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Poésie en prose
Raoul : Triptyque japonais
 Publié le 14/12/16  -  11 commentaires  -  3924 caractères  -  105 lectures    Autres textes du même auteur

II


Triptyque japonais



Pou Ding (- 1456 – 1495 -)
ou, le scandaleux parfumé.


« Glabre le cornu,
odoriférante odeur
laisse-moi ton lit chaud. »

« Poudrés et rosés
au rendez-vous rendons-nous
Geishas d’altitude. »

Biographie :

De son vrai nom Pou Pou Piding nous est surtout connu grâce à ses exploits galants qu’a rapportés la volumineuse chronique de Sakaï. Tel un Byzantin, il parfumait ses petits mots codés ou haïku de rendez-vous, c’est ce qui l’aurait trahi car son cou, gracile, finit par rencontrer la lame d’un mari jaloux, local et sourcilleux. C’était au printemps.
Ses précieux haïku furent collectés par l’une de ses admiratrices éplorée qui les édita sous le kimono et opuscule discret ornés de gravures équivoques sans équivoque : « L’heure du Coq - 雄鳥 [ondori] » pour la postérité et faire verdir de jalousie ses amies du thé où l’on cancane.

« Comme je vous espère
pour d’autres encore encore…
la langue est mon muscle. »

[L’heure du Coq – 1496 – Sakaï]


*


Honda Takaï (entomologiste japonais – 1973-… -)
dit le moji-moji kari-kari.


« Le peko-peko
des kabutomushis calmes,
la nuit, mera-mera. »

Biographie :

Alors que les Dogon observaient l’existence, ignorée jusqu’il y a peu, de Sirius b, le jeune Honda étudiait le japonais dans le texte et l’entomogie à Tamagawa. Observateur discret, il s’immergea des années durant dans les susuki, les campanules et les marguerites où on l’oublia. Son mémoire – une classification des vols, cris et onomatopées des konchuu endémiques – parut par bribes et haïku dans des revues plus littéraires que spécialisées.
L’espiègle graphie de ses pattes de hae finit par émouvoir. Haïku et relevés furent finalement édités sous le titre intrigant de « Saku-saku, iwanu ga hana ».
Depuis, Honda Takaï a disparu de nouveau, immergé, sans doute, dans une autre terre du milieu.
On cherche partout ses écrits prochains.

« Des mushis hurleurs
ce bun-bun guch-gucha…
liqueur de réglisse. »

« Potsu-potsu ou zā-zā,
nezumïro ongaku,
iwaru ga hana*. »

« Potsu-potsu d’uki,
le goro-goro du temps,
kaeru midori. »


[Saku-saku, iwanu ga han – 2007 – Tokyo]

* « Les mots qu’on n’a pas prononcés sont des fleurs » [proverbe tradi]


N.B. L’indicible complexité à traduire dans leur entièreté concise le sens de ces fameuses onomatopées est la raison pour laquelle on ne s’y est pas aventuré ici.


*


(Anonyme - de 26 à 32,5 -)


« La nuit de l’iguane
au dos des heures qui passent
se secoue la mue. »

« Mécréant voyant
jette au feu ses idées vieilles,
une braise rougit. »

« Mousse d’alambic :
un singe malignement,
manduque ton foie. »

« Pour la transparence
écrase le cri insecte,
l’encre perd son sang. »*

Biographie (?) :
C’est dans les années vingt-six à trente-deux et demie que parurent à Tokyo sous forme d’affichettes calligraphiées les nombreux Haïku non signés d’un lettré prolixe, prudent, timide ou humble qui choisit de rester anonyme. On glosa – et même encore – longuement à son propos de bien mystérieux.
Des thèses audacieuses et farfelues furent échafaudées dans les milieux universitaires et alcooliques sans que jamais on ne puisse trancher ou retrancher ; on évoqua même un hétéronyme opiomane et rare de Fernando Pessoa…

« Les lilas rouillés
en cadavres de renards,
bourdons électriques. »

« Surveiller la mise
de la raie et du milieu,
clapots symétriques. »



* Allusion risquée à l’époque, on en trancha pour bien moins que cela.


 
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   HadrienM   
21/11/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Ah ! enfin une écriture particulièrement originale !

Le triptyque est séduisant et créatif. De nombreuses idées : sur la littérature, la biographie, la connaissance, l'humour, les postures intellectuelles, notamment.

On y sent de l'énergie et une fine écriture. Félicitations.

J'aime la créativité poétique ; cette forme poétique est audacieuse. Séduisante prise de risque(s).

Compliments.

Bien à toi,

   Ora   
24/11/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Je ne suis pas sûre qu'il s'agisse d'un poème en prose, j'aurais plutôt vu votre texte dans la catégorieNovelles/ Laboniris. Vous mêlez du texte, des vers, des Haïku, des morceaux d'histoire, de la langue japonaise, des onomatopées ...

Il y a de la beauté dans votre poème mais je m'y suis perdue. J'ai l'impression qu'il faut connaître l'esprit Japonais pour être en mesure de recevoir votre texte entièrement, et personnellement je ne le suis pas.

Je reste perplexe mais j'ai tout de même apprécié votre partage, la beauté voilée qui en émane.

