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Poésie en prose
Louis : Le saut
 Publié le 19/02/18  -  19 commentaires  -  7729 caractères  -  159 lectures    Autres textes du même auteur

Ce texte ne m'a semblé nécessiter, lorsqu'il fut écrit, qu'un seul point, et qu'un seul verbe conjugué...


Le saut



Sur un long chemin de terre, tout au long des brumes, des silhouettes d'enfants courbées en avant vers la terre brune, trois enfants, silhouettes d'antan, courbées vers le sol creusé de leurs mains, sol de terre brune, enfants en mémoire, terre brune, fosse sombre et noire,

Victor, ses mains noires, Victor, tous ses efforts à creuser des trous, partout toujours encore, des trous, sur les tables de son école, dans les champs, dans les jardins, partout et sur le chemin, les trous, son obsession sa déraison, des trous, des petits des grands, partout, et sur le chemin du bord des brumes, des trous des pièges, Victor, des trous-pièges, à prendre toute vie, à prendre pour toujours, à ne jamais rendre, Victor, son idée fixe, des trous, depuis que son père pris à la vie, pris dans un trou de la mort, pris, jamais rendu jamais revenu, Victor seul, son père sous la terre et lui seul sur la terre, alors les trous, les fosses les gueules d'ombre les profondeurs, toute la vie au fond, fond d'heures, les morts sans vie, et le temps mort déjà, son père, à Victor, parti, piégé, et sur le chemin, l'idée, là, l'idée du trou de la mort, et du saut, l'idée, par-dessus la mort, avec le vélo, par-dessus la fosse-piège, trou, au fond la mort,

Victor et Vincent, Vincent, si enfant encore, Vincent, son enthousiasme, ses yeux innocents, son regard clair, Vincent, tout le jour, avec ses mains, ou les bouts de bois du chemin et des bouts de vie, à retourner la terre, à creuser profond, toujours plus profond, Vincent, ses cris d'enfant, son audace, son enthousiasme, sa volonté farouche de braver le danger, à braver la mort le trou son décor, Vincent, sa témérité sa vitalité son énergie démesurée, Vincent plein de vie, à l'âge de tous les courages, à faire reculer toutes les limites, tous les possibles, les impossibles, de son corps en âge d'enfant, de son corps pressé d'être grand, de son corps pressé d'être géant, pour terrasser la mort, et tous les obstacles sur les chemins, tous les outrages, pour enjamber, pas de géants, bottes de mille cieux, les fosses de la mort et les faces de néant, à vaincre l'armée noire enfouie sous la terre, l'armée de démons tapis sous les pieds, sous le sol, sous la terre, à ne jamais se laisser avaler par la gueule noire grand ouverte du démon de pierres, écailles de roches, museau de fer, œil d'enfer, puanteur du noir, odeur de ténèbres, Vincent plein de cœur, Vincent copain de Victor, Vincent et Victor,

et Marc, enfant timide, Marc, suiveur, entraîné dans l'ardeur à creuser la tombe de la peur, sur le chemin, chemin des brumes, chemin nommé Sentier Maillard, sentier des jeux, sentier de tous les retards à la maison le soir, terrain pour les jeux, de terre, de ciel, marelle où gagner le ciel en partant de la terre, un deux trois Soleil, où sauter par-dessus les traits tracés, frontières d'univers, Marc, son regard détourné de l'œuvre noire à creuser les entrailles de la mort, ses yeux tristes posés sur Alice,

Alice, sur le chemin, sur le sentier, Alice, ses sauts à la corde, son jeu à sauter, à s'élever au-dessus du sol, à glisser une corde entre elle et la terre, à créer une sphère, une bulle, un univers, un univers avec sa corde, son mouvement rapide autour d'elle l'enveloppant, Alice et son chant, gai, son chant d'une bulle d'enfant, s'élevant juste un peu, à peine mais suffisamment, un peu au-dessus de tout,

