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L'ange déchu. 2ème et 3ème parties : La cathédrale de Sistreville suivie de La merveille
Charivari : L'ange déchu. 2ème et 3ème parties : La cathédrale de Sistreville suivie de La merveille  -  10. Sous le masque
 Publié le 02/12/16  -  3 commentaires  -  34710 caractères  -  25 lectures    Autres publications du même auteur

Pendant les quatre jours que dura le carnaval, Pierre se laissa engloutir par la foule dans le dédale des ruelles de Sistreville, et découvrit ses habitants : des elfes et des sylphes, des hommes-oiseaux, des lycanthropes, des cynocéphales, des bicéphales, des minotaures, des hermaphrodites velus, des faunes et des satyres, des lutins luxurieux, des femmes à dix mamelles, des tritons, des harpies, des méduses grimaçantes, des walkyries plantureuses, des boucs puants, des Pygmées avinés, des Maures et des Nègres, des reines-sorcières et des moines cornus, des anges noirs aux ailes laineuses, des squelettes ventrus, des hommes-cochons, et mille autres créatures encore, biscornues, garnies de poils, de plumes, de feuillages et de terre. Toute la ville, grimée, masquée, furieuse, chavirait dans une farandole endiablée, fluant et refluant dans les rues tortueuses. Des bœufs fleuris arpentaient les rues étroites en encornant les fêtards et en piétinant les corps. Des saltimbanques, du haut de leurs échasses, distribuaient des coups de bâton et crachaient des flammes pour se frayer un chemin. De temps en temps, pour se venger, la foule secouait leurs béquilles et les faisait tomber de leurs piédestaux. Des gredins profitaient du tumulte pour couper des bourses ou palper les fesses des bourgeoises. Partout le vin et le sang coulaient à flots. La fête battait son plein, elle était d’autant plus désespérée et stridente que la guerre était aux portes de la ville. L’année précédente, en plein carnaval, les soldats du roi de France, masqués de fer, avaient déferlé dans la cité, pillant et massacrant tout dans une ronde infernale. Aussi, cette année-ci, le carnaval redoublait d’allégresse et de violence, et il faisait si froid que les hommes se pressaient les uns contre les autres, condamnés à rester collés et à danser sans s’arrêter pour éviter de mourir gelés.


Dès son arrivée, la cohue chamarrée sépara Pierre du reste de ses compagnons et l’entraîna jusqu’à la Grand place. Le jeune homme découvrit alors le chantier de la future cathédrale. Certains murs se dressaient déjà hauts et droits, frôlant les toits des maisons, mais ils étaient accompagnés de grands espaces vides, et l’ensemble provoquait une désagréable sensation d’incohérence et de déséquilibre. Sur le parvis, on avait monté en chaire un gros cochon habillé en évêque, et devant lui d’autres pourceaux déguisés en chanoines écoutaient son sermon en grognant. Pierre contempla avec joie cette messe pour le moins iconoclaste et put ainsi apprendre le nom de son futur employeur, l’évêque Adalard, commanditaire de la cathédrale. Après le spectacle, intrigué par la curieuse église, il décida de pénétrer à l’intérieur de la construction. Mais à peine fit-il un pas dans la nef qu’il fut attaqué par une douzaine d’ivrognes qui dormaient dans les soubassements des chapelles rayonnantes. Ces hommes étaient peut-être les seuls de toute la ville à ne pas s’être grimés, mais ils n’en avaient guère besoin, car ils étaient aussi laids au naturel que des monstres de carnaval, avec leurs trognes difformes et écarlates, leurs barbes hirsutes et leurs corps bossus. Le jeune homme se fit rouer de coups par ces gargouilles humaines, qui le dépouillèrent de sa bourse, et s’en fut de la cathédrale en titubant.


Il continua son périple à la dérive dans les rues de la cité, à la recherche de ses compères. C’est ainsi qu’il connut chaque recoin de la ville : il parcourut en long, en large et en travers les sept rues enchevêtrées de la cité, se faufila dans les passages sordides percés entre chaque ruelle où les filles ouvraient leurs cuisses et les larrons taillaient les gorges, fit plusieurs fois le tour des remparts perforés de portes dont certaines n’étaient guère plus étroites qu’une largeur d’épaules, se perdit dans les faubourgs qui s’agglutinaient à l’extérieur des murs, longea les berges gluantes de la Seine. Mais il ne retrouva pas la trace de ses compagnons en quatre jours, ils s’étaient noyés dans la foule bariolée. Néanmoins Pierre n’eut pas besoin de la moindre pièce : quand il avait soif, il n’avait qu’à ouvrir la bouche et sa gorge se remplissait de vin, une épouvantable piquette relevée de poivre et de clous de girofle que lui versait un diable ou un ogre de passage. Quand il avait faim, il volait du pain, et quand il avait froid, il entrait dans la cour de n’importe quelle maison : elles étaient toutes grandes ouvertes lors du carnaval car si, par malheur, la porte d’un bourgeois demeurait fermée, la populace aussitôt la défonçait et pillait la demeure.


