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Poésie contemporaine
mitsouko : Mal de mer
 Publié le 17/07/11  -  16 commentaires  -  2363 caractères  -  311 lectures    Autres textes du même auteur

La vie est parfois un naufrage... vous êtes mon île.


Mal de mer



Vos églises en granit aux murs suintant de sel
Ces cierges que l’on brûle pour le corps d’un marin
Vos charrois de nuages qui écrasent la plaine
Ces femmes qui attendent que la mer vous dégueule

Frêles doigts tailladés, engourdis par le froid
Ces poissons qu’on éventre à la conserverie
Cette odeur de marée que les chats vous reniflent
Nos corps qui s’ensommeillent dans des draps trop humides

Comme une meurtrissure à la chair de l’épaule
La morsure du bois du cercueil d’un frangin
Vingt berges abandonnées aux algues pourrissantes
Et ces mouettes qui gueulent par-dessus mon chagrin

Nos bocks de bière dressés comme des sémaphores
Qu’on allume la nuit au comptoir de nos peines
Leurs chansons de marins qui parlent de naufrages
Et de voiles gonflées vers des îles lointaines

Ta beauté qui s’étiole dans la rade de Brest
Béance de ton ventre où se vautrent leurs peurs
Ils crachent leur venin et leur tendresse en rut
Tous ces rêves d’amour qui croupissent en mer

Ces vieilles qui bigotent clopinant sur leur canne
Entre leurs seins flétris quelque croix vacillante
Elles trempent leurs doigts gourds dans l’eau des bénitiers
Jetant un regard noir à tes seins triomphants

Sous la pluie où se noie le rimmel de tes yeux
N’écoute pas le fiel des femmes qui t’insultent
J’en connais d’honorables qui écartent leurs cuisses
Pour la dot d’un notaire avec montre à gousset

Viens je t’emmènerai aux chaleurs ibériques
Je faucherai les mots de poètes oubliés
Et j’en ferai des gerbes de tendresse bleutée
Que tu piétineras de ta beauté sauvage

Écoute bien le chant de ces marins perdus
Souquant sur des rafiots disloqués par le vent
Entends le cri de rage des fusillés de l’aube
Et dont les yeux bandés dévisagent la mort

Souviens-toi de ces croix aux murs de nos cellules
La nuque dégagée des matins guillotine
Les petits pas de clerc du curé grelottant
Qui absout nos péchés à l’ombre du pouvoir

Je t’aime, je t’aime, je t’aime comme un outrage
Avec pour seule offrande mes pognes d’assassin
Arrachons à la mer les lambeaux de nos vies
Au feu de ta jeunesse mon regard s’éteindra


 
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   socque   
13/7/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Le rythme parlé, pour moi, est bon, à part pour le vers "Je t’aime, je t’aime, je t’aime comme un outrage" car on ne peut pas élider de la même manière les trois "je t'aime" pour retomber sur douze syllabes.
Je ne comprends pas le dernier vers qui me semble dire exactement le contraire de tout le reste du poème, ce qui me paraît dommage.
De la vigueur, sinon, une hargne bienvenue. Je verrais bien une musique sur ces paroles, avec des cris d'oiseaux marins en arrière-plan. Quelques images qui me plaisent : les charrois de nuages, les chats qui reniflent l'odeur de marée ramenée de la conserverie, la tendresse en rut...

Oui, un poème debout qui parle de poings levés vers le ciel. De l'allure. Un peu trop long peut-être, je crois que le propos serait plus fort en étant plus resserré.

   Pascal31   
13/7/2011
 a aimé ce texte 
Passionnément
Il est parfois difficile de décrire ses émotions à la lecture d'un poème. Le mieux que je puisse faire ici, c'est de dire que j'ai pris une grande baffe : l'auteur m'a embarqué dans ce poème d'amour plein d'aspérités, de noirceur contenue, de douloureuses espérances...
J'en ai pris plein la tronche ! Impossible d'isoler telle ou telle image, c'est l'ensemble du poème qu'il me faudrait recopier.
J'ai tout aimé : le style brut, les images souvent très dures, l'ambiance quasi malsaine mais, au final, l'espoir que cet amour survivra envers et contre tous.
Un mal de mer, un mal d'amour, qui m'a vraiment emporté... Bravo !

   Charivari   
14/7/2011
 a aimé ce texte 
Passionnément
Il y a une force inouïe dans ce texte, une intensité qui va crescendo sans jamais retomber. La dernière strophe, magistrale.

Le vertige, le dégoût, l'infini, la fuite en avant, le tout en vagues successives... On est là, au bout de la jetée, avec le narrateur, fouetté par le vent, et on garde dans la bouche la saveur amère du sel et des embruns.

Au niveau de la forme, le choix d'alexandrins sans rime est très judicieux : on garde le côté épique, incantatoire de la prosodie classique, mais sans son côté artificiel, guindé.

