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Abu-ISsa : Papy
 Publié le 30/07/14  -  9 commentaires  -  12456 caractères  -  102 lectures    Autres textes du même auteur

Retrouvailles familiales.


Papy


J’enclenchai mon réveil pour cinq heures, avec un engouement certain. Je partirai à l’aube. Je sortirai enfin ma voiture du garage et prendrai la route pour le nord. Voilà plus d’une semaine que le compte à rebours s’amorçait en moi. Ma petite valise était déjà installée dans le coffre et il ne me restait plus qu’à y mettre ma trousse de toilette. Quand la sénilité s’empare de vous, on se doit d’être coordonné pour éviter toute panique et fatigue. Le lièvre avait inévitablement laissé place à la tortue, mais du reste, l’essentiel était d’arriver à destination. Ces derniers temps mon arthrose et moi nous jouions au chat et à la souris. La solitude amplifiait les douleurs. Je pris le soin de mettre une petite lampe de chevet dans la valise, pour mes lectures du soir.

J’étais prêt à me coucher : demain serait une journée dantesque. Je pensais fort à toi Fatima, j’irai embrasser ton fils pour toi ainsi que nos petits-enfants, Inch Allah !

J’attendais que le réveil carillonne pour me lever, je l’avais devancé à vrai dire. Ces derniers temps, le marchand de sable m’esquivait. Je posai tout d’abord mes jambes frêles à terre et j’engloutis, comme chaque matin, une bouteille d’eau minérale. Je me dirigeai vers la salle d’eau pour entamer mes ablutions. Je pris mon petit tabouret, lançai mon tapis devant et entamai la prière de l’aube. Je m’habillai, me parfumai de cette eau de toilette que tu aimais tant, et je n’oubliai pas au passage de te ressusciter en vaporisant ton parfum sur mon mouchoir. Je me fis un thé, démarrai la voiture pour qu’elle puisse ronronner, vérifiai de couper l’arrêt d’eau et fis sauter le disjoncteur. Je devenais étranger à cette immense maison, construite pour la famille. Son entretien me tuait à petit feu, mais passer devant ce jardin où tu avais planté ce paradis, c’était une partie de toi qui fleurissait devant moi. Cette nostalgie me permettait de rester debout, mais en même temps, m’interdisait de voir l’horizon.

Je pris la route, direction Casablanca. Si je n’avais pas de pépin, j’y serais pour dix-huit heures et les petits seraient normalement rentrés de l’école, pour accueillir leur papy.

Quel progrès cette autoroute, dire qu’auparavant on mettait le double de temps pour arriver à la capitale économique, en risquant sa vie à chaque virage. Mon pays avait bien changé, j’eus le sentiment d’être un étranger, tellement ce monde me bousculait. Même le café que je venais de prendre, pour me rebooster, sur l’aire de repos n’avait plus la même saveur. Maintenant, on prenait des dosettes ! On ne laissait plus part à l’improvisation. Tout devait être structuré, programmé. Quel dommage ! Il ne manquerait plus que nous soyons branchés sur le secteur d’alimentation.

La route était droite et ennuyeuse, tout comme moi à vrai dire. Je continuais ma trajectoire en solitaire et essayais, tant bien que mal, de me raccrocher à Karim et sa petite famille, mais sans toi, Fatima, l’affaire semblait compliquée. Un papy, c’est amusant les premières heures ! Mais après, ça se tarabiscotait.

Le pare-brise se mit à pleurer, le temps était bien nuageux là-haut. Cette année, nous avions été gâtés en pluie, les agriculteurs paraissaient heureux et les villes plus propres.

Des jeunes sur les bas-côtés, faisaient du stop. J’aurais bien aimé en prendre un pour m’accompagner et pour qu’on puisse causer, mais j’entendis ta petite voix méfiante, qui me sermonnait Fatima :


– Tu n’es pas sérieux Abdel, ce sont peut-être des dealers de haschich, ou pire ! Des voleurs de voiture qui s’en prennent à des vieux sans défense, non ! Et non ! Ta bonté te perdra.


Je lançai des petits signes désolés de la main, à ces petits gaillards.

J’y étais presque. Je quittai cette autoroute assommante, pour arriver à l’entrée de cette mégapole où tout se mêlait : des charrettes tractées par des ânes, de grosses motos chinoises qui transportaient des fruits et légumes, des semi-remorques et ces fâcheuses mobylettes ; un vrai souk ambulant. Je devais rester vigilant, car, si par hasard, je frôlais un de ces deux roues, ce serait mon pire cauchemar.

