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Récit poétique
wancyrs : J'aurai ta peau d'ours mal léché
 Publié le 08/04/20  -  5 commentaires  -  10930 caractères  -  65 lectures    Autres textes du même auteur

J’aurai ta peau d’ours mal léché que je vendrai avant d’avoir tué, afin que librement mes pieds s’en aillent où ma tête ne sait car, finalement le vrai du vrai c’est juste d’aller, plus que de savoir où aller...


J'aurai ta peau d'ours mal léché



Nous avancions. Les pieds mordant la poussière des sols arides du Sahel. Nous venions de tous les horizons. Du Cameroun. Du Congo. Du Kenya. Du Mali. Du Burkina. Tels les affluents d’un fleuve. Marée noire humaine dessinant un delta de corps brûlés par le soleil du Sahara, allant s’échouer à Sabratha, dernière escale pour la vie, ou pour la mort. Car nous ressemblions plus à une procession de momies qu’à ces valeureux guerriers, héros grotesques aux certitudes bancales, malgré eux espoirs de familles affamées de bien-être ; malgré eux espoirs des villages ravagés de mal-être, dans ces contrées où la peste c’est de croire l’herbe verte ailleurs...
Nous avancions sur des chemins qu’avaient jadis empruntés nos prédécesseurs jamais revenus, vainqueurs du sort qu’héritent les hères mal nés, ou vaincus victimes de destinée, morts noyés de mers, morts fripés de frousse d’avoir bravé les vagues à l’âme, les vagues à lames de déferlantes sur des barques de fortune recelant toute la fortune d’une caste d’hommes. Nous avions la tête bien haute. Le torse bien droit. Avec à l’esprit l’ineptie selon laquelle la sélection naturelle ne choisit que ceux qui courageusement regardent le danger bien en face. Comme s’il n’était plus normal que ce soit le destin qui trace les voies. Nous nous voyions déjà en sécurité là-bas, chez « les Blancs ». Là où il fait bon vivre de s’humilier allègrement afin d’éviter la dignité empreinte de souffrances de nos asiles de tarés. D’ailleurs, la dignité est un artifice de l’ego, disent les sages de mon village ; les hommes qui réussissent se foutent royalement de la dignité...


... J’aurai ta peau d’ours mal léché qu’avant d’avoir tué je vendrai aux enchères au marché de vindicatifs murmures silencieux d’hommes projectiles que propulsent les bidonvilles assiégés. Je te pourchasserai dans tes forêts où les arbres illuminés grattent les cieux, emmitouflés dans des smogs d’abondance, crachant des pluies acides du narquois de ta condescendance narcissique...


– Ils ont construit des murs garnis de barbelées à Ceuta et à Melilla, comme jadis à Berlin...
– Des murs garnis de barbelés ?
– Oui mon frère ! Des barrières garnies de barbelés...
– Ils ne sont pas sérieux j’espère ! Comptent-ils aussi en construire autour de tout le continent européen ?

L’assistance rit de bon cœur à l’échange des deux hommes. L’un est malien, Traoré est son nom, l’autre burkinabé, Compaoré qu’il s’appelle. Les deux ont traversé le Niger et la Libye – dans un désert où les serpents et les scorpions sur deux pattes te sourient avant de te dépouiller jusqu’au dernier sou – pour s’échouer comme nous tous dans cette ville relais : Sabratha. L’humour, lorsque pleurer ne sert à rien, est l’arme absolue de l’espoir. La réjouissance aussi. Réunis sur cette plage à l’attente du passeur, autour de plusieurs feux allumés avec du bois de grève, nous nous racontons des histoires drôles pour nous mentir d’être sereins. Des gens se partagent le peu de provisions en leur possession afin de faire honneur une dernière fois à cette tradition de philanthropes avant de s’imprégner, si jamais l’aventure réussit, de cette culture nouvelle qui selon les rumeurs prône « soi » au détriment de « nous ». Dans le noir de cette plage au sable fin, des humains s’apprêtent à poser une carte importante sur leur château à la structure boiteuse, invoquant des dieux qui selon eux jusqu’à lors ont toujours pourvu. Mais les dieux, eux aussi, parfois tournent le dos à la misère, et aux pleurs des hommes sans ressources...

