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Chronique destinée aux auteurs s'estimant débutants - La lisibilité
Expert Onirien
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25/05/2007 11:03
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Saisir la pensée de l’auteur dès la première lecture… ne pas avoir à relire en se faisant des nœuds au cerveau pour comprendre le sens d’un paragraphe, voire d’une phrase… c’est ce que la plupart des lecteurs souhaitent, non ?

La lisibilité est le confort de lecture du lecteur.

Les trois facteurs principaux de la lisibilité sont :
Des mots lisibles, courts et courants ;
Des phrases courtes en moyenne ;
Des phrases de structure directe.

1) Des mots lisibles, courts et courants.
Les mots de 2 à 5 lettres favorisent la lisibilité. Les mots de 6 ou 7 lettres sont un handicape. Pourquoi ?
Première raison : parce que l’étroitesse de notre champ de vision (la fixation), nous permet de saisir plusieurs mots courts, mais qu’un seul mot long. Donc le sens qui est dans la relation entre mots apparaît moins.
Seconde raison : les mots courts sont aussi les plus usuels. Ils ont donc une chance d’appartenir déjà au vocabulaire du lecteur.

La majorité des gens, quand ils parlent, emploient des mots courts. Certains jeunes auteurs, pensent qu’il est bien plus « classe » d’utiliser des mots longs et rares (je l’ai fait aussi, une horreur…). C’est dommage pour la lisibilité, car :

- Les noms et les verbes, mots de base, sont mieux saisis que leurs dérivés (adjectif, adverbe, ou nom dérivé).
Ex :
Lire > lisible > lisibilité
Personnifié > personnification
Hugo > hugolien

- Les mots concrets sont mieux saisis que les mots abstraits parce qu’ils évoquent l’image.
Ex :
Roc > enrochement
Table > entablement
Esprit > entendement

- Les verbes et les noms qui expriment un mouvement sont mieux saisis que ceux qui décrivent un état statique.
Ex :
"La fosse était pleine de crocodiles en mouvement impatients de l’instant où Togna leur serait jeté en pâture pour avoir mis la main au missel de la mère supérieure."
"Des crocodiles rampaient dans la fosse, avides de viande, ils guettaient Togna qui allait leur être jeté pour avoir mis la main au missel de la mère supérieure."


Quelques règles pour être lisible :
Eviter les archaïsmes et les néologismes ;
Préférer les mots à racine latine, à ceux venant du grec ;
Préférer les mots français plutôt que les importations (ex : temps partagé plutôt que time-sharing) ;
Éviter les sigles, le jargon ou les abréviations peu courantes.

Les mots usuels sont mieux retenus parce que perçus plus vite.
De même, les mots qui ont une résonance affective assez forte sont mieux perçus.
Exemples de mots neutres : maison, table, tapis, lampe.
Exemples de mots affectifs : amour, baiser, désir, cancer, suicide, cadavre.

2) des phrases courtes en moyenne.

La capacité de notre mémoire à court terme en lecture est assez faible. En moyenne une quinzaine de mots. Il parait qu’on appelle ça un empan de lecture. Bizarre, parce qu’un empan, ancienne mesure, qui était la distance entre l’extrémité du pouce et celle de l’auriculaire lorsque la main est ouverte le plus possible, est largement supérieur à 15 cm, même pour une petite paluche !
Donc 15 mots, en moyenne, car cet empan varie selon le niveau socioculturel :
Niveau primaire : environ 10 à 12 mots.
Niveau secondaire : environ 15 à 18 mots.
Niveau supérieur : environ 22 à 28 mots.

Alors, dire phrases courtes en moyenne, signifie qu’une phrase longue peur être compensée par une courte pour que la moyenne reste au alentour de 15 mots, ce qui correspond aux lecteurs grand public. (Ainsi, les 3 premières phrases de ce paragraphe comportent respectivement : 13, 9 et 38 mots. Ce qui donne 20 mots en moyenne).

Voici un échantillon des longueurs moyennes des phrases de quelques auteurs français :

< 15 mots :
Duras = 13
Collection Harlequin = 13
Dard (San Antonio) = 12
Giono = 15
Giroud = 15
Simenon = 15
Villiers (SAS) = 14

> 15 < 30 :
Colette = 17
Flaubert = 18
Gide = 20
Rabelais = 28
Stendhal = 25
Valéry = 22
Yourcenar = 27

> 30 :
Bossuet = 28
Descartes = 74
Montaigne = 30
Proust = 38

Hors concours :
Céline : 206 !

