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Poésie en prose
Raoul : L'objet énigmatique
 Publié le 08/12/19  -  9 commentaires  -  1151 caractères  -  259 lectures    Autres textes du même auteur

"Je m'applique volontiers à penser aux choses auxquelles je pense que les autres ne penseront pas."
Flers et Caillavet


L'objet énigmatique



Par la métempsychose et la pataphysique laisse-toi aller !
Ton âme n'est pas neuve, ne fais pas ta sucrée, tu es comme nous, les oublieux grégaires, les loufoques, les abscons et pathétiques, presque.
Sombre athlétique, articulée comme une Méta-matic peut l'être, tu te détaches du blanc yaourt de l'environnement où tu t'exposes – curieuse bête que tu es : l'absurdité de ta fonction te fait grincer de quelques dents lorsque tu te risques au qui suis-je, au que sais-je.
Cauchemardesque, tu es Monstre au-dessous du lit imaginaire, tu as deux grands soleils pour tous yeux, un beau pelage noir de carnivore, une haleine de bavarde à la caféine.
Tu n'es plus là déjà, mais là, je t'entends qui respires, escalades et te poses.
Tu es bien belle, toute de courbe aux mille courbes, d'ondulation, en progression d'orvet quand ô silhouette à mamelle, tu te dandines en sinusoïdales.

Qu'elle est fâcheuse cette pensée de onzième doigt qui montre le chemin, quand les mains s'énervent dans leurs poches.


Signé en bas à droite
date du jour, fait à...
de corps et d'esprit sains.


 
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   grandin   
22/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai l’impression que l'auteur est auteure est qu'elle se décrit dans ce texte.
Cette énigme est aussi panthère noire. Voilà pour la métempsychose.
C'est bien écrit (par l'élève de Jarry), mais il ne faut définir cet objet, ni le qualifier. L'erreur ne pardonnerait pas. Donc restons dans le farfelu en évitant d'analyser ce qui ne peut l'être.
Un peu surprenant, mais après relecture et recherches, on apprécie le texte autant que la plume qui l'a rédigé.

   Eclaircie   
8/12/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Une prose à lire et relire, à mon avis.

Plutôt énigmatique, comme son titre ; il faut passer l'écueil de certains mots, se plonger dans l'univers de Jarry, de Boris Vian et avoir la curiosité de chercher un peu sur le net pour avoir une idée de l'imaginaire qui l'a fait naître. (pour moi qui suis tout à fait Candide)

Ensuite je peux savourer le texte, à la belle inventivité, la qualité et l'originalité des images et bien sûr laisser ce flot d'images en amener d'autres en moi.
Tour à tour, j'ai pensé que la vie était évoquée, puis la mort, puis un ensemble des deux, enfin un "objet énigmatique"!

La phrase :
"Qu'elle est fâcheuse cette pensée de onzième doigt qui montre le chemin, quand les mains s'énervent dans leurs poches."
est absolument délicieuse.

L'exergue m'a aussi entraînée à fouiner sur le net, merci à l'auteur.

Les trois derniers vers m'ont semblé moins indispensables. Sauf à bien souligner que le narrateur est de corps et d'esprit sains (ce dont je ne doute pas une seconde).

Merci du partage.
Éclaircie

Édit le 08.12
Je suis venue corriger une ou deux coquilles et dire à nouveau que le style Raoul est à Raoul et à lui seul.

   STEPHANIE90   
8/12/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Raoul,

votre objet énigmatique m'a beaucoup amusé. Je ne comprend pas tout, j'ai pas mal réfléchi, analysé, chercher la définition de pataphysique (merci pour ce mot nouveau pour moi, dont je ne suis pas sûre d'avoir totalement compris le sens exact, lol).

Vous rendez ainsi un bel hommage, il me semble à Jean Tinguely et à ses Méga-matics absolument surréalistes pour l'époque. Vous en faites vous-même par votre prose, une œuvre originale. Je vous en félicite car c'est un poème "énigmatique"... mais que j'ai beaucoup aimé.

La machine est son onzième doigt !?! sa réincarnation de l'au-delà... Un nouveau réalisme a ne pas en douter.

