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L'ange déchu. 2ème et 3ème parties : La cathédrale de Sistreville suivie de La merveille
Charivari : L'ange déchu. 2ème et 3ème parties : La cathédrale de Sistreville suivie de La merveille  -  11. Le roi, la tour et le fou
 Publié le 03/12/16  -  3 commentaires  -  34477 caractères  -  28 lectures    Autres publications du même auteur

La semaine suivante, Gauthier présenta Pierre Toussaint, le nouveau maître sculpteur, aux différents acteurs qui participaient au chantier de la cathédrale, et aussitôt après la réunion dans la salle du chapitre des chanoines, le jeune homme modela dans l’argile leurs portraits : le vicomte Robert Le Torte était un chien galeux, les représentants des différentes corporations de la ville, qui se chamaillaient au sujet de chaque menu détail, des rats s’entre-dévorant autour d’un vulgaire morceau de fromage, poussé de la patte par l’évêque Adalard, un gros chat qui se pourléchait les babines et ronronnait de plaisir en attendant de tous les croquer. Enfin, les chanoines du chapitre étaient, comme l’avaient si bien saisi les foules du carnaval, des cochons insatiables.


Grâce à toutes ces figurines, Pierre comprit alors les enjeux politiques de cette cathédrale. L’évêque jouait au chat et à la souris avec les corporations, regroupées en congrégations laïques appelées frairies. Il leur laissait quelques miettes à rogner, les appâtait en leur abandonnant les décisions les moins importantes et faisait tout pour exciter leurs petites rivalités : si telle frairie obtenait l’inscription de son blason sur une façade, telle autre surenchérissait aussitôt en finançant un vitrail, et ainsi de suite jusqu’à l’épuisement de leurs ressources. Cependant les bourgeois ignoraient une donnée essentielle : les sommes faramineuses qu’ils versaient ne servaient pas à financer la cathédrale, mais à engraisser les verrats du chapitre des chanoines. Ces gros cochons insatiables, en effet, trouvant les revenus de leurs prébendes bien trop maigres, avaient accepté d’abandonner leurs pouvoirs de décision à l’évêque qui, en contrepartie, détournait pour eux la généreuse contribution des fidèles. C’est ce qu’avait tout de suite compris Fifrelin en constatant la réalité du chantier qui ne correspondait guère à ce qui était stipulé dans les contrats. Le maçon ne s’y était pas trompé et, feignant d’avoir des preuves pour appuyer ses dires, il avait fait chanter Adalard et obtenu gain de cause pour lui et pour ses hommes.


L’évêque de Sistreville, Adalard, avait bien toutes les caractéristiques du chat : cet animal, à la fois domestique et sauvage, est un fourbe carnassier, dissimulant ses griffes sous de jolis coussinets roses et ses dents aiguisées sous un sourire hypocrite. Ce patte-pelue va de traîtrise en traîtrise, s’alimentant au passage de souris chassées plus par jeu que par besoin. Grâce à son regard perçant, il sait appréhender les situations, s’approche de ses victimes dans le plus grand silence, et repart sans laisser de traces. Le chat n’a qu’un seul rival, le chien, mais le chien est un lourdaud, le chat le voit toujours venir de loin, et de toutes manières le félin ne fait jamais un pas sans avoir une issue où s’enfuir en cas de mésaventure. Le chat, même s’il s’agit d’un matou gras et repu comme Adalard, est un animal souple et agile qui court vite et retombe toujours sur ses pattes ; et lorsque par malheur, le mauvais sort s’acharne sur lui, un chat ne meurt jamais, car on dit de lui qu’il a sept vies.


C’était pour toutes ces raisons que Robert Le Torte avait finalement renoncé à poursuivre Adalard. Un chien n’est ni bon ni mauvais, il obéit, c’est tout. C’est l’animal servile par excellence, si on le prive de maître, il devient enragé. Et si le maître est fou, son chien devient méchant et se met à mordre n’importe qui. Tel était le cas : Jean sans Terre, duc de Normandie et suzerain de Robert Le Torte était un dément, qui alternait moments d’agitation fébrile, colères soudaines et prostration. On le disait possédé du démon. Et Robert Le Torte, en bon chien fidèle, avait fini par lui ressembler en tous points. L’année précédente, Robert, confondu par l’humeur changeante et les retournements d’alliances constantes de Jean sans Terre, dont la félonie était légendaire, avait ouvert toutes grandes les portes de la cité de Sistreville aux armées françaises et avait même failli attaquer Richard, roi d’Angleterre et frère du duc. L’excès de fidélité et le manque de jugeote du vicomte l'avaient donc conduit à commettre la plus grande des trahisons. À présent, alors que la trêve semblait déboucher sur la paix, Robert rêvait d’une occasion pour retrouver la confiance perdue de son suzerain. Il devait aussi, coûte que coûte, affermir son autorité en ces temps troublés : il se méfiait des frairies, ces rats qui grignotent les provisions du maître, mais ne possédant pas l’habilité du chat pour les débusquer, il se contentait d’aboyer et de grogner. Il n’appréciait pas non plus cette cathédrale, il avait toujours trouvé ce projet démesuré pour une ville si petite. Il y avait certes réservé une chapelle pour y être enterré avec sa famille, mais avait dû pour cela payer un prix d’or à l’évêché. Cette construction échappait à son autorité, Robert la voyait, à juste titre d’ailleurs, comme le symbole de l’orgueil et de la liberté des bourgeois défiant l’ordre féodal.


