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Poésie libre
Luz : Le monde à refaire [Sélection GL]
 Publié le 12/08/20  -  16 commentaires  -  1363 caractères  -  247 lectures    Autres textes du même auteur

Refaire le monde.


Le monde à refaire [Sélection GL]



J’étais jeune, si jeune ; je pensais,
je rêvais au monde à refaire.
Pour mes vingt ans m’ont donné fusil et béret,
m’ont dit c’est pour la guerre ;
j’ai bu le sang, j’ai bu l’enfer.

Suis revenu, des orteils en moins, du métal en plus ;
j’ai cherché la compagne éternelle
pour défricher à deux un arpent de soleil.
J’ai pas trouvé chaussure à mon pied sans orteils ;
j’ai bu la lie, j’ai bu l’amer.

Alors m’ont fait signer le contrat
pour travailler au vent des tours perce-ciel,
à cheval acrobatique sur les poutrelles
métalliques – pas vertige, faut pas ;
j’ai bu l’azur, j’ai bu tout l’air.

À la crise économique,
m’ont classé chômage technique,
puis chômage tout court, dur, solitaire,
longtemps a duré et pourri l’âge ;
j’ai bu le vin, bu la misère.

Après m’ont amené, hors d’usage,
à la maison de retraite
des anciens combattants des guerres oubliées,
perdues, recommencées, gagnées, recommencées ;
j’ai bu l’ennui, j’ai bu l’hiver.

Je suis vieux, si vieux ; je pense,
je rêve encore au monde à refaire,
assis sous le tilleul-linceul de la résidence ;
je bois l’espoir,
avant d’aller boire la terre.


 
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Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   cherbiacuespe   
23/7/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Aussi triste que la mort.

Combien de générations ont avalé leur chapeau sur l'autel de l'espoir de lendemains qui chante? "Ah qu'il vienne enfin, le temps des cerises, avant que je claque sur mon tambourin", chantait Ferrat. Il a claqué et le temps des cerises, ma foi...

Mélancolie quand tu nous tient. Garder l'espoir suppose de ne pas regarder en arrière, ne pas se souvenir des souvenirs de mémé, de pépé. Ce poème rappelle pour moi qu'on peut trop facilement baisser les bras. Il ne tient pourtant qu'à nous et nous seul de se révolter devant l'injuste.

Cherbi Acuéspè
En EL

   papipoete   
24/7/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
libre
j'ai rien demandé, on m'a donné en me disant " fais ! "
je voulais travailler, on m'a envoyé tout là-haut assembler du mécano, " fais ! "
jusqu'à maintenant où je suis vieux, on m'a mis dans un fauteuil, m'a dit " bouge pas ! "
et maintenant qu'il me reste un peu de temps avant mon dernier train, je rêve...
NB quelle belle réflexion et quels moments choisis, pour évoquer ce chemin de vie !
de plus, écrits tels que la pensée dicta ce sort, cette destinée pas vraiment rêvée !
Très beau ; chaque strophe a son éclat, aussi je n'en choisis pas l'une plus qu'une autre !
papipoète

   Eclaircie   
29/7/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

Une bonne construction pour ce poème qui balaie toute une vie.
Le dernier vers de chaque paragraphe et sa progression au fil des étapes sont efficaces, musicaux, lancinants aussi.

(j'ai pensé à Verlaine et son poème extrait de "Sagesse", autour de Gaspard Hauser)

La dépersonnalisation appuyée par l'absence de pronoms personnels pour ceux qui ont influencé la vie de ce narrateur est intéressante.

Les assonances ajoutent un plus à ce texte.

Une ballade d'un gars né sous une mauvaise étoile.

Merci du partage,
Éclaircie

   dream   
12/8/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Si « Un monde à refaire » est un poème sur la solitude, la souffrance et l’ennui d’un déshérité du système, c’est aussi un poème du désenchantement.

Dès le premier vers, l’emploi de l’imparfait «J’étais jeune, si jeune ; je pensais », on sait déjà que cet être ira de désillusions en désillusions, car parti jeune à l’assaut de l’enfer dans le lamentable gâchis d’une guerre d’où il reviendra mutilé.