Merci pour la lecture,

Stéphanie90

   Queribus   
9/12/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

J'ai bien aimé cette écriture surprenante et qui sort de l'ordinaire avec ces mots "savants", le tout un peu en forme de versets dont un seul isolé à la fin suivi d'une signature hors du commun.

Quant au sens, j'ai dû relire plusieurs fois, pour essayer d'en comprendre à peu près le sens, préférant les textes plus "directs" qui me parlent tout de suite mais il faut de tout pour faire un monde (de poésie). C'est très bien d'innover et de sortir des sentiers communs et puis , mine de rien, votre écrit a dû demander un très gros travail.

Alors bravo et à la prochaine fois.

Bien à vous.

   Vincente   
13/12/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
J'ai dégusté la découverte de cet "objet énigmatique" avec un réel plaisir. Il faut dire que la plume est alerte, souriante et fantasque, l'écriture est savoureuse en elle-même.

Pour ce qui est de "l'objet", je crains, je crois, j'imagine, que chacun pourra y poser le nom, le champ ou le processus qui lui conviendra, de toute façon l'auteur l'a bien cherchée cette variabilité perceptive, je le devine souriant dans sa moustache écrivaine, se laissant déborder par sa fulgurance songeuse…

Moi, ce que j'ai lu m'a fait apparaître une chose qui a trois dimensions, un nom, un champ et un processus : un poète et sa poésie.
Ainsi j'ai beaucoup aimé :
"cette pensée de onzième doigt qui montre le chemin, quand les mains s'énervent dans leurs poches "

Et puis, " Ton âme n'est pas neuve, ne fais pas ta sucrée… ", vraiment savoureux !

Mais aussi toute l'expression depuis et jusqu'à "Sombre athlétique, articulée comme… / … tu te dandines en sinusoïdales ".

En fait je vais vous dire, plus je le relis et le regarde ce texte, plus je le vois me ravir, ainsi hier soir je l'aurais noté "beaucoup", en début de matinée aujourd'hui "beaucoup ↑" et maintenant j'en suis à "passionnément ↓". Si j'étais raisonnable j'attendrais encore un peu, mais après cette lecture, je me sens de moins en moins raisonnable ; l'auteur ne se plante-t-il pas une balle dans le pied en "pensant" de la sorte et en l'écrivant pour nous le soumettre ? Au risque de voir quelques plumes s'envoler…

Edit du 13/12 : ce texte m'avait plu et interloqué, j'y suis revenu ce matin pour en savourer à nouveau les méandres... Mais que vois-je aujourd'hui : une évidence ! " L'objet énigmatique " est un sexe-phallus, tout colle dans les correspondances pour peu qu'un troisième degré, sorte de filtre décodant, ré-étalonne la "chose" du sens littéral vers celui au mental plus inspiré. Je ne reprendrais pas une à une les dérivées, mais de l'âme (et sa présence surplombante souvent) à la " progression d'orvet " à la " silhouette à mamelle " unique qui se " dandine en sinusoïdales ".
En fait, je me suis même surpris à penser que quand " l'objet " était "repéré", le texte perdait de son mystère et même un peu de sa poésie... !

   Davide   
9/12/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Raoul,

Il me fallait être en forme et attendre aujourd'hui avant de déposer un commentaire sous ce poème qui joue avec l'absurde, ou plutôt, qui se joue de l'absurde.

Cet "objet énigmatique", il m'a d'abord semblé qu'il s'agissait du poème lui-même, puis j'y ai vu une sculpture d'art contemporain, puis encore, j'y ai vu la représentation de la femme moderne, d'une poétesse peut-être... Mais quelle importance ?

De toute façon, l'exergue et la première phrase m'avaient prévenu...
Métempsychose ? Pataphysique ? Je connaissais le premier (souvenirs des cours de philo), pas le deuxième. Et ce "laisse-toi aller" ne résonne-t-il pas comme une invitation ?

L'écriture est acerbe, habile, drôle, analytique, mais elle ne se prend pas au sérieux : j'ai d'ailleurs l'impression d'y déceler une critique de l'absurdité elle-même, de celle qui englobe la complexité des arts contemporains, de celle qui fleurit chez ces intellectuels pataphysiciens et autres grands penseurs de notre époque, pas tous heureusement.

