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Poésie libre
Luz : Le verre de la mort
 Publié le 29/04/21  -  16 commentaires  -  567 caractères  -  208 lectures    Autres textes du même auteur

Près de la fin.


Le verre de la mort



Il boit son triple sec
un coude sur le zinc
un coude
dans le vide
ses yeux et son esprit s’évaporent se noient

58 ans il boit
les vins blancs rosés rouges
les apéros
pastis
il sait pourtant qu’il mord le verre de la mort

il tousse la silice
des graviers concassés
broyés
les sables quartz
ont tailladé sa gorge et ses poumons de roses

les rigoles d’alcool
brûlent les creux d’un corps
qui s’égare
le quitte
son courage s’éteint sous la béante nuit.


 
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   dream   
7/4/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Dans le premier quatrain commençant par « Il boit son triple sec», on assiste à un homme au comptoir d’un bistrot, qui boit un alcool fort, une liqueur. A quoi songe-t-il ? Perdu dans ses vapeurs alcooliques et déjà à moitié chancelant car il ne doit pas en être à son premier verre (cf. un coude dans le vide) ;

Le deuxième quatrain nous renseigne sur son âge « 58 ans, il boit ». On sait qu’il n’est pas si âgé que cela. S’ensuit alors l’énumération de ce qu’il enchaîne de verres en une journée : il boit de tout, puisqu’il est alcoolique : « qu’importe le flacon, pourvu que… ». Et pourquoi en est-il arrivé à une telle extrémité ? … « Puisqu’il sait pourtant qu’il mord le verre de la mort ».

Le troisième quatrain nous éclaire davantage puisqu’il « tousse la silice ». Il nous donne la raison de sa déchéance : l’homme a usé sa santé dans un travail pénible : il a passé sa vie à casser du caillou dans les mines, les carrières ou les chantiers et il a inhalé des poussières qui lui ont brûlé les poumons. La silicose !

Le quatrième quatrain et « les rigoles d’alcool » décrit sa descente aux enfers, avec la mort qui ne saurait tarder.. là, au bout de la nuit. Cette mort qu’il ne redoute sans doute pas, -l’alcool aidant- bien au contraire, elle le délivrera de cette vie abjecte.

Quel terrible texte, mais si bien décrit pour cet homme perdu !
Un grand BRAVO !
dream en EL

   socque   
9/4/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je trouve ce poème vraiment expressif, le propos net, une progression bien menée jusqu'à la troisième strophe. La quatrième en revanche, à mon avis, retombe ; ce sera mon premier bémol, j'ai le sentiment que votre poème aurait plus d'impact en s'arrêtant sur
ont tailladé sa gorge et ses poumons de roses
Mon avis bien sûr, rien d'autre.

Deuxième bémol pour moi : le rythme "tout en pair". Chaque strophe présente le schéma suivant :
deux hexasyllabes parlés successifs = un dodécasyllabe
deux vers variables qui à la file donnent ensemble un hexasyllabe
un "vrai" alexandrin
Au vu du sujet, je trouve ce rythme trop fluide, j'aurais apprécié des ruptures, de l'impair qui me fasse brièvement buter.

En tout cas votre poème montre une fois de plus à quel point l'universalité s'ancre dans le particulier : ce portrait d'un ouvrier ou ancien ouvrier aux poumons détruits par le labeur me semble avoir nettement plus de force qu'une dénonciation abstraite de l'alcoolisme. C'est d'ailleurs pour cela que la dernière strophe me paraît superflue, en élargissant le propos au corps vieillissant, au désespoir qui survient "sous la béante nuit", en quittant le concret du zinc, à mon sens elle le dilue. Le propos.

   embellie   
13/4/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Cinquante huit ans, encore en activité dans son métier de mineur qui ruine sa santé « il tousse la silice des graviers concassés, broyés, les sables quartz ont tailladé sa gorge et ses poumons de roses ». Il boit avec la volonté d'effacer sa condition mais n'est pas dupe du leurre « il sait pourtant qu'il mord le verre de la mort. »Il continue de boire, sachant qu'il se détruit, cela ressemble à un suicide « son courage s'éteint sous la béante nuit ». Oui, il faut du courage pour vivre certaines situations, un courage au quotidien, durant toute une vie. Certains n'y parviennent pas et cherchent une échappatoire, ou un soutien, souvent dans la boisson.
C'est un poème noir. Je pense à Germinal de Zola. Une peinture où le réalisme domine. Pas de fioritures. Peu de mots, bien choisis, donnent à voir cet homme désabusé, accoudé au zinc, et dès lors la suite nous paraît évidente. L'incipit « Près de la fin » et le titre « Le verre de la mort » sont glaçants. Amis de la gaudriole passez votre chemin.

