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Lariviere : Fragment delta numéro 8
 Publié le 12/05/26  -  5 commentaires  -  6163 caractères  -  34 lectures    Autres textes du même auteur


Fragment delta numéro 8



La vérité est un prisme fragile, fugace, fourmillant ; facettes de nos impressions aussi fines que du verre, mais parfois glaise épaisse et étouffante comme des sables mouvants, qui se déploient en mille fragrances et projections.

Réussir à jauger au-delà des figures trop pâles, des teints trop fardés, des maquillages appliqués sur des visages exubérants et au-delà du brouillard permanent et des stigmates, s'escrimer à porter le regard sur le vrai velours des âmes, en dehors des apparences toujours trompeuses et des textures extérieures afin de sentir, avec intensité, les splendeurs parfois enfouies des véritables valeurs humaines.

Voilà le vrai printemps, rupture. Voilà comment nous regardons, voilà comme nous sommes. Tout le reste n'est que littérature ou commerce. Maldonne. Trahison. Déviation constante des trajets fabuleux.

Ne les laissons pas tisser leurs toiles sur nos sentiers fragiles et nous mentir sur la véritable raison de leur présence à nos côtés. Car en réalité, nous ne les intéressons pas. Ils se délectent de notre naïveté, s'abreuvent de nos sucs et de nos substances, aspirent jusqu'à la lie la rosée merveilleuse de nos transpirations jusqu'à nous laisser exsangues, vidés de vie et de projet, anéantis, livrés à la férocité inouïe de leurs appétits gargantuesques. Nous qui consommons avec frénésie, nous sommes leurs nourritures perpétuelles.

Dans un monde cannibale, trouver sa voie ou être proie. Objet de convoitise incessante, immobile et triste comme une ballerine désarticulée.

Échafaudages. Présages. Maquettes à monter. Conscience du surmoi comme ultime sursaut. Nous sommes des morceaux de chair et d'os, de nerfs et de passions, aussi lourds que le plomb, mais dans le refuge azuré de nos têtes, nous nous découvrons légers comme des cerfs-volants, comprimés et soumis aux miasmes du temps, aux courants ascendants, secoués de turbulences, coincés dans leurs empires construits en briques de sel et de ciel accessoire jalonnés de guichets et de haies à sauter, rythmant nos vies de papillons par des cadences d'automates, monnayant jusqu'à l'air que nous inspirons, découpant l'infini de nos étendues terrestres en frontières qu'ils ont décrétées légitimes.

Nuages et mirages. Prisons dorées. Soleil véritable à l'agonie. Frissons et bourgeons en éclosion abandonnés aux gelées terribles du jour naissant. Dans la forêt paisible se trouve une clairière diaphane ; au centre, un énorme trou noir et, au-dessus, de longues écharpes de brumes et de doux voiles blancs…

En effet, nous pourrions construire de nos mains sortilèges des fusées d'or chargées de parcourir avec allégresse l'immensité de nos parcours humains. Au lieu de cela nous déclamons avec ivresse des vers dans des déserts sans fin et avec des énormes télescopes nous scrutons l'univers à la recherche de la plus lointaine galaxie, de la plus inaccessible étoile, du plus petit signe de vie…

Au-delà du rideau de fer mécanique du jour se déroulent les pensées rugissantes du crépuscule, déchirant les voiles excentriques de la grande mascarade… C'est le monde au-delà des décors d'académie et des tapisseries, le monde hurlant ses maux, chantant ses joies et ses peines à l'horizon engourdi des jours nouveaux où se déploient sans cesse les cris, les pleurs, les cris et les pleurs, le sang et les cendres en tourbillon, bouillonnement, imprécations, soubresauts… Les horreurs autant que la beauté de ce monde se forment de flux et d'influx insistants, c'est ce qui nous appartient aussi en commun, au-delà des lumières candides et des feux trop vite éteints… Carton-pâte humain. Les dénoncer. Sinon se taire…

À travers les herses du quotidien, nous nous regardons en chiens de faïence au lieu de découper notre pain à parts égales et de voir, à l'heure de l'ultime pesée des cœurs, les grilles du paradis jusque-là cadenassées sauter d'une seule gerbe de feu multicolore. Rimmels stratifiés. Rite de passage. Recracher le ver invisible mais invincible situé dans le fruit. Viscères vermeils enluminent nos vies purulentes. Pénitence sincère nous rappelle le malaise originel. Demain sûrement un avenir radieux, mais pour l'heure, singes et gardiens de zoo hurlent ensemble.