La métaphore "tu es Monstre au-dessous du lit imaginaire" explicite à merveille la folie de l'être humain, de cette faculté bien triste à se perdre dans les concepts et à en faire des réalités plus réelles que le réel. "Monstre" adjectivé peut avoir le sens de "Prodigieux", de "Puissant", d' "Incroyable". Au service de ses théories absurdes, coupé du monde réel, l'homme est un pantin, une marionnette, un "Méta-matic", un "objet énigmatique"...
Bon, je ne m'aventurerai pas au-delà, j'ai peur pour ma santé psychique !

Un texte intéressant, beaucoup même, original et très bien défendu. Difficile à évaluer...

   Walter_Gilligan   
10/12/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Raoul
Je suis assez impressionné par la maîtrise des mots et de leur tension du début à la fin du texte. En ce qui concerne l'évocation des images et des concepts c'est également finement maîtrisé. On peut relire avec des plaisirs variés et c'est ce qui donne du charme à cet objet énigmatique.
Je suis fan.
Merci

   Pouet   
10/12/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Slt,

Le bon docteur Faustroll me prêtera-t-il ses gestes et opinions?

Non. Propriétés virtuelles qu'il me dit... Bah merdre alors.

Sinon, c'est un œuf à poil. Évident et pas du tout énigmatique.

Le mot "imaginaire" est de trop, et je m'arrête là.

;)

   Louis   
13/12/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Quelle place peut occuper le lecteur devant une poésie qui présente un « objet énigmatique » ?
Celle, ludique, d’un amateur de devinettes, qui s’efforce de résoudre l’énigme par l’identification de l’objet mystérieux ?
Le texte s’en trouverait réduit à une sorte de charade poétique, qui perdrait son intérêt une fois l’énigme résolue.
Une position préférable consistera, non pas tant dans l’exercice d’une sagacité en mesure de résoudre l’énigme, mais dans une pénétration, par la sensibilité et par l’esprit, tout à la fois dans le cœur du mystère et dans la poésie du texte, qui ne doit pas s’effacer dans la recherche d’une éventuelle solution.
En quoi donc l’objet présenté ici est-il énigmatique ?
Qu’est-ce qui le rend si étrange à nos yeux ?

Le texte s’adresse à l’objet, dans un tutoiement, et non pas au lecteur.
Il lui prodigue, en premier lieu, quelques recommandations : «laisse-toi aller » ; « ne fais pas ta sucrée ». Ce qui lui est demandé, c’est de se manifester au lecteur, de se montrer tel qu’il est, comme si l’objet se tenait dans un non-visible, dans un insaisissable au sein d’une réalité virtuelle ; comme s’il était dans une retenue ( « laisse-toi aller » ) par laquelle il évitait de s’exhiber, ou bien parfois, bien que se laissant paraître, se cachait encore derrière une apparence trompeuse qui dissimule et voile sa nature authentique.

Le texte ne cherche donc pas à rendre mystérieux un objet banal, afin de se transformer en charade et ainsi sonder la perspicacité du lecteur prompt à l‘identifier, tout en l’amusant. Bien au contraire, le texte vise à rendre l’objet manifeste et visible ; à lui donner des traits ostensibles ; à le faire naître sous nos yeux de spectateurs et lecteurs.

Il ne s’agit pas de rendre l’objet étrange par un jeu de révélation-dissimulation, mais de le faire exister sous nos yeux dans son étrangeté première par la magie des mots poétiques.

Deux voies sont indiquées, par lesquelles il pourrait se manifester : métempsychose et pataphysique.

L’objet possède une « âme », ou bien est une « âme ». Dans une tradition ancienne, on accorde une âme à un être vivant, ‘’animé’’, et non à une chose inerte. L‘objet étrange ne serait peut-être pas une chose, mais un être vivant. Dans une tradition plus récente, l’âme n’est accordée qu’à l’homme seul en tant que « personne humaine». L’objet serait-il alors une personne, comme semble l’attester le tutoiement du texte à son égard, lui accordant le statut d’un être capable de comprendre un langage et une pensée, et d’y répondre, au moins par un comportement. Ou bien, l’objet ne reçoit-il le statut de personne que par un procédé littéraire de « personnification », alors que sa nature est autre ?

