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Poésie contemporaine
SaintEmoi : Amours
 Publié le 09/07/17  -  5 commentaires  -  1720 caractères  -  107 lectures    Autres textes du même auteur

J’entendais à la radio la voix d’une rescapée des camps d’extermination nazis. Elle parlait de ce long et éprouvant voyage en train.

Elle m’a beaucoup ému. J’ai voulu écrire sur son récit en y mettant de la vie, certes impudique, mais de la vie, sauvage et résiliente.


Amours



Enfermées par centaines, en ce matin blafard,
En ce train, en ce froid, assises maintenant,
Éparpillant nos jambes au plancher chancelant.
Nous attendions ensemble un ténébreux départ.

Des corbeaux s'amusaient aux arbres alentour,
Sautant de branches en branches, poussant ces cris d'automne
Qui résonnent encore comme le glas résonne.
Te souviens-tu mon corps de ces terribles jours ?

J'entends toujours ces roues, ce fer contre ce fer,
Les mouvements brutaux de ce train infernal,
Et nous, déjà mourantes, en solution finale,
Ne voyant en cette aube qu'une entrée dans l'enfer.

Elles étaient près de moi, en chemises de nuit,
Serrant mutuellement leur jeunesse perdue ;
Elles parlaient doucement et d'elles venait le bruit,
Du labial murmure ou des paupières nues.

Il faisait encore sombre dans ce funeste enclos,
Où le bois pâlissait sous les rayons de lune ;
Leurs lèvres étaient si proches que même leurs sanglots,
Aux salives mêlées, embrasaient notre étuve.

Pendant qu'elles donnaient à leur triste existence
Un peu de ces plaisirs que la mort reprendra,
Nous restions immobiles, partageant, en silence,
Les intimes soupirs des reines de Saba.

Aujourd'hui je suis libre et depuis j'ai vécu
Les plaisirs de l'amour et les joies d'être mère,
En ce soir fatigué, sous la lune pendue,
Je crois entendre encore leurs cantiques amers ;

Sous ces cloches de bois, alors que je vais rendre
Aux milliards d'étoiles le souffle matériel,
Le sacrifice heureux de leurs caresses tendres
À l'écrin de ces mots se livre à l'éternel.


 
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Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   papipoete   
25/6/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
contemporain
Te rappelles-tu mon corps, de ce voyage qui nous emmenait là-bas d'où l'on ne revient pas ?
Jamais je n'aurais cru pouvoir être là aujourd'hui pour te parler à nouveau, et te demander << te souviens-tu ? >>
NB tous ces bruits qui n'en font pas, comme ce " labial murmure ", résonnent dans la mémoire, jouent un affreux tintamare !
papipoète

   dom1   
25/6/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'aime beaucoup votre écrit.
Votre '' introduction ', selon moi n'est pas indispensable.
Je comprends sa motivation, mais elle a les traits du excuse.
Il s'agit là d'un poème. A-t-il besoin d'avoir été vécu pour être écrit ?
C'est une bonne question...
Dites simplement que vous n'avez pas vous-même subi ce drame. Cela devrait suffire...
domi...

   PIZZICATO   
9/7/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Des images fortes dans cette poésie qui retrace bien la détresse et l'angoisse du moment.
" Te souviens-tu mon corps de ces terribles jours ? "
" Ne voyant en cette aube qu'une entrée dans l'enfer. "
" Serrant mutuellement leur jeunesse perdue " entre autres...

   Pouet   
9/7/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Bjr,

Le thème me parle, j'ai lu à ce sujet, les Primo Levi, Elie Wiesel, Jorge Semprun etc etc...

Soyons clairs, pour ma part je ne trouve absolument pas indécent ni illégitime d'écrire sur le sujet sans l'avoir vécu de l'intérieur.

Adopter le point de vue d'une femme est intéressant.

Je demeure toutefois un peu en dehors ici, l'émotion ne parvient pas réellement jusqu'à moi. Je ne sais pas vraiment en expliquer les causes. L'écriture est plus qu'honorable, aucun doute là-dessus. Mais peut-être est-ce trop "poétisé", le comble pour un poème me direz-vous... Je crois que j'aurais vu plus de simplicité, moins d'emphase, même si le thème semble difficilement abordable sans cela. En gros donner plus dans l'elliptique et le non-dit.

Ensuite je trouve que des termes tels que "ténébreux départ" ou "terribles jours" demeureront toujours en-deçà de l'horreur qu'ils souhaitent décrire. Mettre en mot l'indicible est très très difficile, en ce sens il y a beaucoup de tournures exprimant la souffrance et la tristesse, mais cela suffit-il? Je ne sais pas. Je ne me pose pas en juge ni en donneur de leçons, ne prétends pas pouvoir faire mieux que l'auteur, simplement en tant que lecteur la forme ne me convainc pas vraiment.

Enfin, pour ce qui concerne la troisième strophe, et d'après ce que j'ai pu en lire, je ne suis pas certain que beaucoup de déportés savaient réellement à quoi ils devaient s'attendre et s'ils avaient connaissance de la "solution finale". Mais bien évidemment, chaque cas est particulier.

Voilà je salue votre initiative et vous souhaite une bonne continuation.

   Astras   
9/7/2017
Bonjour! Vous avez une écriture très fluide!

Les consequences du sentiment de supériorité collective un sujet très profond. Par exemple, dans "Lady Lazarus", Sylvia Plath a décrit le ressenti d'une personne qui a échappé l'influence des faschistes et qui a reconstruit sa vie.

Il y a des textes sociologiques et historiques qui decrivent les histoires de ceux qui ont pu survivre.

Si ce sujet vous intéresse, il y a bien de pistes pour développer vos connaissances et améliorer le contenu dr votre récit.


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