Et dans toute cette basse-cour, où tout allait à vau-l’eau, où les animaux se chamaillaient à qui mieux mieux, le coq continuait de chanter comme si de rien n’était, pérorant sur son tas de fumier. Pierre comprit alors les véritables raisons du choix de cet architecte de la part de l’évêque : rien de tel qu’une girouette pour affronter les vents qui soufflent en directions contraires. Le coq n’a pas d’ennemi à l’intérieur de la ferme, c’est le roi du poulailler, où il peut caqueter à loisir. Il est trop stupide pour imaginer le monde au-delà de son petit périmètre et ignore que le renard rôde dans les bois et le guette, tapi dans l’ombre. Le goupil, c’était Fifrelin, mais Gauthier Folbec n’avait rien à craindre, car un renard qui mange à sa faim n’est point dangereux, il ne rentre dans un poulailler qu’en cas d’extrême nécessité, car il est bien trop malin pour risquer quoi que ce soit lorsqu’un mâtin monte la garde. Fifrelin ne participait pas à tout ce jeu subtil d’alliances et de mésalliances autour du chantier cathédrale, car il n’avait que faire du pouvoir, tout juste cherchait-il à survivre et à conserver intacte sa chère liberté. Le renard, en effet, contrairement au chien, est un animal sauvage et solitaire qui ne saurait supporter la captivité.


Pierre Toussaint, depuis qu’il était devenu maître sculpteur du chantier de la cathédrale était demeuré inactif. Les jours passaient, les semaines, c’était déjà la fin de l’été et l’architecte ne lui avait toujours pas passé la moindre commande. Lorsqu’il lui demandait quel était le travail à effectuer, Gauthier lui tenait des discours logorrhéiques qui exaspéraient fort le garçon et ne lui fournissaient jamais l’ombre d’une réponse. Lassé de tant d’attente, il décida alors d’aller rendre visite à l’évêque afin d’en savoir plus. Il demanda audience au palais épiscopal, et deux gardes l’accompagnèrent à travers de larges couloirs jusqu’à une immense salle aux plafonds voûtés. Tout au fond de la pièce, près de la cheminée, l’évêque était assis en face de Robert Le Torte. Ils étaient plongés dans le silence le plus complet, les yeux rivés sur une table posée entre eux deux. L’évêque leva la tête, adressa un sourire mielleux au jeune homme en lui faisant signe d’approcher. Pierre traversa la salle. Son pied de pierre résonnait sur les dalles, amplifié par l’écho, ce qui semblait irriter le vicomte. L’évêque tendit sa main au garçon qui embrassa la bague du prélat, avant de déclarer :


– Vous connaissez le jeu d’échecs, cher ami ?


Pierre répondit « non » de la tête.


– C’est un jeu passionnant, qui nous vient tout droit d’Orient. Il s’agit de capturer le roi de l’adversaire. Mais pour cela, bien entendu, il faut faire des sacrifices. Regardez, cher ami, comme je livre au cavalier noir ce pion. Sire Robert, à vous l’honneur de pourfendre ce pauvre petit pion intrépide. Très bien. Maintenant, voyez comme j’avance ma tour pour mettre en échec le roi adverse... Voilà.


Le vicomte eut un rire gras, et d’un coup de cheval, décanilla la tour blanche.


– Alors l’évêque, vous n’aviez pas vu mon second chevalier !


Adalard regarda son partenaire, haussa les sourcils et répondit, d’un ton condescendant, en avançant une autre pièce :


– Cher Robert, ma tour n’était qu’un leurre. Regardez donc comment, avec un simple fou, je mets définitivement à bas votre roi. « Le Sheik est mat » comme disent les infidèles, la partie est finie. Votre roi ne peut plus avancer sur aucune case, vous l’avez trop protégé, les pièces qui l’entourent l’empêchent de fuir, et vos tours ne servent à rien contre la diagonale du fou... Un conseil pour une prochaine partie, cher Robert : méfiez-vous des fous !


Le vicomte, furieux, se leva de son siège et partit sans demander son reste.


