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l'interprète et les trois mondes. Merci
Maître Onirien
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lien pour le texte : http://www.oniris.be/nouvelle/charivari-l-interprete-et-les-trois-mondes-3eme-partie-dans-le-nouveau-monde-abeynaka-etre-humain-kalinago-5531.html#comment196276


Bonjour et merci à tous ceux qui ont aidé à la publication de cette longue nouvelle, publiée en trois parties, et tout particulièrement aux correcteurs, parce que je leur ai donné pas mal de grain à moudre, le texte avait beaucoup de coquilles lorsque je l'ai envoyé la première fois (désolé)... Merci aussi aux commentateurs, Lapsus, Robot, JeanPhi, sans oublier Salima, qui m'a commenté la première version, en espace lecture. Je suis heureux de voir que malgré la longueur du texte, il a tout de même eu des lecteurs, ça fait plaisir.

J'aimerais livrer deux ou trois infos sur ce texte, qui peuvent permettre de mieux comprendre ma démarche.

Tout d'abord, le thème, le voyage de Colomb, qui veut beaucoup dire pour moi: il se trouve tout d'abord que mon père (décédé aujourd'hui) était historien spécialiste de Colomb, et tout particulièrement, sur ses croyances religieuses et son rapport avec les franciscains (voici un lien pour sa thèse: https://www.amazon.com/-/es/Colomb-messianisme-hispanique-Alain-Milhou/dp/2842697804). Je voulais depuis longtemps, à titre d'hommage, écrire un récit sur le sujet. D'autre part, j'habite à Huelva, c'est à dire à une dizaine de kilomètres de Palos de la Frontera, d'où Colomb est parti: ici la présence du navigateur est archiprésente dans la culture, le patrimoine, le nom des rues... J'avais, il y a quelques années, proposé mon roman historique "l'ange déchu" (publié ici sur Oniris) à une maison d'édition locale: le roman a plu, mais l'éditeur ne voyait pas bien comment le vendre ici, car cela se déroule en Aquitaine et Normandie au XIIIème siècle. C'est alors que je lui ai parlé d'une idée de roman que j'avais, sur un des hommes de Colomb, Luis de Torres, un juif convers, engagé en tant qu'interprète d'arabe et hébreu. Ce personnage me parait fascinant, parce qu'on a assez de données pour suivre sa biographie, et assez peu pour pouvoir "broder" dans le cadre d'une fiction. Surtout, ce qui est intéressant, c'est que c'est véritablement un personnage tiraillé par des cultures différentes, qui a vécu 3 mondes: juif séfarade, il ne se convertit qu'au dernier moment, lorsque les juifs sont menacés d'expulsion; cela ne l'empêche pas de collaboraer avec les chrétiens, car il est diplomate pour les chrétiens contre les musulmans, jusqu'à la chute de Grenade. Ensuite, il participe à l'expédition de Colomb, on ne sait pas si c'était volontaire ou pas (dans la nouvelle j'ai choisi la seconde option) et une fois dans le nouveau monde, il fait figure d'éclaireur: ce fut donc, de tout l'équipage, celui qui a réellement "découvert" le peuple indigène. Il a fait partie des 39 hommes qui sont restés sur l'île de l'Hispaniola, dans le fort de la Navidad: quand Colomb est revenu l'an suivant, tous lcs hommes avaient été massacrés par les Kalinagos. On ne sait pas bien ce qu'il s'est passé, mais le plus plausible, ce sont les viols d'indigènes de la part des conquistadors.

Maintenant, la nouvelle en soi: je participe, chaque année, à deux concours de récits historiques, en espagnol, et j'ai décidé de proposer cette histoire: le récit que vous lisez est donc une traduction du texte écrit dans la langue de Cervantes. Le problème, c'est que le nombre maximum de mots pour le concours est de 12,000... Une longue nouvelle, mais pas un roman. J'ai donc écrit avec cette contrainte, et j'ai vraiment dû me limiter: j'ai bien conscience que le style peut-être un peu direct, abrupt, même, qu'on apprécierait plus de descriptions.... Logique, je pense la mêem chose. Mais c'est tant mieux, en réalité : d'un côté, pour le concours, je vais juste essayer de polir quelques angles et garder mes 12000 mots. Et d'un autre... Je crois bien que c'est le moment d'en faire un roman ! Ce qui était l'idée de départ, en réalité. Le fait de voir des retours assez positifs (je l'ai aussi fait lire ici en version espagnole à des amis), ça m'a décidé de passer à l'étape suivante. Merci à vous!

En me servant de cette nouvelle comme d'un cannevas, il s'agira donc de développer l'intrigue et de la rendre plus complexe. Voilà quelques pistes:

Dans la première partie: ajouter des "flashbacks" sur la chute de Grenade et le travail de diplomate de Yocef/Luis pour les rois catholiques, et en général des "flashbacks" sur la jeunesse de Yocef. On découvrira une autre culture peu développée dans la nouvelle: les musulmans, et leur relation avec l'interprète, qui a dû négocier avec eux pendant les guerres contre les nazarides.

