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Poésie en prose
MissNode : Gel dans les os
 Publié le 12/03/18  -  13 commentaires  -  1854 caractères  -  123 lectures    Autres textes du même auteur

Même le feu est froid.


Gel dans les os



Même le feu est froid. Le givre guette les vitres.La neige a étouffé tous les frémissements des brindilles et de l'oiseau. Les murs du mas des Cévennes ont bu toute l'eau qui n'a jamais coulé qu'en filet, entre nous.

Une fois encore tu te tais. Depuis trois jours tu m'ignores et me demandes le sel comme si tu parlais au boulanger. Mes questions rencontrent ton silence ou ton exaspération ; ne suis-je assez sensible pour deviner tes contrariétés ? Comme la glace ton visage tes yeux indifférents et vides d'humanité. Tu es le givre. Le feu de notre foyer ne nous réchauffe plus. L'immobilisme nous a figés.

Dans mon âme une braise à sauvegarder. Tant qu'elle n'est pas cendre je peux la sauver de la dilution dans l'eau gelée où tu as emprisonné notre existence, où je me suis coulée, larve glissante et fuyante. Une once de dignité demeure encore tiède.

Je ne joue plus à tes accusations silencieuses, à tes colères méprisantes. Je pars seule. Je me sépare. Mon cœur en est net : je récupère mes trois billes, je m'en vais. Je ne connais pas la marche arrière. Voici le mur de glace et nous y sommes au pied. Ma liberté est exsangue. Le sablier affiche la presse.

Ouvre tes yeux choqués, oui, tu tends l'oreille enfin ! Trop tard, peux-tu lire dans mes yeux. Pleure à flots sur tes joues soudain rougies. Recroqueville-toi en fœtus, accroupi sous la fenêtre au bas du mur. À son tour mon cœur est givré. Je savais le choc de mon choix solitaire. J'attends que la tornade finisse de te passer dessus. Tu es secoué. Tout ramassé sur toi-même. Tu t'écroules quand défilent devant toi tes années de paresse. Tu imploses. Tu exploses. Tu caches ton visage. Je reste assise. J'attends la fin du dégel pour refermer la lourde écluse. Dans le naufrage se sauve qui peut. Je saute la première par-dessus bord.


 
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   Mokhtar   
24/2/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
« Il faut savoir quitter la table, lorsque l’amour est desservi… »
Pas d’amour sans chaleur. Sinon arrivent le gel et le givre qui raidissent et qui figent, victoires du quotidien morne qui transforme les amants en cohabitants fermés. Il est devenu égoïste, indifférent, comme un mur.
En quelques lignes on a tout compris, et on a froid pour elle.
Mais en elle subsiste de quoi encore raviver une flamme, de quoi survivre, de quoi revivre, et sa dignité lui donne la force de réagir. Elle a besoin de compter pour quelqu’un. Elle part, elle se sauve. Parce qu’elle n’a rien à perdre. Pendant qu’il est encore temps.
Lui comprends trop tard. Regrette. Et il pleure, surpris. Mais c’est sur lui qu’il pleure, sans émouvoir un cœur qu’il a lui-même transi de froid.
Récit d’une banale séparation…
Mais, disséquée comme au scalpel, la déliquescence du couple tombé en hiver glace le lecteur. Qui accompagne la courageuse négligée dans ses espoirs de printemps, de renouveau.
Concise mais riche, l’écriture poétique survole le drame en l’analysant …froidement. Le diagnostic précis conduit au clash à l’inéluctabilité démontrée, décrit dans toutes ses aigreurs. Avertissement pour ceux qui, inattentifs, risquent de tomber de haut.
Le récit à la première personne ajoute du pathétique à celle qui s’adresse à un mur.
Et convainc avec aisance. Parce que l’auteur est talentueux (se?).

Mokhtar en EL

   Queribus   
24/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Tout d'abord, en ce qui concerne la forme, j'ai bien aimé la disposition en "versets" à peu près d'égale longueur (peut-être aurait-il fallu diviser le dernier en deux?). Les phrases sont assez courtes et les mots faciles d'accès; le tout se lit donc facilement.

En ce qui concerne le fonds, celui-ci est clair et se laisse comprendre dès la première lecture; certaines y trouveront peut-être de la facilité et un manque de recherche. Personnellement j'ai apprécié.

