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Fragment delta n°9 : explications et remerciements
Maître Onirien
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Bonjour à tous et à toutes !

Je remercie le Comité Editorial d'avoir accepté le rajout de ce poème au catalogue du site. Je remercie également tous les lecteurs et plus particulièrement les commentateurs. Merci beaucoup donc, à Cyrill, Provencao, Framato, Myndie, Polza, Eskisse et Marcolev, d'avoir pris le temps de laisser leurs impressions de lecture.

Explication synthétique de la démarche laboniris :

Les fragments delta sont une suite de textes dans le prolongement des fragments du crépuscule, voulant ponctuer la démarche, mais dans une vision plus radicale, plus pessimiste sur le fond, plus « désintéressée » sur la forme, car c'est avant tout de la poésie qui fait son introspection. Ils explorent dans une sorte de spirale sémantique la condition humaine et la fonction profonde de la poésie à l'aune de ce nouveau millénaire… Ainsi la forme se veut radicalement nouvelle, s'éloignant des canons de beauté de la poétique traditionnelle sur la forme pour dénoncer sur le fond ce qui n'apparait plus que comme une notion esthétique dépouillée de sa substance… Comme toute introspection du sacré et de la mystique humaine, Dieu est aussi interrogé. Pour cela, pour toutes ses « missions » (car les fragments delta ne sont pas une exploration gratuite, mais ont un objectif, faire réfléchir sur la condition humaine et sur la poétique), l'écriture automatique est parfois utilisée, les phrases ne cherchant pas forcément le beau, mais à démontrer cette errance de la pensée à une époque où tout a été dit et démontré…
Ainsi le rythme est souvent arythmique, la syntaxe peut être malmenée, l'impact se trouve au-delà des images, peut-être bien dans la répétition constante d'un langage brut, synesthésique qui affirme pour interroger le sens de la vie au-delà de la poétique traditionnelle… Les fragments delta, ce sont des poésies qui s'émancipent de la poésie… Comme pour tout projet à suite, le sens des fragments delta ne se livre qu'une fois ceux-là reconstitués : ils suivent une progression et une logique d'expression qui se comprend avec les derniers fragments…


Salut Cyrill !

Merci beaucoup pour ta lecture et ton commentaire !

Je suis d'accord avec toi sur l'analyse de la forme. J'ai voulu sur ce fragment retrouver une écriture plus fougueuse, un rythme plus galopant, frénétique, une construction moins affinée, plus instinctive. Oui, laisser passer au premier plan le plaisir des sons et le « sentiment d'urgence », l'aspect cathartique de la parole, avant le travail cérébral et philosophique.

Sur le fond, je n'ai rien à rajouter. Tu as tout dit !

Merci encore et au plaisir de te lire, côté commentateur et surtout côté auteur.



Bonjour Provencao,

Merci de votre lecture et de votre commentaire !

Je suis désolé que la violence des visions vous ait un tant soit peu rebuté. Merci pour votre ressenti d'ensemble et pour « l'iconicité pure de la poésie ». J'ai bien aimé l'image… ;)

Au plaisir de vous lire.



Coucou Fram !

Merci beaucoup pour ta lecture et ton commentaire !

Oui, je suis féru d'histoire antique et d'histoire tout court. Je pense comme l'homme qui vient d'entrer au Panthéon que « l’incompréhension du présent naît fatalement de l’ignorance du passé ». Et tout est déjà bien visible sur la nature humaine si on lit avec un peu d'attention les mythes grecs antiques notamment. Effectivement les populistes d'extrême droite tentent toujours de récupérer l'histoire et surtout l'histoire antique, c'est leur mythe des splendeurs originelles de nos civilisations « blanches » qu'ils fantasment inlassablement. Et la récupération, voire la réécriture de l'histoire, c'est leur méthode favorite. On le voit encore ces derniers jours avec l'entrée de Marc Bloch au Panthéon…

Merci pour ton ressenti sur le fond. Je sais que nous partageons de nombreuses critiques de nos dérives sociétales.

Sinon, oui, se perdre et se noyer ici sur fond et forme… le phénix renaissait de ses cendres, le noyé peut peut-être, à force de grand bouillon, réhydrater le monde de ses eaux et de sa beauté primitive ?

