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Récit poétique
MissNode : Un sillon sur Terre
 Publié le 10/12/20  -  10 commentaires  -  3357 caractères  -  112 lectures    Autres textes du même auteur

Haïbun – composition littéraire mêlant prose et haïkus.


Un sillon sur Terre



nuit noire d'été –
une rainette chuinte
saut d'un tendre vert


Le sillage émeraude des feuillages traversés de lumière.
C'est lui qui t'a projetée sur Terre.

Lui, et la Tendresse… des amitiés, de la peau de l'enfant, du soleil d'automne ou levant ou couchant.
Les entrelacs des émotions, des sensations de cœur dans le corps et l'âme.
Le long frisson de l'orgasme, les bulles d'air s'émulsionnent sous la peau, la légèreté l'emporte sur la secousse.
L'arrachement de celle qui accouche, au seuil de l'expulsion, hèle les âges ancestraux qui l'entourent, en hallucinations de silhouettes et de voix.
Toutes les femelles de la Nature s'engouffrent au travers de la fissure de Vie en suivant la descente du fœtus chargé d'existences.
Celle qui accouche leur fournit son hurlement pour crier au monde le nouveau-né, l'instant-miracle.

circonvolutions
d'une muqueuse en spasme –
un rouge organique


Le sillage émeraude…
Naître à nouveau, et naître femme, tout en sensations déployées.
Il te semble que le sillage émeraude est ton premier souvenir en propre, né de l'intérieur de ta conscience plutôt que des historiettes rapportées par tes proches.
La première fois où ton âme s'est approchée au plus près de la fenêtre de ton œil, activant la fonction "je" du verbe "regarder"…
Tu regardes les feuilles s'agiter sur la branche qui abrite le landau où tu reposes. Le douillet du berceau t'enveloppe, la brise est venue taquiner ton sommeil, comme elle titille les feuilles.
Émoustillées elles frétillent dans une danse de bruissements qui lance des clins d'œil au soleil.
Tu ressens sous tes narines la chatouille des rayons affolés, comme celle des feuilles dont les souffles semblent des rires.
Tu frissonnes et tu n'es plus qu'un seul éclat de rire, les contours de ton corps s'étiolent, voilà qu'il vire léger au-dessus de ton landau avant de voler tout droit vers la canopée.

voûte en feuillées vertes –
lumière émeraude filtre
sous les châtaigniers


Tu deviens la feuille, tu ressens le végétal ; tu deviens l'arbre, tu ressens le bois ; tu danses avec l'air au fil du vent et c'est une aspiration vers les hauteurs des nuées, en toute hilarité.
Loin est le landau et loin le sillage émeraude. Mais voici la voix d'anges, elle te murmure la douceur des plumes, l'argile qui t'a façonnée comme l'eau qui t’emplit, elle te rappelle au souvenir du sillage, à tes excitations éternelles à retourner à la terre.
Et l'heure est loin d'être venue pour toi qui as encore tant à ressentir, depuis l'effleurement sur tes pores jusqu'à la caresse intérieure de la vague, en passant par les humeurs lunaires qui te videront d'impuretés et attireront un sang nouveau.

Le sillage… il te semble qu’à ce moment-là, tu marquas du sceau de ta promesse l’intention qui t’a projetée sur Terre, validant le projet d’existence humaine dont tu avais rêvé durant ta gestation ; naître – fournie de tout l’arsenal de perceptions nécessaires pour jubiler à nouveau des instants, de l’eau, du roc, de l’humus, de la confiance joyeuse… et émerger du Néant, d'entre les galaxies.

trouée oxygène
les nuées cèdent aux bleus –
la lumière est d'or


 
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   Eclaircie   
4/12/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Bonjour,

Le récit poétique me fascine, et celui-ci en particulier.

Je n'ai pas appris ce qu'est le Haïbun, dans le détail. Je me contente de l'exergue, simple comme explication.
Ce récit se lit d'une traite, mais en revenant en arrière pour trouver les liens entre le haïku et la prose qui le suit.
Mes impressions et/ou ce que j'ai aimé :
La couleur leitmotiv des haïku,
La reprise de ce "sillage émeraude" dans les deux premiers paragraphes suivant les deux premiers haïku.
La reprise de mots précis dans les passages en prose, par exemple "sillage", "feuille".
La sensualité omniprésente et "vivante".
La distanciation du sujet face à lui-même après le second haïku.
La progression depuis l'acte de fécondation jusqu'à la conscience du fruit de cette fécondation.

