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La Philosophie des salades
Nobello : La Philosophie des salades  -  Contact
 Publié le 22/03/09  -  7 commentaires  -  20391 caractères  -  38 lectures    Autres publications du même auteur

Nous attendons depuis des heures, massés en foules immenses devant les 720.000 écrans géants installés partout sur la planète.


À Bogota, Bénarès ou en Terre Adélie, on en a mis partout, vraiment. Parce que le nouveau Conseil de la Fraternité Humaine Mondiale a conclu que l'événement le plus important de l'histoire de l'Homme valait que chacun y assiste en direct, et marque par sa présence l'intérêt majeur que tous portent à cette aventure. Et parce que chacun le sait avec certitude :

Nous vivons effectivement l'événement le plus important de l'histoire de l'Humanité. De notre Humanité.


Tout a commencé il y a deux ans, par une nuit d'hiver.

Cette nuit-là, depuis l'hémisphère nord, on avait pu voir dans le ciel d'étranges phénomènes lumineux du côté de la constellation des Pléiades. Le spectacle était visible à l'œil nu. C'était une sorte de ruban pulsatile d'une taille invraisemblable - les premières estimations lui attribuaient une longueur supérieure à 20 parsecs - et d'une beauté à couper le souffle.


Nous avons su très vite qu'aucune bizarrerie atmosphérique ne pouvait en être l'origine, et notre émerveillement premier laissa peu à peu la place à une inquiétude légitime : les dimensions de cette manifestation pouvaient, malgré la distance, nous faire craindre pour notre sécurité. Sur le moment, devant l'urgence que trahissaient des mouvements de foule spontanés, prémices d'une panique prévisible bien qu'encore diffuse, de nombreux savants rappelèrent sur les ondes que, la lumière plafonnant toujours et jusqu'à nouvel ordre à la vitesse de 300.000 kilomètres à la seconde, les phénomènes constatés ne pourraient pas concerner le système solaire de façon tangible avant trois cents ans, ce qui laissait quand même le temps de se retourner.

Nous en convînmes, parce que l'homme est ainsi fait qu'il ne demande qu'à vivre rassuré pourvu qu'on lui fournisse une illusion éventuellement crédible. Pourtant, certains murmuraient qu'une manifestation capable de s'étendre en quelques minutes sur vingt parsecs méritait respect et attention.


Tous les télescopes, spectrographes et autres disséqueurs d'invisible lointain furent braqués sur l'incroyable fantasmagorie. Ce qu'ils y trouvèrent, les dirigeants des nations qui composaient alors la géographie politique de la planète tentèrent en vain de le garder secret. Mais nous étions tous concernés et ce fut peine perdue : les fuites inévitables firent en quelques heures s'ébruiter la nouvelle jusqu'aux endroits les plus reculés.

Car on s'était très vite convaincu que cette féerie cosmique était constituée de lumière non photonique. Quoi qu'elle soit d'autre, quoi qu'il en coûte à la raison, elle semblait avoir été perçue sitôt qu'émise. Cette lumière tellement, tellement lointaine, nous parvenait en temps réel ! C'était terrifiant, nous fûmes terrifiés.


Chaque nuit, la titanesque ondulation faisait palpiter sa magnificence entre les étoiles, et bien peu d'entre nous pouvaient trouver le sommeil avant que le jour ne vienne affadir le spectacle, ou que l'horizon ne l'absorbe pour le découvrir à d'autres peuples effarés. Cela n'allait pas sans poser quelques problèmes sociaux, mais nous vivions alors dans un tel chaos, dans une telle attente, dans une telle urgence, que ces détails passèrent presque inaperçus. Et puis vint la révélation.

Elle déferla sur l'humanité dubitative depuis plusieurs pays simultanément : les pulsations, les couleurs, les fluctuations de l'irradiant Léviathan cosmique comprenaient un ordre intrinsèque qui ne devait rien au hasard, et on ne pouvait éviter de penser que quelque chose - ou quelqu'un - l'avait voulu ainsi. L'humanité prenait pour la première fois connaissance d'un artefact extraterrestre. Enfin, l'hypothèse la plus folle fut établie avec certitude : ces séquences lumineuses étaient un langage. Nous entrions dans la dimension des miracles.