   Ligs   
29/4/2021
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour,
Le poème évoque poétiquement les ravages de l'alcoolisme. J'aime beaucoup la troisième strophe, pleine d'images fortes. Dommage que les autres strophes soient si prosaïques et descriptives. J'aurais aimé qu'elles ressemblent à celle-là.

Ligs, en E.L.

   Donaldo75   
15/4/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
L’exergue prépare le lecteur à ce qu’il va découvrir, à savoir un poème sans concession, brut de fonderie ; ici, pas de lyrisme débordant juste de la misère sociale et du « no future » décliné chez les pas jeunes, ceux qui en ont déjà bien bavé sans voir l’issue ou la lumière. Au final, je ne sais pas si c’est l’alcool qui le détruit ou sa vie. Et c’est là toute la force de ce poème, de ne pas rester univoque sur le thème.

Bravo !

   papipoete   
29/4/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Luz
Cette semaine onirienne est fertile en vers à propos de verres ; bu sans soif parce que l'on aime ça ; bu pour oublier celle qui ne revient pas et ce " verre de la mort " qui ne fera qu'accélérer la sortie... il y a bien longtemps déjà que la silice a ouvert la voie ! Face à la faucheuse, qu'il n'ose plus affronter, alors il s'anesthésie au triple-sec, et se perfuse aux blancs, aux rosés...
NB une saoulerie aux relents d'opium, de morphine jaunie de pastis qui s'en vient boucher les plaies béantes du corps, apaiser la douleur des tourments, jusqu'à ce que " s'éteigne le courage sous la béante nuit "
Un texte qui fait mal à la mémoire ; au souvenir de tous ces martyrs de la silicose, les " radiumineuses " des verres phosphorescents, ces ouvriers de l'amiante, les nettoyeurs de Tchernobyl... qui se savaient condamnés...
La dernière strophe faisant songer à un Vésuve intérieur, en dit long sur ce pauvre destin.

   Myo   
29/4/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un écrit sans concession sur une réalité, hélas, bien trop présente.
Quand l'alcool devient le seul échappatoire d'une vie de dur labeur, de frustrations et de regrets.

Les mots vont droit au but, comme un instantané de cette situation.
Je regrette un peu ce côté descriptif peut-être trop simple.

Mais le réalisme du tableau est frappant.

Merci du partage

Myo

   hersen   
29/4/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J'apprécie ici que l'auteur parle aussi des raisons, un travail épuisant.
Bien souvent dans les mines (je connais celles des Ardoisières de Trélazé, maintenant fermées) ceux qui allaient au fond emportaient plus de vin que de nourriture pour la journée. ils descendaient "vraiment" au fond. Et si l'alcool ne les tuaient pas, alors c'était la silicose.
Je ne suis en général pas trop fan des poèmes sur l'addiction à l'alcool, mais ici je lui trouve une résonance sociale qui est terrible. Se tuer à petits feux pour supporter le travail censé faire vivre les travailleurs.

La forme est du pur libre, comme toujours avec l'auteur.

merci de la lecture;

   Atom   
29/4/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'apprécie ce portrait un peu à la - Germinal - de cet homme usé par le travail qui boit à la fois pour tenir et pour oublier qu'il doit tenir...

jusqu'à une retraite où malheureusement il sait qu'il continuera sans doute à picoler... par ennui... n'ayant au fond connu que ça.

Juste ce vers de la première strophe que je trouve assez mal imbriqué alors qu'à mon sens - ses yeux se noient et son esprit s'évapore - auraient eu plus d'impact et de fluidité.

J'apprécie autrement le vers final de la deuxième strophe quand "il mord le verre de la mort" un peu comme un mors aux dents.

Sinon j'aime aussi dans la deuxième partie du poème la manière d' amalgamer la mine (dans laquelle on peut supposer que le personnage trime) et l'organisme au fond desquels "ça travaille dur"

   Eclaircie   
29/4/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Luz,

Un portrait sans concession mais toute en poésie.
(juste un détail, à 58 ans, il ne sait plus qu'il mord le verre de la mort, à mon avis, il n'est plus qu'alcool inerte et insatiable de l'alcool suivant)
On fait connaissance de ce quinquagénaire par son penchant pour l'alcool, mais le narrateur sait apporter un éclairage autre, il n'est pas qu'alcoolique, il a été mineur(?).
La rigole, là est alcoolisée, mais le liquide est présent, thème-fétiche de l'auteur.