Je réussis à quitter ce vacarme sans trop de dégâts, il ne fallait pas que je rate la sortie sinon, je devrais tout reprendre à zéro. Mon sens de l’orientation m’avait amené à bon port.

J’essayais de dénicher une place, pour garer ma belle. Près de la maison de Karim, ce serait parfait ! Au moins, je pourrais la surveiller de la chambre. Les rues de Casablanca, la nuit, se transformaient en supermarché pour bandits. Eh bien, ce fut mon jour de chance, une charmante petite place entre deux berlines, bien joué Abdel !

Je pris ma valise dans le coffre, avec, bien évidemment, des surprises pour les deux asticots. Je sonnai, une fois, deux fois, rien. Puis, je sortis mon portable, pour appeler mon fils.


– Karim, je suis arrivé et j’attends devant le perron, personne n’est là !

– Je viens d’avoir Aicha, elle est sur le chemin, il y a des embouteillages. Papa, tu vois le pot de fleurs sur ta gauche ?

– Oui et alors !

– Je t’ai laissé une clef en dessous, repose-toi et mets-toi à ton aise, le temps que les enfants rentrent !

– Alors, toi et tes combines ! Bon ! J’y suis, j’ouvre la porte.

– Allez, à tout à l’heure papa, j’essaye de rentrer plus tôt, Salam.

– Sois prudent, mon fils !


Quel bazar ! Mais c’est un champ de bataille cette maison : les coussins du salon à terre, les jouets qui traînent et des chaussures à chaque coin, si tu étais là Fatima, tu nous aurais poussé une gueulante bien méritée !

Je posai mon sac lourd sur le lit de ma chambre et vérifiai si les draps étaient propres. Je pris l’initiative de prendre une bonne douche pour être présentable pour la famille. Enfin prêt, j’attendais la venue de mes petits-enfants, Issa et Nawal avec impatience. Ils ne devraient pas tarder.

Le chahut, propre aux enfants, se faisait entendre sur le perron. La porte s’actionna et me voilà les bras grand ouverts, prêt à accueillir ma descendance.


– Papy ! s’écrièrent à l’unisson, Issa et Nawal.

– Mes zigotos !


L’accueil fut chaleureux et j’en profitai pour recharger mes batteries pendant l’étreinte. Au cours de ces brèves secondes, j’éprouvais une euphorie et une bénédiction sans nom.


– Vous avez fait bon voyage Hajj ? m’interrogea Aicha, en arborant un large sourire face aux retrouvailles.

– Très bien ma fille, et toi ça va ?

– Je suis esquintée, on est tombés sur un embouteillage infernal !


Toujours à se plaindre ; à ton âge, ma petite, je remuais ciel et terre. Juste après les accolades, le petit Issa, comme à son habitude se précipita dans la chambre pour s’approprier les cadeaux.


– Merci Papy ! s’écria le sans-gêne.

– Il te les faut tous Issou, allez donne le rose à ta sœur.

– Il est tard et je n’ai encore rien sous la cocotte. Ça vous dit que je commande une pizza Hajj ?

– Oui, oui, une pizza ! Une pizza, maman, s’esclaffèrent les enfants.

– Va pour des pizzas, alors, lui répondis-je.


Et en plus madame va nous faire manger de l’emporté, ah cette génération !

Issa prit sa console pour tester ses jeux pendant que la petite brossait sa nouvelle Barbie. J’étais assis au bout du fauteuil quand soudain, mon gaillard nous est tombé dessus.


– Salam papa comment s’est déroulé ton voyage ?

– Comme sur des roulettes.


Entre Karim et moi il y avait une espèce de pudeur déplacée dans nos relations. On procédait par messages codés dans une crispation solennelle. Avec le temps, ça devenait usant, je suis sûr qu’il souffrait de mon manque de démonstration affective. Jadis, Fatima était constamment en train de le chouchouter, il était pour ainsi dire l’enfant roi. Je me voyais dans l’obligation d’endosser le mauvais rôle pour rétablir la balance. J’aspirais à de grandes ambitions pour Karim !

Mon fils avait pris un coup de vieux, ses cheveux gris prenaient l’ascendant et sa démarche s’était alourdie, on avait l’impression qu’il portait sur lui toute la misère du monde, mon petit.


– Papa, je prends une douche et je suis à toi.

– Prends ton temps, il n’y a pas le feu, Karim.


