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Poésie en prose
Nushka : Recueillement
 Publié le 28/09/21  -  3 commentaires  -  2419 caractères  -  54 lectures    Autres textes du même auteur

Une déesse mélancolique contemple le paysage devant elle.


Recueillement



J’observe depuis le promontoire et je pleure mon cœur gai un briquet à la main.

Le vent souffle. Les bourrasques acérées giflent mes joues, les font rougir. Voilà des semaines que cela dure et les rafales ne s’apaisent pas. Tout est sec alentour, même la pluie, les rares fois où elle daigne se manifester. Elle ne tombe plus drue ou éparse, en rideau cristallin, mais presque à l’horizontale. Cinglante et aiguisée sur la peau. Les gouttes semblent comme suspendues dans les airs, sans jamais toucher terre ou si peu… Tout a soif. Tout s’assèche. Tout n’aspire qu’à l’eau qui tombe du ciel et qui lévite au lieu de désaltérer. Le sol s’étiole. Poussière fine, il s’envole. Devient dur sous les pas et craquelle. Il se désagrège, tourbillonne et aveugle.
Le monde se tourmente.

Je creuse mon cœur sec une jeune pousse dans mon sang et j’observe.

C’est l’heure de la chaleur. Palpite la fournaise, crépite, échappée des bouches affamées qui ont soif de vie. La terre geint en vain. Haut suspendu, le soleil pèse de tout son poids en surplomb. Ses langues dévorent en coulées ardentes, lapent les gouttes de fièvre frémissantes, mordent à pleins rayons la rosée qui pleure. La brume vitale suinte, s’exhale, s’élève : la porte s’ouvre à l’agonie. Les vapeurs montent, l’eau calcine en plein vol. C’est une dévoration. En bas, tout se recroqueville et se fige en asphyxies, en longs cris inaudibles. Vie, ne t’échappe pas. Âme, reste avec moi. Prière inutile.
Le monde brûle.

Et au milieu du bois sec de mon cœur s’allume une douceur liquide.

Est-ce beau ? Faut-il que ce le soit ? Le monde s’étend en un camaïeu de noir et blanc, pur. Pas de traces sur la cendre, rien n’est sali, rien n’est détruit encore. Tout est lisse et doux et me réconforte. Où que ma pupille se porte, la paix fraîche et innocente. La terre purifiée. Mes tympans s’agitent aux craquements des écorces, aux frétillements des nuées qui retombent en larmes de doux désastres. Courte durée pour la paix descendue sur le monde. Je cille : la naissance déjà. Les lucioles qui s’allument au sol entravent l’horizon de mon regard écrasé de chagrin. Les mots éclatent en bulles corrosives sur mon palais, cognent mes dents, s’échappent en souffle crispé. Sève. Nectar. Pulsation. Vie.
Le monde entre en guerre de nouveau.

… Et je verse des sanglots de couleurs mortes.


 
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   Queribus   
20/9/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

La bonne surprise du matin: un texte remarquable par sa construction: Une phrase solitaire puis un long développement qui suit; le tout fait très élaboré et donne des repères au lecteur. L'ensemble est construit dans une belle langue emplie d'images très poétiques qui se succèdent et que je n'ose citer tant elles sont nombreuses; la ponctuation est rigoureuse. Je pense que le tout est le fruit d'un gros travail et le résultat est là. Merci pour le bon moment passé à vous lire.

Bien à vous.

   papipoete   
28/9/2021
 a aimé ce texte 
Bien
bonjour Nushka
Mon coeur est sec comme le lit d'un torrent... à sec ; même la pluie ne mouille pas et le sol si sec semble implorer le ciel, de verser ne serait-ce que des larmes de joie, non un refus sec !
NB Comme une prière d'un habitant de Pompéi, qui vient d'apprendre que le Vésuve en colère depuis si longtemps, a décidé de punir ces gens ces imprudents ces impudents, qui le défiaient comme un torrero dans l'arène !
Il est trop tard ; la vie va s'éteindre sans la moindre larme... tout deviendra erg de cendres sèches, comme cette pluie aux gouttes qui n'atteignaient pas la terre.
M'étant égaré dans votre belle prose, comme n'y voyant plus dans ces nuées ardentes, j'ai construit mon interprétation sur la sécheresse, qui tue tout plus qu'une bombe...

   Vincente   
29/9/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Première sensation : j'ai beaucoup aimé.
Sur l'échelle d'évaluation d'Oniris, affleure envers ce poème un passionnément dont seules quelques anicroches viendraient compliquer la venue. Avant de les débusquer, car elles ne se laissent pas attraper, avant de les évoquer voici ce qui m'est apparu, de l'ordre donc de l'assentiment au propos.

