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Poésie contemporaine
Lotier : L’homme de peine
 Publié le 19/11/22  -  15 commentaires  -  850 caractères  -  283 lectures    Autres textes du même auteur

(Peut être lu aussi en sixains d'octosyllabes.)


L’homme de peine



Dos fatigué, je fais retour jusqu’à la grange,
En bon pastour, avec ma cape qui s’effrange.
Un sentiment me tire, étrange et franciscain,
De n’être qu’un fétu de paille fort mesquin !

Le regain n’étant pas épais, le fenil bâille
Et je me paie d’un somme au creux d’un lit de paille.
Une nuée de moineaux piaille. En peu de temps,
Le songe étend son clos. Léger, j’y vais chantant.

Je frôle d’une main l’épi roux des javelles,
Aux grains tapis dans l’or de girondes glumelles,
Et ta main vient dessus, ma belle, acoquiner
Mon cœur peiné. Tu peux dès lors me moissonner…

L’angélus sonne. Ainsi se rompt l’aimable rêve…
En tâcheron, je m’en reviens. Le jour s’achève.
Et je pense à sa vie si brève ! Un bouton d’or
J’ai mis encor, sur le parterre où elle dort.


 
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   Ornicar   
8/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Tiens ! Un poème de terroir. Un peu comme il y a des romans de terroir ? Voyons voir...
J'en finis au plus vite par ce qui me chagrine, essentiellement la première strophe, pour mieux commenter ce qui me plaît, c'est à dire tout le reste.

-"Dos fatigué, je fais retour jusqu’à la grange" : sans être fautive, l'expression "je fais retour" me paraît un peu malhabile, pas naturelle.
- "En bon pastour" : se dessine alors la figure du berger, d'un berger nomade, même et donc d'un éleveur, quand la suite de votre poème dément cette impression première en imposant celle du faucheur, donc d'un agriculteur. Se pose pour moi un problème de cohérence dans votre récit.
- vers 3 : je ne sais ce que vous voulez exprimer avec ce "sentiment... franciscain". La rime me semble franchement tirée par les cheveux.
- "Une nuée de moineaux piaille" : "piaille" entre un peu trop en résonnance avec les rimes "baille" et "paille". Je préfèrerai entendre un autre son.
Et c'est tout car pour le reste, c'est du bon et même du très bon.

Tout d'abord, mention d'excellence pour le titre "L'homme de peine" qui ne se révèle dans sa totalité qu'à la toute fin de votre poème avec ces deux derniers vers, magnifiques, d'une simplicité émouvante qui cueillent, fauchent le lecteur naif que je suis et qui ne s'y attendait pas.
"Et je pense à sa vie si brève ! Un bouton d’or / J’ai mis encor, sur le parterre où elle dort." Du grand art ! Et là, la rime intérieure et sonore "encor" se justifie tout naturellement comme pour mieux enfoncer le clou cruel de ce simple "bouton d'or" déposé sur "le parterre où elle dort".
Rétrospectivement, le dernier vers de la strophe précédente ("Mon cœur peiné. Tu peux dès lors me moissonner…") prend alors une tout autre couleur que celle, bucolique, de l'or des blés en superposant sur celle-ci l'image de la mort armée de sa faux.
L"homme de peine(s), oui ! Dureté des travaux des champs, dureté de la vie qui vous prend l'être cher.

Après ce coup de poing, ce texte recèle d'autres qualités. Tout un lexique ayant trait au travaux des champs se donne à voir et nous fait voir une civilisation rurale qu'on imagine volontiers remonter à la première moitié du siècle dernier, quand les moissons se faisaient à la force des bras, nombreux il est vrai : regain, fenil, javelles, angélus.
J'aime aussi l'usage que vous faites du verbe "acoquiner" : d'un verbe pronominal, vous en faites un verbe transitif direct. Charmante licence poétique qui ajoute encore cette couleur sépia.
De même "l'aimable rêve (qui) se rompt" : tout comme le pain que l'on rompt mais que l'on ne coupe pas.

Vous proposez ce poème en contemporain. Fort bien ! Pour moi, qui n'y connais rien, par sa thématique, son traitement, la façon toute en délicatesse de pièger le lecteur, il est, dans son essence et son esprit, profondément classique.