A partir du troisième quatrain et jusqu’au cinquième inclus, on notera l’absence du pronom personnel (ils), « alors m’ont fait signer », « m’ont classé chômage technique », « après m’ont amené, hors d’usage », signifiant par là, l’inexistence de rapports affectifs et sociaux –il n’est plus qu’un numéro pour « le Système » et l’on suivra le parcours d’un être perdu, ses errements intérieurs, son désarroi face à ce monde devenu une jungle froide.

Et cet homme au passé douloureux et dont le crépuscule de sa vie n’est qu’ennui « assis sous le tilleul-linceul de la résidence », -vers que je trouve admirable- ; est un homme qui, pourtant, visait un rêve à la fois puissant et utopique : celui d’un monde meilleur qui n’a fait qu’empirer et qui semble avoir perdu son âme.

dream En EL

   sympa   
12/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Luz,

Très belle poésie bien construite retraçant le chemin de vie du narrateur. avec ses envies, sa niaque de jeune homme, ses espoirs et ses désillusions.
Il a servi à la guerre, est revenu blessé, mutilé, a travaillé très dur, puis chômage, misère ..
Pour finir, seul "hors d'usage", placé dans une maison de retraite où il ne cesse cependant de rêver à ce monde à refaire.j
Triste réalité, triste vérité, malheureusement..

   Anonyme   
12/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Luz,

Bravo pour ce poème !

C'est bien écrit - aucun doute - et j'aime beaucoup le leitmotiv qui revient à la fin de chaque quintil.

Une [grosse] tranche de vie bien contée avec les étapes d'une vie commune à beaucoup de personnes de la génération supposée du narrateur et qui permet de s'identifier facilement avec certaines de nos propres expériences. C'est partageur ce texte et rien que pour cela j'aime beaucoup.

Au cours de ma lecture j'ai pensé à certains textes du chanteur François Béranger aujourd'hui disparu qui contait très bien lui aussi les tranches de vie comme dans cette chanson "Département 26" qui traite bien entendu d'un autre sujet mais j'y vois une parenté.

https://www.youtube.com/watch?v=GSUIdp5Y4EE

   Corto   
12/8/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Le thème de ce poème est un peu usé. La ritournelle même d'un point de vue réaliste a tendance à se répéter.

Néanmoins je relève de nombreuses expressions originales qui ressourcent joliment cette exploration du vécu humain, vécu pas très drôle.
Le dernier vers de chaque strophe est plein de relief et apporte sa conclusion d'un épisode de vie bien décrit.
J'ai ainsi pensé à la chanson de Brassens "Pauvre Martin" mais en plus argumenté.

Merci pour ce partage.

   Vincente   
12/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Tout ce qu'a pu avaler sa vie durant ce vieil homme… ! Combien de fois a-t-il trinqué dans l'espoir de… d'améliorer ce monde défait, ce monde à faire et refaire
À chaque fois de bonne grâce, il a donné de lui-même, et à l'heure du bilan, comme par l'absurde, ne lui reste plus qu'à boire l'espoir, celui-là même qui s'est trouvé éconduit, sauf que celui-ci est un espoir échappatoire, une sortie en étouffoir, à boire jusqu'à la lie la terre… cet espoir désavoué par son sens même paraît une aberration. À lire ce poème la question se pose : la vie est-elle aberrante ?

Car il ne s'agit pas ici de la seul vie de ce vieil homme, elle représente toutes celles qui sont exploitées à des fins qui non seulement les dépassent mais surtout dont la vertu est discutable, stupide voire infernale.

J'ai trouvé l'expression désabusée très appropriée. Une personne simple, narrateur modeste au parler sans prétention, vient raconter les grandes "étapes" qui l'ont absorbé ; chaque liquide bu se trouvant une métaphore inversé de l'avalement évoqué ; comme si quand on boit au-delà du plus soif, c'était le breuvage lui-même qui buvait le buveur ; le non-sens et l'aberration évoquée se trouvent dans cette saturation inversante. Si bien que la récurrence des anaphores des vers finaux prend au fil des strophes une ampleur envahissante, écœurante, avouons-le ! Si bien que dans l'épilogue "boire la terre" peut se permettre d'apparaître en délivrance… Terrible !