Le seul reproche (mais ce n'en est pas vraiment un, au fond) : j'aurais aimé mieux comprendre qui est ce narrateur, qui est cette femme, quelle est la situation, pourquoi les mains sont "assassines...

   Anonyme   
17/7/2011
 a aimé ce texte 
Passionnément
Magnifique
Il y a du Corbière dans l'inspiration, mais avec, en prime, une fougue impressionnante dans l'écriture.
J'en suis encore pantois tellement c'est fort.

   Anonyme   
17/7/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour mitsouko... Bravo pour cette suite d'images très fortes qui me touchent de très près. Un cri de révolte contre la mer qui enlève le frère ou l'ami, contre le pouvoir qui fusille et guillotine, contre les bigotes, tout cela je le comprends mais j'aurais aimé savoir qui était cet homme... Prisonnier, condamné à mort ou tout autre ?
Un dernier point ! Si, globalement, ce texte est écrit en alexandrins certains vers, en commençant par le premier, viennent pourtant perturber la lecture mais je pense que c'est mon côté classique qui fausse mon jugement...
Je conserverai précieusement ce poème quand bien même je ne comprends pas vraiment quel est le fil de l'histoire.
Au plaisir de vous lire...

   Anonyme   
17/7/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un poème qui a la force d'une tempête. Comme un long cri de révolte d'un homme qui a passé sa vie à se battre contre les flots, la misère et l'ordre établi. Qui trouve sa seule raison d'être dans les yeux d'une femme. Au bout du compte, un texte désespérément romantique.
Vocabulaire et progression du rythme parfaitement maitrisés. Bravo !

   Anonyme   
17/7/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Quelle lecture !
Pour ma part, je vois un homme que la justice a arraché aux vivants et qui croupit dans une geôle tout en haut d'une tour. Pourquoi tout en haut, me suis-je demandé ? Parce qu'il voit sa vie depuis le haut, qu'il est presque mort à l'intérieur et qu'il n'y a plus que la rage (et le dédain) et cette nuit où sur son lit, il pense à celle qu'il a été contraint d'abandonner parce qu'on l'a emprisonné.
La mer lui a arraché son frère, les hommes son amour, je comprends cette rage et ce

Viens je t’emmènerai aux chaleurs ibériques
Je faucherai les mots de poètes oubliés

Je trouve ce "éteindra" particulièrement bien placé mais dans mon interprétation du texte, qui en fin de compte ne doit pas être la bonne, je ne comprends pas le vers :

Au feu de ta jeunesse mon regard s’éteindra.

   wancyrs   
17/7/2011
C'est fort, c'est intense, et j'aime beaucoup les images, néanmoins je pense qu'il reste un travail de structuration de strophes. C'est un problème qui survient toujours lorsqu'elles sont abondantes, et ici, même si cette abondance ne nuit pas, il se trouve que la progression du poème est quelque peu gênée par l'une de ces strophes qui aurait été magnifique en début de texte. Il s'agit de l'avant dernière strophe ; Je l'aurais mis en début, inséré deux sauts de lignes(après la 5ieme strophe et après la 8ième) pour changer ou couper la monotonie du ton, et cela donnerait ceci :

Souviens-toi de ces croix aux murs de nos cellules
La nuque dégagée des matins guillotine
Les petits pas de clerc du curé grelottant
Qui absout nos péchés à l’ombre du pouvoir

Vos églises en granit aux murs suintant de sel
Ces cierges que l’on brûle pour le corps d’un marin
Vos charrois de nuages qui écrasent la plaine
Ces femmes qui attendent que la mer vous dégueule

Frêles doigts tailladés, engourdis par le froid
Ces poissons qu’on éventre à la conserverie
Cette odeur de marée que les chats vous reniflent
Nos corps qui s’ensommeillent dans des draps trop humides

Comme une meurtrissure à la chair de l’épaule
La morsure du bois du cercueil d’un frangin
Vingt berges abandonnées aux algues pourrissantes
Et ces mouettes qui gueulent par-dessus mon chagrin

Nos bocks de bière dressés comme des sémaphores
Qu’on allume la nuit au comptoir de nos peines
Leurs chansons de marins qui parlent de naufrages
Et de voiles gonflées vers des îles lointaines


Ta beauté qui s’étiole dans la rade de Brest
Béance de ton ventre où se vautrent leurs peurs
Ils crachent leur venin et leur tendresse en rut
Tous ces rêves d’amour qui croupissent en mer

Ces vieilles qui bigotent clopinant sur leur canne
Entre leurs seins flétris quelque croix vacillante
Elles trempent leurs doigts gourds dans l’eau des bénitiers
Jetant un regard noir à tes seins triomphants