Marc, ses yeux, presque envieux, sur Alice, si frêle, si agile, si gracile, ses sauts dans les espaces riants produits de ses chants, sauts d'Alice, et lui préparant, avec Victor, avec Vincent, sans corde ni filet, le saut de la mort comme hurlé par Victor, le nom du défi, le saut de la mort, Marc, sur le sentier Maillard, à jouer, colin-maillard, à cache-cache avec la mort, Marc, ses yeux fuyant vers les arbres se dessinant au bord du chemin, sur le fond des brumes, au bord du chemin les arbres compagnons témoins, témoins de tous les temps d'avant et de maintenant, les arbres aux noms inconnus, des peupliers dans l'imagination de Marc, des peupliers comme un peuple, le peuple du bord des routes, le peuple compagnon des passants sur le chemin s'en allant, peuple très grand, peuple plié sur les rêves de voyages vers les lointains, peuple rassurant, plié sur les peines et les chagrins, montrant toujours le long chemin,

Victor, sur le tremplin de planches en bois dressées au bord du cratère de la mort, son bond, un saut bien haut, très haut sur son vélo, son saut réussi, son vélo posé sur le chemin en équilibre, par-dessus la mort son saut réussi, Victor pas pris, papa, pas pris, pa, deux pa, pas interdits, pas pris, réussi, sans trépas, Victor pas mort, victoire, mais, papa pas là, pas rejoint papa, mais tout proche, papa, à deux pas, Victor, jamais froid au corps, aux yeux, jamais froid comme la mort, jamais la frousse, la vie aux trousses, à détrousser toujours juste un peu d'amour,

Vincent, son élan, long, rapide, ses yeux fixés sur la bouche de terre grand ouverte, pas un tremblement, son saut, son élan, l'immense bond en avant, saut vers la vie en grand, son saut majestueux au-dessus de la fosse à néant, mais la roue arrière de son vélo, des sommets descendant, mordue par la bouche du monstre, chute de l'enfant, Vincent, sa jambe en sang, Vincent, vite debout sur son vélo, non, pas avalé par la gueule du serpent de terre, sentier Maillard, ses genoux en sang, les dents de pierre plantées dans ses jambes en sang dégoulinant, pas un cri de douleur, Vincent, trop fier, Vincent, destiné à vaincre toujours, à vaincre, Vincent, pas avalé tout cru dans le ventre de la terre à digérer les gens, à les rejeter, excréments, anus d'enfer, puanteur de noir, odeurs de ténèbres, sombre à rien, ombre à néant, Vincent en sang, debout, fier, vingt cœurs au ventre, sans peur, ignorant ses blessures, les dents de pierre dans ses jambes d'enfant, revenant, reprenant son saut, réussissant parfaitement son saut au-dessus du trou de néant, se posant en équilibre très en avant dans le temps, son regard farouche, en avant sur le chemin, Sentier Maillard, sur la vie, avançant fermement,

et Marc, tremblant, hésitant, Marc paralysé, immobile sur son vélo, pieds incapables d'appuyer sur la pédale donnant mouvement en avant, vers le gouffre béant, Marc paralysé, ses yeux fixés sur la corde d'Alice, ses yeux rivés à la sphère créée par le mouvement tournant, par la corde d'Alice, enfant bondissant, sauts légers, cheveux au vent, sourire sur son visage insouciant, Marc paralysé, son corps désobéissant, ses membres tremblants, ses yeux sur Alice sautant, et les huées, les mots blessants des deux autres, Victor et Vincent, trouillard, froussard, mauviette, Marc, en arrêt deux pas en avant du trou de la mort, deux pas avant, deux pas, en avant de tout, et le chant d'Alice, sa voix, ses mots chantants, et les hurlements, trouillard, froussard, mauviette, et le peuple plié, en rang, public du long des chemins, témoin de son sang glacé, Marc, statue figée, yeux rivés sur les horizons inachevés,

Marc, longtemps, à perpétuer la faiblesse d'un moment, toujours figé, à deux pas, tout juste avant le temps, jamais passé de l'autre côté du sol crevassé, Marc pétrifié, figé dans la peur, terreur de la fosse à la mort, du trou béant emportant son courage, sa bravoure, la vie, le jour, Marc, un jour, bien des années après l'arrêt du temps, de nouveau le sol se dérobant, fosse se creusant dans le sable mouvant de sa vie, son amour, ses enfants, éloignés laissant, devant lui un trou béant, dans sa mémoire Victor et Vincent, Alice sa corde, son chant, le peuple des chemins, chemin Maillard, Marc sauta.


 
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   Brume   
4/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour

Superbe poème qui m'a happé du début à la fin.
La vie des 3 garçons et de la petite Alice est à couper le souffle. Il y a tant d'innocence, de blessure, de bravoure.