Les pizzas arrivèrent, nous étions tous réunis pour avaler cette chose ! Heureusement qu’on avait le droit à une petite gâterie pour le dessert, une bonne glace « chocolat cookies » comme j’en raffole. Les enfants étaient joyeux mais Karim n’était pas trop causeur ce soir, fatalement la fatigue d’une journée épineuse.

C’était un enfant précoce Karim, il était doué dans sa jeunesse. Tout ce qu’il touchait, il le transformait, à mon grand bonheur. Après son bac avec mention, il avait échoué à deux reprises au concours d’admission de la faculté de médecine. Deux années d’obstination sans résultat, il se trouvait devant un mur infranchissable, et pour couronner le tout, notre plus lourde épreuve s’était pointée : la disparition de Fatima. Nous étions comme amputés de l’amour.

Karim avait perdu cette étincelle qui le distinguait tant. Il bifurqua sur une école de commerce et le voilà, à ce jour responsable d’achat d’une grande chaîne de supermarchés.

Après notre succulente glace, madame me remit la télécommande de la télé et me proposa de choisir l’émission de la soirée. Aussitôt après, elle se rua devant sa tablette. Karim, quant à lui, envoyait des mails de dernière minute sur son smartphone, et le petit Issa, les yeux aimantés sur sa console, jouait. Tandis que la petite dernière s’efforçait de rester éveillée.


Tu parles d’une soirée en famille, chacun s’alimentait de bêtises dans son coin.

Quand il n’y avait que la télévision, à la rigueur, on partageait pendant plus d’une heure un même programme et on pouvait placer quelques commentaires, mais maintenant, tout le monde se veut d’être connecté et moi, je suis déconnecté ! Mes valeurs sont devenues obsolètes. Le virtuel a définitivement pris le pas sur le réel.

En signe d’indignation, je me levai, sans un mot, pour rejoindre mon lit et ma lecture, quand soudain : coupure totale d’électricité ! Panique générale à bord : plus de réseau wifi internet. Les enfants s’affolaient dans le noir, et Aicha secoua Karim pour qu’il agisse. Il partit chercher une torche dans la cuisine : comme par hasard, les piles ne fonctionnaient plus. J’ai demandé à Karim où se situait le tableau d’électricité.


– Derrière la porte d’entrée papa.


Je me dirigeai d’un pas serein vers le tableau, pendant que tout le monde gigotait dans tous les sens.


– C’est bien ce que je pensais mes enfants. C’est une panne générale du quartier, nous n’avons plus qu’à attendre que le courant revienne.

– Mais comment je vais prendre ma douche, s’il n’y a plus d’eau chaude ? s’impatienta Aicha.

– Et moi, j’ai des emails à envoyer pour demain, comment je peux faire sans wifi, et la batterie de mon smartphone est prête à me lâcher, je serai injoignable ! s’agaça Karim.

– Calmons-nous, ce n’est qu’une panne temporaire d’électricité. Dites-moi, vous avez des bougies ? les questionnai-je.

– Des bougies ? Aicha, tu as des bougies quelque part !

– Non Karim !

– Bon je crois que j’ai la solution mes enfants. Je laisse toujours traîner deux ou trois bougies, au cas où je tomberais en panne de voiture la nuit.


Je rejoignis ma voiture avec une légère excitation. Comme prévu, les bougies répondaient présentes, près du cric. Je retrouvai la famille déroutée, autour de la table du salon, formant un cercle, puis j’allumai la première bougie pour la déposer au centre de la table. Les enfants applaudirent et Karim me tapota l’épaule.


– Qu’aurions-nous fait sans vous hajj ? répliqua Aicha d’une voix plus apaisée.

– Bravo papy, piaillaient les enfants.

– Laissez-moi vous faire découvrir un jeu de cartes très amusant : le pouilleux. On pourra jouer tous ensemble.


La pièce brillait par ces bougies et ces cœurs tranquilles. Je me suis senti revivre et j’ai pris la place que je méritais. Nous étions enfin connectés tous ensemble. Je n’avais jamais vu Aicha aussi décontractée, et Karim semblait satisfait. Les regards des enfants étaient remplis de gaîté. Des rires gloussaient dans tous les sens et je retrouvai mon fils sous son air juvénile d’antan, même Aicha me lança des regards complices pendant la partie.