Le passeur, de sa voix monochrome, sert aux passagers – dans une diatribe inconnue de la multitude – un cocktail de mots que la fréquence de répétition a fané, mais frais à chaque fois parce que servi à un nouveau peloton s’en allant à l’exécution. D’ailleurs qu’importe le sens des mots, chacun sait que ce qui se joue ici est si capital que chaque erreur est sanctionnée par la peine du même nom.
Chacun se trouve un espace où s’asseoir dans cette gigantesque pirogue qu’il sait désormais être son ban d’accusé. Là où les flots vont le tancer. Là où l’angoisse et lui vont convoler en noces de fiel. Et là où, épuisé par la grande odyssée, il entendra la mélopée du rejet fuser d’un bigophone de garde-côtes, ou simplement le staccato d’une arme à feu en guise de bienvenue...
Le moteur vrombit. Tousse. Crache dans l’eau glauque un liquide noirâtre ; on aurait dit du tabac à chiquer, puis revrombit par coups, de sa voix bègue, jusqu’à inculquer à l’embarcation l’impulsion nécessaire à la pousser lentement vers la mer gigantesque. Des hommes, des femmes et des enfants se signent, affichant leur appartenance à un Christ qui ne les connaît pas ; l’animisme étant leur moyen d’expression de prédilection avec les divinités. Je souris à cet amalgame. Pour mon périple, un stylo et un bloc-notes m’accompagnent : les paroles périssent, les écrits restent ; acte désespéré d’humains en quête d’éternalité...


... J’aurai ta peau d’ours mal léché qu’avant d’avoir tué je vendrai aux injustices sans voix, mausolée d’années marquées au faire d’esclaves de l’évolution. Je te traquerai dans tes palaces où tes lacs pullulent des piranhas pulpeux bichonnés à outrance, allongés sur des lambeaux de chairs arrachées aux dignités qui n’ont jamais su s’asseoir, les fesses et le dos boulevards de sang caillé, obligées de se coucher sur le ventre en signe d’adoration aux visages pâlis de corruption...


Une femme chante dans la pénombre. Sa voix aiguë déchire le vent furieux. Ma mère disait que contre la colère la douceur est le meilleur onguent. D’autres voix se joignent au solo pour bâtir un halo philharmonique dans lequel Éole n’a plus accès, persona non grata dans son propre territoire. La barque est un opéra où des gueux sopranos rivalisent d’adresse avec les virtuoses de la musique classique. Les enfants, réveillés dans leur sommeil, s’y mettent à leur tour : bientôt l’embarcation éclairée par des lampes de fortune, rythmée par la mélodie des désespérés, matérialise avec fidélité une lueur dans la nuit.
Ma mère me réveillait souvent ainsi. En douceur. C’était lorsqu’aux prises avec une boule au fond de la gorge elle chantait pour l’expulser. Elle aurait fait une belle carrière de chanteuse, ma mère, car les occasions propices à composer de nouveaux albums ne manquaient jamais. Le lit du pauvre est fécond, on ne le dit qu’à juste titre. Sept c’est un beau chiffre à ce qu’il paraît ; c’est le nombre de frères et sœurs que nous sommes dans cette belle famille. Veuve assez jeune, ma mère a vite compris qu’elle ne nourrirait pas ses enfants seulement à la sueur de son front. Il y avait l’ouvrier de passage au village, charmant homme que les naufrages de la vie jetaient dans son lit. Il y avait aussi le voisin adultère ; l’occasion faisant le larron, il s’introduisit par effraction dans notre vie fragile. Et puisque les plaisirs furtifs s’empressent à s’assouvir, l’imprudence ne manque pas de s’inviter au banquet des festifs : pas besoin de science infuse pour comprendre comment se diffuse la pauvreté chez nous...


... J’aurai ta peau d’ours mal léché qu’avant d’avoir tué je souillerai d’autodafés dans les mémoires caduques de tes enfants amnésiques.
Quand les coups ne font plus que nourrir de haine les chairs, ô gospel singer, des entrailles de la terre éplorée, chante des louanges à ta joie jugulée. Images de cannes à sucre en croix enflammées. Brûlés de corps cafres enchaînés aux arbres. Macabres pendentifs de couilles d’hommes sans couilles. Encerclés de noirs chevaux éperonnés par des ombres blanches aux chapeaux de merlins, enchanteurs des feux du purgatoire...