L’évêque se retourna alors vers le jeune homme :


– Vous êtes Pierre Toussaint, mais vos compagnons vous appellent Pierre Beau pied. Sculpteur, disciple de Matthieu de Compostelle. Vous avez travaillé pour les abbayes de Tussignac et de La Sauve-majeure... Je me trompe ?


Pierre, surpris, bafouilla : « C’est exact. »


– Cela vous étonne que je sache tout cela de vous ? Que voulez-vous, j’aime être informé sur ceux qui travaillent pour moi. J’attendais votre visite, mon ami. Vous désirez connaître le travail que vous aurez à effectuer, n’est-ce pas ?


Pierre acquiesça.


– Eh bien, malheureusement pas grand-chose. En tout cas, pas pour le moment. Voyez-vous, ici en Normandie, nous n’avons pas cette tradition de sculptures omniprésentes sur les édifices. Notre culture est plus austère, comme notre climat ou notre caractère. J’ai donc envisagé une cathédrale dépourvue de décors sculptés, sans fioritures inutiles. Peut-être, çà et là, au fur et à mesure qu’avancera le chantier, nous nous permettrons une once de fantaisie, mais l’idée principale restera toujours celle d’un édifice d’une extrême sobriété.

– Monseigneur, si vous me le permettez... Je tenais à vous montrer un échantillon de mon travail.

– Faites toujours voir, répondit l’évêque, en marquant volontairement sa lassitude.


Pierre fouilla nerveusement dans le sac qu’il portait à l’épaule et en sortit un chat en argile. Fort de ses expériences antérieures, il savait que l’évêque apprécierait la figurine, puisqu’elle était le portrait craché de son interlocuteur, suffisamment retouchée pour que ce dernier ne pût reconnaître sa caricature. Hélas, la réaction d'Adalard fut totalement à l’inverse de ce Pierre avait imaginé. Il regarda attentivement le chat, puis le jeune homme, tourna et retourna la statuette dans ses mains avec minutie, l’air sévère, attendit un long moment en faisant languir le garçon, puis finalement déclara :


– C’est mon portrait, n’est-ce pas ?


Pierre demeura stupéfait, sans parvenir à souffler mot.


– Vous voulez savoir comment je l’ai deviné ? Eh bien, cher ami, tout simplement en me posant la question : pourquoi ce garçon me montre-t-il un chat, et non pas une Vierge, un Christ ou un démon ? Il s’agissait donc d’un message que vous essayiez de me transmettre... Il est vrai que si cette idée ne m’était pas venue à l’esprit, je ne m’en serais jamais aperçu, mais une fois cette démarche mentale effectuée, la ressemblance devient flagrante. Je dois avouer que je me reconnais dans cette figurine, trait pour trait. Vous avez su découvrir mon caractère, mon cher ami. Quel talent, mais quelle insolence aussi ! Et quel manque de sagesse de votre part ! Vous n’auriez pas dû me représenter avec l’oreille cassée, c’était me livrer une piste trop évidente.


Pierre demeura pétrifié en écoutant cette dernière remarque. L’évêque avait effectivement l’oreille gauche atrophiée, lorsqu’il écoutait quelqu’un parler il penchait la tête vers la droite, les yeux mi-clos, comme le chat qui feint d’être assoupi mais dresse en l’air son oreille affûtée, et cette attitude de l’évêque d’ailleurs agaçait considérablement ses interlocuteurs. Cependant Pierre venait de se rendre compte de ce détail à l’instant, et cette découverte le laissait pantois. Il essaya de se souvenir, troublé, du moment où il avait modelé la figurine du chat : avait-il inconsciemment cassé la pointe de l’oreille de l’animal, ou l’oreille s’était-elle brisée dans sa besace en transportant la statuette jusqu’au palais épiscopal ? L’évêque profita du désarroi du garçon pour lui asséner un nouveau coup :


« Oui, vraiment, vous avez beaucoup de talent, Pierre Toussaint. Mais sachez, cher ami, que je n’apprécie aucunement les fous, les amuseurs, les jongleurs. La plupart d’entre eux sont stupides, leur humour est vulgaire ou insipide Cependant si par malheur, un de ces bouffons a du talent, comme c’est votre cas, il s’agit alors d’un individu extrêmement dangereux, car l’ironie est une arme bien plus tranchante que la lame du meilleur chevalier. Je connais la valeur du rire, et par conséquent le rire me fait peur. Sachez que je ne tolérerai jamais que l’on se moque de moi.»