Notre destinée est certainement de transformer le plomb en or et c'est motivant, mais force est de constater que beaucoup de nos semblables les plus haut placés dans ce bas monde font exactement le contraire…

Merci encore et au plaisir de te lire, ici ou ailleurs… ;)




Salut Myndie !

Merci encore infiniment pour ta lecture et pour ton commentaire.


Je salue comme toujours la grande finesse de ton ressenti et de ton interprétation qui collent parfaitement avec mes intentions de fond et de forme.

Baroque est un terme qui correspond bien à ce fragment effectivement. Et tu as complètement saisi les raisons à cela.

J'aime bien ton « chic délicat de la patine du temps »…

Je comprends la sensation d'asphyxie du premier paragraphe. Il est très asphyxiant sur le séquençage effréné des images en effet.

Je suis complètement d'accord avec toi pour les phrases de fin plus convenues. Je voulais quelque chose de calme pour clore par assèchement le flot qui précédait. Mais du coup, je n'ai peut-être pas assez travaillé les images.

En tous cas, merci encore et ne cherche pas trop ta philosophale destinée, je pense que tu l'as déjà trouvée ! ...)


Au plaisir de te lire !



Bonjour Polza,

Je vous remercie d'être toujours là pour le moment ! Merci de votre lecture donc, et de votre commentaire.


Merci pour le poète alchimiste. Poésie et alchimie devraient plus souvent se confondre… ;)

« Dans le sommeil des soleils pacifiés » est un meilleur choix, sur fond et sonorité, je suis d'accord avec vous.

De rien pour l'aération. Ça fait peut-être perdre en fougue ce que ça fait gagner en respiration pour le lecteur, ce n'est pas plus mal.

Merci pour votre allusion à propos du passage cité, au parfum de Suskind, que j'ai lu adolescent, comme tout le monde… ;) Je prends ça comme un beau compliment.


« Combat de gladiateurs » aurait été plus pertinent en effet, là encore. Le côté Monty Python n'était pas ici recherché… :)

Je ne connaissais pas Edward Bernays et son bouquin, Noam Chomsky, oui bien évidemment. Je vous remercie du coup pour la ref. En effet ce qui n'était qu'une théorie d'intellectuels très critiques et engagés est reconnu aujourd'hui comme une réalité. On sait tous aujourd'hui (si on veut bien se pencher sur la question) que la manipulation du citoyen ou du consommateur (souvent maintenant identique) s'apprend en écoles de commerce ou en coaching pour les politiques. Les spin doctors existent bel et bien.

La phrase de James Madison ne m'étonne pas. Voltaire, encensé sans nuance par l'intelligentsia et par la gauche caviar, disait ceci :

« L'esprit d'une nation réside toujours dans le petit nombre qui fait travailler le grand, est nourri par lui et le gouverne. »

Je prends note pour pousse au crime.

« Faut-il comprendre pour aimer ? »

Comme ça, je répondrais : « Oui, un minimum »… Mais vous donner ma définition propre de la « compréhension », qui bien évidemment ne se limite pas à mon avis aux chicanes trop réductrices de la raison, me prendrait peut-être plus de deux heures ! ... ;)


Merci encore et au plaisir de vous lire !





Salut Eskisse,

Merci de ta lecture et de ton commentaire.

Merci pour la maitrise du style.

Alors comme ça ma poésie ne serait pas accessible aux poissons rouges ? ... Je le regrette infiniment.

Merci pour l'adéquation fond/forme et pour la comparaison avec Rabelais, que j'apprécie énormément.


Au plaisir de te lire !





Bonjour Marcolev,


Merci beaucoup pour votre lecture et pour votre commentaire. Merci particulièrement d'avoir laissé une trace de votre passage sur ces terres poétiques assez spéciales qui en rebutent beaucoup.

Merci, qui plus est, de la pertinence de votre commentaire intéressant qui traduit très bien, d'après moi, les impressions voulues sur la forme.

Vous avez ressenti vous aussi du « baroque » ici. Je vous en remercie, c'est un texte baroque, c'est vrai.

Vous avez bien sûr parfaitement saisi le fond.

Je vous remercie tout particulièrement pour la fin de votre commentaire :

« Tout déborde, tout se contamine, au fur et à mesure de la lecture j’ai eu la sensation de traverser un paysage intérieur fait de ruines, de désirs, de peurs, de déchets modernes et de références antiques. Tout en constatant la déchéance du réel, cette méditation lyrique sur l’épuisement du monde contemporain et de l’âme humaine semble encore chercher, au fond du désastre, quelque chose de noble… »

C'est exactement ça.