La plupart des passagers, dans la barque, dorment maintenant, après la prière collective ; seuls veillent nos deux animateurs, Traoré et Compaoré. Ils discutent en partageant une cigarette et moi je tends l’oreille pour me détendre de leurs quolibets :

– Entends-les ronfler, dit Traoré, ils semblent assommés par l’opium de la foi.

Compaoré sourit :

– Dans la Bible on demande de veiller et prier, mais la plupart de ces gens ne sont chrétiens que pour la forme. Le christianisme, pour le colon, a été le moyen idéal d’infiltrer nos terres encore sauvages.
– Effectivement ! lance Traoré. Il nous a appris à prier les yeux fermés – pour rester concentré qu’il nous a dit –, et une fois les paupières closes il a pillé les richesses de nos contrées, ajoute-t-il, sarcastique.
– Bien sûr il a construit des routes ; pour le développement qu’il a dit ! Mais c’était pour mieux acheminer les fruits de ses rapines. Il a construit des écoles aussi, pour nous priver même de notre culture...

À ces mots un silence se fait, et les deux hommes, un instant, contemplent la bouffée de leur fumée de cigarette avant de continuer :

– Moi je veille mais ne prie pas, dit Traoré. Je ne prie plus depuis que je suis entré en contact avec la philosophie occidentale, celle qui nous enseigne dans ses écoles : Vigny et ses « Destinées », Hugo et ses « Châtiments », Sartre et ses « Mains sales ». Je ne prie plus depuis que Nietzsche a déclaré la mort de Dieu, stipulant que l’actif est le libre. Le créatif, le vigoureux. Le réactif, le contraint. Et le maladif, l’épuisement de la force vitale.
– Oui, Nietzsche a raison ; la force vitale s’amenuise après ces génuflexions à adorer des dieux absents, après ces attentes longues et besoins inassouvis, rétorque Compaoré. Désormais je ne serai plus réactif !

Traoré secoue la tête en signe d’assentiment, puis passe le mégot à son compère.
Là-bas, à l’horizon, apparaissent les lumières d’une côte lointaine. Les héros grotesques aux certitudes bancales – malgré eux espoirs de familles affamées de bien-être, malgré eux espoirs des villages ravagés de mal-être, dans ces contrées où la peste c’est de croire l’herbe verte ailleurs –, assoupis, ne ressemblent plus à une procession de momies : ils ne sont plus qu’une cargaison d’hommes et de femmes sur laquelle peut-être bientôt on collera : Retour à l’expéditeur, si ce n’est le staccato dissuasif des armes à feu. Mais avant, vite finir mon journal de bord ; une bouteille qui ira à la mer : une bouteille qui errera... sans espoir d’accoster.


... J’aurai ta peau d’ours mal léché que je vendrai avant d’avoir tué, afin que librement mes pieds s’en aillent où ma tête ne sait car, finalement le vrai du vrai c’est juste d’aller, plus que de savoir où aller...*



L'an 20..


___________________________________

* D'une idée d'Aimé Césaire : « ... Car le vrai du vrai n'est pas d'aller, comme de savoir par où aller. » La Tragédie du roi Christophe


 
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   Robot   
25/3/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'aime beaucoup ce texte. Il ne raconte pas vraiment une histoire mais s'attache à développer un thème, - celui des immigrés de la Méditerranée je pense - avec une poésie de qualité apparente dans le texte et dans les commentaires en italiques.

Quelques phrases qui m'ont particulièrement frappé:
"Marée noire humaine dessinant un delta de corps brûlés par le soleil du Sahara"
"Je te pourchasserai dans tes forêts où les arbres illuminés grattent les cieux, emmitouflés dans des smogs d’abondance"
"L’humour, lorsque pleurer ne sert à rien, est l’arme absolue de l’espoir."
"un cocktail de mots que la fréquence de répétition a fané,"
"les fesses et le dos boulevards de sang caillé,"
"vite finir mon journal de bord ; une bouteille qui ira à la mer : une bouteille qui errera… sans espoir d’accoster."
"le vrai du vrai c’est juste d’aller, plus que de savoir où aller…"

Les passages en italique exprime une révolte, parfois exprimée sans nuance, parfois peut être excessive, mais avec un accent de sincérité que j'ai apprécié.