Alors, tout ce que la planète comptait de cerveaux s'attela frénétiquement au travail. Les plus puissants ordinateurs furent connectés en réseau et on chercha, avec méthode et dans la fièvre, à décrypter le message venu des étoiles, qui se répétait inlassablement par cycles de 37 heures.

Nous avons cherché nuit et jour à percer le code qui nous dévoilerait le contenu du message de l'espace. Nous ne pensions qu'à ça, tous, partout. Les gens les plus simples se trituraient l'esprit pour tenter d'en trouver la clé, d'en démonter une articulation. Dès la nuit venue, tous ceux qui le pouvaient sortaient, passant des heures à méditer, le nez levé vers le ciel. Plusieurs chaînes de télévision diffusaient en continu les images transmises par les meilleurs télescopes. Nous étions possédés, obnubilés par le sens à donner au Message.


Et nous avons trouvé. Après sept semaines d'insomnies, nous avons trouvé.

L'inspiration des artistes, les idées des humbles et les raisonnements des savants furent ingérés puis digérés par les ordinateurs des puissants ; les résultats obtenus furent restitués à tous, repensés, retravaillés, ressentis, et ainsi de suite : un gigantesque "brainstorming" planétaire, une coopération comme on n'en avait encore jamais vu, unissant vers un même but des milliards d'humains.

Le message enfin décrypté fut traduit en chaque langue, langage ou dialecte connu, et révélé à tous les peuples de toutes les nations grâce aux écrans géants qui furent montés en un temps record. Chacun en prit connaissance au même moment, et les larmes montèrent aux yeux de la plupart d'entre nous. Car, dans les cieux, était écrit :


"Ceci est l'Appel à nos frères et sœurs en Humanité. Nous vous aimons.

Nous surveillons vos œuvres depuis des millénaires, en vous aidant parfois quand vous vous égarez. Si vous nous ignoriez, nous vous connaissons bien et les temps sont venus de vous rejoindre enfin, car notre amour pour vous déborde de nous tous.

Cent mille milliards de vous-mêmes espèrent votre venue. Tous les êtres conscients de l'univers connu vous accueillent au sein de la Famille Humaine. Nous savons que, sans vous, notre avenir serait moins grand car une vie vaut moins si l'on rate un ami. Nous vous attendons.

Vous serez toujours libres d'être qui vous voulez et nul ne viendra aimer vos planètes sans y être invité. Nous vous aimons.

Ne craignez pas ce que vous augurez de nos pouvoirs communs : ils vous semblent immenses et le sont plus encore, mais ils vous appartiennent car nous vous les offrons sans qu'il vous coûte rien.

Nous vous attendons.

Demandez, faites-nous le bonheur d'être nos invités, nous vous partagerons nos civilisations et nous serons patients à vos hésitations comme l'est la fratrie à l'enfant nouveau-né. Apprenez à marcher et nous vous aiderons, vous soutenant toujours sans jamais vous contraindre. Nous vous aimons.

Comprenez nos signaux, faites-le nous comprendre, même peu, même mal, et nous saurons alors que nous sommes attendus et viendrons au plus vite.

Vous devez le vouloir, mais nous vous espérons avec espoir et confiance.

La lumière de nos mots allumera vos nuits pendant exactement quatre de vos années. Si, au bout de ce temps, vous vous taisez encore car n'ayant pas compris ou voulant rester seuls, nos flammes s'éteindront pour quatre millénaires, mais reviendront après : nous savons la patience. Nous vous aimons."


Cette transcription était simplifiée jusqu'à la caricature mais elle se trouvait, ainsi, propre à être comprise par tous. Le contenu du Message, avec toute sa profondeur, toute sa densité, était un sommet d'émotion et se révéla être pratiquement inassimilable par une seule personne. Bien des grands artistes, bien des savants de renom mouillèrent leurs yeux à s’essorer l’âme, de s'y être essayé. Mais ces larmes étaient de joie, et d'émerveillement.