   Miguel   
11/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'aime bien ce poème, cet homme de peine et ses consolations ; les vers sont assez beaux dans l'ensemble, et j'ai une petite préférence pour les ternaires. Mais pourquoi s'être astreint à cette prouesse formelle qui n'apporte rien, de ces deux dispositions possibles ?

   papipoete   
13/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
contemporain
Bien las de ce jour de moisson, je me laisse aller sur un lit de paille, quand un rêve où tu joues ma mie, me prend par le coeur...mais bientôt, sonne l'Angélus qui rompt ce songe si doux.
NB qu'en termes charmants, cette sieste nous est contée, avec des mots d'autrefois, des moments d'antan, quand le tâcheron s'accordait un moment de répit avec dans la main un épi, un bouton d'or...
La 3e strophe fort poétique, en fait mon passage préféré.
Le premier quatrain est un peu alambiqué ( nous donnerez-vous quelque éclaircissement ? )
Je vois des vers, dodécasyllabes bien " néo-classiques "
papipoète

   Anonyme   
19/11/2022
Ce que j’ai aimé :
_____________
Le concept global du poème avec son jour de labeur et son ton un peu badin qui est bien plaisant.



Ce que j’ai moins aimé :
__________________
Le phrasé amphigourique employé et son cortège de mots piochés dans le dictionnaire (pastour, glumelles, javelles…)

Ma Conclusion :
____________
Une poésie qui a son charme champêtre mais qui sonne trop « vieillote » pour que je puisse l’apprécier vraiment. J’aimerais bien connaître le dessein de l’auteur à s’exprimer un peu comme au XIXème siècle mais je puis peut-être un trop curieuse…

   Hananke   
19/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour

Ce poème contemporain me fait penser aux tableaux des fermes
d'antan, que j'ai connues dans les années 60 lorsque j'allais en vacances chez mes grand-parents dans le Jura.
Curieux et original, cette double façons de pouvoir assembler et lire
ce texte. Mais en contre-partie si on le lit normalement, ça fait
beaucoup d'échos qui se télescopent avec les rimes.
J'aime bien l'idée de se faire moissonner.

Au final, un beau rêve qui semble remémorer de tristes souvenirs.

   Ramana   
19/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Je ne sais pas si c'est mon arrière pensée qui tend vers le lubrique, mais la troisième strophe me parait friser le registre érotique, avec sa (toison) d'épis roux des javelles qu'une main vient frôler (celle du pastour), rejointe en rêve par la main de la belle coquine sur les girondes glumelles (qui vont par deux : Wikipédia). Quand à la nature de la moissonneuse, je n'oserai pas pousser plus loin l'imagerie !
Vraiment désolé si vous êtes parfaitement innocent de l'intention que je vous prête ici, et que votre poésie dans son ensemble n'est que platonique ; mais si tel n'est pas le cas, j'admire votre façon de "coquiner" l'air de rien, entre bon pastour au sentiment franciscain, et sonnerie de l'angélus...
Ceci dit je crois que les sentiments platoniques et les tendances érotiques ne s'excluent pas l'une l'autre, et même peuvent harmonieusement se renforcer mutuellement.

   Anonyme   
19/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Lotier,

Je me demandais quel genre de poète se cachait derrière ce commentateur laconique.

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire votre poésie. Les rimes et les pieds, je n'en discuterai pas, d'autres s'en chargeront certainement mieux, juste vous dire qu'il est rare que je ne m'y arrête pas, car généralement ça a tendance à me donner un gout artificiel.
Ici, je ne m'en offusque pas, je décrète donc que l'exercice est réussi pour me convaincre.

J'ai aimé la progression des vers, orientant vers tout autre sujet, allant même jusqu'à évoquer l'érotisme de manière fort jolie dans la troisième strophe. Et le final. Tellement incongru et tellement triste qui remet tout en perspectives.

Une belle surprise pour laquelle je vous remercie.
Au plaisir de vous lire ici ou là.

   Myndie   
20/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Lotier,

Voilà le genre de poème qui sait me toucher droit au cœur.
Au départ, je me suis demandé pourquoi le choix de cette forme poétique, la rime, la césure, l'organisation des vers...
alors que le vers libéré de toute contrainte, loin d'amoindrir la force du poème, sait en souffler toute l'émotion.
En fait, j'ai tort ; je comprends toute la force de ce travail d'écriture qui me semble être le pendant de l'existence même de cet « homme de la peine ». Et ainsi le titre prend-il tout son sens, avec cette peine double, évoquant à fois le dur labeur du paysan , et le chagrin.
Cette ruralité d'autrefois, et ses conditions de vie sont bien suggérées par les images qui émaillent le texte :
- la paysan avec sa cape qui s'effrange,
- »Le regain n’étant pas épais, le fenil bâille
Et je me paie d’un somme au creux d’un lit de paille. »
et toutes ces images qui donnent une impression de force tranquille et lente, d'une certaine pesanteur même (l'allitération en g dans ce vers
« Aux grains tapis dans l’or de girondes glumelles, ».