En conclusion :

Certes, il faut nuancer dans l’application. Certains parmi nous souhaitent peut-être n’avoir essentiellement que des retours par l’élite intellectuel onirien. Pourquoi pas ? Dans ce cas, celui-ci ne fera probablement pas grief de la longueur de leurs phrases. Par contre, ceux qui comme moi apprennent à écrire dans l’espoir inavouable, mais réalisable parce qu’insensé, de voir leur ouvrage sur les rayons des librairies, feraient bien de réfléchir à la lisibilité. Parce que le nombre de livres vendus, pourrait être inversement proportionnel à la longueur de leurs phrases si elles excèdent en moyenne les 15 mots fatidiques.

3) Des phrases de structure directe.

La phrase la plus simple comprend dans l’ordre un sujet (groupe nominal), suivi d’un prédicat (groupe verbal) : « Le ciel // est bleu. »
Si on complexifie par augmentation des deux membres : « Le ciel / voilé / que l’on aperçoit / par-dessus / le toit / de l’église / dans le lointain / brumeux // présente / des reflets bleutés /sur fond / d’horizon doré /qui s’illumine / dans le soleil couchant. » (Ouf !)
De 4 mots, nous sommes passés à 34.
La difficulté de lecture vient de l’insertion de 18 mots entre le sujet (le ciel) et le verbe (présente).

Il paraît que cet « écran linguistique » est une forte gêne pour tous lecteurs de niveau inférieur au bac.
Euréka ! Je viens de comprendre pourquoi je n’aime ni Proust, ni Descartes, ni Céline… Je n’ai pas passé le Bac !

Si vous voulez augmenter la mauvaise lisibilité, faites des phrases « cascades » ou « récurrentes », c'est-à-dire celles qui répètent plusieurs fois la même tournure (de… de… de… ou : que… que… que…) Berk, berk, berk ! Là, c’est complet, le lecteur ne sait plus comment associer le sujet initial au prédicat qui se fait la paire de cascade en cascade.

Pour conclure ce sujet, voici deux trucs.
Un bon moyen de faire varier la longueur des phrases : les idées complexes nécessitent des phrases longues et complexes. Par contre, on peut traduire les idées simples par des phrases courtes (les idées courtes peuvent aussi être traduites par des phrases complexes… non, là, je déconne !)

Construire des phrases prédictives. C'est-à-dire dont le début laisse présager la suite. Elles sont moins monotones et soutiennent l’intérêt du lecteur.
Phrase non prédictive : "Le ciel est bleu / par-dessus le toit." (On pourrait s’arrêter à la barre).
Phrase prédictive : "Par-dessus le toit, / le ciel est bleu." (On ne peut pas s’arrêter ; on attend la suite).

Phrase non prédictive : "Des crocodiles guettaient Togna qui allait leur être jeté en pâture, il rampaient dans la fosse, avides de viande."
Phrase prédictive : "Dans la fosse, les crocodiles rampaient, avides de viande, guettant celui qui allait leur être jeté en pâture, ce Togna."

Et ce second truc, est essentiel à la bonne lisibilité. Proust, dont le score est de 38 mots par phrase, s’arrange la plupart du temps pour faire des phrases prédictives qui aident à la lecture.

Favoriser la lisibilité n’est pas un nivellement du style par le bas, car en la dosant, son utilité et l’élégance peuvent se rejoindre.

Bon, salut, j’ai mal au crâne, je vais prendre un petit adjuvant alcoolisé pour faire passer ça, oui mais l’alcool, me direz-vous, n’apaise pas les maux de tête, mais je m’en fou, puisque je serrai bourré je ne m’en apercevrai pas, et si Ulysse de la Margelle du Puits de la Noblerie (c’est mon chien) me fait une remarque désobligeante, je lui dirai qu’il s’occupe de ses puces. Non mais !


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Contribution du : 30/03/2009 18:20

Edité par Pattie le 31/3/2009 20:06:56
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"Si tous ceux qui croient avoir raison n'avaient pas tort, la vérité ne serait pas loin."
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Re : Chronique destinée aux auteurs s'estimant débutants - La lisibilité
Chevalier d'Oniris
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Instructif et drôle. Que demande le peuple.

Certains diront que c'est radical. Ils auraient tords à mon avis. Pour enfreindre les règles, il faut d'abord les connaître.

Je te remercie Togna.

Contribution du : 30/03/2009 19:24
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"L'homme exploite l'homme, et parfois c'est le contraire" Woody Allen.
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Re : Chronique destinée aux auteurs s'estimant débutants - La lisibilité
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Vraiment très intéressant.
Contente de savoir tout ça.
J'ai pas mal simplifié mon style ces dernières années, mais j'ai encore du boulot on dirait^^

Un grand merci à toi !

Contribution du : 30/03/2009 19:31
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La vie puise dans l'écriture et les livres s'inspirent de la réalité.
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Re : Chronique destinée aux auteurs s'estimant débutants - La lisibilité
Maître Xuanzen
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Merci Togna,

Pour cet intéressant exposé sur la lisibilité des textes !