L’après-midi du premier jour, il suivit un bruyant cortège qui sortit de la ville et monta la colline abrupte qui longeait une falaise de craie. Il arriva au château qui surplombait la ville et qui appartenait au vicomte Robert Le Torte. Devant les murs, les gueux s’en donnèrent à cœur joie, multipliant les « charivari » hurlés à l’unisson, lançant bouses de vache, fruits et légumes pourris contre la forteresse, et insultant le prince qu’ils accusaient de couardise et de trahison. Une dizaine de cavaliers sortis tout à coup de la citadelle et armés de gourdins suffirent à disperser la populace, qui retourna en courant vers le bourg, et il n’y eut aucune mort à déplorer.


Les gueux, piqués au vif par cet échec, avaient soif de vengeance. Aussi, en rentrant dans la cité, ils se ruèrent comme un seul homme sur la maison d’un bourgeois, en délogèrent ses habitants, et leur firent prendre de force un bain de purin dans un grand tonneau. Ensuite, des centaines de mains s’emparèrent du maître des lieux, le soulevèrent, et le bourgeois se promena par-dessus les têtes à travers toute la ville jusqu’aux rives de la Seine. On le projeta finalement dans le fleuve, dans la risée générale. Pierre sut un peu plus tard qu’il s’agissait là du maître d’œuvre de la cathédrale, un certain Gauthier Folbec.


Les jours suivants continuèrent sur ce même rythme endiablé. Pierre Toussaint, qui but à s’en rompre le gosier, n’en garda qu’un souvenir confus. Le mardi dans la nuit, le carnaval cessa, laissant place au mercredi des Cendres, premier jour du carême. Au petit matin, la foule avait disparu, un silence de mort planait dans toute la ville. Pierre retrouva ses amis, et se rendit compte, en connaissant enfin leurs déguisements, qu’il les avait croisés plus de cent fois sans les reconnaître. Le jour même, les ouvriers décidèrent de se rendre chez Gauthier Folbec, le maître d’œuvre, qu’ils avaient rebaptisé « Maître Purin ».


« Maître Purin » les reçut donc dans la cour intérieure de sa propre maison, accompagné d’un tabellion préposé aux contrats. Gauthier Folbec était un homme encore jeune, de pas plus de trente ans, au corps fluet, au long nez pincé et aux cheveux aussi blonds que le chaume, à la moustache taillée avec soin, aux manières raffinées et au parler pointu. Il était très richement vêtu, et les nombreux bagues et colliers qu’il portait témoignaient de son goût pour l’apparat. Cependant, malgré tout le parfum dont le jeune homme s’était oint, Pierre parvenait à discerner les relents nauséabonds du purin. Le maître d’œuvre interrogea Fifrelin, qui commença à présenter les membres de son équipe. Mais Gauthier semblait plus bavard encore que le Gascon, il lui coupa la parole pour commenter tout l’intérêt qu’il manifestait pour les terres de Guyenne. Il disserta sur les constructions méridionales, beaucoup plus massives et ornées que celles du Nord, vanta la beauté des bas-reliefs de l’abbaye de Moissac, celle des coupoles de la cathédrale Saint-Front de Périgueux, la robustesse des châteaux-forts, la douceur du climat et l’arôme velouté des vins. Fifrelin ne fit guère qu’acquiescer, et lorsqu’il put placer une réplique, ce fut pour relancer le moulin à paroles de l’architecte, et souligner l’éloquence de son interlocuteur. Il usa de diplomatie et d’astuce et ne commit qu’une seule erreur, car il croyait que le maître d’œuvre avait voyagé jusqu’en Guyenne alors qu’il n’avait jamais mis les pieds hors du duché, mais il sut se rattraper à merveille, en s’extasiant sur la culture de Gauthier. Ce dernier, flatté, trouva ce groupe de nouveaux ouvriers fort charmants, quoiqu’un peu rustres d’aspect, et sans même connaître leur spécialité, il leur fit signer un contrat mirobolant de six deniers par jour pendant dix ans à chaque membre du groupe, et de deux pour les enfants. Les ouvriers bénéficiaient aussi du gîte tout au long de l’année dans les baraquements en bois autour de la cathédrale, de la nourriture et de vêtements neufs une fois l’an. En outre, en plus du salaire, chaque pierre taillée était payée treize deniers. Les ouvriers n’en croyaient pas leurs yeux. Ils accolèrent sans plus attendre leur dessin personnel au bas du parchemin. Ce signe distinctif qu’ils gravaient sur les pierres taillées permettait de comptabiliser le travail effectué par chacun afin d’être dûment payé. Pierre n’avait jamais envisagé telle signature, et quand vint son tour, il griffonna d’instinct sur la feuille une sorte de triangle évasé qui ressemblait vaguement à un pied. Cependant, il demeurait perplexe, car il venait d’être engagé en tant que maçon et non pas en tant qu’artiste sculpteur, aussi, juste avant de sortir de la maison du maître d’œuvre, il osa déclarer à celui-ci :