Parce que l’objet possède une âme, la voie d’une manifestation peut être la « métempsychose ».
« Ton âme n’est pas neuve » : dit le texte. Cette âme préexiste donc à son apparition phénoménale ; elle n’est pas pure nouveauté, création ex-nihilo, plus précisément n’est pas "causa sui", création par soi-même ; elle est donc une âme préexistante au monde phénoménal et concret, dans lequel elle peut ‘’s’incarner’’ ; ou bien encore elle a une existence ‘’virtuelle’’ et peut s’engendrer dans le ‘’réel’’. L’idée de « métempsychose » suggère que cette âme a connu d’autres manifestations dans le passé et qu’elle n’en est pas à son premier avatar.

Cette voie, qu’il faut associer à une autre voie, qualifiée de « pataphysique », se caractérise d’abord comme « métaphysique ». L’âme, en effet, est une notion métaphysique, dans l’un des sens étymologiques du mot : meta : au-delà, et physique : la nature matérielle. L’âme est ainsi conçue dans toute notre tradition : un être immatériel, imperceptible, non corporel, indépendant du corps vivant, comme de tout corps.

L’objet énigmatique, une âme incorporelle qui peut se manifester en se matérialisant, n’a donc pour l’instant rien de très énigmatique, sinon les impasses rationnelles auxquelles s’expose toute notion métaphysique, lorsqu’on veut admettre son existence.

Mais il y a la voie de manifestation « pataphysique ». De même que la métaphysique s’élance au-delà de la physique, la pataphysique se veut, mais avec beaucoup moins de sérieux, au-delà de la métaphysique. Une voie plus fantaisiste est indiquée ici, et l’objet peut se manifester ad libitum.

Inventée par Alfred Jarry, la pataphysique se présente comme «Science du Particulier », ce qui permet de conclure que « l’objet énigmatique » ne peut être qu’un objet singulier, une exception, un inclassable, un être que l’on ne peut subsumer sous aucune catégorie, aucun genre, un être quasi sui-generis.
Pourtant, il nous ressemble : « tu es comme nous », dit le texte, nous les êtres humains, sans véritable paradoxe, puisque la ressemblance ne se confond pas avec l’identité. Il partage avec les êtres humains, ou un certain type d’hommes, les caractères « oublieux grégaires, loufoques, abscons, pathétiques ».

L’objet énigmatique possède aussi toutes les caractéristiques d’une machine. Les pataphysiciens étaient fascinés par les machines et objets techniques, une fascination ambivalente faite à la fois d’attraction et répulsion. Ces machines étaient imaginaires et extraordinaires. Ainsi Jacques Carelman, auteur d’un Catalogue d’objets introuvables publié en 1969, avait inventé
la bicyclette pour escaliers (à roues carrées),
l’« appareil à mettre les points sur les i » et bien d’autres.
Pawloski publia, entre 1903 et 1930, une chronique consacrée à présenter et commenter des inventions imaginaires :
le boomerang qui ne revient pas, pour éviter les accidents ;
le savon planté de clous, comme un hérisson, pour éviter qu’il ne glisse ;
la voiture dont les phares projettent un film sur la route ;
le journal en caoutchouc qui ne se mouille pas dans la baignoire et dont les nouvelles sont « dépliantes ».
Boris Vian avait inventé le pianocktail,
Hervé Le Tellier, le GPS sentimental.
La littérature recèle bien d’autres inventions imaginaires :
machine à arrêter le temps,
boucles d’oreille-réveil,
traducteur chien-humain,
livre infini,
appareil de critique littéraire ou effaceur de mémoire …

Le texte, lui, se réfère aux « Méta-matics » : « articulée comme une Méta-matic peut l’être », inventions du sculpteur Jean Tinguely, sculptures-machines, travaillées dans une pâte à physique et non pas purement imaginaires. Ce sont des machines à dessiner, devenues par la suite des machines à peindre, à sculpter, à disséquer, à pétarader, à concasser, à déchirer ou à hurler…