Si en regardant le ciel quand le soleil couchant déploie ses franges de rêves, le clair de lune apparaissant n'est qu'un calvaire blafard, il faut se demander dans une certaine mesure si nous ne sommes pas passés à côté de l'existence.

Alors, les vapeurs d'éther nichées dans nos soupirs se mélangent avec le salin amer de nos désirs.

Imposition de lèvres ou de mains sur nos fronts brûlants d'algébriques destins.

Douces lueurs candides déposées au creux des reins, aux paupières des anges. Les cimes des arbres imposent leurs cérémonies dans la pénombre croissante. Leurs litanies lancinantes creusent le silence et se traduisent par d'infimes murmures dans la langue du vent, souffle chaud montant des lambeaux de terre, s'exhalant au tréfonds d'une nuit ne portant dans son asymétrie aucune sorte de prédication. Plénitude du firmament. Extase. Formidable offrande des géants blancs encagoulés de cheveux verts, remplis de sève et de craquements. Leurs branches sont des bras musiciens tenant des archets splendides au-delà du surnageant. Mais si on regarde mieux et d'un œil aguerri, on aperçoit au loin les reliefs escarpés où se trouve cachée la pierre philosophale.

Qui n'est pas encore convaincu que les ailes des moulins à vent, comme celles des oiseaux, sont faites de chants et de miroirs brisés ?... Cogitations mentales et simples constatations. Ulcération de l'esprit bleui soumis aux corrosions brûlantes sous l'étau glacé de nos routines. Pluies acides des compromissions et des vermines. Nous voulons bien dire. Nous ne disons rien.

Pourtant, la poésie ne peut se réduire à une notion de contemplation. Pour exprimer du beau, il n'y a pas besoin d'écrire de poème ; il suffit de regarder ébahi l'astre solaire se lever à l'aurore pour éclairer graduellement l'infini relatif de son jardin…


 
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   Passant75   
2/5/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Ce texte propose une méditation dense sur la vérité, présentée comme instable et difficile à saisir. À travers une écriture très imagée, l’auteur développe une critique des apparences et du monde contemporain, perçu comme artificiel, aliénant et trompeur. L’opposition entre surface et profondeur structure l’ensemble, avec une invitation à dépasser les faux-semblants pour atteindre une forme d’authenticité.

Le style se caractérise par une richesse du champ lexical et une profusion de métaphores, qui confèrent au texte une réelle intensité poétique. Certaines images sont particulièrement marquantes, et l’oxymore « infini relatif » en fin de texte est une trouvaille intéressante, car il résume bien la tension entre aspiration à l’absolu et limites humaines.

Cependant, cette abondance peut aussi nuire à la clarté. L’accumulation d’images et d’idées rend parfois le propos difficile à suivre, donnant une impression de saturation. Certaines intuitions fortes se trouvent ainsi diluées dans l’excès.

Malgré cela, l’ensemble reste cohérent dans sa volonté de dénoncer les illusions et d’interroger notre rapport au réel. La conclusion, qui suggère que la beauté existe au-delà de la poésie elle-même, apporte une dimension réflexive intéressante.

Au final, c’est un texte ambitieux et évocateur, riche (peut-être trop !) qui pourrait, en effet, gagner à être légèrement épuré pour renforcer plus encore son impact.

   Polza   
4/5/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Une fois ce poème publié, sûrement son titre actuel sera changé en « Fragment delta numéro 8 »…

Vous n’avez qu’un commentaire en EL à l’instant où j’écris ces lignes. Je ne pense pas que cela soit dû au manque de poésie qui serait absent de votre réflexion et digression poétique.

Pour ma part, j’ai hésité à commenter vos mots tant vous commenter me demande un effort intellectuel et un minimum de connaissances.

