture directe, ta franchise, l'intensité de tes messages qui en découlent.

Que du bonheur de te lire, que de malheur tu évoques ...

Je salue aussi, une fois de plus, l'hommage que tu rends à la langue francaise, tu lui donnes à chaque texte, ces lettres de noblesses par la richesse impressionante que tu dévellopes.

Grand bravo !

   asics   
30/1/2009
N'étant pas encore membre de ce forum en Octobre, je ne lis donc qu'en ce jour ton récit.
Une grande fluidité pour une telle longueur de texte est très apréciable. Les tournures de phrases sont bien choisies permettant ainsi d'étaler les images d'un monde toujours trop guérrier, sans lourdeurs excessives. Bravo.

   Anonyme   
24/2/2009
Que nos actes aient pu engendrer ce texte, que ce sang répandu soit ton encre pour que jamais il n'ait été versé en vain, que toutes ces horreurs soient magnifiées par ton écriture, que ta lumière nous guide, que jusqu'à la fin de ta vie tu écrives, encore et encore et que nos larmes suivent ta voie, éclaireur.

   Flupke   
11/3/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
En plus du texte j'ai bien aimé en filigrane les titres évocateurs de films ou romans d'espionage (James Bond, SAS, OSS 117 etc.) comme si le texte voulait dire plus qu'il n'en laisse paraître.
Le dégoût des « bottes » est bien exprimé. Bravo.

   FredericBruls   
3/5/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Atlas d'horreurs. L'histoire ne nous apprend rien, et pendant que le professeur donne son cours, nous gigotons au fond de la classe, avides de retrouver la cour aux amusements féroces.
Merci Lari.

   jaimme   
27/10/2009
 a aimé ce texte 
Bien
"sur le carrelage glacée de nos têtes"
"Les bourreaux essuient leurs crimes et les sillons caillotés de leurs lames sur le rebord usé et les manches miséreuses de l’humanité…"
"Arc de triomphe tendu sous les tropiques"

Ces trois extraits sont ce que j'attendais partout de la part de Larivière. Je suis donc déçu. Le reste n'est qu'un catalogue. Une photo en rouge, noir et blanc.
Pas assez de haine de la haine dans ce texte. Pas assez pour Larivière! Désolé d'être dur, mais ce monde mérite plus de claques!

   Damy   
2/4/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Berbères et Bérézina

« Les sourires kabyles et les gégènes aux lèvres » m’évoquent les tortures commises par l’armée Française pendant la guerre d’Algérie mais aussi les égorgements commis par les salafistes du GIA et par l’armée Algérienne pendant la guerre civile des années 1990

« Déchoukage à Port- au- Prince » renvoie à la dicture Duvalier en Haïti dans les années 60

"Sous le pont Mirabeau coule la seine..." m’évoque la répression policière de la manifestation des Algériens sous l’appel du FLN le 17 octobre 1961 qui a fait de nombreux morts noyés jetés dans la Seine.

Etc… etc… La Palestine, les Khmers rouges, l’extermination des bosniaques …
Le texte incite à se documenter sur les atrocités des guerres et des dictatures que l’on méconnait (Katanga, Sigmaringen à Gibraltar par ex en ce qui me concerne…)
Je n’ai pas compris « vent de rééducation à l’est jusqu’au 17° parallèle… » ?

Bref cette évocation des massacres dans le monde fait peur, tout en restant très pudique (chose que personnellement j’apprécie mais qui peut être malheureusement interprété comme un « attendrissement » sur la cruauté réelle)

Attention donc, à vouloir, par la littérature, rendre beau ce qui ne l’est pas…

Et puis ce texte manque cruellement d’actualité sur les risques encourus ici même. Il a été écrit en 2007, 5 ans après 2002 ou Le Pen était au second tour !!!

Aujourd’hui et ici, attention :

Le bruit des bottes est à la porte!!!