Petits bémols, broutilles, détails :
La ponctuation pourrait à mon avis être revue et améliorée. Il me semble manquer quelques virgules pour une meilleure appropriation du texte par le lecteur.
"à tes excitations éternelles à retourner à la terre." -> j'ai remarqué, en lecture, ce passage et ses "à" un peu trop nombreux.

Vraiment un très bon moment de lecture, pour moi.

Merci du partage,
Éclaircie

   Provencao   
10/12/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
" Le sillage émeraude des feuillages traversés de lumière.
C'est lui qui t'a projetée sur Terre. "

Quelle belle poésie en ces vers qui pose le beau comme crée par l'esprit et l'univers et la pensée.

J'aime bien cet esprit presque absolu, ouvert et infini. Avec cette âme qui ne saurait exister en soi, elle semble même ne pas parvenir à sa vérité plus qu'objective que par la force de la pensée qui en construit sa réalité.

Très original en sa conception, ce poème nous invite à l'introspection et à l'écoute ..

Au plaisir de vous lire
Cordialement

   Davide   
10/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour MissNode,

J'ai été ébloui devant le foisonnement d'images, presque trop ; il m'a fallu suivre le sillage émeraude à tâtons pour ne pas me perdre dans toutes ses circonvolutions poétiques. Pourtant, je me suis vite senti emporté par ce récit passionné, au regard spiritualisé, qui revisite le sacre d'une naissance et l'inscrit dans une perspective élargie, ample... immense même. D'ailleurs, cette histoire m'a rappelé "Sieste au landau" de l'auteure, j'y ai vu plusieurs points de convergence.

Il se raconte donc une naissance en trois temps, voire quatre : l'accouchement d'abord, les forces de la nature en présence, l'oracle du féminin, la puissance de la Vie. Puis vient le miracle de la naissance (d'une naissance "à nouveau", car l'on est ici dans un cycle d'incarnations et de réincarnations), l'expérience de corps en sensations corporelles. Ensuite, survient une expérience hors-corps, sorte de voyage astral dans la canopée, expérience d'unité, où tout est tout ("tu deviens la feuille, tu ressens le végétal ; tu deviens l'arbre, tu ressens le bois"), ce qui, in fine, "rappelle au souvenir du sillage" (au pourquoi de l'incarnation...). Enfin, le dernier temps, le quatrième, signe un retour sur terre, car "l'heure est loin d'être venue pour toi qui as encore tant à ressentir".

Très belle inspiration que celle du sillon/sillage, telle une guidance intérieure, un fil d'Ariane, quelque chose d'impalpable qui relie la naissance à la mort et à l'au-delà, à l'avant-vie et à l'après-vie.

Du reste, j'ai bien aimé la présence d'haïkus (même si je les aurais préférés en italique, plutôt qu'en gras ;)), comme scandant les différents "temps" du récit poétique ; ils invitent à la contemplation, imposent un regard éthéré, large. Bref, une histoire qui m'a vraiment plu, malgré sa "forte" luxuriance.

   myndie   
10/12/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Un sillon sur Terre – Une vie
Magnifique ! Ce poème est un bonheur sensuel et intellectuel.
Franchement, cette poésie là me touche profondément. On la croirait descriptive, elle ne l’est pas ; elle va bien au-delà.
J’ai senti la délectation de la poétesse qui joue avec les mots et les arrange au point que leur musique, leur rythme, leur sens nous entraînent dans le sillage vert de ses émotions et surtout de sa méditation.
J’ai particulièrement aimé ces vers :
« Saut d’un vert tendre »
« le sillage émeraude des feuillages traversés de lumière »
et surtout :
« Trouée oxygène
les nuées cèdent aux bleus
la lumière est d’or » qui créent une magnifique atmosphère.

Mais en vérité, je n’ai pas envie de savoir quel cheminement a pris cette graine de poésie, à quelles sources souterraines, à quels soleils elle s’est nourrie pour germer aussi joliment.
Je me laisse juste envahir par l’émotion qui m’est offerte, généreusement et avec tant de beauté.

Merci MissNode

   papipoete   
10/12/2020
bonjour MissNode
Pour moi, une poésie qui me fait penser à une peinture abstraite... à laquelle je ne comprends rien ( on me dit alors ; tu n'as pas à comprendre, mais ressentir ) mais dont la couleur m'est belle !
Même les vers aux sujets, verbes et compléments d'objet, sont face à mes yeux, des haïkus qu'il faut dire et inspirer à plein poumon entre chacun et méditer... mais comme l'hypnose sur moi, cette faculté n'a pas de prise et j'en suis bien désolé ! ( j'aimerais que me regardant droit dans les yeux, un yogi me permette de m'évader de mon corps, et me sentir si bien, si bien )
Je redis à l'auteure que son " sillon sur Terre " m'est hermétique, ce qui ne signifie pas que " je n'aime pas "
je songe aux " noirs de Soulage "
Il est sur Oniris des gens qui sauront apprécier, savourer ce que votre plume ci-dessous écrivit, j'en suis sûr !

