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Poésie en prose
leon : Le forgeron
 Publié le 14/12/08  -  12 commentaires  -  2181 caractères  -  217 lectures    Autres textes du même auteur

En hommage à mon grand-père.


Le forgeron



« Un homme qui sait parler aux femmes est un homme qui sait se taire », me disait un jour un de mes amis, modeste forgeron d’un village perdu dans les brumes du temps...

Il battait le fer tout le jour, sans relâche, dans son atelier aux murs noircis par la fumée et les soucis.

Au printemps, la masse est légère et vole au fer, comme les cheveux de l’enfant dans le vent. Mais qu’il est dur de devoir battre ce fer tout le jour, quand passent sur le chemin, devant la forge, les filles au rire clair, et que l’odeur des cerisiers en fleurs fait rougir la braise jusqu’à l’éclatement.

L’été venu, la masse est devenue ce rocher sur lequel Dieu bâtit notre monde, et dehors, le soleil incendie les grands champs de blé, dans le concert assourdissant d’un million de sauterelles en rut. Dedans, dans l’hébétement du geste répété et la sueur en ruisseau qui brouille les yeux, le forgeron se surprend à rêver d’un monde où l’acier n’existerait pas.

À l’automne, la masse est revenue de cet orgueil qui la rendait si pesante, et la voilà qui plane comme la feuille qui a su se détacher de l’arbre, sereine car sans projet, souveraine car sans sujet. Le temps reflue doucement et le foyer est un doux réconfort dans les premiers matins frisquets. La matière a gagné en docilité tout ce que le forgeron lui a laissé par la force des choses, et par ce renoncement qu’on appelle assiduité.

Voilà maintenant l’hiver qu’on redoutait tant, quand la lumière du jour est trop faible pour éclairer l’ouvrage, quand le lent rougeoiement de la braise ne peut plus repousser le froid qui passe les murs de la forge, quand le vent n’apporte plus ces odeurs d’humus et de champignons, qu’on aimait tant, quand le vent n’apporte plus que l’odeur fade d’une pluie glacée, qui semble vouloir durer contre toi, contre tout.

Mais le forgeron est aveugle maintenant, et n’a plus besoin de la lumière du jour, et la masse s’est mariée à la main et vole au fer sans plus d’effort. Le forgeron ne craint plus le froid de décembre. Il est ce fer enfin achevé que son fils apprend à ferrer dans cette forge où il ne fait jamais froid : son cœur.


 
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   xuanvincent   
14/12/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai apprécié lire ce texte, une belle histoire, presque un conte, poétique.

. détail : répétition, à peu d'intervalle de "tout le jour".

   Anonyme   
14/12/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai particulièrement apprécié l'avant dernière strophe, assez longue et litanique... mais très équilibrée aussi...

La métaphore des saisons, image du temps qui passe n'est certes pas neuve, mais son traitement est ici assez remarquable.

De bien belles images parcourent ce texte. Merci

   Anonyme   
14/12/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'aime beaucoup la sensibilité qui émane de ce texte-hommage.
Un texte bien construit, de façon logique et qui montre l'abnégation du forgeron qui doit renoncer aux plaisirs du printemps et de l'été, qui répète sans sourciller les mêmes gestes dans une chaleur infernale, qui apprivoise tant la matière que le forgeron et le fer ne font qu'un.
On perçoit toute la rudesse de ce métier d'intérieur, où l'on doit renoncer au spectacle de la nature.
Le forgeron avec sa santé de fer a la dureté du fer.
Très bien.

   David   
15/12/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Leon,

La citation du début est quand même étrange, dans un milieu rural ce sont les gens bourru qui sont qualifié de taiseux et on emploi plutôt beaux parleurs pour "Un homme qui sait parler aux femmes". Mais bon...

Mais bon ce forgeron est aveugle, comme sous l'effet de l'amour ? La fin de la prose en hiver, la fin d'une vie résumé en quatre saisons d'un... forgeron de son propre coeur.

   Doumia   
17/12/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Léon

Une merveilleuse allégorie, qui parle tellement à mon coeur. L'idée est excellente et m'émeut beaucoup.

Merci et bonne continuation.

Ps.Moi aussi je rêve de ce monde où l'acier n'existe pas

   daphlanote   
18/12/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J'aime beaucoup. Une impression de... coton (pas clair, mais je fais ce que je peux -_-') très chouette. Par contre, j'auraisaimé trouvé le texte un peu plus puissant, un peu plus franc aussi. Moins artificiel.

   mamae   
20/12/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,
J'ai beaucoup aimé ce portrait fort dans l'effort. Cette évocation forte, humaine, terrienne et à la fois pleine de mouvements et de sons. Puissance et splendeur du monde rural.
Bravo !

   asics   
29/1/2009
Bel écrit, du savoir fer et du faire savoir...

   Selenim   
24/3/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Une histoire touchante qui éveille les sens.

J'ai beaucoup aimé les différentes couleurs présentes dans chaque saison. Simples mais puissantes.

Selenim

   Menvussa   
31/3/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
C'est très beau, très poétique mais je ne suis pas sûr d'avoir bien saisi le rapport entre le défilement des saisons dans la forge et le fait qu'un homme qui sait parler aux femmes est un homme qui sait se taire.

À moins que ce ne soit une manière, pour notre forgeron, de se rassurer, lui qui est tenu dans sa forge au silence, du fait de ce bruit infernal de martèlement et de soufflerie.

   Flupke   
5/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai beaucoup aimé l'image finale du cœur comparé à la forge. Belle histoire.

   Anonyme   
27/1/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
C'est un texte qui vous fait découvrir les états-d'âme de ce forgeron au fil des saisons, c'est coloré d'images émouvantes et plaisantes, lorsque les sentiments viennent à mener les gestes "augustes" de ce forgeron.

Votre écrit se lit bien, un petit bémol cependant dans le sixième paragraphe, il y a une succession de "quand", qui lui donne un côté rébarbatif et pesant, et dans le cinquième, ce sont les "qui", un peu trop présents.

Mais dans l'ensemble il est plaisant de lire et de relire cet écrit, qui est un portrait "hommage", intéressant et surtout émouvant, il est emprunt d'une belle tendresse.


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