En conclusion, un bon texte, de la poésie en prose qui se lit sans détours et un bon moment passé en votre compagnie.

   papipoete   
12/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour MissNode
" même le feu est froid " situe l'atmosphère entre ces murs, d'où l'amour entre deux a fui . Il n'y a même plus de mot, seuls les yeux se parlent, accusent, reprochent ...
NB et le bout du chemin arrive, au pied du mur où l'ultime braise s'est éteinte ; la machine est définitivement cassée, plus rien ne la réparera ! " Se sauve qui peut ", et la " victime du mâle " s'en va ...
Votre texte fait mal à qui connait ces moments, ces gueulantes sourdes, ces silences assourdissants !
J'entends encore de bonnes âmes << ça fait 50 ans que nous vivons ensemble, nous aimons, et jamais la moindre dispute !!!!! >>
Un minuscule bémol ( ne me criez pas dessus ! ) à la 4e strophe " mon coeur en/est/net " fait sourire dans cet ouragan de tristesse !

   plumette   
12/3/2018
 a aimé ce texte 
Bien
j'aurais voulu aimer ce texte sans restriction car le thème du désamour est universel et traité de façon originale ici.
mais j'ai buté plusieurs fois , j'ai été heurtée par le choix de certains mots. Il me semble que vous utilisez les mots comme un scalpel, avec précision et c'est cette précision qui parfois n'a pas rencontré mon propre sens de la précision.Ex "le givre guette les vitres." Ce verbe guetter m'a déroutée. Le mot givre m'évoque l'image de la vitre rendue opaque par le givre et cette image me parait bien adaptée au propos. mais avec guette, il y a un pas en arrière. Finalement la vitre n'est pas vraiment givrée?

j'aime bien la braise à sauvegarder mais j'ai du mal à passer dans cette phrase du feu à l'eau et surtout je ne comprends pas "larve fuyante et glissante".

" Mon coeur en est net" cette formulation, si on la dit à voix haute prête à sourire. " Nous y sommes au pied" j'ai du mal avec le y.
"le sabler affiche la presse " je ne comprends pas le sens de cette phrase.

Désolée de ce décorticage qui ne dit pas assez que j'ai pourtant bien aimé cette ambiance de froid et ce" trop tard " qui provoque une sorte de réchauffement tardif et inutile.

Merci pour ce partage


Plumette

   Anonyme   
12/3/2018
Pas évidente qu'est l'écriture d'un poème en prose. Je trouve les différents paragraphes inégaux entre eux. Ça manque de musicalité, très important pour le poème en prose. De même, il y a quelques images qui balancent entre feu/froid, mais il y a aussi du franc parler, ça dénote. Je peine à trouver le rythme donné au poème, dû je pense à la structure du poème qui n'a pas assez été travaillé. Pour moi ça n'a rien d'un poème en prose pour ces raisons, jai plutôt eu l'impression de lire une lettre d'amour/divorce. Le thème en lui-même, il n'y a rien à dire, enfant j'ai vu mes parents se déchirer, donc je n'y suis pas insensible, mais globalement ça manque de force et de poigne Encouragements.

   PIZZICATO   
12/3/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Pas de situations hors du commun dans l'historique de cet amour décadent, jusquau " gel dans les os ", mais exprimé de façon intéressante.

" je peux la sauver de la dilution dans l'eau gelée où tu as emprisonné notre existence "
"Je pars seule. Je me sépare "
" Dans le naufrage se sauve qui peut. Je saute la première par-dessus bord."
Des images originales pour définir la rupture, sans tenter de raccommodage " Je ne connais pas la marche arrière ".

   Damy   
12/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Cela a l'air d'être définitif: plus de pitié face aux remords. Et pourtant, pourtant, j'ai comme une envie de continuer le récit, non pour une fin moins tragique, à l'eau de rose, mais oui, pour une reprise une fois la colère retombée. Car, pour moi du moins, ce texte est le reflet d'une grande émotivité, l'expression de la colère, plus que celui d'une froide décision prise dans la sérénité et, au fond, il me laisse grande ouverte la porte de l'espoir.

Je suis, moi aussi, assez dubitatif sur le caractère poétique de cette prose toute épistolaire, mais le plaisir de lecture est bien là: l'énergie que ce texte dégage.