L'auteur par une écriture assurée effectue le parcours dans une chronologie imperturbable, pour rappeler que la marche de ce "monde à refaire" était elle-même imperturbable, toujours recommençante, piétinant ses sujets…
Le propos est bien pessimiste, mais il est vu à hauteur du narrateur en fin de vie… désabusé ; le lecteur, lui, espérera que le sang neuf de la jeunesse en devenir saura faire "mentir" cette désespérance. Ainsi revenons au premier vers, "J'étais jeune, si jeune ; je pensais,…" le voilà l'espoir, peut-être que les prochains jeunes pourront…

   oiselle   
12/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Luz
Le style est fort, langage parlé, phrases tronquées, comme ce bilan d'une vie de contraintes et de non-choix... J'aime le dernier vers de chaque strophe, refrain désabusé. Mais l'espoir demeure, et ce grâce à la présence d'un arbre magique, le tilleul, qui le guidera vers un retour à la terre dans laquelle il apaisera - peut-être ? sa soif de monde à refaire

   Queribus   
13/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Un très beau texte sur l'existence désabusée d'un homme à la fin de sa vie qui nous fait part des grandes étapes de son parcours avec, quand même, un note d'espoir vers la fin.

La construction du texte me semble magistrale et d'une très grande habileté avec ce cinquième vers qui revient comme une litanie: "j'ai bu.....", l'absence de pronom personnel "m'ont donné...", "m'ont fait signer." Effectivement, on peut penser à l'écriture de ce (merveilleux) chanteur qu'était François Béranger (On peut aussi y trouver du Renaud). À ce sujet, je pense qu'avec une bonne musique, on pourrait tenir là une excellente chanson (Trouvez vite le compositeur adéquat).

Enfin pour résumer rien que du bon. On aimerait trouver plus souvent de petites perles comme ça.

Bien à vous.

   Bellini   
16/8/2020
.

   plumette   
13/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Luz

Cette poésie libre m'évoque l'ambiance d'une de vos nouvelles ( Alexandre)

C'est la voix d'un être modeste, invisible, une vie au service... de la patrie,du capital...sans reconnaissance, comme il en existe tant, qui s'exprime à travers vos mots.

je suis assez friande d' anaphore et dans votre texte, j'ai beaucoup aimé tous ces "j'ai bu" dans le dernier vers de chaque strophe, ils donnent au texte son unité et son rythme, je suppose que le verbe boire n'est pas choisi au hasard.

j'aime la simplicité de vos mots qui savent installer des univers.

   Ascar   
13/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
très beau texte parfaitement rythmé autour du retour, à chaque strophe, de "j'ai bu"
J'en retire qu'on ne maîtrise pas sa propre vie malgré des rêves propres et la volonté de les réaliser. Des événements tragiques comme les guerres et les crises économiques nous propulsent sur des scènes ou nous ne voulions pas être acteur. C'est ce qu'on appelle la fatalité

La forme télégraphique du texte renforce ce ressenti.

Bravo

   hersen   
13/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un poème qui ne laisse pas d'échappatoire, qui est très cru, en fait.
Parce que rien n'est emballé... pour nous emballer.
La réalité suffit largement pour donner sa dimension au poème.

C'est arrivé à beaucoup, ça arrive encore à beaucoup, qui se retrouvent au centre de tragédie, et ce sont eux qui paieront le prix fort.
C'est un constat d'une vie où les choix se sont réduits, toujours.

Merci Luz, de cette lecture.

   Donaldo75   
13/8/2020
Bonjour Luz,

Je suis mitigé à la lecture de ce poème. C'est bien une des rares fois où ça m'arrive sur tes écrits. Je n'arrive pas à rentrer dedans; peut-être que la tonalité très narrative ne m'a pas enchanté ou que le thème ne m'a pas embarqué. Je ne sais pas. Je crois que j'attendais un autre traitement pour ce sujet - mais qui suis-je pour prétendre imposer au poète la façon de conduire son texte, je me le demande encore vu que ça m'énerve quand on me fait le coup - et que j'ai beau tourner ma lecture dans tous les sens je ne trouve pas l'unité d'un avis, ce qui me désole j'en conviens.

Je passe sur ce coup.

Désolé

Don

   Arsinor   
15/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Litanie qui fait songer au *Kaspar Hauser chante* de Verlaine : "Je suis venu, calme orphelin, riche de mes yeux tranquilles...". Votre poème est plus développé, plus dramatique, il y a la crise économique.


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