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Poésie libre
StephCalewaert : Les poissons chirurgiens
 Publié le 19/11/21  -  7 commentaires  -  5482 caractères  -  72 lectures    Autres textes du même auteur

Paranoïa douce et manque de communication chez les extraterrestres que sont nos semblables…


Les poissons chirurgiens



J’avance doucement sur la caillasse blanche
Alternée d’herbe humide, dans le vide, je me penche
Sur cette haute falaise, fragile est le calcaire
Mes pieds, je vous le dis, ne sont pas très à l’aise.

Je titube un peu sur la carcasse qui s’effrite
D’un vieux navire bouffé par le sel et la rouille.
J’aurais aimé avoir pour mieux couvrir ma fuite
Quelques hommes armés, là, j’ai un peu la trouille.

Ce navire échoué il me ressemble un peu
Ou c’est moi qui l’imite. Une performance éteinte ?
Me vient alors de loin un petit rire nerveux
Parce qu’imiter la mort, c’est tout ce qu’il y a de simple.

C’est quand on n’imite plus qu’il y a de quoi s’en faire
Tant qu’il y a du mouvement, en roulis, en tangage,
Le mouvement qui nous sauve d’un évènement primaire
D’une chasse archaïque, exécution sommaire.

Alors on court. À droite à gauche. Et on se planque
Quand on peut dans les ruines de nos maisons bancales.
On nous retrouve cachés au détour des calanques
Et l’on peut s’y blottir en position fœtale.

Alors on y attend, nous tout recroquevillés
La peur au ventre, tremblants, on surveille au-dehors
Des fois qu’un normopathe ou un cador armé
Déboule l’œil injecté au moment où l’on sort.


Seulement, heureusement, nous avons des alliés
Qui influent rarement mais efficacement,
Qui nous cachent parfois pendant de longs moments,
Parfois même il se peut qu’ils viennent à nous armer.

Nous faire l’aumône d’un arc, une AK 47,
Un tank, un porte-avion, ou une simple épée.
Mais s’ils nous aiment, alors, c’est avec des pincettes
Là où ils devraient nous couvrir de baisers

Ou nous laisser en paix, nous qui ne demandons
Qu’à penser, qu’à créer, qu’à chanter, partager,
Parce que nous avons de si douces pensées,
De si simples gestes mais, de grandes aspirations.


J’aurais tant aimé
Aimé rester debout
Et puis debout longtemps
Et debout plus souvent
À contempler

À la barre de mon sloop
Il y a maintenant longtemps
Que j’ai balancé, plouf,
Mon skipper à la flotte !

Alors quoi maintenant
Avoir plus souvent
Avoir plus longtemps
Le vent soufflant en poupe

Sur les récifs coralliens
Au milieu des poissons chirurgiens

Sur les récifs coralliens
Au milieu des poissons chirurgiens

Il peut sembler facile
De fendre ainsi les flots

De naviguer ma vie
Il était encore tôt

Délicatement dans cette verte soupe

Sur les récifs coralliens
Au milieu des poissons chirurgiens

Nous ne sommes en fait que de doux albatros
Qui surveillent la terre, qui surveillent le monde,
Qui contemplent la merde, la merde et puis les bombes,
Les gens qui courent partout en attendant Chronos.

Qui courent en tous sens, sans espoir et sans but
Que ceux faciles, puants, que l’on leur a menti,
L’intuition est vertu quand juste est le jugement
Mais ces foulent perdues font beaucoup trop de bruit,

Qui puisent leur réflexion dans les noires déjections,
De ces vaisseaux immenses, ces immenses maisons,
Cette bouillie informe sans contraste et sans vie,
Sans chaleur, sans fraîcheur, et sans physionomie,


Ces vaisseaux qui avancent, lentement, bruyamment,
Ces palais en mouvement, flottant, voguant, rampant.
Un énorme nuage de terre et de fumée
Et la foule courante, suppliant d’y entrer.

