Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


USS-AMÉRION II : Continuation
Sebastien : USS-AMÉRION II : Continuation  -  Pourquoi ?
 Publié le 06/07/10  -  2 commentaires  -  11158 caractères  -  28 lectures    Autres publications du même auteur

- Oui ? Ah, encore vous, major. C’est pour quoi ?


La tête de l’amiral Tipek était revenue sur la baie d’observation, opacifiée pour la circonstance.


- Eh bien, vous ne nous avez pas dit en quoi consiste notre mission, au juste, mon amiral.

- Non ? Vous êtes sûr ?

- Euh... oui, mon amiral.

- Ah bon, j’aurais pourtant cru... Enfin bon peu importe. Votre mission, si vous l’acceptez, est de prendre contact avec les indigènes de la tribu dominante sur AW-471, connue localement sous le nom de Fafl. La planète Fafl. Et d’ailleurs même si vous n’êtes pas d’accord, c’est ce que vous allez faire.

- Avec plaisir, mon amiral.

- Voilà. C’est bien, avec plaisir. Vous ai-je parlé de votre mission ?

- … nous devons prendre contact avec les indigènes de Fafl, c’est bien ça ?

- Ha... Ça alors, comment le savez-vous ? On a ses sources en interne, hein, c’est ça, plaisanta l’amiral.

- … tout à fait, mon amiral, répondit Guignoletti en s’efforçant de dissimuler son incompréhension.

- Bon, eh bien je crois qu’on a fait le tour. Ah non, votre mission. J’allais oublier de vous en parler.

- …

- Tiens mais qu’est-ce que c’est que ça... ajouta Tipek en sortant du champ de la caméra située dans son bureau.


L’écran géant n’affichait plus, désormais, qu’un gros fauteuil en cuir noir. Vide. En bruit de fond, des froutch-froutch de paperasse agitée troublaient parfois le silence radio dans lequel Guignoletti, stoïque, patientait. Au bout d’un petit moment, Tipek revint dans le champ.


- … hé mais c’est resté allumé, ça... conclut-il avant de couper la communication.


La baie d’observation redevint une baie d’observation à proprement parler, dévoilant l’immensité de l’espace et tout le tintouin.


- Donc une tribu indigène, fit une voix derrière le capitaine.


Guignoletti sursauta.


- Foutrecul, mais vous êtes encore là, vous ?

- Ah euh oui, mon capitaine, bafouilla Dugommier. Mais je me dépêchais d’aller ranger le vaisseau, mon capitaine.

- C’est ça. Et n’oubliez pas Kroustibat, en passant.

- Oui, mon capitaine.


Dugommier leva le camp, laissant le capitaine à ses réflexions, devant l’immensité de la baie qui dévoilait l’espace, redevenu transparent. Guignoletti avait bien compris la mission qui lui était assignée, mais ce qu’il comprenait moins, c’était le comportement erratique de l’amiral Tipek. Il doit sucrer les grouiques, songea-t-il. Cela dit, à cent treize ans, c’est pas non plus très étonnant.


Plus loin, dans la cabine de Kroustibat, Dugommier expliquait à ce dernier les ordres du capitaine. Il fallait ranger.


- Il faut ranger, sergent !

- Manger quoi ? demanda Kroustibat d’un air gourmand.

- Ranger, pas manger. Suivez-moi, je vous prie.


Dugommier emprunta le corridor étonnamment bien éclairé qui menait au débarras du vaisseau. Kroustibat suivait en grignotant un sandwich au cassoulet. Il est important de préciser que l’USS-Amérion, comme tout bon vaisseau de la flotte de la Cellule, avait déjà servi de nombreuses générations et continuerait encore après celle-ci. Cette longévité avait toutefois un prix : le foutoir accumulé par chaque équipage finissait immanquablement par rester dans le bâtiment, et plus précisément dans ce débarras qui avait plutôt des dimensions de hangar à bestiaux. Au-dessus de la porte figurait la mention suivante : “Parlez, ami, et entrez”.


- Parlez, ami, et entrez. Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ? souffla Kroustibat d’un air mystérieux.

- Je ne suis pas sûr que ça soit d’une importance primordiale pour l’instant, sergent, répondit Dugommier. Entrons.


D’une épaule mal assurée, le sous-lieutenant poussa la porte qui s’ouvrit dans un grincement à faire tomber des dents. Derrière eux, une silhouette quadrupède passa en trottinant dans un klong-klong sonore sur le sol métallique du couloir. Kroustibat et Dugommier suivirent l’étrange apparition des yeux à mesure qu’elle progressait dans le corridor. En prenant le virage du fond, celle-ci négocia mal l’enchevêtrement de ses pattes et s’affala dans un bruit de casseroles. Les deux hommes se regardèrent, interdits.


