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Merci pour « Désenchantement »
Chevalier d'Oniris
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19/01/2014 12:38
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Bonjour à tous,
Merci à tous ceux qui ont pris le temps de lire Désenchantement, avant ou après publication.
Je commencerai pas le choix du rangement dans Poésie contemporaine (j’avais choisi néoclassique), justifié par ce message reçu :
« Voici quelques remarques du comité éditorial à votre intention :
campé/épée, triompher/fée
En néo-classique, tout comme en classique, on ne peut pas faire rimer un mot masculin et un mot féminin. Nous publions votre poème en contemporain. »

Je suppose que par « mot masculin », il fallait lire « rime masculine », idem pour « mot féminin » / « rime féminine », les exemples étant légion de mots féminins et masculins rimant ensemble dans votre catégorie « Poésie néoclassique ». Exemples récents :
Donaldo75, Les zèbres du papier peint :
Alice s’émerveille et le jardin de verre
Prend les mille couleurs d’Éden et de la terre.


Ioledane : Minuit passé
Une coupe à la main,
Sans foi ni lendemain,


Si je relis votre référence sur les classifications en poésie (ici) :
En revanche, la poésie néo-classique continue à appliquer certaines des règles et conventions d'apparence.

2) Les ressemblances avec le classique

[…]– recherche de la rime (au minimum suffisante), même si celle-ci n'est pas aussi « poussée » qu'en classique : l’équivalence finale n’est pas exigée (amas/climat, par exemple, sont acceptés) mais les deux mots doivent être masculins ou féminins (cheval/rivale, par exemple, ne sont pas acceptés) ;


La même remarque que dans le message initial reçu : cheval est un mot de genre masculin et de rime masculine, rivale de genre féminin et de rime féminine. Mais, comme exemple, Leo, le rédacteur de cette référence, aurait pu tout aussi bien prendre beauté /dictée ou été/protée ou même beauté/protée : les genres ne diffèrent pas forcément, mais c’est le sexe des rimes qui diffère.

Voilà mon interprétation de votre règle quant aux poésies classique et néoclassique. Ce serait bien de modifier la rédaction de cette règle pour éviter toute confusion.

Ma deuxième remarque est un peu en amont de la première. Dans votre référence sur les classifications en poésie vous semblez vous appuyer sur le livre de Gilles Sorgel :
« a) Poésie classique

Seuls seront acceptés dans cette catégorie les textes qui respectent strictement les règles de prosodie classique. Nous prenons comme référence pour apprécier ces règles le « Traité de prosodie classique » de Gilles Sorgel, »


L’ambiguïté vient de ce que vous ne précisez pas si vous vous y appuyez aussi pour les autres catégories de poésie. J’y lis en particulier :
Poésie Néoclassique, Sorgel, page 7 :
1°/ La poésie néo-classique, tout en conservant l’apparence d’une poésie classique, ne respecte pas intégralement les règles classiques avec, par exemple :
[…]— acceptation de la rime pour l’oreille seule sans distinction des masculins et des féminins ni des singuliers et des pluriels ;


Ce qui met en porte-à-faux votre règle sur la poésie néoclassique.
Gilles Sorgel va même plus loin :

Sorgel, page 80 (ou 79 avec l’édition odt) : Pour les néo-classiques un seul critère demeure : l’oreille.
[…] De même "Marie" et "mari", alors qu’elles ont toutes deux une consonance masculine. Comme "mariée" et "varié".


En néoclassique, donc, il lui semble tout à fait normal de faire rimer un mot à rime masculine avec un mot à rime féminine, dans la mesure où le e muet l’est toujours (à l’intérieur comme en finale). Le privilège est à la consonance. Ce n’est pas une conception nouvelle, on peut citer par exemple Maurice Grammont, dans Le vers français, 1913.