Un texte qui rentre bien dans le cadre de la nouvelle catégorie "récit poétique"

   Corto   
8/4/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Ce récit pèse d'une force remarquable: celle de la destinée des affamés d'Afrique. Les mots choisis, les images utilisées, cassent toute tentative d'exotisme pour se plonger dans un réel sans échappatoire.

"Malgré eux espoirs des villages ravagés de mal-être, dans ces contrées où la peste c’est de croire l’herbe verte ailleurs..."

Le récit d'une émigration vers un lointain rêvé, parce que le présent ici et maintenant ressemble beaucoup trop à la mort.

Aucune concession n'existe dans ce texte: il faut regarder le réel, immensément dramatique, injuste et forcément poussé par une énergie vitale inextinguible.

"Du Congo. Du Kenya. Du Mali. Du Burkina. Tels les affluents d’un fleuve. Marée noire humaine dessinant un delta de corps brûlés par le soleil du Sahara, allant s’échouer à Sabratha, dernière escale pour la vie, ou pour la mort".

Placée sous le patronage de Traoré et Compaoré la quête d'un sol où la misère serait moins cruelle, progresse par étapes, munie de son idéal, dans un espoir anxieux.
Comme s'il suffisait que "finalement le vrai du vrai c’est juste d’aller, plus que de savoir où aller".

Ce texte rude et poignant est un projectile dans le mur de l'insouciance et de l'aveuglement.

Faut-il dire 'Merci à l'auteur ?' Oui sans aucun doute.

   Donaldo75   
10/4/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Wancyrs,

C’est le premier texte de cette nouvelle catégorie que je commente et je suis content que ce soit un récit poétique issu de ta plume. Tu me connais, je ne vais pas m’étendre dans un long commentaire composé, virer à l’analyse discussion voire la dissertation où thèse, antithèse et synthèse voileraient le contenu en l’affublant des oripeaux de mon interprétation. Je vais tenter d’être bref, concis mais pas trop laconique. Ce que j’aime le plus dans ta dernière création, c’est la manière de raconter versus le contrechant en italique dont la violence contraste le récit.

Bravo !

Don

   Vincente   
11/4/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Ce récit se présente en quatre chapitres, séparés par un paragraphe dont l'entame est anaphorique dans le thème et la forme initiés dans l'exergue.

Alors que j'ai trouvé très "habitée" l'expression en elle-même, par sa fougue, son implication, son recul aussi qui affirme sa volonté de ne pas être dupe de ce "marché" auquel consentent le narrateur et ses deux "héros" Traoré et Compaoré, je n'ai été attrapé par l'histoire que dans la deuxième moitié du texte. Progressivement, depuis la voix de cette "femme (qui) chante dans la pénombre… / la douceur", et de plus en plus sensiblement jusqu'à la fin ensuite. Dans cette deuxième partie, la "mise en scène" s'est focalisée sur des identités et a laissé en arrière-plan le collectif en errance (que ce soit celui des migrants, des passeurs ou des occidentaux dont le narrateur invective les dérives…).

Le fond conjoncturel est traité à travers le ressenti d'un migrant ayant réussi à passer de "l'autre côté", mais dont les frustrations restent immenses ; regrets d'avoir été poussé à abandonner sa culture, bafoué dans sa nouvelle vie, n'arrivant pas à trouver ses marques nouvelles, dans avenir fermé (dont celui de ne pouvoir faire machine arrière, etc…), la sensation d'être abusé, chez le narrateur, est omniprésente. La colère du verbe est prégnante et compréhensible. Mais cependant, entre le tout noir et le tout blanc, n'y a-t-il pas quelques nuances de gris qui auraient pu venir s'immiscer ? Un gris qui aurait montré patte blanche en quelque sorte pour trouver du crédit face au noir tout noir… Je comprends le besoin de laisser parler l'exacerbation des sentiments, mais étant donné que l'auteur a pris le parti d'écrire ses pensées, " Mais avant, vite finir mon journal de bord ; une bouteille qui ira à la mer : une bouteille qui errera... sans espoir d’accoster. ", il envisage donc, il espère, qu'elles seront lues.

