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Poésie libre
wancyrs : Chant funèbre sur Haïti
 Publié le 07/03/10  -  11 commentaires  -  5649 caractères  -  91 lectures    Autres textes du même auteur

Et si on chantait Haïti à la manière d'un griot ?


Chant funèbre sur Haïti



Saint-Domingue !

Du fleuve Artibonite
À l’île de la Tortue,
Tu étais
“La perle des Antilles”.

Sur le Cap-Haïtien,
La citadelle d’Henri Christophe
Fière de ses canons,
Guette un ennemi improbable.

Port-au-Prince !

Les mille feux, place d’Italie,
Dans ton Miroir aux Libellules
Se contemplent.

Combien de monarques
De leurs pieds royaux
Foulèrent tes quais ?

Que reste-t-il aujourd’hui
De ta beauté d’antan ?

Un cimetière à ciel ouvert d’où
La clameur décousue des âmes
Emprisonnées sous le béton,
Monte comme le chant lyrique
D'une prêtresse vaudoue
Un soir de lamentations.


La terre a tremblé,
Les immeubles ont titubé.
Par un énorme fracas,
L’architecture s’est dissoute
Dans un nuage de poussière.

Croiser le regard livide de la mère,
Sa maison n’est plus qu’un amas de pierre :
Son fils qui s’y reposait dort du sommeil éternel.

Affronter la peine de l’amoureux,
Sa bien-aimée gît sous les décombres :
L’union se fera à titre posthume.

Les rues ploient
Sous le poids des cadavres et,
Les yeux asséchés
D’avoir trop pleuré,
Contemplent avec impuissance
Ce panorama.

Haïti compte ses morts,
Le décompte est difficile.
Ils sont de toutes les races,
La mort est impartiale ;
Elle fixe ses heures, ses lieux,
Et attire dans son traquenard
Qui se trouve sur sa liste.

***

Qui viendra avec moi effeuiller l’histoire d’Haïti ?
Une histoire aux ailes chargées d’atrocités et d’injustices ?
Qui osera lever le pan sur l’horreur que les yeux lâches
Évitent de regarder ?

Venez ! oui, venez vous balader dans les catacombes
De l’existence haïtienne.

Vivez la déportation ! vivez l’amoncellement d’humains
Dans des navires bondés,
Où la vie tangue entre inquiétude et désespoir.

Sentez l’haleine fétide du maître parcourir
La vierge…
Elle s’invente des contes bancales pour oublier
Le maraudeur qui lui arrache son hymen,
Sa dignité.

Oyez ! Oyez ! les trémolos du Bois-Caïman,
Boukman étale son plaidoyer.
Oyez trembler la terre sous les pas de la liberté ;
Makandal le guerrier mandingue,
Sur le “feu de l’exemple”
Devise avec les dieux.

Haïti la belle,
Haïti la rebelle
Sous les harangues de Toussaint,
Caliban dans la Tempête
Brise ses chaînes.

La dialectique de Hegel,
Le maître et l’esclave s’expriment,
Les ténèbres aspirent à la lumière…

Mais que faire du soleil des affranchis lorsqu’on ne connaît
Que l’abîme de la servitude ?

Malheur à toi tonton macoute !
Toi qui as banni le maître
Mais as établi ses agissements comme crédo ;
La dictature du frère, par le frère, pour l’égocentrisme…

Et toi baby Doc,
Jusqu’à quand l’exil
Sera ta forteresse ?

***

Haïti,
À quel rite vaudou
T’es-tu insoumise
Pour qu’un holocauste
Justifie ton outrecuidance ?

Est-ce un retour de manivelle
Aux révoltes des Cacos ?
Ou bien la renaissance
De “l’armée cannibale” ?

Ô Haïti,
La proie des fléaux !
Enveloppée de dettes,
Déchirée par des rixes
Intestines…

L’éternel matador
Enfonce placidement
Ses épées dans ta chair
Déjà meurtrie ;
Et toi stoïque,
Chancelante mais altière,
Tu évites la mise à mort :
Mais pour combien de temps encore ?

***

Comment exprimer
Un séisme de magnitude Sept
Sur l’échelle du
Dommage collatéral ?

Un château de gravats
Sous lequel filtrent des voix
Criant au secours ?

Gratter avec frénésie
Les détritus de béton,
Les doigts ensanglantés,
Le cœur battant au rythme
De l’espérance ?

Pour qu’enfin des décombres
Surgisse une main,
Crispée par la roideur
Cadavérique,
Et alors laisser exploser
Sa peine
En s’arrachant les cheveux
D’être encore en vie ?