Nous étions tous émerveillés. Et nous fîmes, ensemble, changer le cours de l'Histoire.


Les peuples de tous les continents exigèrent - et obtinrent - que soit instaurée une organisation planétaire unique qui prendrait en charge l'administration du monde en lieu et place des gouvernements existants jusqu'alors. Quelques tentatives - somme toute peu nombreuses - de noyautage du nouvel organisme furent étouffées dans l'œuf : sur les quelques centaines de personnes qui devaient impérativement être circonvenues pour réussir une telle entreprise, il s'en trouva toujours suffisamment pour vouloir résolument y mettre un terme sans égards pour leur vie ou leur fortune.

D'ailleurs, nous nous sommes vite aperçus que les seules volontés à s'opposer farouchement au nouvel ordre mondial trouvaient leur origine dans l'individuation fléchissante des divers trusts et multinationales, lesquels voyaient d'un mauvais œil remettre en cause l'emprise serrée qu'ils avaient eue jusque là sur le devenir de la planète.


Ces personnalités sub-humaines s'avéraient avoir été de véritables égrégores se nourrissant des flux du profit et du pouvoir, et perdirent jusqu'à leur identité dans la déréliction qui les frappa : les hommes et les femmes qui composaient leurs réseaux nerveux étaient parfaitement interchangeables, mais le remplacement incontournable de la totalité des pions qui s'étaient mis à vouloir pour plus qu'eux-mêmes vida ces monstres creux de leurs velléités d'autonomie... parce qu'il ne se trouvait plus de postulants pour accepter d'incarner "l'esprit maison".

Les géants de l'industrie, de l'ingénierie et de la finance, ayant fait peau neuve par la grâce des changements psychologiques affectant leur personnel, joignirent leurs forces à l'élan général.

Car si nous avions presque tous cherché avec exaltation à trouver le sens du Message, nous nous comptions plus nombreux encore à vouloir y répondre. À tous les niveaux de la Fraternité Humaine Mondiale nouvelle-née, chacun travaillait, seul ou au sein d'un groupe plus ou moins important, à donner vie au nouveau projet : déterminer le contenu et les moyens d'expédition du signal de bienvenue à nos frères cosmiques. Nous avions plus de trois ans pour ce faire et nous voulions être sûrs, sinon de notre réussite, tout au moins d'avoir tout tenté, tout donné, tout envisagé. Parce que, s'il y eût jamais une cause qui vaille la peine, celle-ci la dépassait d'à peu près vingt parsecs.


Nous avons réfléchi, tous ensemble. Les idées les plus folles ont été essayées. Pendant plus de trois ans, nous avons exploré chaque piste, même les plus farfelues. Nous avons bâti pour les scientifiques des constructions pharaoniques, équipées d'un matériel dont la débordante profusion n'était que la moindre démesure. Nous avons offert aux artistes des oasis de paix et de beauté afin qu'ils puissent s'immerger dans les remous de l'impulsion créatrice. Chacun a été informé des progrès de chacun, et chaque nuit la merveilleuse écharpe céleste est venue soutenir les ardents et restaurer les enthousiasmes déclinants. Nous voulions tellement trouver...


Trois années et demie d'une fièvre haletante nous ont été nécessaires avant d'oser croire que nous pourrions peut-être battre le temps dans la course frénétique que nous avions engagée contre lui. Et au bout de plus de mille jours, de mille nuits emplis de la crainte croissante de l'inacceptable échec, un groupe de physiciens épuisés vint rendre compte de leurs travaux par le truchement des écrans qui, désormais, nous servaient à communiquer au plus grand nombre toute nouvelle intéressant la quête commune. Ce jour-là, nous sûmes très vite avoir grimpé d'un coup toute une volée de marches. Cela se voyait au feu des regards qui éclairait les visages creusés de fatigue des chercheurs amaigris. Et dans ces regards n'était aucune place pour la lassitude, trop emplis qu'ils étaient de joie profonde, durable.