Je me suis vraiment attachée à ses enfants, tellement leurs émotions embrasent chacuns de vos vers.

Des enfants qui fuient la guerre, affrontent la mort, chacun à leur manière. Leurs pensées, leur caractère, leur imperfection, leur blessure, leur donnent du relief, de la profondeur, du charisme. Et Alice, l'ange de Marc, qui elle est suspendue au ciel, semble en apesanteur, alors que les 3 garçons ne doivent pas tomber dans le trou, ce trou qui représente la tombe, l'enfer. De l'autre côté de la fosse: la vie.

Il y a tant à dire, mais j'ai aimé les enfants, beaucoup d'amour pour eux.

Quand à la forme, cet excès de virgules, qui m'auraient sûrement gêné dans un autre poème, n'a pas perturbé ma lecture. J'ai l'impression qu'elles servent mon esprit à intercepter les images plus facilement et avec clarté. Le rythme est saccadé, pas chaotique.

   kreivi   
19/2/2018
 a aimé ce texte 
Vraiment pas
Epais comme un pudding.
Je ne suis pas rentré dans le texte au début, ni au milieu, ni à la fin.
Je vois une noria de mots sur un thème morbide, une écriture répétitive.
JE préfère la concision et la suggestion
Désolé, je reste complètement en dehors

   hersen   
15/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un excellent texte. Il m'a fallu un peu de temps pour me faire au rythme et donc tenir sur la longueur et aussi apprivoiser les répétitions, nécessaires dans cette écriture.
Il y a quelque chose de très stressant à lire cette histoire, le rythme saccadé peut-être, on est pris par un élan et on s'arrête pile au bord du trou. Sans Marc.
Une écriture d'une grande maîtrise.

hersen

   bipol   
19/2/2018
Modéré : commentaire hors-charte (se référer au paragraphe 6 de la charte)

   Jano   
19/2/2018
 a aimé ce texte 
Un peu
Une poésie en prose difficile à commenter car déroutante. En premier lieu la ponctuation qui donne un rythme saccadé à l'ensemble, comme s'il y avait une urgence. On a l'impression de ne pouvoir reprendre son souffle, d'assister à un déroulé d'évènements que rien ne peut empêcher. Au niveau de la tension dramatique c'est bien réussi.
Ensuite il semble que la poésie traite d'éléments du passé, de scènes de l'enfance porteuses d'un caractère traumatisant. Là il devient complexe d'identifier l'origine du mal, les images sont plutôt obscures et peu évidentes à replacer dans le réel. Le champ lexical n'aide pas à la compréhension, par sa densité il tend à brouiller les pistes.
Je ne peux pas dire que j'apprécie car le tout reste trop énigmatique. Pour aimer il faut comprendre, étape indispensable pour l'identification et l'intégration à son propre affect. Disons que cette poésie m'intrigue, au moins elle ne me laisse pas indifférent.

   PIZZICATO   
19/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Prévenu par l'exergue, je ne me suis pas attardé sur le manque de ponctuation voulu par l'auteur ; j'ai décidé de construire la mienne, celle qui me semblait le mieux correspondre à ma lecture.

L'analyse du caractère de chaque enfant est superbe ; ainsi que la façon de chacun d'appréhender l'idée de la mort.
Cette fosse que les garçons doivent franchir à vélo me semble représenter la métaphore des obstacles que peut dresser la vie et le comportement de chaque être.

Difficile, certes, de résumer, en quelques lignes, la puissance de ce texte.

   troupi   
19/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Louis.