Dans la seconde partie: développer l'histoire de deux personnages, Rodrigo de Jerez, déjà présent dans la nouvelle, et un nouveau personnage, Maestre Juan Sánchez, le chirurgien de Colomb, qui était dans la même caravelle que Luis de torres et fait partie des 39 hommes qui sont morts dans le fort de la Navidad.

Dans la troisième partie: J'aimerais une évolution de la psychologie du personnage principal. qui a souffert de sidération, traumatisme, sentiment de perte d'identité... J'aimerais qu'il pète vraiment les plombs dans une ambiance plus frénétique et onirique... Je ne sais pas si vosu me comprenez, mais moi oui

Développer aussi les alliances et mésalliances entre les différents peuples indigènes, et l'attitude de ceux-ci face aux espagnols

En tranversal: plsu de descriptions, Développer dans les trois parties le rôle et l'histoire de chacune des trois femmes. L'épilogue "les trois veuves" devient presqu'une partie en soi, avec un chapitre pour chaque femme.

Et voilà !

Contribution du : 19/10/2025 10:12
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Re : l'interprète et les trois mondes. Merci
Maître Onirien
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bonjour Charivari
Comme j'aimerais flatter vos oeuvres, et celle-là particulièrement ; mais en plus de n'être pas qualifié Es Nouvelle, la masse d'écriture me dissuade de m'aventurer sur ce terrain.
Je salue en tous cas, le savoir dont vous faites preuve, au long de ces 12000 mots et suis épaté devant tant d'érudition.
J'espère que d'autres lecteurs ne manqueront pas de venir sous " ces nouveaux mondes ".
papipoète

Contribution du : 19/10/2025 13:47
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Re : l'interprète et les trois mondes. Merci
Expert Onirien
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Merci pour le retour détaillé, c'est très intéressant. Et bonne route vers ce qui s'annonce devenir une mini épopée, une fois tombée la barrière des 12 000 mots !

Contribution du : 19/10/2025 14:13
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Re : l'interprète et les trois mondes. Merci
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Merci pour cette explication qui éclaire la genèse et la production du récit.
Nul doute que vous saurez exploiter plus complètement ce morceau d'Histoire attestée ou inconnue.
Je vous souhaite une pleine réussite dans votre entreprise.

Contribution du : 19/10/2025 19:05
_________________
Lape, suce ! Même l'inconscient a compris que c'est, avant toutes choses, un problème de langue.
| Le refoulement d'une intention de dire quelque chose constitue la condition indispensable d'un lapsus.
Introduction à la psychanalyse -1917
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Re : l'interprète et les trois mondes. Merci
Maître Pattie l'Orthophage
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Merci pour avoir évoqué les développements possibles ! Ça donne envie !

Contribution du : 19/10/2025 20:20
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C'est quoi cette mode de bâcler ses loisirs à toute vitesse ?
Turtle Power !
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Re : l'interprète et les trois mondes. Merci
Maître Onirien
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Remerciements à Malitorne: je comprends qu'en lisant simplement la partie 3, et dans cette version, ça fasse un peu stéréotype (surtout le côté Pocahontas du personnage féminin), par contre attention tout de même au stéréotype: certains existent justement parce qu'ils sont vrais, je veux dire, la cupidité de Colomb, le viol des indigènes, le marchandage abyusif (or contre verroterie), la capture d'esclaves, tout ça a eu lieu dès le premier voyage de colomb. sont-ce des "grands méchants" pour autant? J'ai essayé de contrebalancer avec les kalinagos, qui eux sont des guerriers epouvantables et esclavagistes.

Je voulais en fait poster ici les premiers paragraphes de la version "roman" (je suis à fond dedans) pour que vous puissiez apprécier la transformation. Je suis en train de l'écrire en espagnol dans le texte, ceci est une traduction retouchée du texte original:



Yossef Ben Halévi était l’interprète et le secrétaire particulier de l’adelantado mayor don Juan Chacón, qui gouvernait le royaume de Murcie au nom des Rois Catholiques. À trente-trois ans, il se savait érudit, bien que sa renommée franchît à peine les murailles de la cité. Il préférait demeurer dans l’ombre, parmi des parchemins, nourrissant son esprit de la sagesse des anciens philosophes et de l’humanisme naissant. Dans sa jeunesse, il avait étudié auprès des maîtres les plus sévères et exigeants, d’abord dans les écoles talmudiques de la Grenade musulmane, puis dans les yeshivot des royaumes chrétiens, à Cordoue et à Tolède. Son esprit se sustentait d’Aristote le païen, de Maïmonide le juif, d’Avicenne le mahométan et de saint Augustin : sa philosophie transcendait dogmes et doctrines, royaumes et siècles.