Nous les avons écoutés longtemps. Ils parlaient tour à tour, lentement, et leurs voix mal contenues dissimulaient difficilement les très intenses émotions qui les habitaient encore.


Afin de mieux nous expliquer ce que Nous avions découvert, ils employèrent une parabole qui comparait notre univers familier à un lac, peu profond mais très étendu, de crème anglaise doublée moleskine. Le postulat initial était que tout son, aussi puissant soit-il, émis au sein de la crème anglaise tend à perdre rapidement tant sa force que son audibilité. Au-dessus de la moleskine, par contre, l'air peut porter les sons très au-delà de ce que peuvent en concevoir les malheureux - mais très improbables - habitants du lac. Ceux-ci, obligés de se hurler à l'oreille pour se faire entendre, n'imaginent même pas qu'il puisse se trouver, derrière la moleskine, autre chose que de la moleskine. Mais le jour où un petit malin a l'idée d'y pratiquer un trou et d'émettre, à l'air libre, un appel de sa voix puissamment entraînée par une éternité de lutte contre l'inertie de la crème anglaise, ledit petit malin risque d'être surpris du résultat obtenu en termes de volume sonore et de vitesse de propagation.

Le seul vrai problème réside dans le fait avéré qu'une communication s'établit rarement entre un seul interlocuteur. Il faut donc, au bout du lac, un autre habitant disposé à écouter ce qu'on peut lui dire. Et qui ait eu, bien entendu, également envie de trouer sa moleskine. Au même moment.


Alors nos savants épuisés, qui avaient déjà réussi à faire le truc qui troue la moleskine - un très petit trou, mais quand même -, ont inventé le machin à faire vibrer à distance la crème anglaise sous les trous d'autrui. C'est-à-dire que si, un jour, un illuminé du bout du lac - qui avait un peu d'avance - a foré sa moleskine puis laissé son trou tel quel pour cause de lassitude, nous saurions malgré tout lui manifester notre présence.

En fait, peu d'entre nous comprirent ce qu'ils expliquaient, hors ceci : nous connaissions désormais le moyen de prouver à nos frères si lointains qu'Ils avaient eu raison, et que nous étions dignes de la confiance qu'ils avaient mise en Nous.

Le hurlement de joie qui jaillit de plusieurs milliards de poitrines simultanément fit certainement frissonner la planète. Nous pleurions des larmes d'enfants heureux. Les souillures anciennes, les doutes, tout avait disparu et nous nous sentions comme lavés, purifiés. Grandis.


La technique si nouvelle que nous allions employer était effroyablement complexe : il nous fallait créer une sorte de "mini trou noir" afin d'y expédier notre message. Nos savants présumaient qu'une technique plus ou moins analogue - au moins en termes de principe, sinon de moyens ou d'échelle - était employée par nos alter-ego cosmiques, et comptaient sur leur bonne volonté pour avoir effectué dans leurs parages immédiats le même type de "rupture" du continuum espace-temps.


Étant donné notre manque de pratique, nous avons été contraints de limiter le contenu de notre réponse. En fait, nous avons décidé de nous contenter d'une simple séquence lumineuse bâtie selon un modèle supposé ne laisser aucun doute quant à nos intentions, puisque composé du seul concept : "Bienvenue !".


À cet effet, nous avons fabriqué en quelques semaines un laser surpuissant, un laser comme jamais il n'en avait été conçu. LE laser. Nous l'avons baptisé Prométhée.

Mais Prométhée resta dans son hangar de montage car les chercheurs, inquiets, soutenaient que générer dans le continuum un trou de plus de quelques microns présenterait un risque impossible à gérer. La mort dans l'âme, nous nous sommes faits à l'idée d'envoyer à travers les astres un faisceau plus fin qu'un cheveu.