***

Haïti,
Ta détresse a retenti
Aux quatre coins du globe,
Et la compassion un instant
A noyé la cupidité
Dans les eaux calmes
De la magnanimité.

Les secours accourent,
Mais aussi,
De tous azimuts,
Des loups emmitouflés
Dans des peaux de velours.

Lorsqu’à des saints
On ne peut plus se vouer,
La candeur infantile devient
Vecteur de tourments.

Comme de pudeur
Les canailles savent
En faire fi,
Pas étonnant que
Des fossoyeurs se fassent
Croque-morts.

Néanmoins,

Sèche tes pleurs, enterre tes morts.
Au soir du cauchemar,
Dans tes habitats de fortune,
Chante ton épopée.

Que tes femmes portent le deuil,
Que tes enfants se souviennent,

Mais

Que tes hommes vaillants reconstruisent,
Encore et encore ;

Car la vie est un mythe,

Le mythe de Sisyphe.


___________________________________

À vous qui me permîtes de retravailler mon texte,
À toi, commentateur inconnu qui me donnas tant de pistes...




 
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   ristretto   
19/2/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
première lecture et je suis envoutée !
un bel hommage à ce pays et à son peuple surtout.
un long poème pour ne pas oublier le drame mais aussi pour découvrir leur histoire , leur lutte et leur espoir
espérant ne pas périr sous les crocs des :
"Des loups emmitouflés
Dans des peaux de velours."

merci

   Leo   
20/2/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un superbe chant lyrique, à la manière de la poésie d'Afrique, où je retrouve par endroits des formules que n'auraient pas renié quelques-uns des grands poètes antillais contemporains. L'auteur évite très bien quelques dérives "faciles" : la négritude ou l'antillanisme, s'ils sont présents, n'écrasent pas son message, d'abord centré sur les gens, sur le peuple, ses souffrances et son espérance. Et même s'il suggère : "Et la compassion un instant / A noyé la cupidité" (à tort à mon avis, elle l'a exacerbé, au contraire), il n'oublie pas que "la vie est un mythe, / Le mythe de Sisyphe." Et il conseille aux Haïtiens de ne compter que sur eux-même.

Et malheureusement, il a raison...

J'ai beaucoup aimé la scansion, le découpage, énergique et parfaitement scandé, en vers simples, bien faits pour être chantés et déclamés autour du feu. J'ai bien aimé aussi les choix sémantiques, très ancrés dans la réalité, même si je regrette un peu que la culture de l'auteur ressorte parfois trop au travers d'un vocabulaire plus riche que ce que demande, peut-être, le contexte de cet écrit.

Un excellent poème.

   Alexandre   
21/2/2010
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonsoir ! J'ai lu et relu, tout y est, de l'esclavage jusqu'au séisme de Janvier en passant par la famille doc et les macoutes, mais pour moi c'est trop long pour un poème en vers. J'aurais mieux vu un texte en prose, que ça soit une courte nouvelle ou un poème... Cela dit, il y a de bons passages et des longueurs un peu désordonnées où le lecteur se noie quelque peu... Il y a pourtant là un thème qui mérite qu'on s'y intéresse.

   Anonyme   
22/2/2010
 a aimé ce texte 
Un peu
J'avais lu ce poème à sa première présentation je pense.
Je trouve qu'il y a vraiment un retravail impressionnant au niveau de l'éventail de questionnements qui me semblait un peu facile à la première présentation.
Du coup, j'ai l'impression à présent que ça part un peu dans tous les sens.
Le poème gagnerait à être canalisé, à rassembler certains thèmes qui se rejoignent...
Mais j'apprécie vraiment le changement de point de vue de l'auteur, qui semble avoir tenu compte des avis donnés pour perfectionner la vision un peu manichéenne et "commerciale" de la catastrophe évoquée... du peuple dépeint...
J'apprécie particulièrement le voodoo qui vient reprendre la place de Dieu dans le fait d'aborder la religion... j'apprécie St Domingue mise en parallèle à Port au Prince...

Il manque encore une forme de mise en poésie plus poussée, peut-être une prose au lieu d'un vers libre, c'est encore très scolaire et un peu embrouillé, mais c'est déjà impressionnant, vraiment, au niveau de la recherche de cohérence, de vision "avec recul et recherche" des évènements, et je voulais vraiment te remercier pour ça.
Dans un hommage ce qui importe le plus, c'est de respecter la personne 'les personnes" à qui on rend hommage...

Merci. Et bonne continuation.

   Anonyme   
7/3/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Quelque chose de profondément humain et une très belle intention aussi dans ce texte quasi épique...