« Messire… Excusez mon outrecuidance. Je me nomme Pierre Toussaint et je suis sculpteur de mon état, disciple de maître Matthieu, l’illustre maître d’œuvre de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle. J’ai sculpté pour des abbayes prestigieuses, parmi lesquelles La Sauve-Majeure et Tussignac. Si vous me laissez offrir mes services pour réaliser quelques motifs sur votre cathédrale, je vous en saurai gré et vous assure que vous n’aurez jamais à le regretter. »


Pierre n’avait pas vraiment menti sur son expérience, juste un peu exagéré, et s’était adressé avec franchise et hardiesse à Gauthier. Malheureusement, ce dernier avait écouté à moitié, et l’autre moitié, il l’avait comprise de travers.


« Oui, en vérité, les sculptures de Guyenne sont célèbres dans tout l’Occident, répondit-il. Elles semblent littéralement vivre et parler, n’est-ce pas ? Oui, certainement, toutes ces sculptures sont de pures merveilles… Ici, nous privilégions un autre art, plus dépouillé, plus recueilli. Dans un sens, c’est fort dommage, mais d’autre part, les constructions gagnent en force, en grandeur, en simplicité. Devrais-je intégrer plus de statuaire à ma construction ? Peut-être, sans doute, oui… Je vais y réfléchir. » Et Gauthier se retira dans ses appartements, songeur, laissant Pierre sans réponse.


Les maçons s’en furent directement jusqu’à la Grand place où se trouvait l’église en chantier. Ils cherchèrent les baraquements où ils devaient dormir, mais ne les trouvèrent pas. Un passant les informa que ces cabanes, l’année précédente, avaient été montées juste avant Pâques et démontées peu après la Noël. Les ouvriers durent donc loger chez l’habitant, et dépensèrent leur dernier argent pour survivre à la morte-saison. Ils passèrent ainsi un mois entier à se morfondre, désœuvrés, en attendant la Semaine sainte. Pierre se promenait solitaire dans les rues de la ville. Elles étaient froides et désertes. Les rares passants se précipitaient au chaud dans les églises. La pluie lavait les rues des péchés du carnaval. Les bourgeois semblaient à présent recueillis, d’humeur pieuse et austère, et le sculpteur se demandait quel était leur vrai masque, celui du carnaval ou celui de dévots hypocrites. Pendant le carême, on fermait les tavernes, on expulsait les filles hors des murs, les idiots, proclamés rois la semaine antérieure, étaient de nouveau traités comme des chiens. Les bourgeois semblaient disposés à lyncher les blasphémateurs, les impies, les indifférents, les marginaux, les baladins ; tous ceux qu’ils avaient idolâtrés quelques jours auparavant, ils les vouaient à présent aux flammes ardentes de l’enfer. Les processions se succédaient dans toute la ville. Des groupes entiers, enchaînés, défilaient en se flagellant. Sur le parvis de l’église, des orateurs décharnés, les yeux exorbités, le visage déformé par la folie, exultaient en annonçant l’apocalypse et en décrivant à grand renfort de détails morbides les tourments de l’enfer. Pierre, en contemplant chaque personnage de la ville, cherchait à retrouver son apparence carnavalesque. Ainsi, çà et là, il reconnaissait, caché sous le masque d’un pénitent, un démon luxurieux ou un silène ventripotent et ivrogne, il lui semblait que le prêtre qui officiait la messe de la mi-carême n’était autre que cet homme-cochon qui se laissait tripoter par une Circé des bas-fonds, que les flagellants devaient être les plus décadents de tous pour chercher de la sorte à extirper le vice du plus profond de leurs chairs : leurs plaies ouvertes suintaient-elles vraiment du sang, n’était-ce pas plutôt le vin qui jaillissait de leurs pores ?