   Vincente   
10/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'aime beaucoup beaucoup l'intention.
Mais relativement à cela j'ai moins apprécié ce que j'y ai découvert au travers de mon ressenti. Ainsi la déclinaison du projet poétique m'est apparue freinée dans son amplitude. Car il y a de l'ampleur convoquée dans l'empreinte ici imprimée de ce "sillon" terrestre ; l'originel lieu d'une rencontre, d'une passion et d'un accouchement s'épanchent dans la prose allégorique de ce récit poétique. La dame "rainette", d'un joli couronnement métaphorique, "chuinte", pas très joli par contre ce son grinçant, mais nous sommes au début de l'évocation et ce bruit guttural qui s'échappe pleurant peut être perçu comme cela, par le lecteur qui entre en découverte de la scène "d'un tendre vert" ; l'on y "verra" un mâle "sauteur" sans le "sillage d'émeraude…", joli préambule.

Le texte accompagnant le premier haïku le commente un peu trop, je veux dire qu'il nous fait passer de la lenteur endémique de l'absorption des images qui fusent d'abord à un "explicatif" par trop "parlant". Si bien que cette prose poétique m'est apparue plus prosaïque qu'elle ne l'était. Voici la confrontation délicate de deux sensibilités ; comme peut-être l'une, féminine/haïku, suggestive ("naître femme, tout en sensations déployées") , face à l'autre ,masculin/prose, prosaïque ("Tu frissonnes et tu n'es qu'un seul éclat de rire"). En opposant ces deux entités émotionnelles dans leur conjugaison amoureuse, haïku/prose, comme féminin/masculin, l'auteur place son ouvrage dans le plus fécond cocon. Mais aussi le plus ambitieux.

Je n'ai ressenti l'harmonie de l'étreinte des deux univers que vers la fin, avec ces deux haïkus finaux qui enserrent la prose terminale. J'ai trouvé d'ailleurs adroit et amoureux dans l'intention, le fait que les haïkus "enserrent" les proses, plaçant ainsi les entités organiques dans la configuration aboutie de l'étreinte d'amour, cet état d'acceptation d'un corps à l'autre avec toutes ses potentialités fécondes.
Mais dans ce final cependant j'ai été déçu de croiser les expressions "validant le projet d'existence humaine" et "fournie de tout l'arsenal de perceptions nécessaires pour jubiler…", où le prosaïsme vient faire assaut alors que la douceur et l'harmonie régnaient dans leurs instants de grâce. Non à ce moment on tombe franchement dans le risque de coïtus interruptus… frustrant ! vraiment.

   dream   
10/12/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonjour MissNode

Toutes ces parenthèses poétiques –et philosophiques-deviennent des moments privilégiés pour le lecteur, car "Un sillon sur Terre" est comme une méditation qui invite à se reconnecter à l’instant présent et à poursuivre son chemin spirituel personnel par "le sillage émeraude des feuillages traversés de lumière". Et l’on savoure dans la plus pure des puretés ces moments contemplatifs, en se laissant porter par la voix des anges.

Un somptueux Merci pour ces émotions vives qui nous traversent.
dream

   framato   
10/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour MissNode,

que voilà un texte intéressant, dans sa forme et son fond. Naître femme en sensations déployées : j'aurais voulu écrire ces mots. La fenêtre de ton œil, j'aime vraiment beaucoup aussi. La feuille, le végétal, l'arbre, le bois, tout ça me parle. Mon seul petit bémol est une question de forme. Les haïkus sont si légers, si aériens que je trouve dommage de les avoir mis en gras. Un italique aurait mieux convenu par sa grâce et sa légèreté, me semble-t-il.

Mais j'ai vraiment passé un bon moment de lecture, merci beaucoup.

   MissNode   
13/12/2020

   Arsinor   
23/1/2021
J'avais écrit un haïbun pour Oniris lors d'un concours. Le vôtre est très rythmé par les quatre interventions des haïkus. J'ai compris le thème, la femme-Terre qui donne naissance, mais il me laisse froid par nature.


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