Pierre se tenait tremblant face au prélat qui, fier de son effet, prit son air le plus sérieux, mesura son silence, puis reprit, sur un ton beaucoup plus conciliateur :


– Mais revenons à notre sujet, cher ami. Je vous ai dit que nous n’avions pas spécialement prévu de décor sculpté pour notre cathédrale. C’est fort dommage car vous avez un vrai don. Il est vrai que je pourrais éventuellement revenir sur mon idée première et accorder un peu plus d’ornements à notre chère église, mais de toutes manières, nous n’avons pas de quoi financer votre art. Non, cher ami, décidément, nous ne pouvons pas nous permettre ce luxe, ici. Vous avez été engagé comme tailleur de pierre et il nous serait impossible de changer votre contrat, vous comprenez. Car le prix de vos statues doit être prohibitif, n’est-ce pas ?

– Non, je vous l’assure, Monseigneur. Si vous me laissez sculpter votre cathédrale, je vous promets que vous n’aurez pas à retoucher votre contrat.


L’évêque eut un sourire de satisfaction, qu’il tenta de réprimer.


– C’est égal. Il s’agirait alors de sculpter des porches pour chaque façade, des chapiteaux, des chapelles... Cela signifie financer tout un atelier de sculpteurs, monopoliser à cet effet nos tailleurs de pierre les plus expérimentés, former une dizaine d’apprentis. C’est absolument impossible. Non, décidément, notre cathédrale n’aura pas de sculpture.

– Monseigneur, je vous assure... Je peux travailler seul.

– Vous vous moquez ? C’est un travail harassant ! Vous pourriez travailler au point du jour et vous arrêter longtemps après le coucher du soleil ?

– Oui, Monseigneur.

– Le dimanche, à la morte-saison, pendant le carême ?

– Oui, Monseigneur.

– Et vous réaliseriez toujours les œuvres que je vous ordonne, exclusivement, en vous engageant à ne point travailler pour quelqu’un d’autre ?


Pierre hésita, puis finalement acquiesça.


– Pendant au moins dix ans ?

– Pendant dix ans, et plus s’il le faut...

– Bien.


Adalard redressa la tête et frappa dans ses mains. Un serviteur apparut et l’évêque lui demanda une plume, un parchemin et une écritoire. D’une main habile, le prélat se mit à écrire sans plus attendre un contrat avec tous les points qu’ils venaient d’évoquer. Pierre signa, trop heureux d’un pareil dénouement après cette discussion si mal engagée. L’évêque lui retira aussitôt la feuille des mains, sans dissimuler son empressement. Puis il déclara :


– Bon, voilà donc un accord rondement mené. Vous avez signé... Mais comme vous le voyez, je n’ai pas encore posé le scellé de ma bague sur ce parchemin. En effet, je veux savoir si vous êtes aussi docile que vous le prétendez. Seriez-vous capable de réaliser mon portrait ? Cette fois-ci, cher ami, de grâce, oubliez les chats, les chiens et les souris ! Je veux que vous me représentiez tel qu’il sied à mon rang. Si je suis satisfait du résultat, je signerai ce contrat. Sinon...


Pierre fit une révérence.


– Ce sera un honneur, Monseigneur.

– Je passerai cette semaine dans votre atelier, dès que je pourrai vous consacrer quelques heures pour vous servir de modèle.


L’évêque donna sa bague à embrasser à Pierre, en tendant sa main assez bas pour obliger le jeune homme à s’agenouiller. Juste lorsque le sculpteur s’apprêtait à partir, l’évêque fit une dernière remarque :


– Une dernière chose, cher ami. Vous avez été oblat, ou même moine, n’est-ce pas ?


Pierre demeura stupéfait de nouveau. Décidément, cet homme était perspicace. Il songea, avec sagesse, qu’il valait mieux ne pas mentir.


– Oui.

– Je l’ai reconnu à votre manière de vous prosterner pour me baiser la main. Un maçon ne saurait se courber de la sorte. Seul un moine peut s’aplatir ainsi sans en éprouver de honte. Mais dites-moi, comment un moine estropié de La Sauve ou de Tussignac devient sculpteur ? Pourquoi êtes-vous parti de votre monastère ? À cause d’une femme ? L’appel de la chair ?


Pierre devint blême. L’évêque le fixait avec son regard énigmatique de carnassier. Après une longue hésitation, le jeune homme trouva finalement une réponse appropriée.


– Non, Monseigneur. L’appel de la pierre.


Adalard esquissa un large sourire entendu. Nul doute, il venait de toucher une corde sensible qui pourrait lui être d’une grande utilité pour dominer tout à fait son nouveau serviteur. Pierre s’en fut du palais en traînant son pied de pierre contre les dalles. L’évêque ronronnait de plaisir : il venait d’acquérir une nouvelle pièce pour sa partie d’échec, un fou, certes un peu bancal, mais dont la diagonale pouvait permettre à la fois de protéger sa tour et de tenir en échec le roi adverse.