Est-ce que l'auteur nous explique qu'il faut creuser son passé pour accepter son présent, son futur ? pour avancer sans trop de peur ? et encore ça ne garantit rien puisque "Marc sauta".
Victor, lui, creuse parce-que son père pris dans le "trou-piège" n'a jamais été rendu. Alors il faut sauter au-dessus du trou pour conjurer la mort. Victor "pas pris par la mort".
Vincent courageux et fort creuse aussi, mais Vincent est copain de Victor, alors il brave le danger, pour accompagner Victor mais il chute, se blesse, refuse de laisser entamer son courage par son propre sang, sa douleur. Il se relève et affronte.
et Marc qui suit mais ne partage pas la recherche de ses deux camarades, il suit pour ne pas être rejeté mais sa vérité est ailleurs, Alice et ses jeux, qui ne creuse pas mais qui s'élève, juste un peu mais suffisamment pour ne pas sombrer dans les creux de la Terre.
Marc n'a pas sauté, paralysé par la peur et blessé par les cris et moqueries de Victor et Vincent, même pas sauvé par Alice dans sa sphère joueuse.
Marc meurt mais on ne le voit pas tout de suite.
Il faudra un autre évènement bien plus tard pour raviver les souvenirs, lui faire admettre que rien n'a changé et qu'il est temps, sûrement, de mettre un terme à sa souffrance ; "Marc sauta".
Drame de la vie ordinaire ? Peut-être.
Louis nous emmène avec un style bien particulier dans une histoire à quatre qui se joue tous les jours.
La déchirure du passé, la difficulté de vivre avec, les stratagèmes mis en place pour conjurer la douleur, et parfois l'abandon quand l'idée même de continuer à souffrir fait trop peur.
Un texte poignant qui ne se contente pas d'une seule lecture.

   Pouet   
19/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bjr,

Une écriture faite de répétitions qui donne un rythme, comme un mantra.

Victor, Vincent et Marc bien plus présents dans l'écrit qu'Alice, Alice dans sa bulle, Alice dans son monde sûrement de l'autre côté du miroir, de l'histoire, Alice au-dessus, Alice qui sait s'élever, au-dessus du gouffre, qui sait se protéger, Victor et la mort de son père, Victor qui n'oublie pas, qui creuse et qui n'oublie pas, Vincent l'ami de Victor, Vincent le téméraire, Vincent l'optimiste qui donne du courage à Victor peut-être, mais Vincent inspiré par Victor aussi, Vincent qui ne veut faiblir devant Victor, Vincent courageux, Vincent fier, Marc et la peur, Marc et sa peur d'avancer, de creuser, d'exister, Marc et son monde enfoui, son gouffre personnel, ses abysses existentielles, Marc et son regard triste posé sur Alice, mais Marc participe au jeu, certainement sans y croire, certainement sans espoir mais Marc participe au jeu, pour impressionner Alice, pour ne pas perdre la face devant Vincent et Victor, au jeu de la mort et de la vie, de l'envie et de l'effort, Marc participe au jeu avec Vincent et Victor, Victor saute, réussi, affronte la mort, brise la malédiction, Vincent chute mais avec panache, effronté, déterminé, obstiné, aveugle, face l'adversité il se relève, Victor et Vincent, l'obstacle est franchi, Vincent et Victor la vie devant eux, Marc et la chute différée, Marc et l'impossibilité, Marc et la paralysie face à l'existence, Marc et les souvenirs, Marc et le trou, son trou, creusé par la nature, creusé par la culture, peu importe, béant il est là, béant il s'y réfugie, il s'y oublie, Marc saute, finalement.

L'adulte bien évidemment déterminé par son enfance.

Toutefois ce ne sont pas toujours les plus faibles, les plus peureux, les plus renfermés, les plus pessimistes, les plus brumeux qui partent en premier, qui décident de partir. Le désespoir, la folie, la douleur, les passions et l'instant se moquent bien de la logique ou de la prédestination.

La terre noire est imbibée d'êtres solaires, aussi.

   Arielle   
19/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Quatre façons d'appréhender la vie, les pièges qu'elle nous tend, parfois perverse au point de nous les faire creuser de nos propres mains ...
Pauvres Victor, Vincent et Marc qui, en braves petits mâles, affrontent le danger, le défi, chacun à sa manière. Moi, j'ai une tendresse particulière pour Alice et sa corde à sauter. C'est la seule qui, me semble-t-il, prend plaisir à ce qu'elle fait, sans se soucier du regard des autres, sans esprit de compétition.

Louis, sous les voûtes d'Oniris, vient de marier Nouvelle et Poésie pour le plus grand bonheur de la communauté. Bravo !

   myndie   
19/2/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Louis,

Quel texte magnifique ! Et quel travail derrière tout ça, car libérer le texte de ses contraintes et fixer une forme nouvelle est justement une contrainte d'écriture. C'est tout sauf la facilité, c'est faire chanter la langue autrement et c'est fructueux : en supprimant le confort immédiat qu'apportent la ponctuation et la conjugaison des verbes, vous m'avez obligée à un effort de concentration supplémentaire qui m'a ouvert un nouvel espace de lecture.
Ce qui m'intéresse dans le récit de cette tranche de vie, dans l'histoire de ces quatre enfants, c'est tout ce que j'y perçois en filigrane, à commencer par cette formidable évocation de la mort dans ce qu'elle a de plus terrible et de plus difficile à accepter, la dévoration du corps par une terre monstrueuse et affamée. Votre champ lexical est d'une infinie richesse :
« dents de pierre plantée dans ses jambes »
« pas avalé tout cru dans le ventre de la terre à digérer les gens » et j'en passe.