L’insolite de « l’objet énigmatique » se précise :
Il possède une âme, il est vivant, et pourtant il est « articulé » comme une machine. À la fois sculpture et machine, il n’est pas fixe, figé invariable, mais en mouvement. Une sculpture mécanique animée. Une œuvre d’art, semble-t-il, en exposition : « tu te détaches du blanc yaourt de l’environnement où tu t’exposes ». Le verbe « détacher » semble utilisé dans un double sens, et l’on peut comprendre que la sculpture-machine, en mouvement, ne tient pas en place, celle de son exposition. Elle s’échappe toujours : « Tu n’es plus là déjà… ». Elle échappe d’abord à toute définition au sein de laquelle on pourrait l’emprisonner.
Son mouvement ne vise pas à produire une tâche précise, ainsi elle ne peut être définie par sa fonction : « l’absurdité de ta fonction te fait grincer de quelques dents lorsque tu te risques au qui suis-je, au que sais-je ». Ses roues dentées, imbriquées les unes dans les autres, « grincent », quand surgit la question de la définition ou de son identité propre, parce que sa fonction est « absurde », elle n’a pas de sens. C’est une pure machine, qui fonctionne à vide, sans but précis, sans fonction utilitaire.
Cet objet mécanique est détaché de toute finalité et de la fonction première d’une mécanique, c'est-à-dire son utilité, ce qui la différencie du regard que l’on porte sur la machine dans le monde industriel, et permet de l’annexer au champ de l'art qui n’est pas celui de la fonction utilitaire.

La machine-sculpture est donc un pur mouvement, un dynamisme, indépendant de toute fonction, un fonctionnement sans fonction, et c’est un objet animé, qui possède une âme dont la nature a toujours été pensée à l’opposé du mécanisme ! Le mouvement qui l’anime semble issu de sa propre initiative, dans une activité spontanée, autonome. Machine sans technicien pour la diriger, sans même d’artisan pour la créer. Il y a du spirituel dans cette mécanique artistique, pour parodier Kandinsky ( Du spirituel dans l’art)

L’objet insolite possède aussi les caractéristiques d’un animal : «curieuse bête que tu es » ; il a « un beau pelage noir de carnivore».
Il est ainsi l’union du vivant et du mécanique. A-t-on affaire à la révélation de l’ « animal-machine » pensé par Descartes, ou à celle de «l’homme-machine » par La Mettrie ? Mais en même temps, il possède une âme, il est un être spirituel.

De multiples réalités le constituent, auxquelles il faut ajouter la dimension imaginaire :
« Cauchemardesque, tu es Monstre au-dessous du lit imaginaire ». En plus de sa réalité matérielle et physique, tangible, palpable, il possède une réalité de l’imagination. Réalité et imaginaire ne semblent pas s’opposer, l’imaginaire, l’onirique feraient partie intégrante du réel.
Cauchemardesque, l’objet prend une allure effrayante pour celui qui le perçoit. Il rappelle les monstres qui se cachent sous les lits de l’enfant qui a peur du noir.

On ne peut percevoir l’objet sans être à son tour perçu par lui : il possède « deux grands soleils » pour « tous yeux ».
L’objet perçu nous renvoie à nous-mêmes, il nous éclaire de ses yeux-soleils. Son apparence phénoménale nous éclaire sur nous-mêmes, sur ce que nous sommes. L’objet énigmatique répond à l’énigme de l’homme. À l’opposé du Sphinx, il n’interroge pas, il répond.

Effrayant comme le sphinx, il possède comme lui un côté féminin : «tu es bien belle… silhouette à mamelle ». Beauté et monstruosité effrayante s’associent en lui, chimère mécanique.

Il est en mouvement, il est mouvement, mouvement ondulatoire, «en progression d’orvet ».
Féminin et d’allure serpentine, ne serait-il pas aussi une machine sexuée ? Une machine cherchant à se reproduire ?

Un objet effectivement énigmatique, synthèse de multiples oppositions : virtuel et réel, spirituel et matériel, vivant et mécanique, réel et imaginaire, beauté et monstruosité, universel et singulier. Objet métaphysique et pataphysique. Étrange chimère, qui, en se révélant, révèlerait une part essentielle de ce que nous sommes.

Merci Raoul pour ce texte fort intéressant.


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