Pierre, en retournant vers son établi, avait l’esprit traversé par des sentiments contradictoires et ne savait s'il devait se réjouir ou se lamenter sur son sort. Il était devenu l’esclave de l’évêque, un esclave volontaire, pour au moins dix longues années et il avait signé enthousiaste cette condamnation. Il eut alors une pensée pour Raoul, enfermé de son plein gré dans son propre labyrinthe, et saisit mieux le geste de son vieux maître. Réellement, le simple fait de songer qu’il travaillerait seul toute la statuaire d’une cathédrale, comme un condamné, sans répit ni congé le remplissait d’allégresse. En échange, il recevrait un salaire de misère : certes, le jeune homme avait accepté la même rétribution que les tailleurs de pierre, mais les maçons étaient surtout payés au forfait pour chaque pierre qu’ils taillaient, et le contrat qu’il avait signé stipulait qu’il devait accomplir tous les ouvrages imposés par l’évêque, sans plus d’avantage que sa simple paie journalière. Mais pour Pierre, ce point-là n’avait aucune importance, il n’avait en effet jamais été à l’aise avec l’argent, lorsqu’il avait des pièces dans son escarcelle, il cherchait toujours à s’en défaire au plus vite. Ce qui le préoccupait vraiment, c’était de devoir accomplir tout ce que lui ordonnerait Adalard, sans savoir de quoi il retournait. Dans quelques jours, il commencerait par le portrait du prélat : il en tremblait d’avance. Aussi, pour oublier son angoisse, il se mit à boire.


Il chercha l’ivresse, mais ne parvint pas à la trouver, la vie réelle refusait de disparaître, et il but encore, bien décidé à basculer dans l’inconscience. Mais bientôt il ne lui resta plus de vin. Alors, au beau milieu de la nuit, il décida d’aller en quémander chez Fifrelin, qui avait toujours avec lui du bon vin provenant de terres méridionales qu’il dénichait Dieu sait où, le Gascon n’avait pas son pareil pour se procurer les denrées les plus rares au plus bas prix. Pierre Toussaint s’en fut donc jusqu’à la baraque du maçon, mais était-ce vraiment pour y trouver du vin, ne cherchait-il pas plutôt le réconfort auprès de l’homme le plus libre qu’il eût connu en ce monde ? Sa visite était une provocation, et Fifrelin n’était pas Raoul : il ignorait la compassion. Aussi, le maçon traita le jeune homme comme un vulgaire ivrogne. Pour une simple outre de vin, il demanda un prix exorbitant puis, une fois qu’il comprit ce qui était advenu chez l’évêque, il lui dit que leur amitié était bel et bien finie, pour toujours, qu’un homme libre n’a rien à faire avec un esclave, esclave du vin, esclave du travail, esclave dans sa tête et dans son corps, qu’au fond, Pierre n’était qu’un moine servile sans force de caractère qui adorait souffrir. Pis encore, il déclara :


« Tu n’es pas un humain, un humain, ça vit debout. Et toi, tu es une bête qui se traîne. Mais méfie-toi... Moi, quand j’ai une mule boiteuse qui ne peut plus avancer, je n’hésite pas à l’achever. »


À cette remarque, le sculpteur voulut asséner au maçon un coup de poing, mais Fifrelin le repoussa et l'estropié bascula dans une flaque de boue. Vautré dans la fange, il se mit à pleurnicher :


« Moi, je croyais que boire et sculpter autant que je pouvais, ça me rendrait libre. Mais regarde-moi Fifrelin ! Tu as raison, je suis devenu un esclave ! On est tous des esclaves, oui toi aussi, toi, moi, tout le monde... Fifrelin, écoute-moi bien. La liberté et l’esclavage, c’est comme Dieu et le diable, l’un ne va jamais sans l’autre ! Tu m’entends, Fifrelin ? »


Le Gascon haussa les épaules et retourna se coucher sans mot dire. Pierre, honteux et rageur, se releva à grand peine sur sa canne et revint clopin-clopant, à la dérive, jusqu’à son cabanon. Là, il perdit l’équilibre et tomba de tout son saoul en renversant toutes les statuettes posées sur sa table de travail. Il perdit enfin conscience, et s’endormit recroquevillé au milieu des caricatures brisées. Dans ses cauchemars éthyliques, tous ces personnages se moquaient de lui en exhibant, revanchards, leurs visages fêlés, leurs gueules fracassées, leurs faciès tordus, leurs grimaces animales. Tous, compagnons de route, maçons aux masques de bouffons, pèlerins qui marchaient à reculons, pénitents carnavalesques, moines-cochons et chiens-soldats, hommes des marais vomissant de la tourbe, ours furieux et rats des villes formaient une grande spirale de boue pour avaler le garçon. Un gros chat tournait d’une patte soyeuse cette roue infernale, comme s’il s’était agi d’une quenouille, et à ses côtés un renard dévorait un pied d’homme. La spirale aspira Pierre qui tomba dans le vide, et au bout du vide, la gueule béante d’un serpent le goba.