Au plaisir de vous lire !

Contribution du : 26/06 08:45:37
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...  "En dehors du chien, le livre est le meilleur ami de l'homme. En dedans, il fait trop noir pour y lire"

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Re : Fragment delta n°9 : explications et remerciements
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Salut Don !

Merci beaucoup pour ta lecture et pour ton commentaire !

Ca fait plaisir de lire ton ressenti sous ce fragment ;)

Tu as trouvé ce texte baroque toi aussi. Je suis d'accord avec le terme.

Merci pour "l'imaginaire foisonnant, les fulgurances, et l’énergie pure".

Laissons donc les esprits chagrins passer leur chemin... De toute façon, je ne sais pas poétiser autrement en prenant du plaisir à l'exercice...

Effectivement, on est pas sur c news !... ;)

Au plaisir de te lire

Contribution du : 28/06 07:05:03
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Re : Fragment delta n°9 : explications et remerciements
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Bonjour EtienneNorvins,

Voilà un commentaire très attendu comme toujours, qui ne déçoit pas !

Merci infiniment pour celui-ci et pour votre lecture attentive.

J'ai trouvé encore une fois votre ressenti remarquable et apprécié sa richesse d'analyse et ses références.

"Le 8ème fragment ouvrait sur un possible envol. Ce 9ème semble être celui de l’engluement."

C'est assez juste. La progression des fragments n'est pas linéaire, plutôt spiralée. Ici, je voulais revenir à quelque chose de plus brut, plus fougueux en termes de forme et de rythme, de ton également. Laisser la place à l'aspect haletant du rythme et aux plaisirs des sons, bien avant l'aspect philosophique, au risque que cette absence de "plage de repos" rythmique, associée à des images fortes, voire étouffantes, produise une certaine oppression/sidération sur le lecteur. La saturation est donc ici encore plus évidente que sur les autres fragments.

Je suis d'accord avec ce que vous dites sur le "plaisir du vocabulaire rare" et sur "la fascination des séries lexicales". Ça fait partie de ce que j'affectionne effectivement et j'en fais une sorte de "marque de fabrique" là encore. J'y reviendrai un peu plus loin.

"Ce foisonnement crée une fois encore un effet de saturation qui mime le chaos du monde et les délires de l'esprit, sinon humain, du moins occidental."

Oui, c'est plutôt ça comme depuis le début des fragments. C'est l'intention profonde. Vous faites bien d'ailleurs de préciser le caractère occidental de ce chaos mimé, j'y reviendrai là aussi dans quelques instants…

Sinon, tout ce que vous dites sur les impressions du style choisi colle parfaitement aux intentions et sur le fond, vous résumez assez bien les thèmes-clés, dans la suite de votre commentaire. Thèmes effectivement assez récurrents, car c'est autour d'eux que se construit la vision du "déclin" contemporain appuyé sur ce travail fragmentaire.

Votre remarque sur la tentation de nihilisme "nietzschéen" est très pertinente. Il y a de cela en effet. J'ai aimé lire et réfléchir sur la vision du monde et de la condition humaine chez Nietzsche et j'ai été relativement marqué, voire inspiré dans ce travail "philosophique" assez noir par le fameux "Ainsi parlait Zarathoustra", même si je ne partage pas tout des conceptions radicales de l'auteur.

Je note votre allusion à Baudelaire dans mon image sur l'or du temps. Elle est pertinente, mais j'avais en tête le simple "je cherche l'or du temps" de Breton auquel je faisais référence ici.

"Ce monde ruiné est soumis à une putréfaction ( « herbes spongieuses », « cours d’eau encombrés de vases envahissantes », « silures gluants. Souillure et salissures…) qui semble infecter le langage : le texte ne met pas simplement en scène des images, il semble obéir à une logique déjà notée de contamination généralisée, où chaque élément déborde sur le suivant. Les mots s'attirent souvent davantage par leurs sonorités que par leur logique (« pièges, trappes, satrapes... » ; « croc, accroc... » ; « hasards, poux, cailloux, hiboux... »). Ces associations, voire certaines métaphores (« palissade de crabe d'argent », « grisaille ivre de lézard », « édredons de goudron rouge ») semblent relever davantage du plaisir verbal que d'une nécessité poétique. Le signifiant semble contaminer le signifié. Une image en entraîne une autre par assonance ou allitération, ce qui produit cette impression de prolifération incontrôlée. Chaque paragraphe fonctionne comme une vague qui enfle continuellement avant de retomber pour mieux enfler à nouveau. Les images s'empilent sans véritable hiérarchie : corps, mythologie grecque, christianisme, Rome impériale, médias contemporains, finance, contes, paysages naturels ou cosmiques semblent s’entasser les uns sur les autres comme dans une monstrueuse décharge - avec des parallèles à nouveau chez Miyazaki."

