Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Poésie néo-classique
TITEFEE : Les naufragés
 Publié le 27/03/09  -  11 commentaires  -  4150 caractères  -  216 lectures    Autres textes du même auteur

Épopée fantastique, mais qui sait ? Peut-être peut-on la vivre encore de nos jours !


Les naufragés



Chapitre 1

En cette nuit d’effroi, des éclats déchiquettent
Les murs éclaboussés happant les silhouettes
Des hommes mutilés, jetés dans l’incendie
De la ville livrée aux pilleurs, aux bandits.

Affamés, des enfants chapardent aux corneilles
L’infâme nourriture, à nulle autre pareille.
Ils ont vu, effrayés, les chairs des leurs livrées
À la meute cruelle agitant des épées.

On voit courir des gens, enivrés de débauche,
Éventrer les maisons et faire prisonniers
Ceux dont l’amitié n’en était qu'à l'ébauche
Mais, qu’en le rabaissant, on se croit un guerrier.

Une odeur de charnier sous la soudaine averse
Répand sa pestilence et bientôt les soldats,
Grisés par tout ce sang, mettront le vin en perce
Puis, casqués et bottés, tireront dans le tas.

Dans le jour qui pointe vont se compter les morts
Tandis que, silencieux, en évoquant leur mère,
Les blessés mal cachés, craignant un triste sort,
Ferment alors les yeux par peur de la lumière.

Innocent du massacre et de son lendemain,
Dans la nuit angoissante où sa tribu s’épure,
Un enfant assouvi dort pendu au long sein
De sa mère gisant, loin d'une sépulture.




Chapitre 2

Si sombre était la mer que sa nappe sublime
Devenait bleu-marine et étouffait les voix
De tous ces malheureux, enfoncés dans l’abîme
Après avoir passé tant de jours dans les bois.

Elles ne recouvraient pas leurs appels de détresse,
Ces vagues clapotant sur les flancs du bateau
Et, bien longtemps après, oubliant leur faiblesse,
Les naufragés transis écopaient toujours l'eau.

Puis on n’entendit plus, transperçant la nuit noire,
L’enfant qui gémissait et qu’on n’a pu bénir
Car la mort qui rôdait habitait la mémoire
De tous les survivants, pour mieux s’en souvenir.

L’on célébra aussi le sombre épithalame
De la noce posthume à ces deux amoureux
Qui, bien trop épuisés, à Dieu rendirent l’âme
En exhalant, unis, leur souffle douloureux

Un matin lactescent, à l’aube lumineuse,
Une ligne plus sombre attira le regard ;
La terre était très proche et son eau sablonneuse
Remplaçait le bleu cru, meurtrier sans égard.



Chapitre 3

Le soleil se leva quand l’action de grâce
Monta droit vers le ciel, bénissant la bonté
De toucher à l’Éden et d’effacer la trace
Des heures de frayeur lassant leur volonté

Secoués par les vents, les longues palmes lisses,
En cadence agitaient les immenses palmiers.
L’air était embaumé par des senteurs d’épices
Et des fruits, déjà mûrs, pendaient aux cocotiers.

Hébétés, mains en sang, les naufragés à terre
S’étendirent, brisés, sur le sable au grain noir.
Ils avaient traversé les lames en colère
Mais atteignaient une Île où fonder leur espoir.

Sur la plage couraient de petits crabes roux
Qui rejoignaient les trous d’un rocher volcanique ;
Le sable sous les pieds était si chaud et doux
Que plus d’un rescapé oublia sa panique.



Chapitre 4

Un volcan recouvert d’un jet de vapeurs roses,
Dominant le pays d’un dôme éblouissant,
Envoyait dans le ciel, comme vulgaires choses,
Des éclats de rocher dans un souffle puissant.

Il pleuvait constamment de rouges escarbilles
Brûlant la peau de ceux qui, troublés, regardaient
Ce spectacle effrayant où, telles des brindilles,
S’embrasaient les forêts où ils se hasardaient.

Ils avaient repéré un immense pilastre.
Soutenant le fronton d’un temple gallican.
L’endroit semblait pouvoir les sauver du désastre
Car il s’enfonçait loin dans les flancs du volcan.

Soudain un calme lourd s’abattit sur la terre !
Le sol ne tremblant plus, l’on vit s’évanouir
La colonne de feu quand un nouveau cratère,
Tel l’enfer de Dante, sembla s’épanouir.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette poésie sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Anonyme   
27/3/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Y en a une qui a dû lire Hugo!
De très beaux alexandrins qui ne ménagent pas leurs effets de violence...

De la belle ouvrage!

   FredericBruls   
27/3/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Eh bien, mazette, cela ne manque pas de souffle ! Le style épique, le ton d'orgue par instants, font en effet penser à Hugoth le barbare !
Lecture réjouissante, assurément. Du romantisme flamboyant.