Il maîtrisait une dizaine de langues, vivantes et mortes, entre autres le romance castillan, l’hébreu, l’arabe littéral et andalou, le grec, l’araméen et le latin, et les parlait avec précision et retenue. Toutefois, son don le plus remarquable n’était pas la parole, mais l’écoute : cette faculté de suspendre sa propre voix pour entendre et interpréter les silences et les nuances des discours d’autrui. Ce talent naturel pour le dialogue avait fait de lui un diplomate sagace et prudent : il s’était distingué dans les négociations avec les musulmans au cours des guerres contre le royaume de Grenade et était devenu indispensable à l’adelantado don Juan Chacón, lequel ne cessait de louer l’acuité de son esprit. En ces instants d’illusion, flatté par son seigneur, Yossef se sentait presque son égal.

Cependant, l’interprète était un ingénu ; car il croyait pouvoir être à la fois lettré, ami de la liberté et de la tempérance, et le serviteur loyal d’un tyran. Il se refusait à considérer ces questions, et lorsque cette contradiction l’assaillait, il se réfugiait dans sa bibliothèque et s’évadait, grâce aux livres. Malgré tout son savoir, il demeurait étranger au monde tangible et aux vicissitudes humaines. Il pensait discerner les hommes à travers les écrits, les discours et les dialogues de cour, mais il ignorait tout de la rudesse, des carences et des aberrations qui marquaient pourtant la vie quotidienne de ses semblables. Il connaissait les rouages du pouvoir, de la faveur et de la disgrâce, la fragilité de l’homme soumis à la volonté des princes ; mais cette connaissance, froide et théorique, n’avait jamais pénétré sa chair ni effleuré son cœur. Dans ses parties d’échecs diplomatiques, chacun de ses mouvements affectait des vies véritables ; toutefois Yossef n’en avait point pleine conscience : à ses yeux, les hommes n’étaient que des concepts, des pions interchangeables, sans corps, sans visage ni sentiments.

Il ne s’agissait point d’un manque d’empathie ni d’altruisme, mais plutôt de la défaillance d’un esprit qui volait trop haut, dans un paradis de principes, et descendait rarement au ras du sol, dans les limbes des contingences mortelles. En vérité, ce qu’il ne ressentait pas pour autrui, il ne le ressentait pas davantage pour lui-même, car sa vie tenait à un fil, au bon vouloir de son maître et seigneur don Juan, et cela lui importait à peine. Il ne se lamentait pas non plus de son sort de juif dans une cour chrétienne qui l’écartait à la moindre occasion et l’obligeait à porter une roue cousue à son pourpoint afin que tous pussent voir sa nature « vile et méprisable ». Yossef acceptait stoïquement ces avanies. On lui avait proposé la conversion au christianisme à maintes reprises, et toujours il l’avait refusée. Non point par foi, mais par orgueil : se refuser à embrasser une religion à laquelle il ne croyait guère représentait son ultime bastion d’intégrité, son dernier rempart de dignité. Servir les chrétiens tout en gardant intactes son intelligence et sa pensée : telle était, selon lui, la liberté. Il n’en demandait pas davantage. Il ne cherchait ni argent, ni gloire, ni honneurs ; il ne réclamait que le droit de penser ce qu’il voulait. Ainsi croyait-il demeurer droit et maître de lui-même.

Ce fut le 28 mars 1492 que la vie de Yossef bascula et qu’il souffrit dans sa propre chair toute l’absurdité du monde : nul livre ne l’y avait préparé, nul discours ne lui fut d’aucun secours.

Contribution du : 29/11/2025 15:44
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Re : l'interprète et les trois mondes. Merci
P'tit nouveau
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10/12/2025 11:53
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Je tenais vraiment à vous remercier pour ce partage si détaillé, Charivari. J’ai relu la partie 3 et j’ai été frappé par la façon dont vous réussissez à rendre Yossef à la fois érudit et profondément humain, malgré ses contradictions. C’est rare de voir un personnage historique traité avec autant de nuances, surtout dans une nouvelle aussi condensée.

J’ai noté aussi votre idée de flashbacks sur Grenade et les alliances avec les musulmans : ça promet d’apporter encore plus de profondeur, et perso, j’ai parfois du mal à trouver le temps de suivre toutes ces subtilités dans les romans historiques classiques, alors c’est un vrai plaisir de vous lire. D’ailleurs, je me suis abonné à un petit service de lecture par abonnement de nouvelles et romans qui permet de suivre ce genre de textes, et je me disais que d’autres lecteurs pourraient aimer ce genre d’approche pour découvrir de nouvelles œuvres tout en restant dans un cadre littéraire.

Hâte de suivre la suite !

Contribution du : 18/12/2025 13:52
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