- Bon. Euh... Continuons, déclara Dugommier.


Ils entrèrent dans le débarras de l’Amérion, noir comme l’anus de Satan. Kroustibat tâtonna le mur à sa droite et sentit sous ses doigts un gros interrupteur, qu’il actionna. Chlong ! La première rangée d’éclairage s’alluma, puis la deuxième, et ainsi de suite vers le fond de la pièce. Mais de fond il ne semblait pas y avoir, car premièrement le regard des deux hommes ne portait pas assez loin, et deuxièmement, des bruits de néons retentissaient toujours plusieurs dizaines de secondes après l’allumage des premiers. Un rapide coup d’œil permit à Kroustibat de conclure qu’en effet, il fallait ranger : des étagères à perte de vue, remplies de cartons, de caisses, d’objets non identifiés se disputaient la place avec de lourdes cantines militaires, non moins poussiéreuses, et de rares allées serpentaient dans ce dédale de vieilleries.


- Tiens mais, c’est un vieux modèle de chez Dassault, ça, dit joyeusement le sergent en saisissant un petit machin rouillé.

- Dassault ? Ils font pas des armes, ceux-là ? demanda Dugommier en jetant un regard extrêmement méfiant à l’engin. Je préfèrerais que vous reposiez ça, sergent.

- Bon, bon, penauda Kroustibat en s’exécutant. Alors par quoi on commence ?

- Eh bien... commença le sous-lieutenant.


Il regarda la vaste pièce, les poings sur les hanches, mais fut interrompu par une légère vibration et porta son regard au sol. Les vis qui maintenaient théoriquement les plaques de duroglonk commençaient à se faire la malle. Presque imperceptible, la vibration se fit toutefois percevoir, puis remarquer, puis devint carrément gênante. Des cartons chutèrent du haut des étagères dans un vacarme de vaisselle brisée, et les néons firent ce que tous les néons du monde font à la moindre occasion : ils se mirent à clignoter. Dugommier pensa qu’il commençait déjà à en avoir marre d’échanger des regards circonspects à tout bout de champ tandis que Kroustibat le poussait vers la sortie.


Sur la passerelle, la capitaine glandait dans son fauteuil de capitaine en regardant la console principale clignoter. Une occupation de capitaine, en somme, et Guignoletti sentait le sommeil gagner du terrain à mesure qu’il contemplait le monotone chatoiement. Sauf qu’il chatoyait drôlement, aujourd’hui. Il se pencha sur la console.


- Ouh ça, je sens que ça va pas tarder à me dire des méchancetés, murmura-t-il dans son absence de moustache.


Et de fait. La voix monocorde de l’I.A. du vaisseau retentit, retransmise par les gros-parleurs de la passerelle.


- ALERTE, ALERTE...


Puis plus rien. Le capitaine se redressa, tous les sens en éveil.


- Bin alerte quoi ?


Rien. Guignoletti coupa l’autoradio qui braillait un vieux tube des années 40, c’est le ver des sables qui redémarre des Freemen, et écouta encore. À l’extrême limite du champ de perception de ses grandes oreilles, il y eut quelque chose. Quelque chose de ténu, mais quelque chose quand même. Un faible mouvement attira son attention sur la console. Le capitaine se pencha sur la dégueutasse posée sur le tapis de souris. La kouyère posée dedans vibrait par intermittence, produisant un léger tintement qui allait en s’amplifiant.


- Foutrecul, lâcha Guignoletti en se redressant.


La capitaine se précipita vers le sas de sortie au moment même où Kroustibat et Dugommier en sortaient. La rencontre se fit dans un broumf collectif.


- Il se passe un truc bizarre, mon capitaine, brailla Dugommier en essayant de couvrir le vacarme qui régnait désormais.

- Vous faites bien de le préciser, lieutenant.

- Sous-lieutenant, mon capitaine.

- Oui, bon.


Les vibrations avaient atteint un niveau maximal, et le sol était désormais jonché de tout un tas de trucs : stylos, agrafeuses, dégueutasses, numéros hors-série de Croiseur Interstellaire Magazine...


- Dugommier ! s’enflamma le capitaine. Faites un appel broadcast, je veux tout le monde sur la passerelle. Il se passe manifestement quelque chose de grave ! Kroustibat !

- C’est moi !

