Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Poésie libre
Luz : Le froid au fond du corps
 Publié le 26/11/17  -  7 commentaires  -  1512 caractères  -  115 lectures    Autres textes du même auteur

Sur une enfant, esclave blanche aux États-Unis à la fin du XIXe siècle, lorsqu’il s’agissait de peupler le Middle West. Le plus souvent les orphelins (et assimilés) se retrouvaient placés dans de bonnes familles, mais parfois non...
Cela fut aussi pratiqué en France, par exemple en Creuse, dans les années 1960/1970, où des enfants réunionnais, abandonnés ou non, furent placés dans des familles. Les dépressions et suicides furent nombreux.


Le froid au fond du corps



Eva, quatre ans.
Des jours et des jours,
La plaine infinie.
Le froid au fond du corps,
La chaleur sur la peau.

Descendus
Du train, on doit chanter Jésus
Sur l’estrade de bois,
Dans la poussière en flamme
Du soir.
Ne pas pleurer, ils vont choisir,
L’orphelin, l’orpheline.

La femme
Soulève ma jupe pour voir
Mes jambes pas tordues.
Il faut ouvrir
La bouche aux dents pas pourries,
Sourire,
Croiser les mains sur le ventre,
Montrer
Cinq et cinq doigts ; petites mains blanches.

Eva, douze ans.
Ils me donnent à manger,
Du pain la semaine,
Du maïs en plus le dimanche ;
Moins qu’à la chienne.
Juste de quoi ne pas tomber
Trop souvent,
À travailler de la nuit à la nuit.

J’ai des bleus sur les reins,
Je ne crie
Plus
Quand il me force
Derrière les stalles des bœufs.
Je ne prie
Plus.

Eva, treize ans.
J’entends le train
Dans la plaine, encore et encore.
Je vais me sauver demain,
Couper ma vie en deux.

Le froid au fond du corps,
La chaleur sur la peau,
Le rail vibre sur mon dos.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette poésie sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   troupi   
26/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Luz.

Certains poèmes demandent plusieurs lectures pour en apprécier toute l'intensité mais cet écrit dévoile tout d'emblée.
On se demande comment de telles situations ont pu exister et perdurer aussi longtemps.
Simplement l'imaginer est insoutenable et renvoie l'homme (certains bien sûr) à une bestialité indescriptible.
Il faut savoir que l'esclavage existe encore dans de nombreux pays et l'un des plus terribles est sûrement représenté par les enfants soldats.
Ce genre d'écrit est indispensable ; merci de l'avoir fait.

   Fowltus   
26/11/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Des vers véristes racontant froidement le calvaire de cette Eva.
De nombreuses strophes comme autant de souffrances qui lui sont infligées.
L’empathie l'emporte étouffant tous les autres sentiments.
C'est le reproche que je ferais à ce type de poème malgré la sollicitude réelle et certaine de l'auteur.
(Je vois plus cela en vérité comme un récit (terrible) qu'un poème)
Comme le souligne Troupi, un écrit malheureusement d'actualité.
Merci.

   papipoete   
26/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Luz,
Eva, quatre ans ; c'était il y a longtemps, c'est aujourd'hui ! On lui donne à manger juste ce qu'il faut ( moins que le chien, il faut qu'il puisse lui courir après au cas où ) Au marché des esclaves, d'hier et d'aujourd'hui, << ne laissez pas passer cette affaire ! toutes ses dents et dix doigts ! combien en demandez-vous ? >>
NB votre récit nous montre ce dont l'homme est capable, alors qu'il sait donner de l'amour, vibrer d'empathie ... Comme ça fait mal ce calvaire d'Eva, qui ne doit pas pleurer, pour ne pas gâter son image face à ce beau monsieur qui l'achètera, l'usera, la violera, la tuera par train interposé ...Le dernier vers brûle le coeur plus encore qu'un fer rouge !

   PIZZICATO   
26/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
" Le rail vibre sur mon dos " préférer la mort à une vie de violences et d'humiliations, peu importe l'âge.
Je n'aurais jamais imaginé que de telles pratiques pussent exister en France à l'époque citée. Comme quoi nous n'avons rien à ... envier à quiconque, nous, les donneurs de leçons.

Un récit éloquent...

   Marie-Ange   
27/11/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Le titre m'a interpellé "Le froid au fond du corps".

C'est texte dès plus bouleversant, il n'y a pas assez de mots pour qualifier, les errances de l'être humain, ces monstruosités à l'égard de ces semblables demeurent, pour moi, complètement incompréhensibles.

Les textes n'en finissent pas de pointer du doigté cette barbarie,
que par grande chose n'arrête, l'actualité nous le montre,
on vend des êtres humains (hommes, femmes, enfants), et nous sommes au 21ème siècle ...

Un poème très bien écrit, sans ambages, juste des mots vrais,
qui vont vous chercher ...

   Papillon26   
28/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Terrible. Dire que cela existe encore, même parfois chez nous en France...
Très beau texte.

   Lylah   
3/12/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une écriture au scalpel pour un sujet grave, ce qui lui donne une puissance d'évocation loin de tout pathos.
Le meilleur exemple :

" J’ai des bleus sur les reins,
Je ne crie
Plus
Quand il me force
Derrière les stalles des bœufs.
Je ne prie
Plus."

Bouleversant de simplicité.
Bravo


Oniris Copyright © 2007-2017