Jusqu'à la fin très belle, qui nous donne le coup de grâce.
L'émotion poétique telle que je l'attends, telle que je l'espère.

Merci pour cette belle lecture.
Myndie

PS : M'expliqueras tu le sens que tu donnes à ce "franciscain"?

   inconnu1   
20/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,

Un joli texte contemporain. J'apprécie particulièrement le travail fait pour conserver la fluidité de lecture et l'euphonie. Le fait que les vers ne soient pas tous coupés au même endroit rend compliqué de vérifier s'ils font tous bien 12 pieds, mais en fait, ce n'est pas important. Je vous fais confiance, vu les efforts pour le reste. Comme la mélancolie n'est pas le thème principal, il n'est pas nécessaire de bercer la lecture par des dodécasyllabes bien balancés avec une césure à l'hémistiche.

Bien à vous

   Donaldo75   
21/11/2022
Après lecture de l’exergue, je me suis dit « vais-je lire un exercice de style ou un texte du genre ? ». Je ne sais toujours pas, en fait mais ce dont je suis sûr c’est que la digestion n’a pas été simple après cette lecture. Je ne suis décidément pas fan de la tonalité surannée pour ne pas dire vieillotte de cette poésie qui est classée contemporaine mais dont je me dis contemporaine de quelle époque ? Le premier quatrain rime, certes, dit probablement et je suppose introduit le sujet. Le suivant continue dans l’imagerie rurale et dans la rime laborieuse sans relever mon impression de lecture. Et ça continue comme ça, à l’ancienne, artisanale, pas vraiment sophistiquée, avec des ruptures de rythme – c’est mon avis de lecteur, hein, je ne prétends pas à l’analyse exacte de la prosodie – qui rendent l’ensemble pas vraiment fluide. Si j’en reviens à l’imagerie, je suppose qu’elle est volontairement axée sur hier – un temps plutôt lointain dans ma compréhension – dans un monde presque fantasmé – mais il est vrai que je ne vais pas souvent à la campagne et que j’habite dans une partie de l’Ile de France où les villages alentours ne me donnent pas cette impression – et dans une forme qui lui convient bien finalement. C’est cohérent.

   Mintaka   
22/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Lotier,
Votre texte est d'une poésie étincelante. C'est un poème tout en finesse, taillé dans la dentelle des sentiments et qui fait bon lire tant il est doux à l'oreille.
Enfin vous l'aurez compris j'ai beaucoup aimé.
Merci et au plaisir

   Cyrill   
22/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce poème, avec ses deux rythmiques conjuguées, me fait penser au contrepoint en musique où deux lignes mélodiques se superposent de façon organisée.
Vous l'avez signalé en exergue mais même sans en avoir connaissance on sent la complexité de l'organisation des vers riches en assonances. Ça procure un réel plaisir de lecture, un peu comme on admirerait un édifice baroque. Le thème est d'un autre siècle mais fleure bon l' "époque" avec ce rêve de compagne dans une campagne hors d'âge.
Je salue et l'exercice formel, et la tonalité qui me convie dans un espace-temps stylisé, sans que j'aie l'impression de verser dans la nostalgie un peu stérile.

   arigo   
23/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Lotier,

Votre écrit dégage une ambiance, un charme, un décor très réaliste. On se laisse facilement guider dans la lecture. il y a un ton léger, on sent les mois chauds, les couleurs de l'été.
Et puis ce rêve bien terminer joliment ce poème.

Merci pour ce partage,

Arigo

   BlaseSaintLuc   
20/12/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Tout en technique,comme les gens d'ici aiment à voir la bel ouvrage.
L'odeur du crottin n'est pas loin...
C'est du parlé des chataignes, presque un tableau de Millet,de l'huile sur toile .
Il faut une lecture attentive, presqu' aussi experte que le texte.
Très bon travail, que j'ai bien peur de sous noté,faute d'avoir le niveau de lecture suffisant.

   Marite   
21/12/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Quelle agréable lecture poétique ! Le rythme lent et régulier, les images suggérées par des mots, simples pour certains ou peu usités pour quelques autres dont il est facile de trouver la signification, tissent une belle harmonie de l'ensemble du tableau.


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