Pierre était écœuré par cette ignoble mascarade. Le vin lui manquait, ses mains tremblaient, son esprit s’agitait fébrile, la nuit il se réveillait en nage. Il remua la ville de fond en comble pour dénicher du vin. Il en trouva finalement, piqué jusqu’au vinaigre, et dépensa son dernier argent pour acheter un tonneau de ce breuvage abject. Avec les quelques deniers qu’il lui restait, il se procura de l’argile chez le potier. Il s’agissait de concentrer son esprit, afin de ne pas boire d’un seul coup toutes ses provisions avant Pâques. Cloîtré entre les quatre murs de l’auberge, il façonna les personnages aperçus dans la ville. Les monstres du carnaval avaient la mine recueillie et sévère du carême, alors que les fidèles et fervents pénitents étaient représentés hilares et grimaçants, singeant la piété religieuse. Pierre trouva la manière de représenter les faciès humains : il cherchait, pour chaque personnage, un animal dont les attributs correspondaient, puis il mélangeait les traits de l’homme et de l’animal et dévoilait de la sorte, au grand jour, la bête que tout un chacun porte en soi. Ainsi, pour les habitants de la ville, abondaient les moutons, les oies, les fourmis et les vaches. Il y avait aussi quelques prédateurs de basse engeance, plus charognards d’ailleurs que véritablement chasseurs, des corbeaux, des fouines et des vautours. Ces derniers se trouvaient en grand nombre parmi les ecclésiastiques, alors que chez les hommes d’armes prédominaient les chiens, et chez les commerçants, les porcs.


Les compagnons de Pierre Toussaint s’amusèrent beaucoup de toutes ces caricatures et demandèrent, enjoués, au jeune homme de réaliser la leur. C’est alors que Pierre eut une véritable révélation. En modelant les faciès de ses amis, leur personnalité profonde se révélait au sculpteur, et cette vérité cachée jaillissait tout à coup au fur et à mesure qu’il façonnait leur portrait dans l’argile. Pierre, qui n’était d’habitude guère habile pour déceler la vérité et le mensonge chez les humains, qui se laissait enjôler facilement, se mettait soudain à saisir la complexité de l’âme humaine, les secrets les plus intimes de chaque individu, par l’intermédiaire de son art. Il alla de découverte en découverte : par exemple, Bertrand et Bernard Pujols. Le premier était en principe le père du second, cependant, en sculptant leurs visages, le jeune homme se rendit compte aussitôt qu’ils ne pouvaient pas être parents. Par contre, Jeannot Mortemain avait exactement les mêmes traits que Bernard : c’était donc lui le père naturel, il n’y avait aucun doute possible. De la même manière, lorsqu’il voulut modeler le vieux Norbert, le patriarche des ouvriers, il fut touché d’une vive émotion : en modelant l’artère jugulaire du vieil homme, le jeune homme sentit qu’il frôlait la mort de ses doigts. Elle était diffuse dans chaque ride du visage de l’ancien, mais elle se précisait sous le menton, une boulette d’argile s’était formée, racornie et funeste. Il ne parvenait pas à la corriger, le kyste pressait l’artère du vieux et allait bientôt, irrémédiablement, l’étouffer. Pierre ne se trompait pas, puisque Norbert mourut juste quelques semaines plus tard, étranglé par une crise d’asthme. Et ainsi de suite pour chaque ouvrier, il apprenait à les connaître à travers l’argile. Certains, avec leurs mines placides et débonnaires, étaient dévorés d’angoisse, quelques-uns semblaient de prime abord faciles à modeler mais à l’intérieur étaient aussi durs que la pierre, alors qu’en revanche d’autres, sous une première couche endurcie, étaient d’une extrême tendresse. Il continua ainsi plusieurs semaines, se surprenant de ses propres œuvres, mais lorsque les maçons demandèrent à voir les résultats, il ne put se résoudre à les leur montrer : c’étaient trop de révélations à la fois, et il redoutait la réaction de ses compagnons. Il préféra donc répondre qu’il avait échoué, qu’il n’avait pas réussi à saisir les expressions. Le seul personnage qu’il accepta de montrer fut Fifrelin, représenté en renard malicieux : c’était effectivement le seul qui n’avait rien à cacher, lui qui justement se vantait d’être un maître scélérat, sans foi ni loi, menteur et sans vergogne.


Quant aux autres portraits, le jeune homme opta pour les déformer encore, augmenter jusqu’à l’extrême leur faciès animal et monstrueux, jusqu’à ce que personne ne pût reconnaître sa caricature. En montrant ses œuvres au groupe, il remarqua que, sans exception, les ouvriers tendaient à observer plus particulièrement la figurine qui correspondait à leur portrait initial, sans pour autant connaître les raisons pour lesquelles cette sculpture attirait spécialement leur attention. Pierre Toussaint, en son for intérieur, exultait : il détenait là, à n’en pas douter, un grand pouvoir. À présent, chaque fois qu’il aurait affaire à un nouvel individu, il modèlerait son portrait dans l’argile pour le connaître intimement et, grâce à ce précieux renseignement, il pourrait le manipuler à sa guise.


