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Poésie libre
Pluriels1 : La Prière des Outils
 Publié le 17/11/09  -  6 commentaires  -  2398 caractères  -  87 lectures    Autres textes du même auteur

Le monde où nous vivons ?


La Prière des Outils



Seigneur !
aux petits matins blêmes des aurores
pâles de n'avoir pas dormi
n'avoir pas dormi
la tête éclate en son carcan serré
en son carcan de dormitions de vierges
de dormitions de vierges
Seigneur !

Mon Dieu !
dire qu'il va falloir se lever à petits pas
se lever du sommeil inconnu
du sommeil inconnu
et cheminer la ville suante en son labeur
suante en sa fumée promenée
sa fumée promenée
Mon Dieu !

Les yeux sont glauques d'orbites immenses
Les mains sont déjà dans leurs gestes renouvelés
Les corps sont automates sous leurs fils réanimés
La mémoire est déjà dans ses rouages de machine
et toujours les yeux…
et toujours les mains, les mains…
et toujours les corps, les corps, les corps…
et toujours la mémoire, la mémoire, la mémoire, la mémoire…

Seigneur !
voici le midi affamé aux mille mandibules
affamées de n'avoir pas mangé
n'avoir pas mangé
voici le bruit géant des mille gamelles
géantes en leurs petits repas tièdes
leurs petits repas tièdes
Seigneur !

Mon Dieu !
voici la cigarette et la phrase-conversation
la phrase silencieuse murmurante
silencieuse murmurante
voici les doigts pliés en leurs callosités
mais prêts à se déployer aux sirènes
se déployer aux sirènes
Mon Dieu !

Les muscles lentement s'échauffent en grands halètements
Les reins s'agenouillent maniant l'outil divin
Le sang bat plus vite au vieux cœur usagé
Les fronts se rident de nouveaux plissements
et toujours les muscles…
et toujours les reins, les reins…
et toujours le sang, le sang, le sang…
et toujours les fronts, les fronts, les fronts, les fronts…

Seigneur !
la cadence est parfaite mécanique
parfaite en son dos recourbé
son dos recourbé
et le soleil défile général victorieux
général devant la foule raidie
la foule raidie
Seigneur !

Mon Dieu !
tout est terminé et la fanfare sonne l'alléluia
la fanfare des soupes chaudes et des lits
chaudes et des lits
voici le soir des longs endormements
longs recommencements d'un autre jour
un autre jour
Mon Dieu !



(Extrait de "Métamorphoses" dans "LES PRÉDICALES")


 
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   LeopoldPartisan   
17/11/2009
 a aimé ce texte 
Bien
intenses malaises dans cette forme de constructivisme aliénant où le Christianisme du Rerum Novarum se marie au Stalinisme des Stakanovistes. Cette mélopée hallucinée me semble vraiment sans aucune issue et je me vois en Winston Smith sirotant un mauvais gin dans l'attente d'éprouver enfin de l'amour pour Big Brother, le tout sur fond de métallurgie caroloringienne. Putain, c'est encore pire que le Saint-Etienne de Bernard Lavilliers dans 15ème round.
Pluriel on te donnerait bien Marx sans autocritique.
Bizarre, très bizarre

   Garance   
17/11/2009
Pfff...encore un poème que je ne peux évaluer tant il me plaît.
Les répétitions sont bien venues et ces interjections aussi, elles ponctuent le poème et révèlent le courage qui existe jusqu'à complet épuisement. Complet épuisement de la machine humaine tant digne d'amour !

   Anonyme   
17/11/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Autant j'avais bien apprécié le précédent poème de l'auteur, autant là...
Question de goût personnel probablement mais ce texte m'a exaspéré (désolé), les "reprises" des vers et les innombrables répétitions sont venues à bout de ma concentration... (Mon Dieu!...)
Une prochaine fois...

   Leo   
17/11/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Est-ce la prière des outils ou celle de ceux qui s'en servent ? Le titre m'induit en erreur, je cherche une logique mécanique, et je trouve une complainte – fort bien tournée d'ailleurs – qui me fait davantage penser aux files d'ouvriers, aux artisans courbés sur leurs établis, qu'à une ronde d'outils.

Est-ce à dire que vous considérez l'ouvrier comme un "outil" au service de l'industrie ? Soit, mais dans ce cas, l'humanité de ces "outils" est trop présentes.

Ce texte me met mal à l'aise, ce qui est en général une bonne chose, ça veut dire qu'il m'intéresse. Je garde l'image de cette ambiguïté, entretenue par des répétitions incessantes, tombant "mécaniquement" aux mêmes endroits, mais qui ne suffisent pas à m'emporter vers une interprétation ou une autre.

Et c'est ce finalement, que j'apprécie le plus : ce poème ne m'apporte ni réponse, ni certitudes. Il crée un sentiment de gêne, qui m'oblige à me positionner par rapport à ce qu'il évoque, mais qui m'amène également à réfléchir. Et finalement, la poésie, c'est aussi cela.

Dommage de ne pas avoir eu ce texte lors du concours sur le travail il aurait été un très probable candidat au podium.

   David   
20/11/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Pluriels1,

J'ai beaucoup aimé, les répétitions ont peu à peu pris ma lecture et je dévalais les vers, le ton d'apôtre s'oppose à l'ambiance de cauchemar. Je n'ai pas trouvé l'objet de la prière, ce qui est demandé, par quoi, c'est encore une énigme, le titre dirait que ce sont des paroles d'objets. En tout cas une musique envoutante, les répétitions choisis isole des drôles de passages aux sons surprenant :

"de dormitions de vierges"
"leurs petits repas tièdes"
"silencieuse murmurante"
"chaudes et des lits"

Pour ceux qui m'ont bien plus.

Les coupures franches aussi, assez osées :

"et toujours la mémoire, la mémoire, la mémoire, la mémoire…"
"et toujours les fronts, les fronts, les fronts, les fronts…"

Semblent marquer un tempo, pas vraiment intelligibles, mais c'est des histoires d'objets, en tout cas prenantes pour moi. Un point de vue insolite, irréelle, mais avec un contexte assez parlant, réaliste jutement.

   jaimme   
20/11/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une prière sans Dieu. Au Dieu travail, productivité. Une prière car il ne reste plus que cela comme espérance. Quelle désespérance!
Alors de repons en repons la journée commence, s'étire, scandée, et... recommence.
La forme est très bien adaptée à ces mains qui s'usent et ces dos qui se voûtent. J'imagine la répétition au quatrième vers prononcée dans un souffle, terne, misérable. Et tout se répête.
Belle ode à la bêtise humaine. Et qu'on ne me parle pas de nécessité.


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