C'est aussi ce rythme haché, ces répétitions obsédantes dans des phrases sans fin qui traduisent, comme autant de leitmotiv, les idées fixes d'un Victor prisonnier de ses obsessions et qui voit sans doute dans le saut une façon de les transcender, et qui traduisent aussi les terreurs d'enfants et leur pendant, le goût des défis pour prouver que..
Et au milieu de toute cette noirceur ou pour en prendre le contre-pied, Alice, qui rayonne, dans la légèreté de ses sauts et de ses chants.

La magie d'un vrai langage poétique nous offre des pépites  ( « les bottes de mille cieux », « les fosses de la mort et faces de géant ») et les allitérations qui émaillent le texte nous délivrent tous les contrastes du tableau :

- puissance phonique des v, aussi farouches et entêtés que le v de volonté (Vincent , Victor),
- des m du  « chemin des brumes » et de la timidité (Marc)
- des p piégeant les papa dans leurs profondeurs et dans la « puanteur du noir » ,
- des s et des i des sauts légers et de l'insouciance souriante, « si agile et gracile » (Alice)


Merci Louis pour m'avoir offert cette lecture et Bravo pour votre démarche originale qui « convoque » le lecteur.

   leni   
19/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
bonsoir LOUIS
C'est un texte qu'il faut apprivoiser par la réflexion
Victor creuse des trous partout Le trou c'est la mort La mort est au fond du trou Il choisit de le"sauter".....avec un vélo
Vincent veut l'enjamber à pas de géants
Marc enfant timide a choisi de creuser des trous sur le Sentier des jeux
Et Alice saute à la corde Elle crée son univers Les choix de la vie diffère pour les garçons Ainsi Marc est jugé trouillard ....
A chacun son choix à chacun son mode de vie
Ce texte est troublant Il est le fruit d'une profonde réflexion en regardant les hommes vivre
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Merci Monsieur LOUIS

   papipoete   
19/2/2018
bonjour Louis
Vous prévenez le lecteur qu'il faudra prendre son souffle avant de lire, comme pour éteindre de la bouche toutes les bougies d'anniversaire du très vieux aïeul qui n'en finit pas de prendre des ans !
je comprends bien que la mort est omniprésente sur le chemin des 3 frères et leur soeur, mais j'avoue que complétement dérouté par la trame que vous déroulez, me suis perdu en chemin ! Il m'aurait fallu revenir sur mes pas, suivre la trace des cailloux que j'aurais semés dans mon sillage et repartir ; et peut-être recommencer ?
On vous apprécie dans ces colonnes où votre prose fait des merveilles, aussi n'aurais-je pas l'audace de poser une note défavorable ! Je laisse donc tout loisir à celles et ceux qui apprécièrent " le saut " de vous complimenter, et aux autres de réagir à leur guise .
Mon seul bémol poétique va à la longueur du récit, car même en prose l'on me tapa sur les doigts, quand j'avais le tort de m'étendre outre mesure .

   Anonyme   
19/2/2018
 a aimé ce texte 
Vraiment pas
Tout d'abord je tiens à souligner la prouesse, cette virtuosité dans l'abondance des mots, c'est original.

Ensuite, je suis moins prodigue de compliments. Cette profusion de mots, avec des répétitions incalculables, trop c'est franchement bien de trop, j'ai fini par décroché. Je suis allé au bout de ma lecture, péniblement, je dois le reconnaître.

L'idée est particulièrement singulière, elle aurait pu être davantage apprécié si le texte, peut-être, avait été de beaucoup bien moins long. Au bout d'un moment, cela devient fastidieux à lire, un effet chaotique ressort de plus en plus.

L'histoire m'est devenue confuse, elle a perdu peu à peu de son intérêt, de son attrait. Je n'arrive pas à franchir, cet amas de mots, barrière intense, inaccessible par sa forme, pénalisant le fond.