Merci, MissNode.

   jfmoods   
14/3/2018
Le poème est élémentaire et métaphorique. L'eau et le feu s'y côtoient, dessinant la cartographie d'une vie de couple.

La source à laquelle on croyait s'abreuver largement, puiser sa vigueur, était une illusion (locution restrictive : "l'eau... n'a jamais coulé qu'en filet, entre nous"). Question de territoire. Au climat océanique de l'une répond le climat polaire de l'autre ("givre", "neige", "glace", "l'eau gelée", "le mur de glace", "givré").

Pas de quoi rassasier sa soif, donc, à une fontaine commune.

Pas de satiété.

Pas d'intensité non plus. Le paradoxe s'affiche d'entrée ("le feu est froid"), secondé plus loin par un constat sans appel : "Le feu de notre foyer ne nous réchauffe plus."

Que reste-t-il donc à entreprendre à deux lorsque toute la charge affective s'est égarée, dilapidée, volatilisée en chemin ?

Rien, sinon considérer le poids incommensurable du temps perdu, l'urgence absolue d'un arrachement ("Le sablier affiche la presse.").

Rien, sinon avancer désormais seule, résolument, vers la vie et ses promesses. Avec cette chaleur qui subsiste, avec cette petite lumière qui brille encore en soi ("Une once de dignité demeure encore tiède.", "Dans mon âme une braise à sauvegarder.").

Merci pour ce partage !

   Robot   
14/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
D'abord, j'aime beaucoup le titre. Poème qui décrit le refroidissement des sentiments, la distance qui s'installe dans un couple. L'incompréhension qui s'installe, et conduit à la rupture par la lassitude de ne plus être en phase sans savoir vraiment la cause de cette glaciation du quotidien.

J'ai beaucoup aimé la description de cette phase de congélation des attachements du cœur.

   Donaldo75   
14/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Salut MissNode,

La tension est patente dans ce poème en prose où le lecteur peut facilement se mettre à la place de "elle" ou "il". C'est ce qui m'a le plus marqué dans ma lecture.

"Tu es le givre. Le feu de notre foyer ne nous réchauffe plus. L'immobilisme nous a figés."

Le temps (repris plus tard sous forme de sablier), le froid (présent dès le titre), temps + froid = figé, comme dans une équation émotionnelle d'un couple en fin de relation.

C'est fort, parce que ces images marquent le lecteur.

"Dans le naufrage se sauve qui peut. Je saute la première par-dessus bord."

Tout est dit !

Bravo !

Don

   MissNode   
15/3/2018

   Lulu   
15/3/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonsoir MissNode,

Pour ma part, j'ai beaucoup aimé lire ce texte, bien qu'il exprime la question du désamour et le désarroi dans lequel il peut nous plonger "Je saute la première par dessus bord"...

J'ai beaucoup aimé certains mots, et notamment un passage : "Je pars seule. Je me sépare. Mon cœur est net, je récupère mes trois billes, je m'en vais"... Je trouve ce passage très fort, et particulièrement plus beau que le reste, même si j'aime l'ensemble, car il suggère beaucoup plus qu'il ne dit. Ainsi, cette phrase : "Je me sépare"... C'est tellement beau et si profond dans l'expression du sentiment exprimé. De même, "je récupère mes trois billes"... Je lis là une image originale et ferme. Si l'amour est un jeu, il peut aussi trouver sa fin.

Ma seule réserve concerne peut-être le titre. Je comprends l'image du froid et de l'excès de froid que vous voulez exprimez ici, mais la formule ne me paraît pas spécialement poétique. Or, si le désamour s'éloigne de l'amour à petit feu ou à coups de grand froid, je lui aurais peut-être préféré un titre plus doux.

Cordialement.

   Marie-Ange   
20/3/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
L'écrit dans son ensemble provoque un ressenti.

Il n'est pas rare d'avoir eu un jour, à faire face au dilemme de cette détresse, quand l'amour nous échappe. Cela nous plonge dans un état émotionnel exacerbé.

Chacun de vos mots nous le démontre. Le langage simple mais clair nous le retranscrit fort bien. Toutes les difficultés d'une rupture apparaissent ; celle-ci est latente ; qui en fera le premier la démarche, qui en aura le courage, sachant tout ce que cela entraîne .

Pour cela votre texte est très explicite, il relate bien un état de fait, brillamment, mais je n'ai pas ressenti une quelconque poésie dans tout votre discours.


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