Ce fut un moment mémorable où l’atmosphère était douce et pleine de félicité. Hélas, tout état de nirvana ne pouvait durer. Ainsi la technologie pointa de nouveau son nez pour reprendre ses droits. Je fus pour le temps d’une soirée, le roi du monde.



 
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   socque   
9/7/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai trouvé cette histoire très touchante. Il est probable d'ailleurs que si le narrateur avait été un papy français quittant sa campagne pour retrouver son grand fils à la ville, toutes choses égales par ailleurs, j'aurais été moins intéressée. Là, j'ai apprécié cet aperçu sur un homme simple qui accepte d'être dépassé dans un monde musulman que (bêtement) j'ai tendance à m'imaginer immobile.

En vérité, au plaisir de cette histoire écrite avec gentillesse, humour et nostalgie s'est ajouté celui du dépaysement !

   Robot   
30/7/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un récit que j'ai vraiment parcouru avec grand plaisir. L'image de l'épouse qui revient pour rappeler à l'ordre. Cette famille qui se retrouve pour presque s'ignorer à cause des réseaux sociaux qui brise le lien social. Heureusement, la fée électricité joue les Carabosse et Papy en profite pour organiser une vraie soirée familiale.
Le récit ne fait pas dans le sensationnel, il décrit et raconte chaleureusement une histoire toute simple mais réjouissante.
J'ai apprécié cette phrase de la conclusion:
"Nous étions enfin connectés tous ensemble"
C'est au moment ou les connexions techniques sont interrompues que les membres de la famille sont enfin connectés - tous ensemble -. Ce tous ensemble est vraiment ironique.
Bien sûr, la réalité reviendra avec la lumière mais on peut espérer que cette soirée aura modifier un peu les comportements... peut-être...

   Pimpette   
30/7/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
C'est un texte très sympathique qui révèle, sans geindre, la différence de vies entre deux générations...surtout là entre un grand père marocain qui regrette une femme très aimée...et des petits enfants accros aux ferrailles électroniques de tous les genres et tous les modèles.

L'écriture est un peu...vous voyez ce que je veux dire?...mais ça convient bien ici car si Papy écrivait comme Diderot ça ferait marrer tout le monde!

Mais ce qui m'a touchée le plus, c'est la soirée à la bougie.
Quand il y avait une panne chez nous on allumait les bougies nous aussi et il arrivait quelque chose de merveilleux::
Mon mari qui n'est pas un grand bavard, à l'occasion de l'obscurité relative et de la douceur des petites flammes se mettait à raconter toutes sortes d'anecdotes de son enfance...

Merci à vous Papy pour ce récit vrai et touchant
Pimpette

   Anonyme   
30/7/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Salam Abu-ISsa... Une écriture simple et belle, sans fioritures mais un récit très prenant où deux générations se confrontent, l'ancienne avec ses souvenirs d'autrefois et la nouvelle hyper branchée... L'idée de la panne d'électricité est très bonne car elle permet un retour aux sources, retour qui ne peut être éternel évidemment.
Cela dit, que ferions-nous aujourd'hui sans cette électricité dont nous sommes, toutes générations confondues, devenus les esclaves...
Certains vivent pourtant sans le moindre confort... Reste que quand on y a goûté il est difficile d'imaginer autre chose.
Un texte qui donne à réfléchir... Merci

   guanaco   
1/8/2014
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Nouvelle sympathique au demeurant avec ses allusions aux valeurs familiales - le respect des anciens par ex-, la vie de famille, les drames, le choc des générations, le tout saupoudré d'une ambiance exotique grâce aux détails évoqués par le narrateur sur son pays, les villes et les habitants.

Mais quelque chose fait que je ne parviens pas à m'attacher à cette réunion de famille aux membres très sympathiques. Et en y réfléchissant, je me suis demandé si au niveau de l'action, il n'aurait pas été préférable de faire venir le fils chez "Papy": la "présence" de Fatima aurait été plus forte et plus profonde, l'univers de Papy aurait eu une portée et un impact plus important sur la venue de petits enfants et d'un fils wifisés en permanence. La maison des grands-parents me paraît plus en mesure de faire oublier la technologie et de revenir à des valeurs plus basiques comme celles évoquées par la partie de cartes.

Lorsque Karim et les enfants paniquent à la perte du wifi, je n'y crois pas une seconde. On sait que ça peut arriver, que ça ne dure généralement pas et au pire, on est toujours en mesure de trifouiller son modem pour que ça reparte (après, je ne connais pas le Maroc et les connexions marocaines!).