Certains y parviendront. Oui. Certains grimperont
Les degrés des échelles traînant de part et d’autre
Des bras de ces colosses de plastique et de fer,
Ils arriveront aux portes ; en sang, blessés, ou morts

Parce qu’il est toujours mieux de marcher dans les pas,
D’aller là où est l’or, là où sont les plus forts.
L’homme est ainsi conçu, qu’il sera à jamais
L’asticot du pêcheur, cela le satisfait.

Dans les grandes machines, tout y est simplifié,
Les grandes symphonies se trouvent amputées.
Trop de notes ! Trop de mots pour les livres en papier.
Ils doivent passer dans les massicots affutés.

Alors on réécrit, petit à petit,
Le système limbique, alors on réoriente
Tous les grands paradigmes qui firent que l’homme est l’homme,
Les contradictions pures et les joyeux mélanges.

Bien sûr… tout ceci est présent et folie
Mais quel mal y a-t-il à être fou parfois ?
Il reste tous ces fous qui garderont la joie
De marcher au côté des sages et des rois.



Pendant toutes ces années
Je suis resté debout
Et debout si longtemps
Et debout si souvent

Comme une figure de proue
À la barre de mon sloop
Un parmi des milliers
À prendre cette route
Et depuis tout ce temps
Ci-devant capitaine

Seul maître à bord de mon esquif
Après avoir assassiné, noyé sans haine,
Mon skipper inutile d’un simple bourre-pif,

À une escale à terre je l’ai remplacé
Par le seul équipage dont je pouvais rêver.
Ils étaient une, mais il ne m’en fallait pas plus…

Elle s’appelle… Peu importe ! ça ne vous regarde pas…
Et d’ailleurs, moi non plus, on ne me nomme pas.


 
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   Pouet   
3/11/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Salut,

pour ma part j'ai trouvé en ce texte une volonté du "dire" fort intéressante. Il y a ici une "fonction" de la poésie qui me parle particulièrement.

Le fond embrasse la "condition humaine", on sent que l'auteur (e) veut en dire beaucoup, veut "tout" dire de son rapport aux autres, de ce que sont les autres, de ce que veut dire l'autre..

Sans trop me l'expliquer rationnellement je me reconnais dans ce texte, dans le fond bien sûr et aussi dans la forme, dans cette forme non exempte de maladresses peut-être mais que l'on ressent "brute", avec aussi un côté "juvénile" (l'auteur (e) n'est pas forcément jeune bien sûr, je relève plutôt ici cette sensation de "fraîcheur" dans l'expression, d'absence de "calculs", une certaine forme de "sincérité" qui moi, me touche beaucoup)

Ces quelques lignes donc pour signifier mon adhésion.

Pouet

   Lebarde   
5/11/2021
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Une poésie libre libre? Peut être, mais qui a des allures de prose et des accents de langage parlé
En tous cas je perçois une écriture spontanée, sans artifice et sans recherche poétique qui n’évite ni les fautes d’orthographes, ni les fautes de ponctuation qu’une simple relecture aurait pu corriger et dans le texte des lourdeurs, un vocabulaire « rustique » et des répétitions qui m’ont gêné un peu.

Un potentiel d’écriture certain mais un texte beaucoup trop long à mon goût qui mériterait un travail d’élagage et une revisite.

Dommage
En EL

Lebarde

   Corto   
19/11/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément
Diable, quel souffle !
Il y a dans ce poème un élan, un vécu, un bouillonnement, qui explosent dans tous les sens.

Des images sont parlantes comme "Ce navire échoué il me ressemble un peu Ou c’est moi qui l’imite", puis "on se planque Quand on peut dans les ruines de nos maisons bancales".
D'autres encore "nous avons des alliés Mais s’ils nous aiment, alors, c’est avec des pincettes", et puis ce cri:
"J’aurais tant aimé Aimé rester debout Et puis debout longtemps Et debout plus souvent".