A lire...ou relire, avant d'écrire !


Contribution du : 30/03/2009 19:37
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http://xuanadoo35.unblog.fr/recueils-de-nouvelles/ (extraits de nouvelles en ligne) et http://xuanadoo35.over-blog.com/pages/Mes_coups_de_coeur_sites_amp_blogs-2436675.html (Annuaire littéraire)

Voir, entendre, aimer. La vie est un cadeau dont je...
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Re : Chronique destinée aux auteurs s'estimant débutants - La lisibilité
Visiteur 
Instructif et décapant.
Avec celui sur l'imagination, c'est assurément le meilleur chapitre de cette excellente chronique.

Contribution du : 30/03/2009 19:42
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Re : Chronique destinée aux auteurs s'estimant débutants - La lisibilité
Visiteur 
Je suis super contente d'apprendre que Larivière bat Céline à plate, plate, plate couture.
Larivière lui, il a fait une phrase de 399 mots ! Bon d'accord il en a fait qu'une (pour le moment) mais il l'a faite !!!
Merci Togna pour cet article très intéressant.
Je t'envoie un os, c'est pas pour toi c'est pour Ulysse de la Margelle du Puits de la Noblerie.

Contribution du : 30/03/2009 19:53
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Re : Chronique destinée aux auteurs s'estimant débutants - La lisibilité
Maître Pat de Velours
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Vraiment chouette, Togna, tout ce que tu racontes... c'est quel missel où t'as mis ta paluche ? ça doit être l'autre, moi, je ne m'en souviens pas...

Bizarre quand même. t'es sûr pour Céline ? Je suis en train de le relire, j'ai pas l'impression d'être en apnée... Par contre, avec Larivière, parfois, faudrait les bouteilles d'O2. Grâce à toi, je viens de comprendre pourquoi, Céline est l'un de ses auteurs fétiches... Une histoire de capacité pulmonaire, tout simplement...

Contribution du : 30/03/2009 20:47
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"Il faut deux ans pour apprendre à parler et toute une vie pour apprendre à se taire." Proverbe chinois
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Re : Chronique destinée aux auteurs s'estimant débutants - La lisibilité
Expert Onirien
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Ça me rappelle mes cours de linguistique...

Rassure-moi Togna, tu n'es pas linguiste j'éspère?

Il paraît que c'est incurable.


Contribution du : 31/03/2009 10:01
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"Si la pierre tombe sur l'œuf, malheur à l'œuf. Si l'œuf tombe sur la pierre, malheur à l'œuf." Proverbe gallinacé

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Re : Chronique destinée aux auteurs s'estimant débutants - La lisibilité
Chevalier d'Oniris
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21/09/2008 21:23
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Et voilà ! Moins bête que ce matin ; et tout cela grâce à Togna !

Que le Grand Merci soit déposé à tes pieds....

Contribution du : 31/03/2009 13:36
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Re : Chronique destinée aux auteurs s'estimant débutants - La lisibilité
Expert Onirien
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Tchollos à dit:
"Certains diront que c'est radical. Ils auraient tort à mon avis. Pour enfreindre les règles, il faut d'abord les connaître."

Merci Tchollos de mettre l’accent sur ce point (Tiens, c’est absurde, un accent sur un point… on verra la ponctuation dans la prochaine chronique !)
Effectivement, je rappelle que dans ces rubriques, ne sont abordés que des principes de base d’aide à l’écriture ; rien de plus. Nous savons tous que les recettes de cuisine ne font pas le cuisinier. Celui-ci devient un bon chef quand il sait doser et mélanger correctement les ingrédients. Il est un grand chef quand il sait y ajouter un grain de folie et prendre des risques en créant des nouveaux plats. Mais avant d’y parvenir, il a d’abord appris à faire des œufs au plat. Il en est de même pour l’écriture.

Coquillette
Je ne suis pas certain que Lariviere dépasse Céline dans cet exercice, car les 206 mots sont une moyenne. Aurais-je mal expliqué ?
Son altesse Ulysse te remercie pour le nonos...


Citation :
c'est quel missel où t'as mis ta paluche ? ça doit être l'autre, moi, je ne m'en souviens pas...


Jalouse ?

Pour Céline, et les autres, ma source est « Le travail du style littéraire » de Louis Timbal-Duclaux (Écrire aujourd’hui). Ouvrage que je recommande vivement à ceux qui veulent en savoir plus.



Citation :
Rassure-moi Togna, tu n'es pas linguiste j'éspère?


Linguiste ? Dans une vie future, peut-être, si j’ai la chance de renaître alors doté d’un cerveau !

Merci à tous pour vos encouragements.


Contribution du : 31/03/2009 16:12
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"Si tous ceux qui croient avoir raison n'avaient pas tort, la vérité ne serait pas loin."
(Pierre Dac)
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