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Poésie en prose
TITEFEE : Partir
 Publié le 14/08/08  -  7 commentaires  -  2425 caractères  -  25 lectures    Autres textes du même auteur

Une maison c'est un peu de nous-même que l'on emporte, lorsque l'on referme définitivement sur elle la porte.


Partir



Doux, tranquille et parfumé est l'air de ma dernière journée.

Le ciel dès le matin s'est peint de traces pastel qui virent maintenant au rouge cerise avant l'arrivée du soleil au-dessus des montagnes du Vercors.

Je les regardais tous les jours à mon réveil ces lignes qui s'étiraient bleutées et cotonneuses comme le sont les estampes japonaises.

En cet instant je les aspire... oui je les aspire pour garder en moi leur immuable beauté.

Je capture au-delà même de mes paupières l'image du grand cèdre bleu qui tamisait la lumière et le matin bruissait de chants d'oiseaux.

J'emprisonne dans ma mémoire la ligne scintillante du Rhône qui coule en contrebas derrière son rideau de platanes et ses immenses saules argentés.

Je veux retenir à travers les méandres de mes pensées l'odeur de ce jardin qui m'avait si souvent accueillie le matin, lorsque je foulais avec délice ses herbes folles emperlées de rosée ; et puis me tourner pour la dernière fois, depuis le balcon de bois, sur ce château de Crussol, suspendu dans le vide comme l'Île de Gulliver et qui dans les premiers rayons du soleil est poudré d'or.

Dans quelques heures le camion de déménagement arrivera. Les cartons sont empilés dans chaque pièce. Seule la machine à café et les tasses sont encore en place sur le plan de travail dans la cuisine.
Mon cœur se serre au fur et à mesure que les aiguilles du four électrique tricotent le temps...

Cette maison, c'est elle qui m'avait choisie. Elle, qui m'avait accueillie lorsque la maladie et l'abandon creusaient en mon cœur et mon esprit des galeries souterraines si profondes que le trou béant qu'avait creusé le chagrin dans ma poitrine me semblait insondable.

Je n'avais pas voulu la quitter, elle demeurait tant de moi dans les couleurs joyeuses de ses papiers peints, dans ses parquets blonds cirés et son puits de lumière qui semblait approcher encore plus le ciel lorsque je le regardais, les jours où la lune pleine y inscrivait son visage.

Et voilà qu'un pan de ma vie tombait comme une vieille peau dont on doit se séparer.

La vie m'attend sans doute ailleurs... la vie doit m'attendre ! Mais surtout qu'elle me laisse juste une minute, là, pour que mes larmes coulent et se tarissent avant que les déménageurs ne viennent emporter les objets témoins de tout un naufrage.


 
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   David   
14/8/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour TITEFEE,

Est-ce qu'il faut être nomade ou casanier, ou bien un casanier serait un nomade qui se prépare des lendemains difficiles ? Bon courage, tu l'écris comme un barde qui se serait adressé à ce "grand cèdre bleu"

   xuanvincent   
14/8/2008
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai bien aimé les couleurs de ce poème.

Seul le terme "camion de déménagement" (tandis que "déménageurs" ne m'a pas gênée) 'a fait sortir de cette poésie.

   Anonyme   
15/8/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un tableau dans lequel j'ai pu imaginer. L'auteur laisse de la place à son lecteur, il l'invite. Il lui montre la maison, le conduit au jardin qui ravit les sens, l'entraîne au milieu des cartons, le lecteur demande c'est quoi le camion au milieu du tableau; alors, c'est ensemble que les larmes se versent avant de quitter la maison. Je veux bien aussi qu'on me laisse une minute pour m'en remettre.

   Melenea   
15/8/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Il est toujours difficile de quitter un endroit qui nous a protégé, un nid douillet que l'on s'était aménagé... je comprend cet ultime instant où l'on dit au revoir à l'âme de la maison...
Beaucoup de couleurs douces et nostalgiques dans ce texte...

Mél

   Anonyme   
26/8/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Le Vercors ? le Rhône ? Aurions nous été proches voisines, avant ton départ, Titefee ?
Entre les montagnes, le cèdre, et la couleur imaginée d'un fleuve, quel beau camaïeu de bleu, en introduction !
La palette s' enrichie progressivement jusqu'à la complémentaire (le blond des parquets), se mêle intimement aux odeurs dites ou simplement suggérées (celle de l'air, du cèdre, du café, des boiseries et de la cire) et m'aide à mieux accepter les métaphores de la douleur et de la maladie.
" ... de tout un naufrage." : un final bien poignant, qui ne peut me laisser indifférente.

   clementine   
26/8/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Simple et touchant.
Plein de couleurs, d'odeurs et de sentiments.
Quitter une maison, c'est toujours refermer la porte sur un pan de notre vie.
Par bonheur, c'est aussi le début d'autre chose, un autre pan.
J'ai aimé ce texte. Merci Titefée.

   FANTIN   
30/3/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Beaucoup d'émotion vraie dans ce poème dont chaque notation fait penser à une touche supplémentaire sur la toile d'un peintre. A l'arrivée c'est un beau tableau rempli d'images poétiques simples et fortes, où se mêlent des sentiments divers, dont l'émerveillement devant la beauté, mais aussi l'évocation de la souffrance, la nostalgie et l'anxiété.
Un texte intime qui raconte avec beaucoup de sensibilité le passage délicat d'un chapitre de vie qui se termine à un autre qui commence. Une lecture très agréable.


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