Fort de cette expérience, il envisagea alors de modeler le portrait de toutes les personnes qu’il avait connues dans le passé, à la recherche de nouvelles révélations. Il commença par Raoul de Nérigean, représenté comme un ours percé de sept flèches, harcelé par des chiens invisibles, acculé dans sa tanière, protégeant un ourson qui dormait contre sa poitrine. La gueule de l’ours était en pleine transformation : c’était un plantigrade solitaire et pacifique, qui devenait tout à coup bête féroce. L’animal avait le regard affolé, non pas tant par le danger, mais à cause de son propre changement : il se convertissait en monstre, et cette furie incontrôlable qui s’emparait de lui le terrorisait. Pierre, en contemplant son œuvre, eut une pensée pour son cher vieil ami, et laissa couler une larme sur la statue. Puis il décida de sculpter le chantre Odilon, le vieux moine pervers de son enfance, mais il dut s’arrêter aussitôt en façonnant les formes horripilantes d’un odieux serpent : les souvenirs qui jaillissaient soudain à l’esprit du jeune homme étaient intenables, et paralysaient ses mains. Il s’accorda alors une pause dans son travail.


Pâques approchait, les ouvriers peu à peu se rassemblaient pour le chantier de la cathédrale. Pierre aida à bâtir les baraquements de bois qui allaient servir d’ateliers et de chambrées à tous les ouvriers du chantier. Ils étaient finalement fort peu nombreux, en plus des vingt Gascons, il y avait juste une trentaine de travailleurs, pour la plupart des manœuvres sans expérience recrutés sur place parmi les va-nu-pieds de la ville. Les grands chantiers de Paris, de Chartres et de Rouen avaient absorbé toute la main-d’œuvre talentueuse et il ne restait guère à Sistreville que les éclopés, les maladroits, les abrutis.


Les conditions idylliques stipulées par le contrat ne coïncidaient guère avec la réalité : la nourriture était infecte, tous les jours on servait aux maçons du brouet noir rance farci d’asticots. En ce qui concernait la rétribution, les ouvriers expliquèrent à la troupe des Gascons qu’ils n’avaient pas vu un seul denier de toute l’année précédente ; aussi, Fifrelin, dès la première semaine du chantier, s’en alla parler directement au commanditaire de la cathédrale, l’évêque Adalard. Il revint de sa visite avec une bourse garnie de pièces sonnantes et trébuchantes, et garantit au reste de la troupe le paiement à la semaine de leur travail ainsi qu’une amélioration substantielle de leurs conditions. Fifrelin refusa de dire à quel type de chantage il avait eu recours pour arriver à tel résultat, et tous le pressaient de questions, dévorés par la curiosité. Tous, sauf Pierre Toussaint : le jeune homme saurait bien percer de lui-même, lorsqu’il verrait enfin l’évêque et ferait son portrait, la nature de son vice secret.


Le chantier démarra dans le plus grand désordre. Gauthier Folbec gesticulait et pestait contre ses ouvriers de fortune. Ce n’était pas un mauvais architecte, mais il n’avait pas les pieds sur terre, ce qui est somme toute fâcheux pour un bâtisseur. Sa construction était à l’image du personnage, un colosse aux pieds d’argile. Gauthier rêvait de grandeur, mais avait plusieurs rêves à la fois, et oubliait souvent de se réveiller. Il donnait des ordres incompréhensibles et contradictoires, les contremaîtres les appliquaient comme ils l’entendaient, mais finalement, tous ces ordres dictés à l’envers et compris à l’envers permettaient d’obtenir des résultats à l’endroit, et la construction avançait tout de même, bon gré, mal gré, par inertie. Fifrelin avait tout de suite compris comment traiter l’architecte : il s’agissait de ne jamais le contredire, puis de le mettre devant les faits accomplis. Cette recommandation qu’il fit à la troupe fonctionna à merveille. Les maçons de Guyenne devinrent vite indispensables et s’érigèrent comme les seuls maîtres à bord. Fifrelin devint en moins d’un mois le chef du chantier, le bras droit de Gauthier.


Quant à Pierre, il ne connut pas tout de suite la même chance que les autres membres de l’équipe : il était entré au service de maître Hippolyte, le sculpteur du chantier. Il travaillait à longueur de journée sur des statues sans vie dans un atelier sombre et étriqué aux côtés de trois jeunes élèves gauches et tâcherons. Lorsque Pierre vit maître Hippolyte pour la première fois, il reconnut tout de suite son animal totem : c’était un crapaud, dont il réunissait tous les attributs, à commencer par l’aspect physique, avec ses yeux globuleux, son visage adipeux parsemé de pustules, sa démarche gourde et sa lourde bedaine.