Quelques erreurs de ponctuation ou d'expression (par ex "vérifiai de couper l’arrêt d’eau": couper l'arrivée d'eau/couper l'eau)

Quoi qu'il en soit, je respecte le choix de l'auteur et le remercie pour son texte.
Choukrane hajj!

Guanaco

   fergas   
1/8/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Papy, ou comment on ressoude une famille en coupant l‘électricité. Illogique, non ? Mais tellement vrai.
Nous connaissons tous cette situation de morcellement de la famille par la technologie : trop de choix = il n’y a plus de choix ! Ici, l’isolement par les TV, tablette, smartphone, apparaît un peu caricatural, mais le rythme d’un récit aussi court impose ce genre de raccourci.
Quoi qu’il en soit, l’amour qui se dégage du papy envers sa famille est bien ressenti, et on est touché par l’ambiance de veillée familiale.
Le récit de Abu-Issa est bien construit, émouvant, et vraisemblable. Pas de reproche sur l’écriture elle-même, à part un ou deux petits détails déjà signalés par les commentateurs.

P.S. : Je suis moi-même natif de Casa, et c’est vrai qu’elle copie tous les travers des cités modernes. Casablanca, Paris, Pétaouchnok : même combat !

   Uranie76   
6/8/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Pure émotion, née d'un style fluide, agréable à lire, à aborder, qui m'a plongée littéralement et instantanément dans le récit. Il aurait pu durer longtemps que je ne m'en serais pas lassée. Le fond lui m'implique, pour avoir vécu quelques années à Casa. Ville qui cristallise exagérément tous les travers d'une société complexe.

Les casaouis la savent ogresse, elle est instigatrice à elle seule une exode rurale massive les années de sécheresse, et avec cette exode les bidons-villes, un brassage détonnant entre ruralité et vie citadine, pauvreté, et nécessité de se nourrir si vite que les vices y fermentent : vol à l'arrachée, prostitution, etc.

Pourtant de par son statut de capitale économique, Casa se doit d'être moderne mais son rapport avec la modernité est souvent bringuebalant tanguant entre les extrêmes, une éternelle quête du bon dosage pour ne pas étouffer les racines, un tâtonnement permanent. Et dans cette quête où nos repères vacillent sans cesse, tiraillés entre tradition et modernité, les personnes d'un certain âge sont des garde-fous : ceux qui sont respectés, dont la parole pèse,qui souvent rappellent à l'essentiel. Nous sommes encore loin des vieux relégués aux soins de maisons de retraite, impuissants dans leur attente de la mort, bons que par leur pouvoir d'achat. Les vieux au Maroc sont piliers. Souvent. Surtout les femmes, dans cette société matriarcale principalement.

Et ce Papy, n'habitant pas parmi les siens, est tiraillé par une proximité affectueuse et impliquée avec sa descendance (les papys d'antan sont moins impliqués et moins démonstratifs tout en restant présents) et cette distance qu'ils n'ont pas choisis tous les cinq, imposée par la mort d'une mère-attache d'abord, et puis par ce qui est si justement, si simplement décrit.

   Anonyme   
2/12/2014
 a aimé ce texte 
Un peu
Si j'aime la situation, la déroute de ce grand-père dans un monde qui semble avoir changé sans lui, je trouve la coupure de courant, la façon dont elle est vécue assez facile, attendue et stéréotypée.
au final il n'y a donc que la fin du récit qui ne m'emballe pas, même si j'aime la dernière phrase: "Je fus pour le temps d’une soirée, le roi du monde."

   Nine   
9/1/2015
 a aimé ce texte 
Bien
J'aime beaucoup ce type de récit chaleureux parce qu'on se rend compte que même avec l'age on peut ressentir une certaine excitation, attendre avec impatience que le temps file pour être enfin au bon moment. C'est ce que tu décris très bien dans tes 2 premiers paragraphes, avec même une note coquette et romantique "Je m’habillai, me parfumai de cette eau de toilette que tu aimais tant, et je n’oubliai pas au passage de te ressusciter en vaporisant ton parfum sur mon mouchoir". J'aime bien cette description, tout simplement parce que nous faisons les choses sans même plus les regarder. J'aime bien aussi ce regard vers le monde connecté où "Le virtuel a définitivement pris le pas sur le réel", c'est tellement vrai. Et ce petit coup du sort, où le papy a son petit moment de gloire touche. Il me manque un peu plus d'images, de ressentis : la fin est un peu rapide aussi à mon gout.


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