Concernant la poésie de cet écrit, pour ma part, je ne suis pas parvenu à la déceler.

   eskisse   
19/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce texte me touche infiniment : un texte-tension. Un texte tendu comme une corde avec la force de l'écriture jusqu'à son point ultime. Un texte-extrême entre la vie et la mort.
Le rythme y épouse, me semble-t-il, l'angoisse de Marc, la béance émotionnelle de Victor, l'imminence ou la permanence de la mort. Le texte poursuit son élan, de façon lancinante, vers l'inéluctable .
Pas de verbes d'action et pourtant il avance, ce texte, déterminé, et l'on est emporté vers le trou, le saut, la corde, la victoire de Victor, le désespoir de Marc.. Pas de verbes de sentiments et pourtant les personnages prennent une épaisseur sans nom. De simples groupes nominaux, comme laissés sur le bord du chemin, pour creuser leur présence et effleurer leurs souffrances.
Et puis, un détail, une image, une charge émotionnelle de plus, ces peupliers - peuple plié sur les peines et les chagrins".
Peu importe le genre, là où l'on trouve son plaisir de lecteur. Merci et au plaisir de vous relire.

   Anonyme   
19/2/2018
Bonsoir Louis... Je pense que ce texte, selon moi ni Nouvelle, ni Poésie mais à mon goût particulièrement indigeste, avait plutôt sa place dans la rubrique Laboniris...
Afin d'éviter de donner de mauvaises idées à l'algorithme qui sert aussi de juge de paix, ce commentaire, quelque peu lapidaire j'en conviens, tient également lieu d'appréciation !

Bonne continuation...

   Melusine   
19/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un texte remarquablement écrit qui m'a emporté dans la virtuosité de sa "tornade"
incessante
obsédante
enivrante
hypnotique
envoutante
qui prend aux tripes jusqu'à me jeter à terre dans la brutalité et la noirceur du drame final.

   emilia   
20/2/2018
Des mots qui ricochent en échos dès les deux premières lignes (brumes, vers la terre brune, sol de terre brune, terre brune…) pour un effet lancinant restituant le récit en flash-back de 4 enfants mis en scène par le narrateur :
Victor et son obsession-déraison, son « idée fixe » depuis que la mort lui a ravi son père à jamais, l’idée de sauter « par-dessus la fosse-piège du trou de la mort », avec son vélo et la force de ne jamais avoir la frousse…
Vincent, son frère de cœur, enthousiaste et audacieux, prêt à braver la mort avec assurance et vaincre le « démon de pierres » dans une quête initiatique, ce monstre dévorant qui digère les morts, à l’aspect fantastique évoquant le dragon légendaire mythique comme une métaphore des expériences et des épreuves qui aident à grandir face aux angoisses et incompréhensions de la vie ( « écailles de roche, museau de fer, œil d’enfer, puanteur du noir, odeur de ténèbres…) ; deux frères liés pour surmonter la peur en futurs vainqueurs prédestinés par le prénom choisi à partir du latin « vinco » pour Victor et « vicere » pour Vincent qui chutera, jambes en sang, mais se relèvera…
Marc, plus en retrait car suiveur, entraîné par les deux autres et donc détourné de leur dynamique, son regard triste posé sur Alice que l’on découvre à travers ses yeux…
Alice, gaie, dans sa bulle, qui saute elle aussi mais insouciante, avec sa corde à sauter, absorbée dans son jeu d’enfant qui l’élève en chantant « un peu au-dessus de tout », sans chercher le défi…
Marc qui n’a pour compagnons que les arbres au bord du chemin, ces « peupliers », peuples pliés « sur les rêves de voyage », les peines et les chagrins », et dont les liens mythologiques et symboliques approfondissent le sens propre du mot à la façon d’un métalangage ou « langage des oiseaux » qui joue sur la pluralité du sens et le miroir de la réalité intérieure entre la forme et le son, (de même pour le mot papa avec deux fois la syllabe pa / pas pris, pas mort) ; cette figure antithétique, cet anti-héros qui, devenu adulte se souvient des « huées », des mots blessants formulés par ses copains (trouillard, froussard) qui glacent son sang et perpétuent la faille psychique en lien avec le relationnel et l’émotionnel, cette « faiblesse d’un moment » qui le poursuit jusqu’à la défaite, son renoncement qui le pousse au suicide (amour et enfants éloignés) jusqu’au drame final s’achevant sur ces deux mots très forts qui transmettent toute l’horreur inéluctable : « Marc sauta » ; un seul verbe conjugué pour créer cette tension dramatique qui progresse jusqu’à son sommet dans cette narration balbutiante d’émotion à travers ses allers-retours et répétitions entêtantes propres à ce style singulier de l’auteur qui ne peut laisser indifférent… ; merci à vous pour ce récit bouleversant et profond…

   jfmoods   
21/2/2018
Le monde poétique de Louis est, fondamentalement, celui de l'enfance. Neuf, inentamé, enchanté, il n'a pas encore été traversé par la patine des jours, par l'usure du temps.