J'ai trouvé ce passage très intéressant. Il analyse avec brio à la fois le fond et la forme.

Les impressions de contamination du langage par la putréfaction de ce monde en ruine sont un beau résumé singulier et assez subtil sur le choix d'expression. Mais le reste est encore plus intéressant : effectivement il y a plaisir verbal. La sonorité attire les mots plus que la logique, mais on pourrait discuter longtemps pour donner une définition large de la "logique" qui pourrait comprendre des stimuli bien plus vastes que celle du simple travail "raisonné" du cortex. Ne dit-on pas que le cœur a ses raisons que la raison ignore ? ... Je ne développerai pas mais on pourrait le faire et ça serait intéressant.

Vous opposez en revanche le "plaisir verbal" et la "nécessité poétique". Je pense voir ce que vous voulez dire, dans le sens où le plaisir verbal dépasse la nécessité de produire une certaine poésie. Mais bien sûr l'un n'empêche pas l'autre, et j'ose espérer que le plaisir verbal comme vecteur de poétique est présent, voire même qu'il renforce cette sensation, au moins pour certains lecteurs, qui partagent ce goût des mots, du vocabulaire, mais aussi du "cauchemar ou du macabre" comme vous disiez plus haut, et que personnellement j'apprécie beaucoup dans le courant symboliste qui m'inspire beaucoup (certainement par ses résonances personnelles sur des thèmes forts comme la mort, la métaphysique, la perception du réel et une certaine vision "effrayée", voire hallucinée du monde qui nous entoure, un certain attrait pour les ténèbres autant que pour la lumière aussi certainement). En peinture, j'aime donc beaucoup les œuvres énigmatiques ou fantastiques du précurseur Fussli, ou encore Odilon Redon, Gautier, le Douanier, certains Goya, ou encore Klimt bien sûr et d'autres que j'oublie sur le moment...

"On sent que l'auteur écrit autant avec les sons qu'avec le sens – le travail sur les sonorités est toujours très élaboré et ce, dès l'ouverture, où les allitérations en s et en p produisent une douceur trompeuse qui contraste rapidement avec l'apparition d'images inquiétantes. Les jeux de rimes internes donnent au texte une musicalité presque incantatoire. Mais c’est là que, si on n’y prend garde (douceur trompeuse d'allitérations serpentines ?), le bât peut blesser : de ces amas d’ordures peut naître une musicalité et presque une esthétique de l'excès. On est pris d’un vertige qui peut mener à une sorte de contemplation négative – de délectation quasi morbide – et retour ici au Voyage."

Merci pour cette remarque sur le travail sur les sonorités (et sur les rimes internes). J'attache particulièrement d'importance à celui-ci et je prends grand soin à fournir quelque chose de qualité sur cet aspect. D'ailleurs pour moi c'est une lapalissade de dire qu'un texte, même dans la structure d'un roman, doit être musical. C'est peut-être pour ça que j'apprécie plus les stylistes que les "cérébraux"... Et je pense que c'est la même exigence que le peintre qui choisit avec soin les couleurs pour obtenir une composition harmonieuse (ou cohérente), plaisante et agréable en terme de sensoriel pur.

Donc oui, j'écris autant avec les sons qu'avec les sens, ou plutôt j'essaie de faire coller l'un et l'autre, en ne sachant pas toujours qui entraine qui... ;) C'est ce qui me plait aussi dans l'écriture automatique.

Bien sûr, j'entends ce que vous me faites remarquer, comme d'autres, sur le danger de ce style de poétique sursaturé et à grande noirceur qui peut rebuter beaucoup de personnes, ce sur quoi vous appuyez ici en parlant à nouveau d'"esthétique de l'excès" (définition très juste au demeurant), de "vertige" menant à une contemplation négative. Je vous entends et c'est là aussi très pertinent. Mais peut-on réellement plaire à un grand nombre sans faire de l'insipide ou du "bon sentiment" immanquablement ? Peut être pas, mais la question est intéressante et reste en suspens...