   Alexandre   
27/3/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un nouveau chapitre à la Légende des Siècles... Même le père Hugo n'aurait rien trouvé à redire ! Un vrai régal pour qui aime cette forme un peu désuète de la poésie française, et bien sûr, j'en suis ! Merci ma fée... Un détail que je n'ai pas approfondi, c'est "déchiquettent". Je pencherais naturellement pour déchiquètent, à moins que les deux versions soient correctes...

   David   
27/3/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour TITEFEE,

Au chapitre 3 il y a la rime terre/colère et au chapitre 4 terre/cratère, je dirais que le sont de terre est un é, à cause des consonnes doublées, et la rime se trouve apauvris é/è, mais c'est moins évident juste à l'oreille.

Ces chapitres semblent apartenir à plusieurs histoires, à moins d'imaginer des malheureux qui, après avoir survécu à une razzia, ont embarqué sur un navire qui fit naufrage, avant d'échouer sur une île, où une éruption volcanique viendra encore les pourchasser !

L'enchaînement serait venu plus facilement si le premier chapitre avait relater le pillage d'un navire par des pirates par exemple, pourquoi ont ils dû embarquer sinon alors qu'ils venaient de connaître une ruine...

Le cratère qui s'ouvre à la fin, "l'enfer de Dante", est vraiment bien trouvée, le naufrage se finira dans une mer de feu...

   xuanvincent   
27/3/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Quel souffle !

Le sujet de ce long poème (au point de pouvoir être divisé en chapitres) est bien terrible... et en même temps je l'ai trouvé très beau, fort bien dit, comme sait le faire Titefee.

Les premiers paragraphes m'ont tout particulièrement parlé, car ils m'ont rappelé des paroles entendues.

   Marite   
30/3/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément
Epopée magnifiquement écrite. Les images jaillissent à chaque strophe avec force et réalisme.
Récit fantastique ? Depuis la nuit des temps des évènements semblables se répètent régulièrement. Cela commencent par les hommes et se termine par la nature qui fait un grand « nettoyage »… Sommes-nous réellement à l’abri ? Merci Titefee pour ce rappel à nos mémoires collectives.

   colibam   
23/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Dans le premier chapitre, on survole des paysages post-apocalyptiques.

Puis, au fil du flux et reflux, le ton s'apaise, l'aube se lève, la lumière diffuse son haleine douce et la nature couvre les plaies ouvertes par les hommes.

De belles envolées lyriques sur les sombres paysages d'un autre temps.

   Anonyme   
12/6/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément
Quel souffle ... !
Quel poème surtout, l'intrigue est parfaite, le vocabulaire ingénieux, et puis quel plaisir à le lire, c'est aussi sa la poésie ... Ca m'a plus, j'ai aimé, j'ai beaucoup plu, j'ai ... Oui bon j'ai aimé =P
Je m'en veux de ce pas lire les prochains chapitres qui n'attendent que mon impatience ...

   Anonyme   
23/8/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour TITEFEE. Quel déchaînement et quel rythme ! Juste le début de la phrase "L'air était embaumé..." m'a interpellée...

   Damy   
11/4/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément
Poème engagé magistral évoquant le drame des boat people, dans une prosodie parfaite, selon moi,avec beaucoup de rimes riches, doué d' un vocabulaire simple, accessible au plus grand nombre et des mots, des images parlant à l’émotion profonde (difficile de retenir ses larmes ou sa colère). Bref une grande maîtrise du clacissisme poétique (merci) au service d'une cause noble moderne: LA CLASSE...
Tremble hélas la terre d’asile, où se crache la violence éruptive des volcans inhospitaliers (camps de Sangate, Calais...) loin des petits crabes roux (petits, roux mais crabes tout de même - les passeurs peut-être…). Violence mortelle quand ils (les boat people) ont échappé aux massacres (à coups de machettes ou à coups d'épées....) de la terre originelle

Est-ce que je me trompe?

Quelques remarques de forme (je suis un peu perfectionniste parce que j’aime qu’on le soit envers moi) :
« Mais qu’en le rabaissant on se croit un guerrier » : à quoi se rapporte « le » ?
« mettront le vin en perce » : perce ? est-ce la définition suivante : La perce est la forme intérieure du tuyau d'un instrument à vent? Je n’ai pas très bien saisi.
« Dans le jour qui pointe vont se compter les morts » : un peu dommage le e à l’hémistiche…
« …évoquant leur mère » : ne faut-il pas le pluriel – leurs mères ? A moins que le mot soit générique pour désigner « la patrie » ?

C’est, jusqu’ici, mon poème classique préféré que je reviendrai lire avec…plaisir !?

   Anonyme   
31/5/2013
 a aimé ce texte 
Bien
Tout bien mais la fin est un peu en queue de poisson je trouve... C est quoi ? la fin du monde ? Le premier chapitre est plein d' émotion... Ca reste celui que je préfère... Pour le reste la découverte vaut le coup d' œil : ) en bref, pas mal du tout. C est tout ce que j ai a dire.


Oniris Copyright © 2007-2017