Le dernier vers est très beau, le mot courage peut poser question, peut-être. Ce n'est plus du courage mais de l'abnégation.

   Provencao   
30/4/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une fin toute en poésie.

J'ai été touchée par ce "verre de la mort" en Mémoire où vous exposez fort bien, Luz, l'étoupe qui balaie la déchéance de ce que ces mineurs ont connu.
Des mots soufflant le scandale, la ruine ..." il tousse la silice
des graviers concassés
broyés
les sables quartz
ont tailladé sa gorge et ses poumons de roses"

Au plaisir de vous lire
Cordialement

   Cyrill   
1/5/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Luz
j'ai été très touché par ce texte qui nous parle tout en pudeur de ces troubles, tant physiques que psy affligeant les hommes qui sont allés au charbon sans connaissance très précise des conséquences au long cours, même s'il savaient le risque immédiat que ce métier comportait.
A la lecture des premiers vers je suis aimanté par une forme très cinématographique :
"un coude sur le zinc
un coude
dans le vide"
On voit ici le mouvement, ce coude qui loupe brutalement le comptoir et, allégorique, chute !
Puis ça continue, strophe 2, en forme de " curriculum vitae " pour un déclassement certain. C'est déjà désespérant.
La strophe 3 peut faire penser à un bilan médical écrit par un poète.
Au point ou on en est, si la science ne peut plus rien, la poésie rend un peu de beauté et sauve au moins du désespoir l'auteur et le lecteur.
"les sables quartz
ont tailladé sa gorge et ses poumons de roses" : très beau !
Idem pour le dernier vers.

J'ai apprécié aussi la fluidité de la lecture. Merci

Cyrill

   Lulu   
1/5/2021
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour Luz,

Ce poème me touche un peu moins que ceux que tu produis habituellement.

Il a le mérite d'être clair et lisible au sens de compréhensible dès la première lecture, ce qui est bien en soi, mais si les images sont, de fait, vite accessibles, je trouve dommage de n'avoir pas su trouver dans ce poème cette plus value de ce qui peut élever un texte à une certaine sensibilité poétique. On peut être touchés par ce personnage du fait du récit en soi, mais la manière, et donc la dimension littéraire, elle, me paraît trop simple.

Je ne sais dire autrement que par '' trop simple '', ce que je souhaite exprimer, mais ce n'est pas seulement le fait de la simplicité. Cette dernière peut effectivement être de qualité.

Cependant, ce qui parvient à toucher, indépendant de la forme, c'est le fond de ce texte qui montre un personnage sans doute seul qui semble habitué à ce qui s' apparente à vie très certainement triste et solitaire.

Je ne suis pas franchement emportée par ce poème que je trouve perfectible, mais je sais que j'aurai un très grand plaisir à lire tes autres nouvelles propositions.

Édit : Le titre est fort !

   Pouet   
3/5/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Slt,

j'avoue que je préfère ce genre de texte "grinçant" sur le sujet, plutôt que des "odes" à l'alcool. Cela me semble plus caractéristique, représentatif de cette addiction alliant troubles mentaux et troubles du comportement qui fait des ravages.

Il me semble qu'ici tout est bien rendu, clair comme de l'eau de roche...

   ANIMAL   
3/5/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Très beau poème sur les méfaits de l'alcool, certes, mais avant tout sur les ravages sur la santé de certains métiers (mines de charbon, d'ardoise, travail avec l'amiante, les solvants, pesticides, chlore et j'en passe...)

Quand la souffrance du corps n'est plus supportable, que la boisson offre un répit, on se noie dans l'oubli sans se soucier des conséquences. Et puis vient l'addiction. Mais qui pourra se permettre de juger ceux qui boivent pour faire taire la douleur ?

Il y a beaucoup d'humanité dans ce texte.

   Quidonc   
5/5/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Le verre de la mort, le verre d'alcool que l'on vide, le verre que l'on fabrique dans l'industrie. Jeu de mot subtil que celui du titre. Ouvrier qui a peut-être sombré dans l'alcool pour oublier la pénibilité de son travail. Le verre le tue deux fois, une fois par son travail, un fois par la boisson.
Nostalgie sur le sens de la vie,...


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