- Je sais, sergent ! Filez au Sékobab, par précaution ! Faites chauffer l’azimuteur à renoncules, et poussez les auxiliaires sur quatre !


Dugommier s’exécuta, et Kroustibat partit en courant vers la tourelle du Sékobab (située au-dessus de la passerelle) en marmonnant que, tout de même, les auxiliaires sur quatre, ça faisait beaucoup. Peu après, le message de Dugommier fut retransmis par l’ensemble du système de retransmission du vaisseau, ce qui ne choquait pas trop, à vrai dire.


- wowoaowooawowoaowoaowaowaw-onde est-wowoowoaoawaowwoa-sserelle.


Guignoletti se tourna vers le sous-lieutenant. Celui-ci, d’un air penaud, tentait de régler tout ce qui était réglable sur l’autoradio.


- Les vibrations parasitent le signal, mon capitaine ! cria-t-il. Ça doit être dû à la présence d’harmoniques à conjonction de coordination ! Mais ne vous inquiétez pas, mon capitaine, je suis sur le sujet !


Voilà qui est rassurant, pensa Guignoletti. Moz fit irruption sur la passerelle : il avait ramassé en chemin les trois mécaniciens (qui n’avaient rien remarqué d’anormal avant que le navigateur déboule en braillant dans les ateliers), et s’approcha du capitaine.


- Que se passe-t-il, mon capitaine ? couina-t-il trois octaves au-dessus de la normale.

- Je n’en sais foutrement rien, Plaureur, j’espérais que quelqu’un serait au courant ! Nous sommes pourtant seuls dans cette région de l’espace, n’est-ce pas ?


Le navigateur sortit son Naillepad à double dérailleur d’une poche de sa combinaison. Après quelques tut-tuts de circonstance, Moz releva le nez.


- Bon y a pas de Flash Player sur cette bécane, mon capitaine, du coup je peux pas accéder à bosonfuté.fr ! Mais bon : je pense qu’on est seuls quand même, et de toute façon je ne vois pas bien quel genre d’arme pourrait produire cet effet !


Comme le navigateur terminait sa phrase, les vibrations stoppèrent beaucoup plus soudainement qu’elles n’avaient commencé. D’un coup, quoi. Un silence de plomb s’abattit sur la passerelle, à peine perturbé par le lointain zonzon des moteurs à particules au bifidus actif.


- Bin… commença Guignoletti.


Les trois mécaniciens qui étaient à quatre pattes à côté de la console secondaire (qui était vraiment très basse) et tentaient vainement de récupérer leur créature réfugiée sous le gros meuble se relevèrent. Dugommier tentait toujours de dompter l’autoradio de l’Amérion, et Kroustibat ne faisait rien, mais n’en pensait pas moins. Danet apparut à l’entrée du sas, arborant l’air de celui qui a une information capitale à partager.


- Ah bah tiens, vous êtes tous là. Vous faites du rangement ? demanda-t-il en désignant le foutoir qui régnait. J’ai fait des crêpes. Mais y a pas de sucre, par contre.


Danet se retourna, fit un pas vers le sas, et fit volte-face à nouveau.


- Par contre faudra réparer le batteur thermique. Il fait un boucan pas possible, y a une pièce qui a dû se barrer à l’intérieur : il vibrait tellement que j’ai failli perdre mon calbar, fit l’intendant en se bidonnant.


 
Inscrivez-vous pour commenter ce roman sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   David   
14/7/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Wep, entre autre j'ai bien aimé :

"Guignoletti coupa l’autoradio qui braillait un vieux tube des années 40, c’est le ver des sables qui redémarre des Freemen"

"J’ai fait des crêpes. Mais y a pas de sucre, par contre."

ça pourrait être la blague de tous le roman dont la chute ne viendra qu'à la fin, cette histoire de sucre ?

   Anonyme   
21/2/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Dans ce troisième chapitre, le roman prend forme. L'intrigue se met en place, ce qui rend la lecture attrayante. Les références à certaines oeuvres de Science-Fiction et autres personnalités issues de notre actuelle Civilisation fusent (les "Freemens", habitants de la planète "Dune", premier volet de SF de la fameuse série du même nom, de Frank Herbert, "Dassault", en référence au célèbre PDG du constructeur d'avions de notre époque - attention à l'image ! -), sans parler des innombrables jeux de mots - dont je m'abstiendrais ici de citer les références, tant leur nombre est important.

Du coup ce roman est bien sympathique à lire, et je sais maintenant que je le lirai jusqu'à la fin...


Oniris Copyright © 2007-2017