J’ai déjà dû vous le dire, mais il y a beaucoup de philosophie et de métaphysique dans vos écrits (qui viennent s’ajouter à la cause première, la poésie)…

Je vais tâcher d’être digne de votre labeur, je pourrais développer, argumenter, donner mille références que je ne serais pas sûr d’atteindre mes objectifs, par fainéantise intellectuelle peut-être ou par manque de cognition…

Je ne sais vraiment pas comment m’y prendre, par où commencer et dans quel ordre développer ma pensée, vous ne me facilitez pas la tâche !

Je ne sais pas pourquoi, mais quand j’ai lu vérité associée à glaise, j’ai immédiatement pensé au Golem, cette fameuse créature de légende de la kabbale et des croyances magiques. D’ailleurs, il est curieux de voir comment beaucoup de religions, de croyances ou de mythes convergent. Les Sephiroth, l’arbre de vie se retrouve chez les rosicruciens, le déluge dans pas mal de religions, dans l’épopée de Gilgamesh également…

J’avais un livre à ce sujet, mais je l’ai revendu, je ne peux malheureusement pas garder tous les livres que j’achète, ma bibliothèque étant beaucoup plus petite que celles d’Alexandrie ou de Constantinople !

Du coup, comme je perds parfois la mémoire, je suis allé voir mon ami Gogol pour m’aider à la rafraîchir. Je me doutais bien qu’il y avait une piste à suivre et à creuser. La vérité, le Golem, Emet (H), Met(H)…(Vérité/Mort)

Mais je digresse trop, revenons à nos moutons, à votre poème !

En vous lisant, j’ai l’impression que vous êtes dans la continuité de grands philosophes ou sociologues tels que Deleuze ou Bourdieu pour ne citer qu’eux, tout en y ajoutant votre propre poésie…

La vérité est un prisme fragile, et s’il est fragile et qu’il y a vérité, il y a donc un mensonge latent qui nous attend quelque part !

Franchement, il y a beaucoup trop à dire et à analyser pour moi dans votre poème, ça me prendrait trop de temps, aussi, ne m’en voulez pas, mais je vais finir tranquillement ma vache à boire mangue et fruit de la passion de chez Michel et Augustin…

Mais si vous voulez mon avis, j’aime beaucoup, cela m’ennuyait vraiment qu’il n’y ait qu’un seul commentaire en EL, il y en aura au moins deux à présent !

Ah si, je savais bien que j’avais encore une ou deux petites choses à dire !

Il y a 5 fois le verbe regarder dans ce poème, j’ai trouvé cela intéressant, regarder la vérité en face !

« au centre, un énorme trou noir et, au-dessus, de longues écharpes de brumes et de doux voiles blancs…

En effet, nous pourrions construire de nos mains sortilèges des fusées d’or chargées de parcourir avec allégresse l’immensité de nos parcours humains. Au lieu de cela nous déclamons avec ivresse des vers dans des déserts sans fin et avec des énormes télescopes nous scrutons l’univers à la recherche de la plus lointaine galaxie, de la plus inaccessible étoile, du plus petit signe de vie… »

un énorme trou noir et des énormes télescopes peut-être un peu trop rapprochés, d’ailleurs, pourquoi n’avoir pas écrit plus simplement, d’énormes télescopes ?

« s’exhalant au tréfond d’une nuit ne portant dans son asymétrie aucune sorte de prédication. »

au tréfondS, ça sera sûrement corrigé avant publication…

« Pourtant, la poésie ne peut se réduire à une notion de contemplation. Pour exprimer du beau, il n’y a pas besoin d’écrire de poème ; il suffit de regarder ébahi l’astre solaire se lever à l’aurore pour éclairer graduellement l’infini relatif de son jardin… »

Je ne suis pas sûr d’avoir compris la conclusion, j’ai eu l’impression qu’il y avait comme une antinomie dans ce passage. « La poésie ne peut se réduire à une notion de contemplation/Pour exprimer du beau, il n’y a pas besoin d’écrire un poème ; il suffit de regarder ébahi l’astre solaire se lever à l’aurore pour éclairer graduellement l’infini relatif de son jardin… » c’est donc de la contemplation ?