Sous la pluie où se noie le rimmel de tes yeux
N’écoute pas le fiel des femmes qui t’insultent
J’en connais d’honorables qui écartent leurs cuisses
Pour la dot d’un notaire avec montre à gousset


Viens je t’emmènerai aux chaleurs ibériques
Je faucherai les mots de poètes oubliés
Et j’en ferai des gerbes de tendresse bleutée
Que tu piétineras de ta beauté sauvage

Écoute bien le chant de ces marins perdus
Souquant sur des rafiots disloqués par le vent
Entends le cri de rage des fusillés de l’aube
Et dont les yeux bandés dévisagent la mort

Je t’aime, je t’aime, je t’aime comme un outrage
Avec pour seule offrande mes pognes d’assassin
Arrachons à la mer les lambeaux de nos vies
Au feu de ta jeunesse mon regard s’éteindra


de belles images en tout cas,

bonne continuation

Wan

   Menvussa   
18/7/2011
 a aimé ce texte 
Passionnément
C'est tout simplement superbe, tant par la forme qui me semble parfaite, mais je ne suis pas vraiment apte à en décider, que par le fond, puissant chargé d'émotions.
Un défi fier et puissant, lancé à la gueule de la bêtise et de l'hypocrisie.
Un très beau texte

Mal de mer... mal d'aimer.

   Damy   
18/7/2011
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Je suis d'accord avec Alexandre sur la forme: les vers bancals font couac, ils sont a-mélodiques

Pour le reste j'ai vu quelqu'un emprisonné en lui-même corps et âme (emberlificotée dans dans des poncifs chimériques: la religion, le deuil etc...) et qui rêve de se prostituer pour s'offrir au public, pour sortir de l'ombre.
Sur ce thème, si c'est le thème, j'ai lu des textes bien plus incisifs.

L'émotion dominante que m'a procuré ce texte est quelque chose comme le compassion, sinon la pitié, face à une révolte impuissante qui regrette sa jeunesse (denier vers). Et ce malgré quelques tournures assez puissantes.

Au fond, c'est presque le "Mal de mère"

   Anonyme   
18/7/2011
 a aimé ce texte 
Passionnément
Très imagé, la mer qui dégueule devant les femmes, le sein trimphant, les bock levés comme des sémaphores... Dans ce poème, pas un mot qui ne serve à rien, l'auteur ne s'écoute pas écrire, il a des choses à dire, c'est le propre de la poésie de dire et de dire bien.

Un poème d'amour, si on l'avait écrit pour moi j'en serais sur le cul !

N’écoute pas le fiel des femmes qui t’insultent
J’en connais d’honorables qui écartent leurs cuisses
Pour la dot d’un notaire avec montre à gousset"

   Mona79   
20/7/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai beaucoup aimé ce poème qui dégueule toutes ces révoltes impuissantes d'assassin. C'est fort, ça prend aux tripes, on sent que l'auteur a sorti les siennes pour écrire ça.

   David   
21/7/2011
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Mitsouko,

J'ai pensé à la chanson de Brassens, "ne jetez pas la pierre à la femme adultère" même si la prostitué, c'est un personnage un peu différent, mais qui peut servir tout autant de symbôle de révolte, de résistance, la recherche d'une liberté à travers une morale de façade.

Ici, ce n'est pas tant la liberté, elle est glorieuse cette "femme de marins" gardienne du secret que vivent les hommes avec elle, à l'image des secrets de l'océan, la peur du large, la solitude, les privations, que ne peuvent partager les marins avec les hommes à terre.

Ça doit rejoindre une image mythologique que je ne retrouve pas, même si dans le contexte, ça pourrait être un charron féminin, le passeur du fleuve des enfers, il y a plusieurs images morbides, des porte-à-faux religieux.

   Anonyme   
25/7/2011
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonsoir Mitsouko,
Quel dépaysement! J'imagine un sale port, un tripot, ou pire: un paisible village au bord de la mer...
C'est gras, dégoulinant, sale, injurieux, un personnage rebelle de son vécu ou de ce qu'il voit et vit (un vieux marin, ou son fils ) pour une ôde à cette (jeune) femme juste un peu différente. J'adore la fin : juste pour un regard.
Du dégoût à la passion.
Mille bravos!
Bien que très nouveau sur ce site, (n'ayant donc pas Tout lu!), j'ose vous noter: mirifique instant de lecture, d'images.

   aldenor   
25/7/2011
 a aimé ce texte 
Passionnément
Très sensible à ces vers puissants qui associent la mer, la mort, l’amour.
Des images subtiles. Un souffle prenant. Superbe.
Un passage m’a dérangé : le triple je t’aime qui manque de la retenue, de la densité du reste du poème.

   Anonyme   
24/4/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Puissantes images. Particulièrement aimé ces "bocks de bière" sémaphores, entre autres.
Petit reproche : on se perd un peu entre les strophes.
Mais c'est tellement lyrique et beau.


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