Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Poésie classique
pieralun : Nostalgies
 Publié le 21/10/15  -  22 commentaires  -  2562 caractères  -  343 lectures    Autres textes du même auteur


Nostalgies



Les yeux mi-clos, les cils en guise de persiennes,
J'apprivoise, allongé, l'œil pourpre du soleil.
Le ressac apaisé, quelques rumeurs anciennes
Portent de doux échos à mon demi-sommeil.
Le timbre régulier d'une voix familière,
Le sable, son grain chaud qui file sous la main,
Le rythme de la mer, je laisse tout entière
Ma raison s'imprégner d'un songe de gamin…

Dieu que j'aimais Juillet et ses odeurs d'Espagne !
Mes cousines d'ailleurs, leurs rires au jardin :
Rocailles d'aloès, figuiers, seule campagne
De mon si cher grand-père, annuel citadin.
Une forêt de pins qui nous semblait immense
Jusqu'à la mer offrait de maints sentiers ombreux ;
Quand nous les empruntions, nous allions comme on danse
D'arbre en arbre et croquant des pignons savoureux.
Le soir, nous racontions d'inépuisables choses
Jusqu'à l'heure du lit où, dans l'obscurité,
Nos murmures parfois, sur trois notes moroses,
Jouaient l'air de l'enfant qui veut être écouté.
Le matin qui s'ouvrait nous faisait la promesse,
Intemporels et purs de préserver nos cieux,
D'abandonner le temps jusqu'au jour de tristesse
Où s'embuerait un peu la vitre des adieux.

Un été, les chemins qui descendaient aux plages
Nous parurent plus courts et les bois moins épais ;
Mes yeux qui s'attardaient sur les premiers corsages
De ma cousine en fleurs ne trouvaient plus la paix.
Mon grand-père flottait dans des sphères confuses
Où le halo lointain des étés triomphants
Se mêlait à nos voix, puis aux clameurs diffuses,
Pour s'éteindre à jamais dans l'oubli des enfants.

Ils ne firent jamais le jeu de nos querelles,
Mais tant et tant d'amis, puis nos tendres amours
Piétinèrent la craie azur de nos marelles,
Fiers et prenant d'assaut l'ivoire de nos tours.
Des nuages rampants venaient hanter la grève,
Plus lourds chaque saison, au rythme des buildings ;
Or, nous dormions le jour et notre ciel de rêve
Se constellait plus tard du sunlight des dancings.
Nous étions là, nombreux, dans un joyeux tumulte
Qui s'apaisait parfois, de nuits blanches lassé.
Orphelin d'un enfant, j'étais à peine adulte
Et recherchais déjà les odeurs du passé.


Sait-on jamais comment s'enfuit l'insouciance ?
L'ombre de mon grand-père alla dans son cercueil,
Mais lorsque l'on vendit le mas de notre enfance,
Je connus la douleur de mon tout premier deuil.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette poésie sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Curwwod   
1/10/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un très beau poème construit en fash back pour évoquer avec pudeur et sensibilité le grand passage de l'enfance à l'adolescence puis à l'âge d'homme : les souvenirs d'une insouciance puérile et la capacité à s'émerveiller d'un rien, puis les premiers émois, les curiosités de la chair, enfin la vie étourdissante et futile de jeunes gens superficiels.Le retour au présent est teinté d'une délicate mélancolie qui s'exprime sans excès dramatique ce qui lui donne encore plus de force. Un rythme, des images, des notations pittoresques,de la sensibilité, de l'émotion : que demander de plus.
Merci pour cette belle lecture.

   Anonyme   
2/10/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ces souvenirs aux accents méditerranéens me touchent particulièrement.

Le cheminement de l'enfance insouciante, de la prime jeunesse aux premiers émois, puis au passage à l'âge adulte, est plein de tendresse, de rires et de nostalgie, comme l'indique le titre.

Ce poème a quelque chose d'universel, puisque chacun peut y lire son propre parcours. De plus, j'en ai trouvé l'écriture agréable et touchante.

   Vincendix   
14/11/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Nostalgie quand tu nous tiens !
Un sujet maintes fois mis en vers, différent suivant la personnalité et le parcours de l'auteur. Dans cette saga, le grand-père, les cousines, la mer et le paysage, autant de souvenirs évoqués avec pudeur, sincérité et nostalgie.
Je regrette un peu une certaine langueur, voire une une certaine lourdeur du texte mais il y avait tant de choses à dire.

   Damy   
4/10/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
"Nostalgies", oui ! et Dieu que les souvenirs sont touchants ! Tout passe, l'on grandit, le bord de mer s'urbanise et l'on doit faire le deuil à la fois de son enfance, du grand-père et de la maison familiale des vacances.
Tout s'arrêterait-il là ? La fin d'une histoire en tout cas brutalement rendue dans le court épilogue qui désenchante soudainement et arrache les larmes à l’œil. Mon émotion est grande.