Ce texte qui est tout sauf linéaire nous emporte dans un tourbillon interrogeant l'existence humaine, la violence, la survie, le sens de la vie tout simplement. J'y relève ces deux vers comme une maxime sage et audacieuse:
"L’intuition est vertu quand juste est le jugement
Mais ces foulent perdues font beaucoup trop de bruit."

Avec "Seul maître à bord de mon esquif
Après avoir assassiné, noyé sans haine,
Mon skipper inutile d’un simple bourre-pif"
on imagine que le narrateur a trouvé un voie de sortie de tous ces dangers, toutes ces interrogations mais rien n'est moins sûr.

Le superbe final est comme un apaisement où les possibles réapparaissent mais le tourbillon/violence/enfermement disparaîtra-t-il ?
le seul équipage dont je pouvais rêver.
Ils étaient une, mais il ne m’en fallait pas plus…
Elle s’appelle… Peu importe ! ça ne vous regarde pas…
Et d’ailleurs, moi non plus, on ne me nomme pas.


Pour moi un texte superbe qui comporte quelques maladresses de forme que j'oublie vite.

   papipoete   
19/11/2021
bonjour StephCalewaert
Je ne puis nier que votre texte est riche d'aventures, d'émotion ( se faire peur au-dessus de la falaise qui s'effrite... ) de réflexions pertinentes.
Mais si l'esprit guide votre inspiration, c'est votre main qui écrit selon l'épaisseur du trait de votre crayon ; je crois qu'ainsi votre plume est un fougueux mustang, que rien n'arrête même le bas de page, au point d'écrire sur la table ?
NB Je ne vous cache pas que j'ai grand mal, à lire jusqu'au bout un flot de lignes ( ce qui fut mon style jadis ! ) et que j'appris à compresser au maximum dorénavant !
Je ne note pas, ce ne serait pas honnête de ma part ; écrire " long " me rebute, alors que " écrire court " m'est gageure, où je m'essaie parfois.

   Cyrill   
20/11/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Ce texte est si riche qu'il mérite qu"on y revienne plusieurs fois, et j'y reviendrai.
C'est comme un long cri, plutôt désespéré, qui englobe tout et qui souvent me parle, sans que j'aie envie de le disséquer, mais il y a certaines formules qui me restent en bouche :
"Parce qu’imiter la mort, c’est tout ce qu’il y a de simple."
"Le mouvement qui nous sauve d’un évènement primaire
D’une chasse archaïque, exécution sommaire."
"Ces vaisseaux qui avancent, lentement, bruyamment,
Ces palais en mouvement, flottant, voguant, rampant."
Bah, je ne devrais pas les citer, parce que ce poème ne mérite pas qu'on le découpe.
Il y a une évolution de la pensée, je suis entré dedans sans reprendre mon souffle, parce que ce texte là se parle, et c'est très bien comme ça.
Sincèrement, bravo !

   Raoul   
19/11/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonsoir,
Beau projet que ce flux de pensée(s).
Dommage, simplement qu'il ne soit d'avantage dompté car le séquençage en strophes n'est pas suffisant, il paraît surtout arbitraire. De même, la structures des vers qui ne sont ni libres ni mètrés pose problème à la lecture - et la justification "folie" un peu tirée par les cheveux - les rimes n'apportent pas grand chose d'autre que des acrobaties souvent pataudes.
Le texte manque de fluidité, du coup, l'exercice devient trop haché ce qui est un obstacle à l'expérience de lecture, Idem pour les répétitions...
Il y a une différence entre écrire [c'est à dire que l'auteur est convaincu d'avance] et lire [le lecteur reste à convaincre] parceque le texte part dans tous les sens, digresse, s'écoute, revient sur lui-même, pour moi, il serait bon de trancher et retrancher sans états d'âme.
(Ça me fait penser à certaines chansons d'Higelin où il part dans le totalement improbable pour suivre des impro. Jazzistiques)
C'est un poème pleins de trouvailles qui sont un peu noyées dans l'appareil, y compris dans les parties ironiques...
Dommage de ne pas avoir été plus circonspect dans vos non choix.