J'aime beaucoup l'interpellation faite à l'île personnifiée, j'aime aussi le côté oyé oyé enthousiaste.

Dans la longueur, le texte est certes perfectible, mais je ne crois pas qu'ici l'intention soit la perfection, mais le "dire"... et bien souvent, le "dire" prend sa force de la non-perfection.

J'ai eu un plaisir énorme à lire ces mots, et je pense que l'auteur progresse vite et bien dans sa démarche d'écriture "sur le vif". Bravo, parce que ce n'est pas toujours simple cette démarche.

   Marite   
7/3/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
"Que tes femmes portent le deuil,
Que tes enfants se souviennent,"

C'est la gorge serrée et les larmes aux yeux que je termine la re-lecture de cette épopée. Je n'ai pas gardé une copie de la première présentation que j'avais commentée en prélecture, mais celle que je lis aujourd'hui est complète. Les hauts faits passés et les souffrances d'un peuple, les personnages qui ont jalonné son histoire et ceux qui veulent la faire aujourd'hui,les interpellations,les imprécations et la lucidité, tout y est. C'est le propre du griot de raconter et de "dire" pour que le relais soit assuré dans les mémoires.
Et à la fin: la direction à suivre avec ces mots
"Que tes hommes vaillants reconstruisent,
Encore et encore ..."
Mais aussi ce rappel à la réalité de la condition humaine:
"Car la vie est un mythe,..."
Les livres et autres supports sont tous voués à une disparition mais la parole qui se transmet de génération en génération ne se perd pas. Les Anciens le savaient. Je comprends maintenant pourquoi j'ai pensé à un griot lors de ma première lecture. Merci Wancrys pour ceux qui sont partis et pour ceux qui sont restés. Marité

   Bidis   
7/3/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai trouvé le poème intéressant jusqu'à "Qui viendra avec moi effeuiller l’histoire d’Haïti ?" et je l'aurais noté "bien". Mais à partir de ce moment là, le texte m'a littéralement emportée, de sorte que je rejoins ceux et celles qui l'ont mieux apprécié.

C'est tellement difficile de dire une telle souffrance... J'admire l'auteur d'y être parvenu.
"Gratter avec frénésie
Les détritus de béton,
Les doigts ensanglantés,
Le cœur battant au rythme
De l’espérance ?"
Cela et d'autres passages : c'est vraiment très bien...

   Anonyme   
8/3/2010
C'est bien écrit, il y a du rythme, de belles images et une progression dosée avec tact. Cependant, j'ai tout de même du mal à détacher cela du compassionnel.

Il ya un effet "listing des affres" qui réduit le pouvoir à toucher... et de là de l'anecdote qui n'opère pas assez là où elle devrait. Qui ne met pas assez en tension l'injustice. Dommage.
Cette funeste histoire tout comme celle de l'Afrique (continent-martyr) ne me semble pas etre assez ici en onde avec le médium poétique. J'ai besoin de moins d'illustrations et de plus d'appropriation ou de mise en abîme par l'auteur.

Mais voilà qui donne envie de relire ou de ré-écouter "le discours sur la colonisation" d'Aimé Césaire ou, avec cette fin Camusienne, de pousuivre ma énième lecture de "La peste".

   Anonyme   
11/3/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
en arrivant sur le site c'est le premier poême que j'ai lu et j'avoue avoir envie de le relire... il est magnifique, prenant, bien trop réaliste pour ne pas se laisser prendre... vous êtes un excellent poête qui a su, bien plus que les chansons qui ont pu être écritent, me faire comprendre à quel point haïti à besoin de tous et surtout qu'on ne l'oubli pas... merci

   Flupke   
26/3/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une peinture pathétique à souhait. Parfois un peu trop sucrée comme l'Adagio d'Albinoni accompagnant la tristesse des films sentimentaux, mais aussi une bonne vision d'ensemble.

Pas très convaincu par le titre, même s'il était suffisamment racoleur :-) pour m'inciter à la lecture.

La fin m'a bien plu.

Amicalement,

Flupke

   Anonyme   
26/3/2010
La première chose qui me vient à l'esprit en lisant le début ( probablement due à ma formation trop classique) est : pourquoi ne pas l'avoir écrit en prose ? Quoi qu'il en soit, on peut le lire de cette façon, donc !

Mais la suite du poème n'incite pas à faire des commentaires sur la forme. De plus ils seraient superfétatoires.

C'est à la fois un cri de mort et un cri d'amour. C'est pourquoi je ne mettrai pas d'appréciation car ce texte trop personnel, intime et poignant n'a pas, de mon point de vue, à être évalué de cette façon.

Merci de l'avoir écrit.


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