Enfin, ce que vous relevez ensuite m'a particulièrement plu et intéressé car vous touchez du doigt le cœur de mes intentions d'écriture, pas seulement en poésie d'ailleurs : si j'utilise pêle-mêle toutes sortes d'images relevant de nombreux domaines sans hiérarchie évidente, c'est pour essayer de traduire et de retranscrire au plus près ce qui construit aujourd'hui la civilisation, la culture occidentale qui est la nôtre et qui s'est nourrie par strates pas forcément hiérarchisées de tous ces sédiments culturels, dont font partie bien sûr l'histoire antique, mais aussi tout le reste. Ce qui m'intéresse aussi depuis que j'écris et que j'ai découvert les surréalistes, c'est de retranscrire aussi au plus près ce qui nous construit dans l'intime de notre moi, plus intérieurement : la pensée, qui est souvent sans hiérarchie, fourmillante, sans forcément de lien logique au sens commun puisqu'elle peut être influencée par des flux et influx ou des éléments qui sont de l'ordre du sensitif (sons, odeurs, souvenirs, sensations, voire même émotions/impressions inexpliquées), bref, des choses assez fluctuantes, difficiles à appréhender et parfois "capricieuses" tout autant et en même temps que la pure raison.

Voilà, merci donc de cette remarque. Je ne sais pas si c'est assez clair, mais elle me permet d'expliquer quelque chose de profond dans mon style choisi d'expression.

"C’est là aussi que le texte est saisi par le risque (qui fait écho au Maldoror ?) de la liste, du catalogue : l'accumulation de clichés mythologiques ou d'images violentes se met à ressembler à un anti-inventaire à la Prévert ; le monde déshumanisé, mécanisé à outrance, entraîne une écriture automatique qui peut perdre le lecteur ou frelater l'émotion, jusqu’à la caricature par calembour du « Litre et rature », ivresse de "texte-litron de rouge" à l’ironie grinçante. Portrait du lecteur, voire du poète en pochard ?"

Je vois ce que vous voulez dire, là encore. Et merci pour la nouvelle comparaison avec Lautréamont. Votre observation du processus d'écriture est très juste. Vous avez saisi le procédé de réalisation. Votre remarque sur "la perte du lecteur ou le frelatage d'émotion" m'a plu et m'a fait sourire... Serait une façon pudique inconsciente de ne pas exprimer vraiment ce que j'ai sur le cœur ? ... Bon, plus sérieusement, ça me laisse à réfléchir à savoir si le jeu en vaut la chandelle… Pour l'instant, le plaisir du jeu, le goût de la farce, de l'étrange, du singulier, parfois du baroque grotesque comme du burlesque me fait dire oui, mais votre remarque est intéressante...

Sur l'écriture automatique, je m'étais déjà expliqué. Je rappellerai juste que si je m'en méfie et que je n'en fais pas un dogme comme les surréalistes, je l'apprécie pour son côté ludique, pour son court-circuitage des chicanes réductrices de la raison, pour sa liberté d'expression sans limite et pour ce qu'elle produit ainsi de facto, de singulier, de personnel et de certainement plus "prégnant" en termes de logique brute sur la réalité profonde de nos perceptions que de nombreux raisonnements trop rigides ou trop bridés par les conventions ou le pur intellect...

Enfin, pour conclure sur votre notion de charlatanisme, merci de faire allusion au grandiose Rimbaud, poète démesuré par son talent comme par ses excès d'âme.

Paillette d'or ou de strass ? ... Bonne question... Je ne sais pas en réalité s'il existe une grande différence entre les deux. Car au final, à quoi sert l'or dans nos besoins primaires ? ... À rien. Nous avons besoin d'oxygène, même d'azote, mais l'or ne constitue en rien notre biologie cellulaire. C'est une particule minérale qui n'est que le reflet de notre goût irrésistible pour tout ce qui brille et qui est inutile, nous renvoyant peut-être inconsciemment à notre propre inutilité.