À cet égard, la première moitié m'est apparue d'une écriture chargée, intéressante dans le fond mais lourde dans le style.
Je vous avouerais avoir avancé difficilement dans ces deux premières parties (par exemple dans cette phrase : " Nous avancions sur des chemins qu’avaient jadis empruntés nos prédécesseurs jamais revenus, vainqueurs du sort qu’héritent les hères mal nés, ou vaincus victimes de destinée, morts noyés de mers, morts fripés de frousse d’avoir bravé les vagues à l’âme, les vagues à lames de déferlantes sur des barques de fortune recelant toute la fortune d’une caste d’hommes " ; d'ailleurs, un détail mais le "de" n'est pas nécessaire dans l'expression "lames déferlantes"), ainsi que dans les paragraphes intermédiaires en italiques (par exemple dans la phrase immense démarrant le premier).

Le narrateur est un personnage très attachant. On sent chez lui un étirement des sens ; la façon humble de se constater au monde et celle très combative "d'intellectualiser" sa vision de ce qu'il perçoit, dont lui-même, le rend complexe et un peu déroutant. Sur ce plan, la forme de l'écriture empreinte bien cette ambivalence, du "très pensé" ("très maîtrisé" !) qui cohabite avec du "très subi"… et une résultante assez déstabilisante pour celui qui lit… avec des richesses multiples qui jaillissent ça et là, des fruits du regard comme par exemple " s’asseoir dans cette gigantesque pirogue qu’il sait désormais être son ban d’accusé. " (il y en a une bonne quinzaine de cette qualité) ou ce superbe paragraphe " Une femme chante dans la pénombre. Sa voix aiguë déchire le vent furieux. Ma mère disait que contre la colère la douceur est le meilleur onguent. D’autres voix se joignent au solo pour bâtir un halo philharmonique dans lequel Éole n’a plus accès, persona non grata dans son propre territoire. La barque est un opéra où des gueux sopranos rivalisent d’adresse avec les virtuoses de la musique classique. Les enfants, réveillés dans leur sommeil, s’y mettent à leur tour : bientôt l’embarcation éclairée par des lampes de fortune, rythmée par la mélodie des désespérés, matérialise avec fidélité une lueur dans la nuit. "

Deux détails : "philanthrope" ne me parait pas tout-à-fait adéquat pour qualifier une "tradition" prônant le partage, il faudrait à mon sens remanier la phrase ; et la "voix monochrome du passeur", je l'aurais trouvée plus liée au récit en "voix monocorde"…


Je ne comprends pas bien en quoi ce "récit poétique", nouvelle catégorie sur Oniris, est un récit poétique (à part dans ce paragraphe que je cite plus haut). Je vois ici une nouvelle retraçant un vécu (plus ou moins effectif, plus ou moins romancé, le lecteur n'a pas "d'information" claire lui permettant d'attribuer ce qui se raconte à un fait littéralement vécu, bien qu'il y ait une impression de véracité évidente), traitant d'un récit raconté dans une forme très personnelle qui se nourrit d'une charge émotionnelle impliquée de l'auteur, et dont émane nombre de réflexions singulières ou digressions philosophiques.

   Lariviere   
18/4/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Salut Wan,

J'y ai mis le temps mais j'ai enfin pris le temps de lire ton récit poétique.

Comme Don, je ne vais pas être original ni logorrhéique (pour une fois!) sur mes ressentis, mais j'ai trouvé ce texte d'une grande qualité de fond et de forme.

L'écriture est vraiment belle, remarquable même ; elle fluidifie à son aise ce texte, avec ses mots et ses maux, et sous des airs anodins, le climat s'installe dans cette traversée de babel. Puis les passages en italique apportent les ressacs poétiques d'une certaine conscience outre-monde ominprésente (celle du narrateur ?)

Le fond est traité avec beaucoup de subtilité malgré la non absence de message, il n'y a rien de manichéen, et ca rend les impressions très réalistes et le rendu de lecture plus paisible et surtout très agréable !

J'ai bien aimé ce petit moment de réflexion poétique, servi avec talent !

Merci pour cette lecture et au plaisir de te lire !


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