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Les silences de Colombe
Maëlle : Les silences de Colombe  -  XIV - Intervalle
 Publié le 18/08/10  -  6 commentaires  -  3062 caractères  -  87 lectures    Autres publications du même auteur

La feuille est blanche. Juste la date, en haut, dans un coin.


Je sais même pas comment commencer.


J’ai essayé d’appeler. Son portable. Le fixe. Elle a changé de numéro, sa mère me raccroche au nez. J’ai voulu aller chez elle. On ne m’a même pas ouvert. J’ai attendu une journée entière devant la porte, il faudra bien que quelqu’un sorte. Rien. Une deuxième entrée ? On est pas dans un Maigret !


Reste sa boîte aux lettres. Le courrier, juste ça.


Je tourne les formules. Ma Colombe, ma chère Colombe, ma douce Colombe, Chère Colombe, mon amour, Colombe adorée, mon aimée, ma belle, Colombe.

J’écris.

Colombe,


Encore. Et encore. En colonne.


Colombe,

Colombe.

Colombe


J’imagine les mots qui s’envolent, la rejoignent. Pattes de mouche au stylo qui caressent sa joue. Se glissent près de son oreille et lui disent. Comment je peux le lui dire, moi ? Comment ?


Maman ouvre la porte et le déclic de la serrure me fait sursauter.


- Tu deviens sourd ? Ça fait dix fois que je t’appelle.


Elle arrive à le dire avec gentillesse. Elle ajoute :


- Tu viens manger ?


Question de pure politesse, bien sûr. J’imagine sa tête si je répondais non, ses questions, la maladie qu’il faudrait inventer. Je m’assieds à table. Triture les raviolis du bout de la fourchette. C’est moche, un ravioli, en fait. L’idée de sentir la pâte molle, le contenu grumeleux et fade sur ma langue me soulève le cœur.


- Tu finis pas ? Tu veux du fromage ?


Je grommelle un truc qui doit vouloir dire non. Et m’arrête sur le silence. Ma mère n’est pas en train de débarrasser la table.


- Simon, qu’est-ce qu’il y a ?


Ce n’est pas de la curiosité. Plutôt de l’inquiétude. Pour moi ? Mais à moi, il n’arrive rien !


- Dis-moi…

- Colombe est enceinte.


Et je chiale. Ma mère se lève, vient derrière moi, me serre contre elle, je suis assis alors j’ai la tête sur son ventre, comme quand j’étais môme, je ne me souvenais pas de l’odeur, pas de la fraîcheur de ses mains, elle ne dit rien et me serre, je pleure, elle caresse mes cheveux et c’est comme si les chaînes qui m’enserraient de partout se relâchaient un peu, comme si le béton qui pesait sur mes épaules se transformait en sable.


J’ai séché mes larmes, elle a empilé les assiettes, elle s’est assise dans le canapé et m’a montré le fauteuil.


- Alors ?


Alors, en vrac, j’ai dit. Le téléphone, Cindy, les préservatifs périmés, la mère de Colombe, les copines méprisantes, l’accouchement sous X, la pilule.

Elle m’a regardé longuement, je haletais comme après une remontée de terrain, j’avais les mains moites, je pensais Colombe, Colombe…


- Personne ne peut l’obliger à faire un autre choix que le sien, tu sais, Simon.


Et encore :


- Elle a voulu se protéger de ton influence, ou alors te protéger, toi.


Et enfin :


- Laisse-lui un peu de temps.


J’ai laissé la lettre sur le bureau. Ce n’en était pas une.

Le lendemain j’ai appelé Yacine, pour savoir s’il s’entraînait toujours à la course. Il m’a mis au défi de tenir le rythme. Je ne cherchais pas autre chose.


 
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   brabant   
18/8/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonsoir Maëlle,

Bien, quelle avalanche ! Les révélations s'enchaînent. L'émotion passe à un certain moment. Bon, "ma douce Colombe" fait ridicule (même dans le contexte), ainsi que maman dans le canapé et le fils dans un fauteuil (cela fait chagrin confortable, très bourgeois finalement).
Je n'aime pas non plus l'allusion au sport (je haletais comme...) et le sport comme solution (trop facile et trop classique), ni les préservatifs périmés (peu crédible pour cet adolescent. Quand se les est-il procurés et même s'il s'agit de ceux de son père, quand son père est-il parti ?).
J'aurais écrit : "On n'est pas dans Maigret" et non pas "dans un" (même dans le contexte. Bis repetita)

Hé bé ! J'ai assez aimé ce chapitre malgré tout. L'émotion ! Ah ! L'émotion !

   David   
7/2/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Je ne crois pas trop au préservatif périmé pour expliquer la fécondation, il ne va pas se décomposer au lendemain de sa date de péremption, qui doit être de deux ans, d'autant que Simon les achète neuf dans un chapitre, à la pharmacie de l'autre bout du village, de mémoire. Le protocole pour bien faire doit être préservatif plus spermicide plus pilule, sans l'un des trois, ça tombe dans le 90% de protection ou à peu près.

Ce chapitre fait encore attendre une intervention de Colombe, directe ou indirecte, après la révélation. Simon semble bien seul, et sa mère peu impliquée au delà de la cuisson des raviolis, c'est très peu de sa part quelques paroles tendres pour une telle nouvelle.

   monlokiana   
7/9/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Un chapitre de révélation. D’émotions. Je pense qu’il est inutile de chercher comment Colombe a pu tomber enceinte (ce qui est fait est déjà fait) mais plutôt de chercher ce qui lui arrive. Où est- elle ? Que fait-elle ? A t- elle avorter ? A t- elle accouché ? Le bébé est –il avec elle ?
Un chapitre rempli d’émotions. J’ai aimé la tendresse de cette mère qui réconforte son fils futur papa et désespéré. Je m’attendais à ce qu’elle lui fasse la morale, mais rien. Elle reste tendre et compréhensive. Une vraie mère.
Le conseil sur la décision de Colombe laisse d’autres pistes s’ouvrir.
Un chapitre touchant alors.
Next !

   Anonyme   
11/9/2011
 a aimé ce texte 
Un peu
Pas mal du tout, juste un peu cliché le coup de la maman qui console son chtit nenfant. Et puis, elle est cool la maman si tu veux mon avis ! Peu crédible comme réaction, mais bon, ça fait aussi tout le charme de tes lignes ;)
L'oubli par le sport ? Classique pour un mec, bien vu !

   carbona   
15/12/2015
 a aimé ce texte 
Pas
Bon ben même quand il a compris, il est aussi inerte... Il n'y a décidément rien à faire. La réaction de la mère ne me paraît pas crédible. Son fils a mis une nénette enceinte, je pense qu'en apprenant ça, la réaction devrait être un peu plus emprunte d'émotions !

   MissNeko   
8/10/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Très touchant !
Je cours lire la suite


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