Alchimie et chimie, dans les cœurs humains, ne sont pas si éloignées…

Sur le charlatanisme dans l'art et particulièrement dans l'écriture, je dirais que je suis assez ambivalent sur cet aspect. Car si je suis persuadé de l'intérêt, voire de la nécessité de l'écriture parce qu'elle représente une fonction capitale de présenter et d'exprimer sa propre perception du monde, je pense profondément notamment qu'avec ses "artifices sensoriels", elle est le fruit de quelque chose de plus vaniteux quelque part, avec sa part de vacuité, d'arrogance et de futilité, un peu comme notre attrait pour l'or finalement. Je suis conscient de cela, d'où le recours en filigrane à une certaine forme d'ironie souvent en introspection et en "autocritique"...

Mais je vous avouerai qu'en réalité je n'ai pas bien compris si ce charlatanisme que vous évoquez concerne ma perception de l'écriture ou ma perception du monde. Par avance je vous répondrais qu'il s'agit des deux.

Merci encore pour votre commentaire et au plaisir de vous lire...

Contribution du : 01/07 08:01:16
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Re : Fragment delta n°9 : explications et remerciements
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salut, je viens de lire le N°9 ,quel talent!
si tout les fragments sont à hauteur (et je n'en doute pas) vous méritez largement vos plumes ! bravo!

Contribution du : 02/07 13:44:04
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Re : Fragment delta n°9 : explications et remerciements
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Merci pour votre retour sur commentaire, qui n'appelle que deux précisions de ma part, si besoin est...

Citation :

Lariviere a écrit :

... Portrait du lecteur, voire du poète en pochard ? - Je vois ce que vous voulez dire, là encore. ...


Il me semble que votre texte mime parfois certains "bibelots d'inanité sonores", dans lesquels la cadence tient lieu de contenu - il n'y a pas d'autre nécessité poétique interne, d'autre "urgence" que ça.

Quant au charlatanisme, il s'agit bien de proposer des "remèdes illusoires" qui en fait aggravent le mal en prétendant le diminuer.

Bonne poursuite de ces fragments,
Bonne journée !

Contribution du : 03/07 11:28:10
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Re : Fragment delta n°9 : explications et remerciements
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Bonjour Lariviere,

De rien, j’espère être encore là plus tard…

Vous me faites penser que je devrais relire « L’alchimiste » de Paulo Coelho, j’ai la version illustrée par Mœbius (Jean Giraud) chez moi…

Pour l’aération, j’avoue que c’est plus facile pour moi, mais quand je ressors à l’instant même de ma bibliothèque les œuvres complètes d’Isodore Ducasse, Compte de Lautréamont (préface de J.M.G. Le Clézio), je m’aperçois que l’ensemble est d’une densité élevée, cela pourrait rebuter le lecteur ou la lectrice, aussi, je pense que vous devriez choisir ce qui vous convient le mieux à vous si c’est la fougue que cous préférez mettre en avant…

Oui le parfum comme tout le monde, vous avez raison, qui n’a pas lu ce roman ?!

Pour combat de gladiateurs et les Monty Python, ça m’a permis de placer ce film que je trouve hilarant et dont je ne me lasserai jamais

Concernant la manipulation du citoyen ou du consommateur, les techniques sont nombreuses et bien rodées (mais ça, vous le savez déjà), et effectivement elles s’apprennent, mais on peut aussi apprendre à les connaître et donc à ne pas se laisser manipuler !

Pour répondre à votre citation par une autre citation de manière complémentaire, je citerai David Henry Thoreau qui disait dans « La désobéissance civile »,

« Je suis trop bien né pour être possédé, pour être un subalterne aux ordres, un serviteur ou instrument utile de tout État souverain de par le monde. »

Pour les petites erreurs comme « pousse au crime », vous aviez mis un S quelque part, me semble-t-il, ce n’est pas pour vous enquiquiner, j’imagine que vous écrivez vos Laboniris dans une sorte d’urgence et que ce ne soit pas l’orthographe le plus important (il y a d’ailleurs très peu de fautes sur l’ensemble), c’est seulement au cas où une faute échapperait aux correctrices qui font déjà un très bon travail, mais ce que je retiens c’est le poème, pas les si peu nombreuses fautes d’orthographe !

Merci pour votre réponse quant à la question philosophique ! Oui il faudrait plus de deux heures pour donner la définition de la compréhension et il faudrait peut-être enchaîner sur « Qu’est-ce que l’amour, ou qu’est-ce qu’aimer ! »…

Au plaisir de vous lire également, d’ailleurs c’est déjà fait…

Contribution du : 03/07 20:57:09
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