Le garçon montra ses statuettes au batracien, et celui-ci les regarda avec ses gros yeux visqueux, pour s’empresser de répondre en coassant que les statues ne pouvaient pas être aussi saugrenues, que la sculpture n’avait guère d’autre fonction que celle de bouche-trous décoratifs entre deux pierres mal appareillées, et que tout au plus elle servait à représenter de la manière la plus conventionnelle et impersonnelle possible les grands préceptes de l’Église. Pierre se rendit d’ailleurs vite compte que personne en Normandie ne valorisait plus la sculpture que cet animal verruqueux. Alors le jeune homme, pendant des semaines, dégrossissait des blocs et observait, attristé, comment maître Hippolyte les martyrisait. Le crapaud est un animal des marais, il méconnaît totalement l’élément minéral. Il ne se complaît même pas, comme le fait le lézard par exemple, à se prélasser sur les vieilles pierres chauffées par le soleil. Le batracien prenait systématiquement les blocs à contresens, sans se soucier de leurs nervures, au grand agacement de Pierre Toussaint. Il s’emparait des outils erronés avec ses doigts palmés pour taillader, avec des gestes mous et abouliques, de vagues figures qui avaient toutes la même expressivité que celle des crapauds.


Au bout de plusieurs mois vint enfin l’occasion pour Pierre de retourner la situation : Gauthier Folbec avait reçu un magnifique bloc de marbre d’une valeur incalculable, venu tout spécialement de Carrare, en Toscane, et l’avait confié à maître Hippolyte pour qu’il réalisât un Christ en croix. Maître crapaud, en contemplant le bloc, fit des yeux ronds, ne sachant guère par quel bout l’attraper. Pierre intervint alors, et déclara qu’il allait le dégrossir, comme à l’accoutumée, en ajoutant que le marbre était un matériau spécialement résistant et par conséquent, extrêmement facile à sculpter. Il n’avait guère menti, si ce n’est sur un point : le marbre est certes la plus dure de toutes les roches, mais en même temps tout en finesse, au contraire du granite ; il s’agit de la pierre noble par excellence, qui peut être polie et travaillée dans le moindre détail. Cependant, malgré son extrême robustesse, le marbre est aussi un matériau délicat, qui peut s’avérer spécialement cassant et fragile : il n’est pas rare d’y trouver des défauts, comme par exemple des nœuds, que l’on nomme « clous » pour les marbres blancs, ou des « trous de ver » – on dit alors que le marbre est « véreux » –, ou encore des « crapauds », c’est-à-dire des pierres d’un autre type incluses dans la roche. Tous ces défauts requièrent une attention toute particulière de la part du sculpteur, car des coups donnés à tort et à travers peuvent finir par provoquer de grands dégâts, et même faire éclater d’un coup un bloc entier. Pierre se délecta en découvrant la personnalité propre de ce morceau de marbre. Il reconnut tout de suite là où se situait la partie défectueuse, et fit justement de ce point-là le centre névralgique de la statue : il y avait un « crapaud » à la hauteur de la côte gauche du Christ, et Pierre savait pertinemment que maître Hippolyte ne saurait pas le remarquer, que lorsque celui-ci se mettrait à tailler la poitrine du Messie perforée par la lance de Longinus, le charitable légionnaire qui abrégea les souffrances de Jésus, la statue automatiquement se pulvériserait d’un coup, comme par enchantement. Ce fut effectivement ce qui arriva, et Pierre s’était préalablement arrangé avec Fifrelin pour que le maître d’œuvre fût témoin de la scène. Cependant, cela ne suffit pas à Gauthier pour renvoyer Hippolyte. Ce dernier râla contre le bloc de marbre qui était de mauvaise qualité et l’architecte crut à cette justification ridicule. Entre le purin et le crapaud, semblait-il, il y avait une complicité qu’un morceau de pierre ne pouvait suffire à entacher.


Pierre passa donc à la seconde partie de son plan. Il ramassa par terre un fragment de marbre, spécialement dentelé et d’aspect friable, et demanda la permission à l’architecte de garder le bout de roche : ce dernier accepta sans sourciller. Le jeune homme, grâce à ce morceau de marbre, allait pouvoir démontrer à l’architecte toute l’étendue de son talent. Il savait le moyen de provoquer à coup sûr son admiration : il allait réaliser le portrait de Gauthier, car si l’idée avait fonctionné avec les compagnons du jeune homme, elle fonctionnerait d’autant plus avec une personne aussi narcissique que ce « Maître Purin ». Il se mit alors à sculpter le bout de marbre, peu à peu, en cachette, lors de ses moments libres. Il dut inventer sa propre technique, confectionner de nouveaux outils, car le morceau était spécialement fragile et le jeune homme ne voulait pas risquer la taille au burin. Alors il pressa le morceau dans différents étaux, le lima, le ponça, le polit. L’œuvre représentait un coq qui chantait sur un tas de fumier. L’animal, prétentieux et vaniteux, était pour le moins ridicule, mais Pierre songea alors que ce volatile, vu à travers le prisme déformant de l’orgueil et du nombrilisme, pourrait passer pour noble et généreux. En effet, pour quiconque était incapable de saisir l’ironie, c’était l’oiseau phénix qui renaissait de ses cendres, et les torsades qui accompagnaient le coq, censées représenter les effluves nauséabondes qui se dégageaient du purin, devenaient des volutes de fumée qui symbolisaient la résurrection de l’animal de légende. Pierre avait respecté la forme initiale du fragment, plat et tranchant, et avait accentué sa forme aérienne : c’était une girouette, si fine et si légère, malgré le matériau utilisé, qu’elle était capable de fendre le vent, et de changer de cap avec la brise.


