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Poésie classique
Mona79 : L’étrange mausolée
 Publié le 08/06/14  -  14 commentaires  -  708 caractères  -  326 lectures    Autres textes du même auteur

Circonstances ou bien coïncidences ? Je ne saurais dire…


L’étrange mausolée



Il aimait la forêt ; quand vint l’heure dernière,
« Mon enfant, me dit-il, vois ce chêne puissant
Planté par un ancêtre à l’âge florissant,
Un trou s’y dissimule, une ombreuse tanière.

Quand l’urne aura celé ma cendre prisonnière,
Porte-la vers ce creux : dans le tronc vieillissant
En paix je dormirai ; d’un rameau bruissant
Mon âme nourrira la sève printanière. »

Fut fait selon ses vœux. Mais la brutalité
D’un orage terrible, en sa fatalité,
Voulut que d’un éclair l’arbre géant succombe,

Immolé par le feu, sans grâce ni pourvois.
Dans cet ardent fléau qui ravagea sa tombe,
J’ai su mon père mort pour la seconde fois.


 
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   Hananke   
21/5/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Enfin ! un superbe sonnet classique qui se lit un peu comme une
fable.
J'aime cet ensemble et sa chute quoique prévisible.
Quelques remarques cependant :

l'hémistiche : en sa fatalité est un peu facile, peut-être ?
le mot pourvois m'interpelle, également : pourquoi, mon dieu,
un arbre foudroyé devrait-il bénéficier d'un pourvoi ?
Quatre adjectifs dans les rimes masculines des quatrains.

Malgré ses quelques broutilles, ce beau poème reste de très grande valeur.

   Robot   
22/5/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Le thème choisi est intéressant. Pourtant, je trouve quelques formulations maladroites.
Le vers
"Quand l’urne aura celé ma cendre prisonnière"
Le verbe "celer" (cacher) me paraît impropre. Une urne ne sert pas à cacher mais à recueillir.
Ma cendre. Je n'aime pas ce singulier. Il me semblerait plus judicieux de dire mes cendres.
Prisonnière. Il est étrange de considérer "la" cendre comme prisonnière et de "la" déposer dans l'urne à l'intérieur du tronc. Car à la lecture, je lis : - ...l'urne... porte là -. Or, il me semble que les cendres ont devraient les disperser à découvert dans le creux pour les libérer. Sinon comment pourrait-elle nourrir le rameau.
En fait, tout le quatrain me paraît illogique.
Je n'apprécie pas "fut fait".
J'aurais par exemple mieux vu poétiquement
- le vœu fut accompli. Mais la brutalité... -
Au demeurant, une lecture d'ensemble que j'ai trouvée agréable. Un peu troublée cependant, lorsqu'on y porte intérêt, en raison de ce que j'ai relevé dans les remarques qui précèdent.

   RB   
24/5/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

C'est un beau texte qui, de plus, raconte une histoire qui ne laisse personne indifférent. Qu'adviendra-t-il de nos cendres dans deux cent ans ?

Juste quelques remarques.
Le vers 7 : pourquoi inverser ? Ce n'est pas utile et cela complique la compréhension.
Le vers 9 : il commence sans sujet, je sais c'est pour la métrique mais c'est un peu dommage de ne pas avoir trouvé autre chose.

Le vers 10 : "en sa fatalité"... cela prête à sourire aujourd'hui. Calamité ...

Mais ce ne sont que des détails, bravo et merci.

   Miguel   
30/5/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un beau poème, où l'austérité du sujet se marie à l'amour filial. Un classicisme de bon ton pour traiter ce thème. L' "ombreuses tanière" a un air de XVIe siècle, le vers 5, avec sa référence antique, un air très XVIIIe (pas XVIIe, non, réellement XVIIIe). Des vers d'une grâce un peu maniérée mais pleins de charme.
Quelques remarques : le "là" du vers 6 ne prend pas l'accent, c'est le pronom et non l'adverbe.
Le rejet des vers 6/7 est peu euphonique avec ses deux "an".
"Fut fait selon son voeu" est syntaxiquement "limite", et "sans grâce ni pourvois" un peu "cheville".
La chute en revanche est saisissante. Mais, le chêne abattu, c'est toute la forêt qui devient la sépulture de ce père aimé.

   Anonyme   
8/6/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour très chère Mona... Etrange mausolée en effet mais superbe sonnet classique servi par un vocabulaire choisi où l'âge florissant, l'ombreuse tanière, le rameau bruissant donnent au poème cette patine des siècles passés... Pourvois est synonyme de recours et tient ici très bien son rôle.
Quant au tercet final et son vers de chute, ce sont de véritables bijoux...
Mona, tu n'as rien perdu de ce talent que j'admire sans réserve depuis plusieurs années... Bravo et merci pour ce morceau d'anthologie.

