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Poésie libre
Lariviere : Gouttes de seigle
 Publié le 03/11/20  -  7 commentaires  -  827 caractères  -  203 lectures    Autres textes du même auteur


Gouttes de seigle



Gouttes de seigle
Pain au son pour fièvre rouge
L’inspiration
Vache sacrée
Aux couleurs réfutables
Besoin d’écrire ?
Galette de blé
Automne
Foudre
Mélancolie
Respiration de l’ombre échancrée des alvéoles
Comment sans cela
S’élever de la pierre
Amère
Froide
Où l’on est assis
Couché !
Debout !
L’esprit criant famine
Pas de pain sans levain
La pâte du ciel
Qui nous domine
Les doigts collés à la matière
S’empêtrent
Endoloris et passifs
Engloutis ou amorphes
C’est le cerveau qui dit
Pas de missives et on s’enfonce
Les missiles de nos viscères
Gémissent
Dans la douceur
D’un charnier programmé
Celui d’un monde
Au coccyx collé
Et aux idées
Fantômes.


 
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   Pouet   
3/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Slt,

si la vache a des ergots (de seigle), c'est pour mieux griffer le ciel en attendant l’hallali du coq en pâte, rien ne sert de commander l'esprit qui fixe le gros bouton rouge, fais c'que j'fais et dis c'que j'dis, mais pas dans ce désordre, castes et casting d'un monde de série B.

C'est pour l'instant tout ce que me sort mon logiciel des abysses- doit y avoir un bug du waterplouf.

   Vincente   
3/11/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Le pain comme matière de pensée. Les mots boulangés sous le geste poétique. Et cet enchevêtrement qui s'affiche dans ce texte épanché.

J'ai adhéré à l'émoi que la main penseuse a recueilli, formalisé dans ces "gouttes de seigle", en pétrissant de la sorte la matière ressentie du ressentiment de se comprendre dans "un charnier programmé / celui d'un monde / au coccyx collé / et aux idées / fantômes". Vraiment, une force se dégage dans cette effervescence scripturale, où dans une sorte de révolte d'anticorps, le sujet se débat, avec une "fièvre rouge", et lance ses mots comme ils viennent, comme ils souffrent, comme ils refusent la mort qui se présage…

Il ne sera pas simple, et de plus assez inutile de "psychanalyser" la parole en souffrance, il ne peut s'agir pour le lecteur-confident que de lire entre les lignes et refaire un chemin à lui accessible de ces termes déroutés, déroutants, mais signifiants.

J'entends donc le "message", j'apprécie l'intention et je partage en grande partie le constat, mais je ne crois pas en la "fin programmée" ; je crois au contraire que grâce à la sensibilité toujours vivace de personnalités de la trempe et des tripes de ce type de narrateur, que "Le monde" n'a pas encore fini de parler de "nous" !
Dois-je saluer le poète ou plus simplement l'homme qui l'habite ?

   jfmoods   
3/11/2020
La métaphore du titre met en exergue la contradiction qui nourrit le poème. D'un côté, le seigle prépare la consommation du pain, symbole de perpétuation de la vie ; de l'autre, les gouttes imposent l'image du sang versé qui préfigure la mort. Riche de promesses, l'existence humaine se voit cependant placée, d'emblée, sous le plus triste des augures.

À suivre...

   Eclaircie   
4/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Larivière,

J'avoue avoir lu les autres commentaires avant de laisser le mien, ayant été assez déconcertée par ce poème.
C'est un texte que j'ai lu attentivement trois fois (c'est pas beaucoup, je sais). En première lecture, très bonne impression. En seconde, tentant d'expliciter le texte, j'ai eu plus de mal. Enfin, j'ai eu envie de te dire que j'aime les formules, les images qui constituent ce poème.
J'ai particulièrement apprécié :
"Respiration de l’ombre échancrée des alvéoles" surtout lorsque ensuite je lis : "Comment sans cela
S’élever de la pierre"
Beaucoup aussi, autant pour la sonorité que l'image induite :
"C’est le cerveau qui dit
Pas de missives et on s’enfonce
Les missiles de nos viscères
Gémissent".
Je ressens au travers de ce poème toutes les contradictions à combler la faim du corps et de l'esprit.