De toute manière, nous savions qu'au bout de sa course, loin là-bas dans les étoiles, notre orgueilleux rayon aurait perdu de sa superbe, et que nous n'aurions pu en distinguer quoi que ce soit à cause, d'abord, de la proximité de l'Appel, auprès duquel les plus brillants soleils semblaient des chandelles vacillantes, mais surtout du fait que notre lumière, retournée par la voie habituelle, mettra trois siècles à nous revenir. "Même peu, même mal...".

Nous savions avoir besoin de leur indulgence.


Au jour de la Réponse, bien peu d'entre nous manquaient à scruter le ciel, admirant pour la millième fois le feu ondoyant qui portait de si loin un si grand témoignage. Les savants avaient affiné leurs calculs, qui indiquaient une quasi-instantanéité de la transmission, et nos frères lointains devaient donc être en mesure de nous en confirmer presque immédiatement la réception. Il était fou d'espérer un signe en un temps si court et nous le savions mais, depuis quelque temps, nous étions tous un peu fous. Nous trouvions d'ailleurs cela très agréable.


La réponse fut envoyée dans le silence revenu : trois impulsions dont la première était brève, la seconde allant en s'évasant. La troisième, plus intense, tremblotait un peu, avec une grâce de danseuse orientale : c'est la vision que nous en avons eu, grossie par nos écrans. Puis nous attendîmes, préparés à attendre des heures, des jours, décidés à attendre jusqu'à ce qu'Ils se manifestent ou reprennent de notre ciel le rêve lumineux qu'Ils y ont allumé.


Nous n'osions pas y croire quand, après quelques secondes, nous vîmes soudain un rayon gigantesque, triomphant, jaillir du centre du message céleste. Puis un autre prit sa place, qui allait en s'évasant : c'était assez, déjà, pour que nous sachions. Mais nous fûmes sûrs quand vint le troisième rayon, celui qui semblait onduler des hanches, et nos cœurs débordèrent : Ils nous avaient entendus et nous reconnaissaient, nous rendant contre un fil de lumière les feux de dix mille soleils.

Enfin, dans la proximité du message initial apparut une autre séquence. Moins grande, plus rapide, elle semblait pétiller d'une joie trop contenue et soudain libérée. C'était la réponse, notre réponse : nous avions réussi à établir le contact avec nos frères des étoiles…


C'est fait, et le sort en est jeté. Nous avons donné le meilleur, dans l'espoir que plus encore nous serait offert en retour. Alors nous attendons, massés en foules immenses devant les écrans géants, que les ordinateurs programmés pour cette tâche traduisent en mots le nouveau message.

Dans le silence qui s'est établi naturellement se détachent les notes d'un prélude de Bach, et je me demande quelle musique accompagne ce moment à Bali. Puis les phrases s'inscrivent, dans toutes les langues connues, simultanément lues par une voix de synthèse étonnamment douce et chaude. Étonnamment.


"Ce n'est pas à vous qu'on s'adresse. Cessez de nous parasiter ou on dératise." Une pause, puis une question : "Cela est-il comestible, est-ce bon ?"



Nos savants sont très forts, vraiment. C'est sans doute par chance que j'ai découvert avant eux les principes de la projection sur-luminique. Cette même chance qui m'a fait hériter à l'âge de vingt-cinq ans de la petite somme autorisant la mise en pratique des quelques inventions qui ont fait de moi l'un des hommes fortunés de la planète.

Mais j'aime caresser l'idée que la chance seule explique difficilement ma réussite dans la mise au point du bidule à faire à distance des trous dans la "moleskine" : ce qui m'a permis, il y a presque quatre ans, d'envoyer le message lumineux que Nous avons reçu.


Je savais que Nous trouverions la clé du langage mouvant et coloré que j'ai découvert il y a longtemps. Car, si j'ai inventé ce langage, je ne saurais m'en glorifier : il est fait du passage dans un programme informatique complexe de données codées concernant les chefs-d'œuvre de l'Humanité. Tout peut être réduit en données, y compris la musique et la danse.