Marine humanise Le Pen
Sarko s'infiltre et utilise un transfuge (Besson) pour commettre des actes racistes (débat sur l'identité nationale).
Les jeunes et les pauvres se taisent (50% d'abstention aux régionales: ce n'est pas protestataire, c'est du jemenfoutisme ou de la désespérance, terreau des extrêmes...

J'ai peur (hic et nunc !)...

   Anonyme   
2/7/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément
pof... Estelle en mode Larivièrette basique se promenait entre les fragments... pourquoi Berbères et Bérézina...? Pourquoi pas.

J'ai compris la mise en garde contre les erreurs du passé dont on n'apprend pas...

Et puis je me suis dit (puisque je lis à voix haute et oui aussi) qu'avec un peu de tam-tam, un rien de basse ou de guitare accoustique et une voix... qui déclamerait crescendo puis de nouveau vers le silence... entre Noir Désir et U2... version Lari...

Il y a une musicalité dans les associations de mots, dans les associations d'idées (parfois un peu ... j'ai le droit hein oui?... parfois un peu faciles comme "De Kampuchéa à Zanzibar. De Sigmaringen à Gibraltar… " parce que Zanzibar et Gibraltar... mais bon ya le symbole derrière les mots alors...je t'absous (sur...de)

Bref, deuxième fois que j'arrive à ressentir un texte engagé... et ce coup là je suis convaincue.
Vraiment.
Comme je ne sais plus quelle pub pour un quotidien : Le choix des mots (le choc des photos), on voit tes mots danser devant nos yeux et les associations se font d'elles-mêmes... et plus les mots sont beaux et plus les images sont hideuses...

Oui, j'essaierai bien de mettre ça en musique... juste pour voir... ce que ça donne... hummm Estelle en mode compositeur... grat grat...

merci. Merci pour ce texte qui dénote une recherche méticuleuse du dosage. Dosage des couleurs, des ombres, des mots vifs sur mots doux voire beaux... les associations de contraires...

- tranquille glisse des reflets de souillures pourpres...

Merci.
Lari... j'adore ta plume... sans bornes...
Es

   David   
12/2/2011
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Larivière,

C'était un grand cri ce poème, j'ai dû le lire plusieurs fois, j'y reviens aujourd'hui, au moins un vers redevient souffle :

"Beau temps pour la saison sur la majeure partie de la Tunisie."

Il pleut des dictatures, c'est plus facile à lire, même s'il en reste plein, ça fait rêver d'y croire. Un poème chaudron, incantatoire, mais faut pas être superstitieux, qu'est-ce qu'il reste à venir sur les avenues du Monde…

   wancyrs   
13/2/2011
Commentaire modéré

   zenobi   
5/7/2011
Commentaire modéré

   zenobi   
5/7/2011
 a aimé ce texte 
Pas
J'ai lu un texte énumératif-( et ce doublement en raison d'un grand nombre de phrases averbales)- dont je ne mets pas en doute les bonnes intentions.
Les adjectifs appesantissent, d'ailleurs, cette volonté dénonciatrice.
Ce qui m'interroge, c'est, en l'absence d'un rythme propre, le caractère "poétique" de cet écrit.

De petites fautes de langue ici ou là (glisse/nt; maquillés).

   sousmarin   
20/2/2012
Commentaire modéré

   sousmarin   
20/2/2012
 a aimé ce texte 
Vraiment pas ↑
On entrevoie un sens à ce texte qui, de mon point de vue bien sûr, n’a rien de poétique !

Il se contente d’énumérer les sévices et autres tortures « sang » aller plus loin qu’un simple constat et une condamnation qui, bien sûr, ne saurait être contestée.

L’inutilité en action !

   Anonyme   
1/5/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Pas mal => du rythme, des sonorités éclatantes et un lexique fourni qui ne détruit pas le sens ...
Peut être un peu trop de mots quand même, on pourrait croire à une énumération sans intelligence fédératrice.


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