Merci du partage,
Éclaircie

   hersen   
4/11/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Y en a qui dévide leur fil et d'autres qui surveillent leur levain :)

Tout ici fermente pour la nourriture de l'esprit. Mais le levain ne "pousse" pas tout seul, il faut l'aider, le surveiller, lui donner un environnement propice.
Bref, lui donner de la matière sans laquelle tout reste statique.

je trouve ici un très bon parallèle entre nourriture du corps et de l'esprit, entre culture et culture, les deux aussi importantes l'une que l'autre, on le voit à l'heure où l'on veut ouvrir les boulangeries (essentielles) et fermer les librairies (non-essentielles ). On le voit aux réactions et au débat que cela suscite.

"Respiration de l’ombre échancrée des alvéoles
Comment sans cela
S’élever de la pierre
Amère
Froide
Où l’on est assis
Couché !
Debout !
L’esprit criant famine"

Merci de la lecture !

   Louis   
11/11/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
À quoi se nourrit le « besoin d’écrire » ?

L’écriture, et plus particulièrement l’écriture poétique, fait son pain avec des « gouttes de seigle » : répond le poème.
Non pas des ‘’grains’’, mais des « gouttes » de céréales, qui prennent donc l’image d’un liquide, d’un flux, celui du sang qui donne vie, du sang vital irriguant l’écriture, du sang qui se fait d’encre.
Cette allusion au flux sanguin se trouve confirmée dans « la fièvre rouge », cette ardeur, cette exaltation dans laquelle s’assouvit le besoin d’écrire.
Ce sang est à la fois le pain et le vin, le vin d’une ivresse, « fièvre rouge », dans laquelle se réalise l’acte d’écrire.
Sang aussi d'une blessure, mortelle.
« Pain au son pour fièvre rouge », donc. Le vin-sang est aussi le son, son de seigle.
Dionysos a soif, avant d’être en appétit.

Pour faire son pain, il faut néanmoins des ingrédients supplémentaires ; la farine, de seigle et de son, le sang et le vin ne suffisent pas, il faut aussi ce que l’on tire de la « vache sacrée » : le lait de « l’inspiration ».
Dans quels champs paît la « vache sacrée » ? On ne sait, parce qu’on ne sait pas d’où vient l’inspiration. Au cours de l’histoire, on y a répondu par les croyances dans les divinités, ces puissances supérieures à l’homme, et la vache sacrée devait paître dans le pré des Muses, dans le jardin du Dieu des religions monothéistes, ou encore dans le champ de la Nature déifiée. Peut-être est-ce le sens des « couleurs réfutables » de la vache à lait, inspiratrice.
L’inspiration pourrait aussi bien se confondre avec ce qui nourrit le besoin d’écrire, mais le poème les distingue, il fait de l’inspiration l’un des ferments du pain qui peut satisfaire l’appétit ou la soif d’écrire.
Quel est donc ce pain, et ce vin, matières à nourrir le besoin d’écrire?
Quelle « galette de blé » ? De quoi cette galette est-elle l’image ?

Le poème répond :

« Automne
Foudre
Mélancolie »

On fait son pain, ou sa « galette » de saison, aujourd’hui l’automne, de cet air, de cette tristesse automnale, de ce temps quand tout meurt et tout expire ; galette au son de la mélancolie, sous l’illumination venue du ciel, éclair, foudre d’une inspiration.


Écrire aujourd’hui, c’est écrire nourri de la mélancolie d’un monde qui expire.
Écrire, c’est se nourrir ainsi, paradoxalement, de ce qui meurt.
Écrire, pendant que l’on respire « l’ombre échancrée des alvéoles » ; pendant que l’on trouve, au sein de la mie alvéolée du pain pétri dans la farine de mélancolie, celle issue d’un monde qui périt, de petits espoirs, un peu d’air dans le pain noir ; pendant que l’on écrit à l’ombre de la mélancolie, dans l’ombre de la nuit.

Cette nourriture nous « élève » :

« Comment sans cela
S’élever de la pierre
Amère
Froide
Où l’on est assis »

Spirituelle, elle élève l’esprit ainsi sustenté, « l’esprit criant famine ».
« Pas de pain sans levain », sans ce qui lève et nous élève, nous qui sommes « assis », passifs, plantés sur une pierre très terrestre, «froide » et sans vie, pleine d’amertume.
Campés sur la pierre, galet que nous ne transmuons pas en galette, palet que nous ne transmutons en ce qui satisfait le palais, dalle avec laquelle nous ne faisons que dalle ; assis donc sur une pierre tombale, nous sommes bien positionnés pour l’écriture, mais en mauvaise place pour agir et transformer un monde qui souffre, un monde qui meurt.