Ce poème en prose, qui procède par juxtaposition, a un rythme saccadé. Le lecteur doit y trouver sa respiration.

Deux éléments (le recul temporel : "silhouettes d'antan", l'image obsédante de la tombe : "fosse sombre et noire", "la fosse à néant", "avalé tout cru dans le ventre de la terre", "le gouffre béant") m'incitent à en inscrire la temporalité dans les années 20, dans le prolongement immédiat de la Grande Guerre.

Orphelin de père, Victor a fait de sa vie une épopée, un défi permanent à la faucheuse ("terrasser la mort", "enjamber... les fosses de la mort", "à cache-cache avec la mort", "la gueule noire grand ouverte du démon de pierres, écailles de roches, museau de fer, œil d'enfer, puanteur du noir, odeur de ténèbres"). Il est devenu le chevalier intrépide.

Vincent, lui, c'est l'indéfectible compagnon d'armes de Victor ("la roue arrière de son vélo, des sommets descendant, mordue par la bouche du monstre, chute de l'enfant, Vincent, sa jambe en sang, Vincent, vite debout sur son vélo, non, pas avalé par la gueule du serpent de terre, sentier Maillard, ses genoux en sang, les dents de pierre plantées dans ses jambes en sang dégoulinant, pas un cri de douleur, Vincent, trop fier, Vincent, destiné à vaincre toujours").

Dans ce roman épique de l'enfance, Alice figure la princesse éthérée, l'inaccessible étoile ("Alice, sur le chemin, sur le sentier, Alice, ses sauts à la corde, son jeu à sauter, à s'élever au-dessus du sol, à glisser une corde entre elle et la terre, à créer une sphère, une bulle, un univers, un univers avec sa corde, son mouvement rapide autour d'elle l'enveloppant, Alice et son chant, gai, son chant d'une bulle d'enfant, s'élevant juste un peu, à peine mais suffisamment, un peu au-dessus de tout").

Marc, c'est celui qui voudrait entrer dans le clan des héros ("suiveur, entraîné dans l'ardeur à creuser la tombe de la peur"). Cependant, oubliant son rang, il convoite Alice. Sa lâcheté devant l'obstacle ("Marc, tremblant, hésitant, Marc paralysé, immobile sur son vélo, pieds incapables d'appuyer sur la pédale donnant mouvement en avant, vers le gouffre béant") va irrémédiablement susciter les quolibets ("trouillard, froussard, mauviette, et le peuple plié, en rang, public du long des chemins, témoin de son sang glacé, Marc, statue figée, yeux rivés sur les horizons inachevés"), le condamner à quitter le clan par la petite porte.

La chute du texte ("Marc sauta") semble suggérer que l'on meurt, métaphoriquement ou pas, de cet échec premier : ne pas avoir été à la hauteur du pacte, ne avoir été fidèle à ses rêves d'enfant.

Merci pour ce partage !

   Queribus   
24/2/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

J'avoue que j'ai été un peu décontenancé par ce texte c'est-à-dire, d'une part, charmé par la beauté et la perfection et la maitrise de la langue,qui en font un modèle du genre; le tour est accompagné par une belle réflexion sur la vie, la mort, les gens et la violence. D'autre part, en tout premier lieu, j'ai trouvé le texte un peu long à mi-chemin de la nouvelle et j'aurais préféré une forme plus "ramassée" et un côté plus "carré" dans le récit et la présentation des personnages et aussi plus de poésie.

Je pense que ce texte conviendra très certainement à une élite intéressée par ce type d’écriture qui reste, cependant, plus difficile d'accès au "grand" public. Quoi qu'il en soit, le tout témoigne d'un gros travail et inspire de ce fait le respect.

Bien à vous.


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