   Vincente   
20/11/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Puisque l'exergue annonçait une "paranoïa douce", je me suis su prévenu et fut donc prévenant. Je me suis donc attaché plus à l'approche "distanciée" qu'à la recherche d'une véracité circonstanciée et poétisée.

Le flux est intéressant. On y aborde des récifs coralliens, dont j'ai longtemps cherché ce que ces "poissons chirurgiens" venaient faire en cette rivière pensive et bravement désabusée, du titre à leurs apparitions en leitmotiv, je dois avouer que seul leur lieu de vie m'a parlé…

En bon "poisson" qui a erré dans cette eau limpide, très colorée, même contrastée, j'ai nagé et apprécié. Beaucoup de choses se passent dans cette natation poétique. Il y a de quoi s'étonner, cogiter, se surprendre, et approfondir le voyage, mais la volonté seule ne suffit pas à se saisir de ce qui nous arrive, à nous lecteur, poisson-voyageur. C'est ce que je regretterais.

Ce lagon est vaste, long (de texte) et large (de pensée).
La vastitude pourrait offrir la générosité d'un embrassement ample d'un propos ; oui, mais quel est-il ? (je ne sais pas trop…). L'ouverture de la pensée pourrait porter à la réflexion, elle m'a semblé assez fugace ; seul le final déclare une pertinence certaine : la solitude d'un duo très accordé comme structure sociétale première, solide, plaisante, génératrice ; le maillon originel d'une société, terrestre, extra-terrestre… Peut-être en cela peut-il offrir abri à cet esprit locuteur paranoïaque qui peut se réfugier aussi entre les mots, en tant qu'éléments premiers et dans l'espérance d'appartenir à un avenir… ? Je ne sais pas, je dois reconnaître que je nage un peu. Mais j'aime nager et dans la plongée auquel nous invite ce poème le voyage ne manque pas de propositions.

J'ai senti ce texte comme un flux abondant et limpide, non par sa clarté d'énonciation, mais par sa sincérité endémique, chaud (la vie y est très présente, le narrateur aime s'y épandre, même si une douleur certaine y surnage), dans lequel son sang (sa volonté, son intention, son débattement pour y prendre place) se disperse. Le clair diffuse alors le rouge sanguin, qui rosit tant qu'il peine à s'affirmer.
C'est cela qui m'a semblé ici très émouvant : le geste d'auteur. Trop fourni, errant (parfois même hagard) dans son propos et dans une ambivalence situationnelle, peu retenu, épanché sans que l'on sente pourquoi, ou d'où provient le malaise qui le diffuse, et le disperse, etc… Ce sont ces incontinences mêmes qui arguent le récit qui le portent à une incandescence assez "productive", intéressante donc.
L'on peut dire que ce qui est au cœur de cette poésie, c'est moins ce qui l'a faite que ce qu'il en résulte : le résultat du geste qui paraît diffus, et presque un peu brouillon dans sa construction, mais touchant jusqu'à ses incongruités.

Une strophe particulièrement m'a beaucoup plu :

" Ce navire échoué il me ressemble un peu
Ou c’est moi qui l’imite. Une performance éteinte ?
Me vient alors de loin un petit rire nerveux
Parce qu’imiter la mort, c’est tout ce qu’il y a de simple.
"

Je regrette qu'avec un petit travail de retour sur "investissement" littéraire, celui des premiers jets, d'autres ne soient pas venus prendre ce niveau de consistance poétique.

Les deux vers finaux sont très réussis.

Je me demande aussi pourquoi l'auteur a choisi cette forme assez ingrate, où la versification un peu bâtarde (à cheval entre plusieurs registres) engonce la logorrhée. Vu le mode d'expressivité, un libre avec des strophes versifiées intercalées aurait été à mon sens plus approprié.


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