Si l’esprit s’active dans les hauteurs, trouve sa voie lactée, la pâte à ciel qui pourra le nourrir, « pâte du ciel qui nous domine », le corps, lui, demeure passif, assis, debout, ou couché, mais immobile, mais inactif, et les mains restent passives :

« Les doigts collés à la matière
S’empêtrent
Endoloris et passifs
Engloutis ou amorphes »

Contrairement à la pâte céleste éthérée, celle de matière terrestre s’avère gluante, visqueuse, collante, difficile à manier. On y a "les mains sales" ; on s’y blesse les doigts.
Mais on s’en lave les mains dans le bleu du ciel, dans l’empyrée de la pensée, ou sur l’azur de l’écriture. Et les souffrances des corps, leur santé, leur survie sont délaissées.

« C’est le cerveau qui dit », c’est le cerveau, condition de l’esprit, qui parle, écrit, mais ne donne pas de « missives », n’envoie pas les messages indicatifs sur la façon de préparer le pain qui nourrira les corps et le cerveau lui-même qui en fait partie, de façon pérenne.
Restent nos « viscères » qui ne parlent pas, mais expriment une douleur, « gémissent » ; pas des missives, mais des « missiles » tirés pour alerter, mais en vain.

Le poème déplore cette coupure, ce hiatus entre le monde actif de l’esprit et de l’écriture, et celui, trop passif, de la pratique qui vise la sauvegarde et l’extension de la vie, de la santé, du bien-être.
Le constat de cette situation est présenté, dans la partie finale du poème, de façon dramatique : sourds aux explosions des « missiles» qui parviennent de nos entrailles, tirés des profondeurs de notre être corporel et sensible, nous vivons :

« Dans la douceur
D’un charnier programmé
Celui d’un monde
Au coccyx collé
Et aux idées
Fantômes »

Un « charnier » se prépare dans un monde dévasté, sans blé, sans moyens de survie, et nous restons assis, « coccyx collé », sans "mettre la main à la pâte", passifs, languides, "a-pathiques".

Quant aux « idées », celles du monde de l’esprit et de l’écriture, elles n’ont plus d’existence autre que fantomatique, qui hante les livres et le monde pendant qu’il devient un «charnier» ; devenues idées inefficientes, vides et inconsistantes, impuissantes à changer le réel, elles sont incapables de se confronter au monde terrestre matériel tant elles ont fréquenté les cimes.

Le poème en appelle implicitement à une eucharistie païenne, une liturgie nouvelle qui vise à transsubstantier le pain et le vin de l’écriture et de la pensée en une puissance quasi divine capable d’agir sur le monde pour le sauver, en assurer son salut, avant sa transformation en un immense charnier.

Le poème convie à une extatique de la poésie, qui ne reste pas prisonnière des cieux et de l’azur où elle plane, languissante et mélancolique ; à une écriture et une pensée qui ne se coupent pas de la vie, pour n’en retenir que les vapeurs fumantes "ex dolore", mais à une force agissante qui donne à la vie un avenir et un peu de sa poésie ; il en appelle à ne plus se nourrir de ce qui meurt, mais à nourrir la vie de ce qui la préserve, la renforce, et la rend plus belle.

Le poème rappelle ce que dit un autre poème, écrit par Paul Celan :

« Quand je pétris la motte
d’air, notre nourriture,
la lueur de lettres passée par le
pore
ouvert-délirant la
surit. »
( dans : Renverse du souffle)

   Cat   
11/11/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Le coccyx collé, ou vertèbres caudales, qui fit de nous des hommes au sortir de la gangue d'argile et du milieu bête et marin.

J'y vois une jolie histoire de l'homme naissant dans toute sa splendeur, à condition toutefois que le levain ne vienne pas à manquer à la pâte en train de lever.

Jolie et juste métaphore au demeurant, que ce pain de la pensée pour éviter de se dessécher, de se rabougrir, de se ramenuiser, le pain pour nourrir ce besoin d'écrire...

Il nous est offert bien davantage ici, dans celles du poète-philosophe. Alors je reviendrais éditer si j'arrive à retrouver les bons mots pour mieux préciser mes ressentis devant la profondeur de tes propos.

En attendant, je te remercie, Lari, pour le passionnant partage.

Cat
Homo-cogitus ou serial penseur, c'est selon...


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