   Brume   
26/11/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

J'ai lu et parfois relu des passages, tout simplement pour pouvoir me rappeler ce que j'ai vite oublier, vos mots ne me marquent pas. Il manque un petit quelque chose. Des sensations peut-être. C'est original mais ça manque de sentiments: humour, cynisme. Ou bien manque une atmosphère je ne sais pas. Moi qui aime le genre décalé en poésie, là j'avoue que ça n'a pas pris.
J'ai tout de même aimé la sonorité du nom Pou Pou Piding (pou pou pidou) et aussi ce passage:
"Les mots qu’on n’a pas prononcés sont des fleurs » [proverbe tradi.]"
J'aurais aimé un brin de simplicité dans les parties haïkus, là ça ne me parle pas:

"« Des mushis hurleurs
ce bun-bun guch-gucha…
liqueur de réglisse. »

« Potsu-potsu ou zā-zā,
nezumïro ongaku,
iwaru ga hana*. »

« Potsu-potsu d’uki,
le goro-goro du temps,
kaeru midori. »

Peut-être des sonorités, des jeux de mots ou bien des double-sens m'auraient sortis de l'ennuie.

Et pourtant l'écriture est belle, il y a de belles recherches, c'est original, je ne nie pas la qualité des vers.
Il y a une histoire mais je n'ai rien retenue.

   Pouet   
14/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bjr,

Un peu déçu pour le coup. Je ne sais pas je m'attendais à plus de décalé, même si, même si.. Ah, au début, avec le "Pou Ding" (même s'il me semble que cela sonne plus chinois que japonais), je m'étais préparé à partir plus loin dans les jeux de mots foireux et la joyeuse carabistouille, je sais pas, là je suis resté un peu à quai.

J'aime bien les haïkus de l'anonyme, surtout les deux derniers, perso, j'en aurais bien vu plus de ce style.

Les "biographies" ne m'ont plus emballé que ça, un peu sages ai-je trouvé.

Après il est fort probable que je sois passé à côté d'insignes profondeurs et de subtilités tranchées en mode sashimi.

Il me reste comme un arrière-goût de "trop peu" cette fois-ci mais comme j'aime en général beaucoup ce que fait l'auteur, j'en deviens certainement un peu trop exigeant.

   PIZZICATO   
14/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai apprécié la première partie de ce triptyque ; mais mon attention a un peu décroché dans les deux autres, étant très peu familier de la culture japonaise.
je dois dire toutefois que l'idée est originale.

   Anonyme   
14/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien
J'aime et je trouve étrange d'aimer ce que je ne comprends pas bien.
Le haïku ne faisant pas partie de ma culture.
Ce que j'aime ce sont les interrogations qu'il suscite. Peut-être est-ce le but.

   Leverbal   
14/12/2016
L'entête "Biographie" avant chaque paragraphe est superflu à mon goût. J'ai pensé au fameux "La rivière rouge et le chemin...", il y a du cliché un peu mal dégrossi par moment, mais ça depayse quand même ;-)

   plumette   
15/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien
j'ai aimé retrouver l'imagination singulière de l'auteur des "quadriptyques aux bêtes"! Pourtant, là, ça marche moins bien pour moi. Votre texte ne fait pas surgir d'images, je me sens plus sollicitée au niveau du langage et c'est un peu trop cérébral à mon goût.

Je salue l'originalité du propos et regrette un peu d'être si peu familière de la culture japonaies car c'est sûrement une porte d'entrée dans ce texte là.

il y a une authentique démarche créative me semble-t-il et je continue de penser que vos textes pourraient s'accompagner de dessins de graphisme, donner matière à un de ces objets/ livres rares que j'aime dénicher dans des librairies de quartier!

   framato   
16/12/2016
 a aimé ce texte 
Un peu
J'ai lu moins original de Raoul mais aussi plus audacieux. J'ai aimé le Pou Ding, moins la soupe intercalaire.

Quelques beaux Haïkus, dont ont fini par se détacher en raison de l'aspect wiktionnaire de la présentation (qui m'a donc laissé en rade)

   lucilius   
7/1/2017
Bonsoir Raoul,
Pour que j'apprécie ce texte, il aurait d'abord fallu que je le comprenne et que je sois imprégné de la culture japonaise sans doute ! Or, celle-ci m'est totalement étrangère ; c'est pourquoi je ne suis pas sensible à ce méli-mélo d'onomatopées, de vers (haïkus)et de prose dont le décodage m'apparaît très fastidieux.
Mon insensibilité ne m'autorise cependant pas à évaluer ce texte pour les motifs sus-évoqués mais ma curiosité est éveillée.

   hersen   
17/1/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'avoue que j'ai passé beaucoup de temps sur votre texte; Il me reste d'immenses zones d'ombre.

Mais au loin, dans cette ombre, le mera-mera fait son oeuvre et telle le kabutomushi, je suis attirée, immanquablement, et je ne peux que balbutier le peko-peko.

je regrette que d'une manière ou d'une autre, vous n'ayez pu nous faire toucher du doigt cette magie du haïku EN japonais. Je le regrette vraiment; je n'ai cependant pas spécialement de solution, mais par exemple

potsu-potsu zâzâ

Comment va-t-on le dire, que veut-il dire dire ? la musique du langage japonais ? oui, mais encore faut-il pouvoir le prononcer correctement pour alors être embarqué dans la magie du son, du sens. Et comprendre qu'on parle de pluie, la pluie fine et la grosse pluie.

bon. D'accord.

Mais quand même !

Ceci dit, votre texte m'a fait passer des moments inoubliables avec un ami japonais. Et je ne me suis pas lassée de l'écouter réciter les haïku dans sa langue. Et ça a pris des heures pour me les expliquer. Mais lui aussi était un peu largué. Donc j'ai fait une faute de politesse de lui demander.

M'en relèverai-je ?

J'ai bon espoir.

Une suggestion, qui vaut ce qu'elle vaut : quand le son est si important, pourquoi ne pas joindre un petit fichier audio ?

Et qu'est-ce que vous voulez que je note ? un texte qui m'a fait passer de si bons moments ne peut être qu'un bon texte, n'est-ce pas ?

hersen

si vous avez un point de vue à défendre, ça m'intéresse...


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