Une fois l’ouvrage terminé, il demanda conseil à Fifrelin pour parvenir à ses fins : offrir la statuette en échange de l’obtention de la charge de maître sculpteur. Son compagnon lui répondit :


« C’est très simple, si tu veux à tout prix vendre un objet, il suffit de refuser de t’en séparer. L’objet deviendra vite motif de convoitise, d’envie, et sa valeur deviendra incalculable. »


Pierre, surpris, demanda au maçon comment il faisait pour imaginer des stratagèmes aussi biscornus, ce à quoi Fifrelin répondit en riant qu’il s’agissait là d’un procédé de vente purement divin, puisque c’était exactement le même qu’avait employé le bon Dieu pour vendre des pommes à l’humanité, au tout début du monde. Fifrelin ajouta, non sans malice, que l’ancien novice n’aurait pas à se damner, car le maçon se chargerait de jouer le rôle du Malin, le complice indissociable du bon Dieu dans cette opération commerciale.


Le jour suivant, Fifrelin se promenait avec Gauthier sur le chantier. Il l’attira jusqu’à l’atelier d’Hippolyte. En pénétrant dans la baraque, le maçon poussa du coude la besace où Pierre rangeait ses outils. Comme par hasard, la statuette du coq tomba du sac et glissa jusqu’aux pieds de l’architecte. Pierre la ramassa en vitesse, mais Fifrelin s’écria :


– Mais qu’est-ce que tu fais, chenapan… Qu’est-ce que tu manigances là, tudieu ! Montre-moi ce que tu essaies de cacher !


Pierre fit mine de dissimuler l’objet, mais le Gascon l’arracha de ses mains.


– Ah, je vois. Tu as volé une œuvre d’art à un riche marchand et tu essaies de dissimuler ton crime… Gredin !

– Non ! dit Pierre, en s’efforçant de prendre un ton offusqué. Je ne l’ai pas volée… C’est moi qui l’ai ciselée, je vous le jure ! Avec le fragment de marbre que le bon maître Gauthier a accepté de me donner.

– C’est vrai, maître Gauthier ? Fifrelin attirait de nouveau l’attention de l’architecte qui avait toujours tendance à s’éparpiller.

– Pardon ? répondit le maître d’œuvre.

– Tenez, regardez vous-même, répondit Fifrelin, en lui déposant l’objet entre les mains.

– Oh, ce matériau, que c’est curieux, on dirait le marbre de Carrare. Défectueux, c’est bien dommage, car c’est un fort beau matériau. Mais dites-moi, cher Fifrelin, c’est une œuvre magnifique que vous me montrez là : l’oiseau phénix, dans toute sa splendeur. Admirez cette facture, cette posture majestueuse, ces volutes de fumée si subtiles et spirituelles. Qui est l’artiste ?


Fifrelin leva les yeux au ciel : décidément cet individu était borné. Pierre vola au secours du maçon :


– Je vous en prie, rendez-moi ma sculpture !


Le Gascon eut un sourire en coin, le jeune sculpteur improvisait très bien. À ce moment, maître crapaud intervint dans la conversation :


– Bah… Si ce garçon a utilisé le marbre toscan, alors cette statuette ne vaut rien.


Hippolyte s’empara de la statuette, la posa sur un billot, et frappa avec force dessus à l’aide d’un maillet, mais la figurine résista au choc. Le crapaud roula des yeux, cracha sa morve glaireuse sur la sculpture et s’en fut de l’atelier en marmonnant.


– Admirable… Sensationnel… – Gauthier nettoya l’objet avec un mouchoir et le tint dans le creux de ses mains. C’est le pommeau d’une canne, n’est-ce pas ?

– En réalité, il s’agit de… Aïe ! – Fifrelin venait de marcher sur le pied valide de Pierre pour l’empêcher de continuer.

– Pardon ? demanda l’architecte.

– Je disais, bien entendu, vous avez raison, maître, rectifia le jeune homme. Que vous êtes perspicace !