Nous avons fait tout cela, nous, petit groupe très secret d'amis physiciens, techniciens, poètes, pour tenter de conserver une cohésion, un avenir à une humanité mal partie.

Notre réussite a passé nos espoirs les moins raisonnables. Nous éprouvons cependant un profond malaise, qui nous a fait couper au plus vite tous les circuits, afin que se rebouchent nos trous dans la "moleskine".

Et pour cause : si chacun de nous revendiquerait fermement la responsabilité de la presque totalité de l'aventure - fût-ce au prix de sa vie, car certaines causes humaines comptent plus que quelques parsecs de féerie cosmique -, aucun n'a admis être à l'origine de la question sur les qualités gustatives éventuelles de l'humanité.


Alors, dans l'espoir improbable que l'un d'entre nous soit, malgré tout, un mauvais plaisant, nous respirons moins fort, pour être plus discrets…



 
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   Menvussa   
23/3/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bon, j'ai refait les calculs, en vitesse sur le coin de la table et je ne suis pas persuadé que cela fonctionne. Mais l'idée demeure alléchante surtout l'aspect crème anglaise.

Alors faudra-t-il aller jusque là pour convaincre l'espèce humaine (espèce dure d'oreille) qu'elle se fourvoie, je ne le sais ; mais, si la réponse est oui, alors c'est pas gagné.

par contre le coup des 720000 écrans, c'est très bien vu parce que le nombre est, à la date d'aujourd'hui, parfaitement cohérent avec les besoins.

   Pat   
13/4/2009
Pour discuter et approfondir vos points de vue sur ce texte, merci de le faire ici

   nico84   
16/4/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Surprenant, la fin nous remet à notre place. Pas la fin que je révais mais une qui fait réfléchir encore et encore.

Alors bravo. Et je m'étonné encore des descriptions et d'un certain réalisme dans tes ecrits de science fiction.

   Anonyme   
20/4/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
plusieurs points intéressants sur ce chapitre
l'aspect moleskine m'a interpellée moleskine et crème anglaise euh non je suis pas arrivée à imaginer ce que ca pouvait donner. Je n'arrive pas du tout à visualiser ce lac c'est peut être pour ça que je ne suis pas entrée dans l'histoire.
Faut dire aussi que niveau scientifique la vitesse de la lumière et tout ca m'a toujours semblé trop inaccessible pour que je ne saute pas une ou deux lignes dès qu'on m'en parle.

L'idée du groupe de savants qui aurait accompli cette mise en scène sans qu'aucune fuite ne survienne me semble aussi bizarre.

Bref le seul truc qui m'ait vraiment fait sourire c'est le "est ce comestible."

Désolée

Xrys

   NICOLE   
9/5/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Quel dommage que cette nouvelle ne s'arréte pas à "est-ce bon?", car alors, tout était dit et c'était savoureux (sans mauvais jeu de mot). A trop vouloir expliquer, il arrive que l'on atténue un peu la pertinence du propos. J'ai passé un bon moment à te lire, merci.

   horizons   
16/6/2009
De la SF, pourquoi pas, mais ça fait un peu "patchwork" dans le roman. L'histoire est sympa avec ce retournement de situation à la fin. Je n'ai pas trop aimé moi non plus le choix de la "crème anglaise", qui décridibilise ton explication scientifique.
Quant au message :"Ce n'est pas à vous qu'on s'adresse. Cessez de nous parasiter ou on dératise." Un peu rude ou vulgaire pour s'adresser à l'humanité entière, non?
Enfin, "Cela est-il comestible, est-ce bon ?" ne me paraît pas très clair. On ne comprends pas très bien la question, surtout à la première lecture.
Merci pour ce nouveau récit.

   Anonyme   
21/8/2009
Écrire te confère des droits, y compris celui de verser dans le rocambolesque. Un chapitre surprenant, mais il faut bien quelque rebondissement dans un roman, servi par une écriture fluide. Moins mon genre que le reste toutefois, même si c'est bien mené.


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