   Damy   
8/6/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
Magnifique !
Je suis charmé par le conte autant que par la qualité de la forme de ce sonnet, son vocabulaire, sa fluidité et l'élégance du style.
Merci Mona.

   KIE   
8/6/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Quand un texte paraît sous la rubrique "classique", je me réjouis (malgré les réticences que vous me connaissez) d'y voir un "classique" pur jus.
Ici, nous sommes en plein dedans.
Il n'y a absolument rien dans ce sonnet qu'un esprit classique puisse dénoncer.
Je dis bien : rien !
Je le répète : rien !
Car en réalité, tout y est justifié.
Je vois avec sympathie votre "cendre".
Littré cite Racine, Esther :
"... mais son œil / Conservait sous la cendre encor le même orgueil."
De même, le classique peut tolèrer : la ténèbre, la décombre, ou, à l'inverse, les mélancolies.
Il me fait plaisir de vous voir employer ces mêmes subtilités que je me permets (c'est du reste pourquoi je la relève).
Après : "Il aimait la forêt." Un point semble mieux.
J'ai buté sur "sans grâce ni pourvois". Il y a d'abord pourvoi (ou plus justement, recours), la grâce n'intervenant qu'ensuite.
Pourtant, si l'on y regarde de plus près, on s'aperçoit qu'il peut effectivement y avoir grâce sans "pourvoi". La dissociation des deux étant possible, votre expression se révèle en tous points correcte. Et j'avais par conséquent mal compris.
Donc, je n'en parle pas.
Dans son extrême classicisme, le dernier tercet en fait un peu "trop", mais voilà, peut-on reprocher à du classique d'être "trop" classique ?
Non ? Alors, je l'adore.

   Anonyme   
8/6/2014
Bonjour Mona79

Votre poème est un pur délice.

Avec un peu d'entrainement composer un sonnet à la française dans le respect des règles n'est pas un challenge insurmontable. Encore faut-il que le sujet en vaille la peine.

C'est le cas pour cet étrange mausolée.

Saluons d'abord votre imagination qui, avant même la virtuosité, me semble être la première qualité que le lecteur est en droit d'attendre de qui se mêle d'écrire de la poésie.

Nonobstant le caractère funèbre du sujet, j'avoue avoir trouvé cette double incinération tout à fait jubilatoire.

Cette jubilation est accentuée par le ton suranné du narrateur qui pourrait être contemporain de La Fontaine.

Le titre attire l'attention sans préjuger de la fin.
La pointe est un remarquable trait d'esprit et signe brillamment ce sonnet.

Merci Mona79. Je vous tire un grand coup de chapeau.

   pieralun   
9/6/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Mona,

Joli poème écrit comme une fable.
J'y ai trouvé quelque très beaux vers:
" un trou s'y dissimule, une ombreuse tanière. "
" mon âme nourrira la sève printanière. "
Le très bêle chute
L'idée qui constitue la trame est excellente et originale ( vraie ou pas d'ailleurs)
Entre La fontaine et Hugo, un joli tracé Mona

   Lulu   
9/6/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je n'ai rien à redire sur la forme du sonnet. Sa composition est parfaite et, de fait, plaisante à lire.
Sur le fond, je trouve dommage qu'il fasse montre de pessimisme (c'est mon sentiment, en tous cas). Cela dit, il reflète peut-être une réalité, auquel cas, je n'ai plus rien à dire.

Bravo pour l'écriture réussie de ce poème.

   Anonyme   
9/6/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Mona,

Je suis très heureux de ton retour comme auteur parmi nous.
Pour moi tu es probablement celle qui incarne le mieux la poésie classique sur le site. En tout cas celle dont la qualité des textes est la plus régulière. C’est toi que je vais relire lorsque j’ai un doute sur ma petite production.

C’est donc l’esprit tranquille que j’avoue être moins emballé par celui-ci. Je note d’ailleurs des écarts d’appréciation des commentateurs précédents, sans avoir lu leurs commentaires.

Disons que le fond ne m’apparaît pas totalement cohérent – mais peut-être l’ai-je mal compris - et que la forme me semble parfois un peu facile.

- Je ne suis pas fan par exemple, des rimes de participes présents ou d’adjectifs qui dérivent en participes présents : « florissant/vieillissant/bruissant », et même « puissant » si on recherche des racines anciennes. Deux à la rigueur, mais trois ou quatre me semble abusif. La raison en est simple, c’est que n’importe quel verbe fonctionne avec n’importe quel autre. Ça simplifie donc beaucoup le sonnet, dont une des difficultés est précisément de trouver quatre rimes intéressantes pour les quatrains.