Un garde du cortège épiscopal le réveilla en lui lançant un seau d’eau : « Dépêche-toi, l’ami, l’évêque attend dehors », hurla-t-il à ses oreilles. Pierre passa sa main sur son visage couvert de terre. Il se releva et se tint aussi droit qu’il put sur sa canne. L’évêque entra dans le cabanon, avec sa crosse, sa mitre et son habit le plus richement orné. Il fit une moue dédaigneuse et déclara :


« C’est ici que vous travaillez ? Dites-moi cher ami, il faudra penser à vous soucier un peu plus de l’ordre si vous voulez travailler pour moi. »


Pierre fit une courbette et faillit perdre l’équilibre en se relevant. Un serviteur qui portait un siège recouvert de velours rouge fit asseoir l’évêque au milieu de l’atelier.


« Bien, qu’est-ce que vous attendez ? » demanda le prélat.


Pierre s’empara d’un bloc d’argile et le déposa sur sa table de travail en face d’Adalard. Il commença à pétrir la terre. Une fois qu’il lui eut donné la forme sommaire d’un buste, il leva deux monticules au-dessus du crâne pour modeler la mitre de l’évêque, et il dut dissimuler un fou rire, car la coiffure liturgique ressemblait fort à deux oreilles d’âne... Il leva la tête et rencontra le regard fixe du prélat. Ces yeux inquisiteurs posés sur lui, comme ceux d’un chat hypnotisant sa proie, le troublèrent à l’extrême, et le jeune homme baissa la tête. Il commença à façonner le visage d’Adalard, les mains tremblantes et l’esprit vide. Son ventre se nouait, qui charriait de la boue, de la sueur terreuse dégoulinait sur son front. Chaque fois qu’il levait les yeux, il rencontrait le regard perçant de l’évêque, qui le décontenançait. Le jeune homme ne parvenait à rien : dans son esprit revenait sans cesse le visage d’un gros chat fourbe et hypocrite, et il essayait en vain de bannir cette inspiration néfaste. Il décida alors de réaliser le portrait le plus réaliste possible, en évitant toute réflexion, comme cela l’évêque ne pourrait pas s’offusquer de son double en argile. Quand le jeune homme regardait son modèle, il essayait de n’observer que les détails du portrait, et d’éviter le contact direct avec l’âme et l’esprit de son modèle. Il fit un œil, puis un autre œil à côté du premier, sans chercher à capter le regard du personnage, deux lèvres jointes exactement identiques à l’original, deux oreilles asymétriques en tout point conformes à la réalité. Pierre contempla son œuvre : c’était assurément une copie très fidèle, quoique totalement dénuée d’originalité et de personnalité. Il montra le buste à Adalard, mais, de nouveau, celui-ci n’eut pas la réaction escomptée :


« Écoutez, dit-il sèchement. Je suis très mécontent de vous. Vous m’avez de nouveau caricaturé. Ce n’est pas du tout ressemblant. Et quand bien même ce le serait, mon cher ami, je ne vous ai pas demandé de me représenter tel que je suis, mais tel qu’il sied à mon rang. Je veux que les fidèles voient dans mon portrait celui d’un patriarche dévoué, dédié corps et âme à Dieu et à l’Église, pas celui d’un vieillard adipeux au visage aplati. Je vous donne trois jours pour rectifier ce portrait. C’est votre dernière chance. Au revoir. »


Il s’en fut, fort courroucé. Pierre fut pris de vertige. Il mangea quelques croûtons qui jonchaient sa table de travail, et pour finir de combler le vide de son ventre et de son esprit, engloutit tout le vin qu’il restait dans l’outre de Fifrelin. Ivre de nouveau, il se mit à étreindre le buste de l’évêque, lui susurra des obscénités en pressant sa joue contre l’argile et lui mordilla l’oreille rageusement. Après s’être longuement défoulé sur la statue, il s’affala par terre, fourbu. Il devait effectuer un portrait qui plût à l’évêque, mais il ne savait comment procéder : il s’agissait de mentir, et si Pierre avait appris à le faire avec les humains dans le monde réel, la pierre, elle, ne mentait jamais, son art ne pouvait pas mentir, car il n'était autre que la recherche de la Vérité. Il se mit au travail et commença à retoucher le visage de l’évêque. Il s’évertuait à chercher Dieu dans ce portrait, mais il avait beau rectifier de toutes les manières possibles les traits du buste d’argile, la grâce divine était totalement absente de ce personnage. Pierre pensa alors à tous les gens qu’il avait connus dans sa vie : pour chacun d’entre eux il serait parvenu à trouver un air mystique. L’abbé Rambert de Tussignac, par exemple, malgré ses grands mensonges et ses petites mesquineries, croyait fermement en son sacerdoce, il vivait pour son monastère, sa Foi était réelle et sincère. Mais ce gros matou mondain confortablement pelotonné sur son coussin de velours n’avait absolument rien de chrétien, rien d’altruiste, aucun tourment de l’âme, aucun doute métaphysique susceptible de faire frémir le bout de ses moustaches. Pierre ferma les yeux, à la recherche de l’inspiration divine. Il fit le vide dans sa tête et tenta de prier, pour s’imprégner de nouveau de la Foi qu’il possédait encore l’année précédente, alors qu’il s’apprêtait à devenir moine. Mais rien ne vint, aucun souffle divin, aucune grâce, aucun signe du Très-Haut. Il avait perdu la Foi, Dieu l’avait abandonné.