Bon, quelques remarques pour la forme. Je dois à ma rigueur personnelle de vous les signaler à contrecœur:
- "annuel" citadin: l'adjectif ne m'évoque rien;
- "Intemporels et purs de préserver nos cieux": à quoi se rapportent les adjectifs ? À "nous" ou bien à cieux ? Un doute et dans le dernier cas l'inversion me semble malheureuse;
- 2 fois le mot "jamais" à deux vers d'intervalle (fin de la 3° strophe et début de la 4°);
- j'ai du m'y reprendre à 2 fois pour débusquer la sémantique de la 4° strophe qui pour moi manque un peu de fluidité par rapport à celle de l'ensemble de l’œuvre.
Excusez-moi.

Merci pour ce partage de grande qualité littéraire et émotionnelle.

   Pouet   
7/10/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Très joli poème de souvenirs d'enfance.
Un rythme maîtrisé, une écriture soignée.
"les cils en guise de persiennes" s'ouvrent sur un instant de nostalgie très agréable à lire. Une réussite à mon sens.

   Pimpette   
21/10/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément
Pieralou

je suis presque dans ta peau depuis l'enfance heureuse jusqu'à l'adolescence plus compliquée...je suis inondée de mes souvenirs personnels...moins de midi mais ce n'est pas grave?

"Un été, les chemins qui descendaient aux plages
Nous parurent plus courts et les bois moins épais ;"

deux petites lignes de mots simples qui nous restituent à tous j'en suis sure une sensation et un souvenir universel...je tremble...

Un échange quand tu veux????

   Hananke   
21/10/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour

C'est un poème magnifique emprunt de cette nostalgie
que, tous, nous connûmes un jour.

Je ne relèverai pas les quelques anicroches déjà soulevées
par d'autres.
Faire si long en classique est déjà une performance à notre époque.
Je ne soulignerai pas non plus les très beaux vers : ils sont trop nombreux.
Bravo pieralun, je vous croyais disparu.

   Anonyme   
21/10/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Pieralun, bonjour ! Un très bon poème classique tant par la forme que pour le fond, cette enfance si lointaine mais toujours présente sous nos blanches toisons... Juste une remarque concernant "l'annuel citadin" dont je comprends le sens sans pour autant apprécier la formulation... Un détail vite oublié à la lecture de nombreux passages comme celui-ci...

Un été, les chemins qui descendaient aux plages
Nous parurent plus courts et les bois moins épais ;
Mes yeux qui s'attardaient sur les premiers corsages
De ma cousine en fleurs ne trouvaient plus la paix.

Un texte où perce la sensibilité de l'auteur et qui me rend moi aussi quelque peu nostalgique ... Merci pieralun !

Je m'en vais de ce pas arpenter mon bord de mer à la recherche du temps... passé !

   Anonyme   
21/10/2015
Bonjour Pieralun
La nostalgie est un sujet fédérateur
Le lecteur y trouve toujours un élément auquel s'identifier et surtout cela lui donne l'occasion de revivre ses propres souvenirs.
Par sa densité et sa qualité d'écriture, ton texte (une cinquantaine d'alexandrins !) se démarque de la production habituelle
Merci Pieralun et bravo

   papipoete   
21/10/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour pieralun; remonter dans les nimbes de nos souvenirs de jeunesse, et revenir jusqu'à hier, ce matin, offre matière à votre plume qui trace de bien jolis sillons, sans le moindre écart.
Depuis les jeux de gamin, les premiers émois " mes yeux qui s'attardaient devant les premiers corsages de ma cousine en fleurs, ne trouvant plus la paix ", puis les amoures de jeune adulte vivant la nuit et dormant le jour.
L'insouciance battait son plein, quand soudain la mort ôta cet être si cher, grand-père; puis un jour on vendit le mas, écrin de nos tendres souvenirs, " douleur de mon tout premier deuil ".
Bel album que je feuillette, comparant vos images aux miennes en noir et blanc, bientôt hélas troubles façon "David Hamilton".

   cervantes   
21/10/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément
Votre poème m'a bercé du début à la fin et l'évocation de votre enfance heureuse m'a rappelé la mienne et fait ressortir des souvenirs enfouis. Beaucoup de délicatesse et une construction dramatique remarquable.
Une belle musique de l'âme. Petit bémol pour moi surtout en fin de poème, ce vers dysharmonieux et "non poétique"
Mais lorsque l'on vendit le mas de notre enfance

Merci pour ce moment délicieux

   leni   
21/10/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
bonjour Pieralun
Un aller retour dans un passé affectif où la nostalgie n'est pas loin
Tu suis les lignes de ta main avec ta belle sérénité coutumière toujours empreinte de tendresse Et j'aime ta simplicité à dire les choses "Je laisse ma raison s'imprégner d'un songe de gamin"

Nos murmures parfois, sur trois notes moroses,
Jouaient l'air de l'enfant qui veut être écouté.
Dieu que c'est bien dit

puis nos tendres amours
Piétinèrent la craie azur de nos marelles,

Je ne sais pas pourquoi je vois un artiste qui dessine sur un trottoir

Sait-on jamais comment s'enfuit l'insouciance ?
les réponses sont sans doute multiples

Et des mots sonores chantent discrètement C'est très joli
L'aisance de ton écriture porterait à croire que"dire de la sorte" est facile Et pourtant!!!
Salut cordial à toi un des commentateur de mon tout premier texte! Leni

   Francis   
21/10/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Si écrire c'est partager une émotion, vous avez parfaitement réussi !
J'ai feuilleté votre album envahi par une douce mélancolie. J'ai parcouru le jardin, la forêt de pins, la grève, ces lieux qui vous étaient familiers. J'ai croisé vos cousines aux jolis corsages à fleurs, votre grand-père. Je vous voyais grandir à chaque été. La caméra sait choisir les images sans s'y attarder. La plume souligne avec beaucoup de douceur et de talent ce temps qui passe si vite. Merci beaucoup pour ce moment d'intense émotion.