Pour mettre un terme à ce préambule laborieux, peu importent les catégories que vous adoptiez, du moment qu’elles soient en accord avec vos références et que les ambiguïtés soient levées. Je pense aussi que ça vous évitera du travail de reclassement…

J’en viens au texte Désenchantement.
J’aime beaucoup La divine comédie de Dante, qui est en hendécasyllabes, même si le compte des syllabes change un peu du nôtre du fait de l’accentuation propre à la langue florentine. Cette œuvre chante toujours aussi bien après sept siècles ! Écoutez par exemple l’interprétation qu’en donne Vittorio Gassman (Inferno). J’avais envie de me frotter à ce mètre si particulier.
En français, les exemples ne sont pas légion, mais Verlaine les a utilisés dans Crimen amoris (Jadis et Naguère). Comme dans ce poème, au moins pour les deux premiers vers, j’ai essayé de respecter une scansion 4/3/4 (ce qui n’est pas le cas, vu l’accentuation tonique, en italien), d’où la possibilité de le scander en 7/4, 4/7 ou 4/3/4. J’ai aussi alterné rimes féminines et masculines (dans son acception consonantique, voir plus haut). Ce qui veut dire que ce poème doit être lu en respectant la prononciation actuelle (« Mais la jetée » = 4 syllabes, pas 5).
Le choix d’introduire des heptamètres (4/3) est venu en cours de rédaction, cela me semblait faciliter la scansion de l’ensemble.
Le thème me tenait à cœur, à savoir le désenchantement du monde. Un constat qui n’est pas nouveau. Déjà Kipling l’abordait, dans Puck, lutin de la colline. Je voulais préciser qu’en général, je préfère le récit, les images concrètes, que les idées, les pensées, les sentiments explicites.

@socque : c’est vrai que « désenchantement » a aussi cette acception moderne de résignation, de fatalisme. J’aurais pu choisir « La dernière fée ». Les distiques (comme dans certains virelais) sont peut-être trop répétitifs, comme je l’ai dit plus haut, voulaient appuyer la scansion (les roulements de tambour de Cyrill), c’est vrai qu’on peut le percevoir comme trop prégnant. C’était aussi un répons que j’ai jugé nécessaire pour que le dialogue subsiste. Quant aux rimes « débraillées », pour les néo-classiques, un seul critère demeure : l’oreille (voir Sorgel, plus haut). Mais c’est tout à fait vrai que cela participe à la vivacité (ou du moins à la fluidité) du récit, du fait de ne pas avoir à adapter, transposer sa diction.

@Cyrill : les tambours, c’est un accessoire rythmique bien utile pour l’hendécasyllabe ! Je retiens les croyances médiévales (de Chrétien de Troyes à François Villon), c’est un univers qui me fascine, au même titre que les croyances de l’Antiquité, par exemple les Géorgiques de Virgile…

@Myndie : c’est vrai que la plupart des traductions rimées de la divine comédie sont en… alexandrins, comme si nous étions totalement hermétiques à l’hendécasyllabe… J’ai effectivement essayé, par des images plus que par des sentiments explicites, de faire ressortir le côté cruel et inéluctable de ce désenchantement. Le fait de nommer la fée « ondine » est volontaire, c’est pour renforcer le côté protéiforme de la fée (serpent, poisson, dragon, femme…). On peut aussi penser à certaines scènes du Seigneur des Anneaux, comme quand le roi des Elfes retourne à Fondcombe.
La cyclanelle (je pense à Detrás de la cortina, par exemple) a une structure à laquelle je n’ai pas osé m’attaquer en combinant avec l’hendecasyllabe…
Quant à la symbolique, j’ai déjà trop parlé du genre des mots et du sexe des rimes pour aller plus avant dans les profondeurs psychanalytiques…

@papipoète : les cors ne vous trompent pas, c’est un instrument de démesure… et la mesure ici est perturbée. De Rimski-Korsakov à Grateful Dead, la mesure à onze temps a fait quelques émules…
Pour revenir au mètre l’heptasyllabe est beaucoup plus fréquent en poésie, assez souvent en hétéromètres. Je précise que 7 et 11 sont des nombres premiers qui se suivent…

@Micguel : le Crimen amoris est d’une tout autre ampleur !
C’est effectivement une légende parmi d’autre, une énième version revisitée et ça manque fort d’originalité. Ce qui ne me pose pas de souci, je ne suis pas zélateur de la nouveauté à tout prix, de l’approche performative de l’art. Une légende, c’est comme un sabot de bois, on peut changer la décoration, la taille, mais la forme intérieure doit se plier au pied (tiens, encore…). D’ailleurs, c’est ce qui permet de dater les légendes et de remonter jusqu’à la préhistoire !