Il s’en fut alors dans la ville à la recherche de Dieu. Il Le chercha partout, mais ne Le trouva nulle part, ni dans les rues, ni sur les places, ni sur les marchés, ni bien entendu dans les églises. Le ciel était bas et gris, Dieu ne parvenait pas à percer l’épaisse couche de nuages pour illuminer les hommes, et la pluie incessante qui tombait sur la ville éteignait les passions ardentes, les cœurs embrasés, la chaleur humaine, empêchait les étincelles de briller au fond des yeux des hommes. Les habitants de Sistreville s’agitaient sous la pluie, pressés, ils vaquaient à leurs occupations matérielles en se protégeant tant bien que mal du ciel inclément qui dégoulinait sur leurs têtes. Sur leurs visages se lisaient l’intérêt, le vice et surtout la résignation. Certains bourgeois prenaient bien des airs religieux, mais ce n’étaient guère là que des masques d’hypocrisie dévote qui les protégeaient des intempéries. Les mystiques, quant à eux, n’étaient que des fous qui faisaient passer leur démence pour de la sagesse. Dieu était absent de Sistreville et Pierre songea alors, en rentrant transi vers son atelier, qu’après tout, Dieu n’existait peut-être pas.


Cependant, alors qu’il faisait les derniers pas pour se réfugier dans sa cabane, le jeune homme aperçut sur le parvis de la cathédrale en chantier un vieil homme à genoux dans une flaque. C’était un pauvre hère à moitié nu, qui se tenait immobile sous la pluie battante, sans broncher, les yeux clos, les bras en croix. Il levait la tête vers le ciel en ouvrant la bouche pour avaler la pluie. Ce n’était pas un mendiant, plutôt un simple d’esprit, un imbécile heureux qui jouissait de l’eau froide qui s’écrasait à grosses gouttes sur son visage et coulait sur son corps. Il était vieux, décharné, sale et fripé, le visage marqué par la détresse. Des bleus et des cicatrices sur son torse et sur son visage étaient autant de témoignages de la méchanceté des hommes. Mais il portait ces stigmates gravés sur sa peau avec une arrogante allégresse. C’était lui, l’agneau de Dieu, le bouc-émissaire puant que les habitants de la ville avaient choisi pour porter les péchés du monde, et l’homme acceptait son martyre sans sourciller, sans même laisser la haine effleurer son visage radieux. Lorsque passaient devant lui des enfants, le vieil homme baissait la tête, posait sur eux ses yeux délavés en leur adressant un large sourire édenté. Les enfants n’avaient pas peur de lui, malgré son allure rebutante, et tous les marmots, sans exception, riches ou pauvres, arrêtaient leurs pas pour s’approcher du vieux et lui rendre son sourire. Mais les parents, maîtres ou tuteurs des enfants accouraient aussitôt au secours de leur progéniture pour les arracher des griffes de ce vagabond sûrement pédéraste.


Pierre demeura un long moment à contempler le vieillard. Finalement, il lui parla et l’invita à venir s’abriter dans son atelier. Mais l’ancien ne broncha pas, il ne semblait pas même comprendre ce que Pierre lui disait. Alors le jeune homme retourna seul à sa baraque. Sans plus attendre, il s’empara du buste de l’évêque et se mit à déformer l’argile encore humide. Il modela, à partir des traits du prélat l’expression béate du vieil idiot. Il travailla à toute hâte, de peur que cette étincelle saisie sur le vif ne s’éteignît tout à fait. Une fois qu’il eut terminé, il contempla son œuvre, émerveillé : il avait réussi à conserver cette émotion intacte. Il ne savait pas comment nommer cette flamme qu’il venait de recréer : était-ce là vraiment Dieu qu’il venait de capter, n’était-ce pas plutôt la candeur, l’extase, le plaisir des sens, ou même la folie, qui après une lutte acharnée contre la raison, savoure paisiblement son triomphe et se transforme en sagesse ? Pierre pensa alors qu’il ne lui appartenait pas de nommer cette sensation : l’artiste se doit de retranscrire ce qui ne peut pas être exprimé, ce qui est indéfinissable, indicible, innommable, il ne fait que révéler une Vérité brute et universelle qui demeure cachée aux yeux des hommes. À présent, cette émotion vraie que Pierre avait dévoilée serait perçue différemment en fonction de tout un chacun : certains l’appelleraient Dieu, d’autres l’humanité... Mais personne ne songerait au diable en contemplant cette statue, car il s’agissait du portrait d’un prélat de l’Église, un grand de ce monde ; et pourtant, l’artiste avait déniché cette émotion chez un être que tout le monde, sans exception, percevait comme hideux et maléfique.