– Oui. Mais dites-moi, jeune homme, combien demanderiez-vous pour ce petit bijou ?

– Non, il n’est pas à vendre… Je vous en prie.

– Mais pourquoi donc ? Je vous en donnerai un bon prix.

– Non… De grâce !


Fifrelin intervint alors :


– Comprenez ce garçon, maître. Il n’aura pas d’autre occasion de sculpter. C’est un simple apprenti aux ordres d’Hippolyte. Cette statuette, c’est la seule œuvre qu’il aura l’occasion de sculpter de sa vie.

– Voilà qui est fâcheux, vraiment. Mais si vous aviez la liberté de sculpter d’autres motifs, accepteriez-vous de me céder ce magnifique pommeau ?


Pierre s’empressa d’acquiescer, mais comme le Gascon le foudroya du regard, il fit aussitôt non de la tête.


– Oui ou non ? Je ne comprends pas, dit l’architecte.


Pierre non plus ne comprenait pas, aussi il ne fut pas difficile pour lui de singer l’indécision.


– Je crois savoir pourquoi ce jeune garçon hésite, déclara alors Fifrelin. C’est à cause de maître Hippolyte, n’est-ce pas ?


Pierre baissa les yeux, c’est tout ce qu’il trouva à faire.


– Je le savais, se vanta le maçon. Comprenez-le. Ce jeune garçon a peur des représailles. Allez, vous savez bien de quoi je veux parler… Maître Gauthier, vous qui connaissez tout ce qui se passe sur le chantier, vous savez bien que maître Hippolyte est jaloux de votre talent et qu’il conspire pour prendre votre place. Vous faites la sourde oreille, vous êtes bien au-dessus de ce type de mesquinerie. Vraiment, votre magnanimité vous honore, mais comprenez ce pauvre garçon, il n’a pas votre force de caractère, il préfère rester dans l’ombre que d’avoir à lutter.


L’estropié observait l’attitude du maître d’œuvre : il tentait de dissimuler son étonnement, de peur de passer pour un idiot, et prit un air entendu. Songeur, il s’en fut de l’atelier, la statuette à la main. Pierre demanda alors à Fifrelin ce qui allait se passer ensuite, et celui-ci répondit avec un large sourire :


– Le tour est joué. Il est parti avec la statuette. Tu seras le nouveau maître sculpteur du chantier.

– Mais… Il peut garder la statuette sans que je devienne maître sculpteur… Non ?

– Non, répondit Fifrelin. Il connaît nos conditions. Cet homme-là est un imbécile, c’est chose entendue… Mais c’est un imbécile honnête. Le seul risque, c’est qu’il ne se souvienne pas de notre tractation, mais ne t’inquiète pas, je serai bien là pour la lui rappeler.


Le Gascon avait raison. Dès le jour suivant, maître crapaud dut abandonner le chantier. Pierre était le nouveau maître à bord. Il s’empressa de renvoyer ses trois élèves, décidé à travailler seul. Il disposait de pierres en abondance, d’un atelier pour lui tout seul, d’outils en parfait état, et de tout le temps du monde devant lui. Il allait, enfin, pouvoir se consacrer entièrement à son art. Le seul problème était que personne n’avait prévu de sculptures pour la cathédrale de Sistreville, mais cela, il ne le savait pas.


 
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   MissNeko   
2/12/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Le récit est toujours plein de rebondissements ! J ai beaucoup aimé la description du don de Pierre : sculpter l'âme profonde d'un être Pour en saisir le caractère Et les vices.
C est toujours aussi bien écrit.

   Marite   
2/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Toujours aussi agréable à lire cette histoire. En fait, elle nous transporte aux côtés de Pierre dans le monde qu'il traverse. En dépit des difficultés de sa condition, il se trouve toujours, sur sa route, un personnage qui l'assiste et l'aide à s'intégrer. Cette fois c'est un grand pas en avant qu'il fait et tout est dit dans la conclusion de ce chapitre :
" ... Pierre était le nouveau maître à bord. Il s’empressa de renvoyer ses trois élèves, décidé à travailler seul. Il disposait de pierres en abondance, d’un atelier pour lui tout seul, d’outils en parfait état, et de tout le temps du monde devant lui. Il allait, enfin, pouvoir se consacrer entièrement à son art. Le seul problème était que personne n’avait prévu de sculptures pour la cathédrale de Sistreville, mais cela, il ne le savait pas."

   Marguerite   
12/12/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Charivari,

Je me suis sentie happée par ce chapitre dès la première page, qui pose bien l’ambiance. Le reste du chapitre suit cette veine et avance tranquillement, régulièrement.
Amusant, le petit clin d’œil de l’auteur à lui-même (« Devant les murs, les gueux s’en donnèrent à cœur joie, multipliant les « charivari » hurlés à l’unisson… »).

M.


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