- « En paix je dormirai » : cette inversion me semble avoir été faite uniquement pour éviter le hiatus « Je dormirai en paix ». En tout cas elle donne à l’expression un air emprunté qui charge inutilement la barque, déjà bien lestée de « l’heure dernière » et de « l’ombreuse tanière.

- « Fut fait selon ses vœux » : l’ellipse du pronom « il » apparaît un peu comme une cheville.

- « Voulut que d’un éclair l’arbre géant succombe » : la simultanéité, voire même la postériorité de l’évènement (l’arbre qui succombe) nécessite l’emploi du plus-que-parfait du subjonctif : « Voulut que d’un éclair l’arbre géant succombât »
Un poème aussi « classique » que celui-ci ne me paraît pas pouvoir transgresser cette règle.

- « Quand l’urne aura celé ma cendre prisonnière ».
Le verbe « celer » est le type même du faux ami synonyme de « cacher ». On l’emploie pour « cacher un sentiment ou une parole » plutôt que pour une chose ou une personne. Personne n’aurait l’idée de dire : « je vais me celer dans le placard ».
D’autre part, « ma cendre prisonnière » redonde inutilement avec le « celé » juste avant, sans vraiment apporter une idée supplémentaire.

- « Immolé par le feu, sans grâce ni pourvois. »
Le pluriel « pourvois » fait un peu « classique au forceps ». De la même manière qu’une « grâce » est unique pour un pêché donné (Dieu est assez radin là-dessus), un « pourvoi » devrait l’être aussi. Un pourvoi est un recours contre une décision rendue en dernier ressort. Il ne me semble donc pas possible de se pourvoir plusieurs fois en Cassation pour la même affaire. Devant Dieu, à mon avis, ça doit être encore pire…

Concernant le fond, j’ai été un peu troublé par l’histoire de l’urne déposée dans le tronc. Si les cendres sont enfermées dans l’urne, comment se mélangent-elles à la terre pour « nourrir la sève ». Elles auraient dû être dispersées plutôt que déposées.

Pour le reste, et comme toujours, des vers magnifiques.

Ludi

   emilia   
11/6/2014
Incarner la poésie classique ne doit pas toujours être une place enviable malgré le talent reconnu, car les lecteurs exigeants semblent à l’affût de la moindre erreur ou manquement qui les laisse insatisfaits…, comme des professeurs qui attendent toujours davantage de leur meilleure élève, mais en signe d’estime et de considération, sans bouder le plaisir de retrouvailles attendues, voire espérées… La souffrance exprimée dans le dernier vers ne peut être prise à la légère et les pronoms personnels utilisés démontrent toute l’implication de l’auteure s’exprimant à la première personne : « J’ai su que mon père était mort pour la seconde fois… », un constat douloureux d’une cruelle fatalité quand on porte ainsi la responsabilité testamentaire d’honorer le souhait d’un père aimé qui désirait « dormir en paix », au creux de son arbre préféré…, ce mausolée pas si étrange tant la symbolique de l’arbre de vie peut faire écho à ce rituel africain du tombeau baobab magistralement évoqué par Troupi dans son beau poème, tel un gardien d’une mémoire vivante et qui se perpétue…, en hommage à sa force, à la vigueur toute naturelle qu’il puise au plus profond de ses racines jusqu’à l’extrémité de ses branches dressées en direction du ciel comme la projection d’un lien corps-esprit en harmonie, ( Brassens n’a-t-il pas chanté : « auprès de mon arbre, je vivais heureux… », autre représentation qui parle à chacun…), avec cependant la tristesse de s’apercevoir qu’un seul éclair peut aussi lui être fatal… Comment ne pas être affligée par cette disparition et comment ne pas s’interroger sur le sens à donner à cet événement brutal ? Alors, circonstances ou coïncidences, dans son incipit l’auteure se pose elle-même la question et son dernier vers suggère la réponse plutôt pessimiste de la double incinération et double peine, à laquelle pourtant un doute subsiste : « je ne saurais dire… », peut être porteur d’espoir …et je le souhaite particulièrement si cela peut atténuer son chagrin ! Le feu symbolise à la fois la vie et la mort, premier élément de la création ; pourquoi ne participerait-il pas à la libération de la « cendre prisonnière… », en scellant son union à la terre pour une renaissance, telle le phénix, en réalisant enfin pleinement le vœu énoncé : « Mon âme nourrira la sève printanière… », dans une interprétation plus apaisante…

   Mona79   
13/6/2014

   Anonyme   
3/3/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
"Fut fait selon ses vœux." Cet hémistiche m'a un peu heurté à cause du point au niveau de la césure.

Quel étrange mausolée, en effet, que cet arbre mort, "immolé par le feu", pour reprendre vos prorpes termes.

Et que dire de cet enfant voyant son père mourir pour la seconde fois, au sens figuré il va sans dire.

Un très beau sonnet.


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