   Cristale   
21/10/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonjour Pieralun,

Vous dire ma première réaction après avoir lu votre poème n'est pas très gracieuse mais ces mots venus spontanément je vous les dis quand même : oh ! nom de Dieu ! quelle poésie ! Pardonnez-moi mais sincèrement je suis fortement touchée et impressionnée non seulement par la forme ; un texte si long tout en alexandrins de bon aloi, mais également par les images tellement vivantes que l'émotion tour à tour me faisait sourire de tendresse ou retenir une larme.
"...un songe de gamin" mais quel songe" les yeux mi-clos" comme l'est ce poème dont les huit premiers vers et les quatre derniers me semblent être les paupières mi-closes de l'auteur entre lesquelles se déroulent, comme un film, les souvenirs ensoleillés ou embrumés de toute une enfance.

Quel poème ! Quelle poésie !
Merci Pieralun.

Cristale

   Condremon   
21/10/2015
C'est toujours un plaisir de venir saluer un joli texte et dire que je vous ai lu jusqu'au bout
Quelques chevilles bien sûr, mais peu importe.

Rien que cela:

Les yeux mi-clos, les cils en guise de persiennes,
J'apprivoise, allongé, l'œil pourpre du soleil.

me rappelle des souvenirs. Jolie entrée en matière.

   PIZZICATO   
21/10/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément
Une nostalgie exprimée ici sans excès, je dirai même avec une certaine sérénité. Seule la chute ajoute un peu de tristesse à ce très beau poème.
J'ai beaucoup aimé cette façon de décrire les différentes étapes de votre vie. Une écriture limpide aux images superbes.

   Anonyme   
21/10/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J’aime infiniment « orphelin d’un enfant, j’étais déjà adulte… ». A lui seul, ce vers m’entraîne.

Votre belle et forte écriture nimbe vos nostalgies, qui sont aussi les nôtres, d’une douceur amère. Cette douceur qui coule du fond du sang des souvenirs d’enfance fichés dans nos cœurs. Ce temps perdu qui jamais ne reviendra.

Au bonheur de vous relire

   Anonyme   
21/10/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
C'est beau, subtil, émouvant, magnifique... Des vers qui se lisent tout en douceur, dans une prose parfaitement orchestrée.

Tout cela doit demander un travail colossal, pourtant je ne décèle aucun heurt à la lecture, comme si tout avait été écrit naturellement, presque sans effort.

Vraiment bravo !

Wall-E

   Lulu   
22/10/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Pieralun,

j'ai lu et relu votre poème pour le plaisir de le découvrir et de le redécouvrir. Il est, à mon sens, tout à fait magnifique. On se laisse volontiers bercer par le rythme de vos mots, à la fois nostalgiques et emprunts de plein de douceur.

Je n'ai rien à redire quant à l'écriture. Elle est parfaite. L'emploi de l'imparfait me touche profondément. Il sied bien à la nostalgie.

Une belle prouesse. Je vous relirai assurément avec plaisir.

   Arielle   
22/10/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Vraiment Pieralun, rien ne manque à ce poème qui n'a jamais aussi bien illustré son titre.
Les lieux, les personnages, tout évolue, tout se transforme et nous en restons les témoins souvent douloureux.
Seuls quelques poètes d'exception semblent capables, comme toi, d'en garder la magie et de nous la transmettre, nous donnant l'impression de la vivre avec eux. Merci de m'avoir offert la chance d'être un instant avec toi cet
"Orphelin d'un enfant, j'étais à peine adulte
Et recherchais déjà les odeurs du passé."

   emilia   
22/10/2015
Deux premiers vers pour une entrée en matière qui me parle d’emblée et m’invite à partager le parcours nostalgique « de vos étés triomphants », sur les traces de l’enfance avec un regard qui voit tout plus grand et plus loin, puis celles de l’adolescence sous de nouveaux attraits révélateurs de la perte de l’insouciance, la découverte des « tendres amours » et des plaisirs festifs éprouvés en famille et entre amis autour du patriarche…, période révolue dont il faut faire le deuil et d’autant plus liée à un sentiment de souffrance quand ce lieu si cher du berceau familial, imprégné de tant de souvenirs, doit être vendu, dans un acte de dépossession qui représente un véritable arrachement auquel l’on ne peut être que sensible…

   Provencao   
3/11/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Belles richesses des rimes aux accents de l'enfance...


Oniris Copyright © 2007-2018