Dès le lendemain, Pierre se rendit au palais épiscopal pour y présenter son ouvrage à l’évêque. Ce dernier s’enthousiasma pour cette sculpture si pénétrante, si ressemblante, et félicita vivement le jeune homme. Il lui promit de nouvelles commandes dans les plus brefs délais. En rentrant dans son atelier, Pierre fut pris d’un immense fou rire en songeant que le vieux vagabond, souffre-douleur de toute la ville, logerait dorénavant dans une alcôve richement ornée, au cœur même de la noble cathédrale, qu’il se tiendrait sur son piédestal vêtu comme un évêque, et serait vénéré par les fidèles de la ville, ceux-là même qui le rouaient de coups à la moindre occasion. Pierre décida que dès lors, lorsqu’il s’agirait de sculpter les puissants, il se mettrait à chercher parmi les damnés de la terre : il trouverait la sainteté chez les idiots, les fous et les infirmes, la noblesse chez les mendiants, la chasteté chez les prostituées.


Quelques mois plus tard, juste après la Noël, la paix fut signée entre le roi de France et le duc de Normandie. La ville célébra en grande pompe l’événement, mais la population dut déchanter très vite : le roi de France de toute évidence profitait de ce répit pour préparer de nouveau la guerre. Aussi, Richard Cœur de Lion, roi d’Angleterre, décida de bâtir une forteresse imprenable sur la Seine, Château-Gaillard, à quelques lieues de Sistreville, afin d'empêcher l’invasion française. À cet effet, le duc de Normandie ordonna de lever un impôt exceptionnel. Les bourgeois de la ville, qui devaient déjà s’acquitter de lourdes taxes telles que le monnéage et la graverie, étaient indignés par ce duc qui les saignait à blanc. Certains même commençaient à appeler de leurs vœux le triomphe du roi de France, seul capable, selon eux, de restaurer l’autonomie des communes et de défendre les intérêts des corporations. C’est alors que le vicomte Robert Le Torte décida de profiter de ces événements pour avancer une nouvelle pièce dans sa partie d’échec contre l’évêque : il réquisitionna tous les maçons du chantier de la cathédrale pour les livrer, pieds et poings liés et à titre gratuit à son suzerain le duc, afin d’aider à la construction de la citadelle de Château-Gaillard. Robert Le Torte venait du coup, grâce à son cavalier, de tenir en échec la tour de l’évêque. Mais Adalard avait cependant déjà averti le vicomte : cette tour n’était qu’un leurre, et d’autre part le prélat disposait d’un fou en réserve, caché dans l’ombre.


 
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   MissNeko   
3/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Un chapitre fort intéressant et stratégique.
La première partie ( avant la rencontre avec l'évêque) est un peu longue mais l'action est relancée avec la réalisation du portrait

   Marite   
4/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Cette "partie d'échecs", sur fond de rivalités parmi les "grands", devient passionnante et le serviteur de l'Eglise, en la personne de l'évèque de Sistreville, apparaît assez redoutable dans l'anticipation de ses coups bas pour asseoir son pouvoir. Notre ami Pierre semble, heureusement pour lui et grâce au don qu'il possède, percer à jour les réelles positions des uns et des autres sur l'échiquier de la vie.
Vraiment intéressante cette introduction de la partie d'échec. A mon sens, cela confirme recherche, maîtrise et prise de recul réelles et sérieuses de la part de l'auteur.

   Marguerite   
13/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Charivari,

Un nouveau chapitre qui donne une nouvelle perspective à l’histoire, dans des sphères plus élevées du pouvoir. Voilà qui donne encore plus envie de lire la suite.

Une petite chose m’a fait tiquer, en page 1 : « Grâce à toutes ces figurines, Pierre comprit alors les enjeux politiques de cette cathédrale. »
C’est peut-être un peu trop naïf quand même. Je comprends que ses figurines l’aident à lire, cerner les gens, mais de là à décrypter autant de choses…

Sinon en bas de la page 3 il manque un mot je pense : « la réaction d'Adalard fut totalement à l’inverse de ce QUE Pierre avait imaginé. »

M.


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