Peut-être des explications postpublication…

   Cyrill   
12/5/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Salut Lari.
Ce texte me fait penser à un précipité qui s’infiltre dans les ramifications d’un réseau de pensées et sensations en arborescence, comme si le temps était compté au locuteur. D’ailleurs le temps nous est compté. J’y ai lu le désir urgent d’humanité, dans toute sa fragilité. La crainte de perdre notre imaginaire alors que la machine nous le recrache standardisé.
Serons-nous assez songes-creux, fous, romantiques, amoureux, pour résister aux tissages de toiles et aux suceurs d’âmes ? Dans cet opus, la poésie est une nouvelle fois interrogée, presque désespérément. Il y a des passages d’une grande richesse et force poétique. Sans relever d’un système structuré, j’ai senti l’inspiration guidée tant par l’argumentaire que par l’émotion exacerbée et la musicalité qui la soutient.
Mais la prose ne se contente pas d’esthétique, elle est vindicative, c’est un cri d’alarme :  « Les dénoncer. Sinon se taire… », et un aveu d’impuissance : «Nous voulons bien dire. Nous ne disons rien ».
Que dire encore ? J’aime infiniment cette inspiration née d’un pessimisme profond. Quant à savoir si j’entérine ou réfute chaque proposition, ce n’est pas le sujet pour moi. Il s’agit surtout ici de s’immerger dans le rayonnement de la parole.
Bravo, et merci pour le partage.
NB : j’ai apprécié l’aération ^^

   Provencao   
12/5/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Lariviere,

J'ai beaucoup aimé cette justesse et cette foi dans cette fragilité presque tendre ou vous avez su placer à l'horizon de votre écrit, cette possibilité de la sérénité.

Une belle invitation à la sublimation de la tendreté.

J'ai aimé cette orbe choisie qui nous propose un écho exaltant en liant l'inconstance du Soi et l'inclination à la création dans l'être unanime.

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   Myndie   
12/5/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Larivière,

je vois dans cette nouvelle méditation poétique aux accents surréalistes une critique sociale virulente un véritable cri de conscience, un appel à réagir.
Fuir les compromis et la routine du quotidien pour retrouver la magie du monde et transformer notre ordinaire en « fusée d'or », rejeter l'artifice et le paraître pour retrouver «le vrai velours des âmes ».
La clé pour moi se trouve ici : « trouver sa voie ou être proie »
L'antagonisme entre la déchéance du monde et le sublime est développé dans tout le texte, comme une métaphore filée ; ce paragraphe l'illustre fort poétiquement :
«  Nous sommes des morceaux de chair et d'os, de nerfs et de passions, aussi lourds que le plomb, mais dans le refuge azuré de nos têtes, nous nous découvrons légers comme des cerfs-volants, comprimés et soumis aux miasmes du temps, aux courants ascendants, secoués de turbulences, coincés dans leurs empires construits en briques de sel et de ciel accessoire jalonnés de guichets et de haies à sauter, rythmant nos vies de papillons ».
Cette dissonance est cependant pleine d'ambiguïté car si nous avons dans ce monde de prédateurs, toujours un « refuge azuré » dans nos têtes et des aspirations à l'idéal et au sublime, alors pourquoi nous tourner vers l'inutile ou l'inaccessible ?
(« Au lieu de cela nous déclamons avec ivresse des vers dans des déserts sans fin et avec des énormes télescopes nous scrutons l'univers à la recherche de la plus lointaine galaxie, de la plus inaccessible étoile, du plus petit signe de vie… »)
C'est bien vu et j'en aime la petite pointe d'ironie.
Il y a donc un sentiment d'urgence que le rythme soutenu,les phrases hachées ou sans verbe et composées d'un seul mot, fait bien sentir.
J'ai été très sensible au poids des mots et au choc des images ^^ :
« Dans la forêt paisible se trouve une clairière diaphane ; au centre, un énorme trou noir et, au-dessus, de longues écharpes de brumes et de doux voiles blancs… »
Et la conclusion est de toute beauté.

Larivière, décidément j'aime bien tes conseils. Je vais prendre bien garde à ne pas devenir la gardienne de zoo de mon enfermement et à toujours m'attacher à voir dans la nature une manifestation du sacré. Enfin, je vais essayer ;D


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