Le regard autocentré de la narratrice, cette "fée mélancolique" que nous présente l'exergue, se saisit des alentours qui évoluent dans un continuum qui n'est pas chronologique, mais avant tout émotionnel. L'état atmosphérique, climatique impose une prégnante impériosité à tout l'environnement, du minéral en passant par le fluide, du vivant organique aux plus sensitives perceptions, de la conscience d'être à la subconscience métaphysique.
Ainsi "Tout a soif", la plus vaste nécessité ; soif d'éléments premiers, l'eau, l'air, "Sève. Nectar. Pulsation." ; soif de vie ; soif d'essentialités, soif de comprendre, de rêver, d'imaginer et d'espérer…
L'œil narrateur serait donc celui qui revisite et constate au travers du "tourbillon" qui lui apparaît dans la première partie que "le monde se tourmente.". L'idée d'une tourmente, phénomène météorologique donc, qui se meut en sentiment impactant le monde comme le ferait une émotion invite déjà à se stade du récit à étendre l'entendement du propos ; la "déesse" nous raconte comme nous décrivant un fil de pensée ; il y a ce qui lui apparaît, matière organo-psychique, et ce qu'elle nous indique nous signale, les mots qui tentent de s'accrocher à une situation, et de la relater.

Cela s'affirme juste après quand survient la phrase esseulée :
"Je creuse mon cœur sec une jeune pousse dans mon sang et j'observe", sa désarticulation sémantique tente par glissement une suggestion, et signale d'abord son incongruité. L'on peut apercevoir une plongée dans la sensationnel (sens littéral), voire dans l'affect, dans les premiers termes, puis une espérance en forme d'élévation, comme une potentialité, qui se nourrit à la source vitale première le "sang".

Alors que "le vent souffle" puissamment dans la première séquence au point d'assécher la "pluie elle-même", dans la deuxième séquence, la chaleur mange et commande tout l'espace, "c'est une dévoration" terrible qui est à l'œuvre. Et puis le cœur-locuteur revient en une troisième occurrence dans la phrase transitionnelle :
"Et au milieu du bois sec de mon cœur s'allume une douceur liquide". L'eau qui était l'indésirée ressource du "monde en tourmente" puis du "monde [qui] brûle" parvient enfin à reprendre place et la vie se représage enfin, pour une trop courte éclaircie, " Courte durée pour la paix descendue sur le monde.". Évocation d'une naissance, mais qui est aussi une renaissance.
Le retour aux temps durs réapparaît, comme inéluctable, dans les deux dernières phrases. La mélancolie retrouve son endémique présence, comme en respiration, dans l'alternance , une "alternativité" semblant ménager de larges temps difficiles pour d'éclatants moments impromptus.
Dans l'épilogue sous forme d'incise, "… Et je verse des sanglots de couleurs mortes.", les "couleurs" dans leurs éclats sont "mortes" et le sang des "sanglots" déverse à nouveau son emprise sur la narratrice.

Je reviens donc sur les anicroches formelles ressenties que j'ai évoquées plus haut.
Je trouve le terme "briquet" hors du champ lexical de l'ensemble, il a de plus la mauvaise fonction d'indiquer une époque contemporaine alors que le texte n'est pas par ailleurs situé dans le temps ; et il n'en a non seulement pas besoin, mais cela lui est réducteur.
Je ne suis pas sûr que le fait de détacher les phrases esseulées préludes aux séquences les poursuivant soit bénéfique. Elles attirent l'œil préalablement à la lecture et signalent donc très tôt, trop tôt qu'il y aura trois phases, c'est contre-productif dans un propos poétique, la découverte doit se faire d'elle-même ; je les trouverais plus "discrètes" et tout aussi efficaces sans interligne sous elles.
J'ai l'impression qu'entre la "déesse" qui s'annonce en amont, et son "incarnation" en un "je" très locuteur, il y a un petit étirement dans l'habit qui sert de vecteur au propos. Je dirais que le fait d'évoquer une fée ne convient pas à mon sens à une expression où transpire un malaise psychologique ou existentiel.
Le titre me semble un peu pauvre, au sens assez fourre-tout. Une option plus investie, plus intriguante, voire invitante serait la bienvenue pour servir la singulière profondeur de ce beau texte.

Plus globalement, j'ai trouvé le style pertinent, à la fois doux dans le sens "fin", plein de sensibilité, d'attention, et d'une "dureté" ajustée, déterminée, dans le séquencement du phrasé ; une belle écriture à mon sens.


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