@Ornicar : que l’homme ne soit pas nommé, c’est peut-être inconsciemment pour dépeindre un comportement général (de la même racine que « genre »), cette violence si masculine… mais ce n’était pas mon propos ici. J’ai expliqué plus haut pourquoi le rythme de la scansion pouvait être en 7/4 comme en 4/7, du fait de sa construction en 4/3/4.
« Assassinant » et « assassine », ce n’est pas très heureux, en effet : mes contraintes 4/3/4 en hendécasyllabe et 4/3 en heptasyllabe m’y ont conduit. Je n’ai pas trouvé de synonyme en 4 syllabes et participe présent d’« Assassinant »… Il y avait bien « Et supprime » mais le e muet en syllabe 4, ce n’est pas très gouleyant…


Bien cordialement,

Lotier

Contribution du : 15/10/2022 20:03
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Re : Merci pour « Désenchantement »
Maître Onirien
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Qu'il est bon de s'instruire, sous de telles explications, s'ébahir devant qui manie l'érudition !
Me dire que sous de telles plumes, je viens frotter la mienne, me fait rosir un peu, mais surtout m'emplit d'humilité.
Merci pour l'écriture de cette page loin d'être, désenchantée...
papipoète

Contribution du : 15/10/2022 22:47
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Re : Merci pour « Désenchantement »
Maître Onirien
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Bonjour Lotier

et merci pour ton retour sur commentaires.
Je partage d'autant plus ton avis sur ton approche des règles de classement en poésie néo classique que les exemples sont légion dans mes propres textes :

"Il y aura des soirs bleuis de meurtrissure,
Onde lente, indolente, obsédante douleur
Qui ruinera les rêves sous le poids des pleurs
Et des amants défaits scellera la rupture."

Ou dans "detras de la cortina" que tu cites.

Pour le reste, je partage l'avis de Papipoète: tes éclaircissements sur la genèse du poème sont empreintes d'une érudition qui me laisse à la fois admirative et humble. En même temps ça fait un bien fou et ça donne envie d'oublier un peu tout ce qui peut décourager les bonnes volontés sur le site...


Quant à la symbolique, j’ai déjà trop parlé du genre des mots et du sexe des rimes pour aller plus avant dans les profondeurs psychanalytiques…
Eh eh! L'humour répond à l'humour, on pourrait aller bien loin ainsi

Contribution du : 16/10/2022 10:06
_________________
"Les mots peuvent être "impuissants" et pourtant ils sont tout ce que nous avons pour étayer nos ruines". Joyce Carol Oates
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Re : Merci pour « Désenchantement »
Chevalier d'Oniris
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19/01/2014 12:38
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Bonjour Yannblev,
Une page intéressante à lire, à propos du mythe de la fée Mélusine : ici.
Mélusine est l'archétype de la fée qui abandonne son monde (et son immortalité) pour vivre dans celui des humains. Mais dans Désenchantement, la déchéance est totale. Non seulement Mélusine a été trahie par les hommes, mais elle se meurt à la limite de leur monde, un îlot. Le suprême affront est de mourir de la main d'un voleur… ce n'est même pas la vengeance, mais la cupidité et la cruauté.
Mélusine n'est que rarement mise en scène en poésie, contrairement à la fée Morgane qui elle entraîne les humains dans son propre monde… On peut citer Émile Verhaeren dans Le Ruisseau (Les blés mouvants).
Bien cordialement,
Lotier

Contribution du : 19/10/2022 12:01
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