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Fantastique/Merveilleux
Ahimsa : Port-au-Persil
 Publié le 05/12/08  -  5 commentaires  -  11190 caractères  -  13 lectures    Autres textes du même auteur

Une étrange rencontre !


Port-au-Persil


« Qu’ai-je à perdre qui changerait ma vie ? » Swami Shraddhananda


Désabusé en raison de la crise financière dans laquelle mes illusions, mon emploi et la valeur de mes actions s’étaient envolés, emportés par l’irrésistible tourbillon, je m’étais réfugié, fuyant la tourmente, dans les paysages fantastiques de Charlevoix, en quête d’un havre pour panser mes déboires et retrouver la paix intérieure.


On m’avait chaudement conseillé l’accueil et la table champêtre de madame Lafleur, une femme au regard un peu gris qui tenait l’auberge à Saint-Siméon : une maison victorienne aux couleurs ciel et nuages, épinglée, tel un bijou, à la colline face au Saint-Laurent. Pour le moins, m’avait-on prévenu, il s’agissait d’un site ensorceleur ouvert sur l’horizon et bordé d’arbres noirs et immenses. Si, à la brillance des ciels d’automne, la demeure centenaire semblait dominer le fleuve, elle paraissait, dès la brunante venue, envahie par des ombres d’une vie passée qui, sous le souffle invisible du vent, chuchotaient dans le jardin. N’ayant aucune attirance pour le spiritisme ou les revenants, je n’avais pas osé m’aventurer dans ses allées.


Malgré le temps froid de la saison, l’auberge affichait complet. Convié au repas du soir pour les dix-neuf heures, je me rendis à la salle à manger un peu plus tôt, espérant rencontrer d’autres clients et bavarder de tout et de rien. Des peintures de scènes de chasse et des têtes d’orignal agrémentaient les murs laminés de bois de la grande salle alors que les lustres en fer forgé diffusaient une lumière tamisée. Les convives, décontractés, arrivèrent et se présentèrent les uns aux autres : un moment fort agréable. Nous nous préparâmes, sous le crépitement des bûches et les valses de Strauss, à déguster les mets champêtres apprêtés par l'hôtelière. La grande table nous réservait deux surprises : des fauteuils d’un confort surprenant et un copieux festin arrosé des meilleurs vins. Ce dîner, mémorable en soi, fut tenu sous la chaleur de l’âtre et les bienfaits du porto. Bien que j’aie cru avoir tout perdu, je me surpris à réaliser au contact des autres invités qu’il me restait encore la vie et la richesse du moment présent. Les conversations allaient bon train et, franchement rien, mais vraiment rien, ne laissait présager la suite des événements.


L’aubergiste allait m’offrir un deuxième porto lorsque la porte s’ouvrit avec grand fracas, laissant passer, tel un véritable coup de vent, un jeune homme d’au plus une trentaine d’années. L’air complètement ahuri, les yeux fous, le visage d’une blancheur inouïe, il se jeta, hors d’haleine, sur le premier fauteuil disponible.


Tous, nous nous regardâmes, épouvantés sinon sidérés par son apparition et son allure fantomatique. De ses mains tremblantes, il serrait contre lui une veste en cuir pareille à celles portées par les motards. On aurait cru un trésor ou encore une relique importante, tant il la tenait précieusement.


Le jeune homme suffoquait sous l’émotion dont nous ignorions totalement les causes. Madame Lafleur, qui semblait la plus affectée d’entre nous, se dirigea d’un pas hésitant vers l’armoire en pin qui contenait les boissons. Elle lui servit alors un alcool fort, susceptible de lui faire reprendre ses sens. Il l’avala d’un seul trait. Puis, toujours secoué par des tremblements dus à son extrême nervosité, il se retourna vers moi, qui étais son plus proche voisin, et nous raconta une histoire impensable. Je ne saurais dire s’il s’agissait là de folie ou de délire provoqué par un fort choc, car, malgré son air dénaturé, je crus qu’il était sain d’esprit.


Sans lâcher le vêtement, le regard absent et vide, sans doute pour mieux se remémorer les scènes de son aventure, il rassembla, avec une détresse peu commune, les termes nous révélant l’affaire :


- Tout a commencé hier, vers la fin de l’après-midi. La température, quoique fraîche, invitait à la balade, et je me suis rendu en moto à Port-au-Persil alors que j’aurais normalement dû filer vers Montréal. Je n’espérais pas autre chose de ce périple qu’un dernier moment de solitude avant de terminer ma thèse doctorale. Assis sur les grosses pierres du front de mer à quelque trois cents mètres de la chapelle, mon regard portait alternativement sur le fleuve et le ciel. Le soleil, oblique à cette heure, répandait sa lumière à travers les épais nuages, à la manière de traits lumineux entourant la tête des saints sur les images sacrées, étrangement semblables à la représentation du vitrail perçant le mur de la petite église dont je venais de terminer la visite. Le jour allait bientôt tirer sa révérence et la plupart des visiteurs, quoique peu nombreux, quittaient les lieux tour à tour. Je me préparais à revenir à l’auberge lorsque j’ai aperçu une jeune femme aux côtés de ma motocyclette.


Le regard hagard, le souffle rapide, il sembla hésiter à nous raconter la suite. Un grand silence emplit la pièce. Nous étions suspendus à ses lèvres. Madame Lafleur, toute en sueur, l’encouragea à continuer.


- Je me suis approché ; elle m’a salué. Je ne suis pas intimidé par les filles, mais sa beauté trop éclatante pour appartenir à notre monde me troublait, me laissait perplexe. Je l’ai questionnée, à savoir si elle aimait les motos. Avant même qu’elle eût le temps de formuler une réponse, j’avais compris, à sa façon de toucher ma machine, qu’un rapport indivisible les unissait. Comme elle retournait à Saint-Siméon, je lui ai proposé de monter. Elle était ravie. Pour la protéger du froid, je lui ai proposé mon blouson. Le trajet ne représente qu’une course d’environ six kilomètres, quelques minutes tout au plus. Elle m’a indiqué sa maison. Je l’ai déposée face au long trottoir menant à la porte. D’un clin d’œil complice, simulant un frisson, elle m’a invité à revenir demain pour récupérer la veste. J’ai souri à l’occasion de la revoir.


Encore une fois, il s’arrêta. Seul le vent nous faisait entendre sa plainte. Nous nous regardâmes, indécis, sans nous douter des aboutissements de son aventure. Pour ma part, je le trouvai de plus en plus pâle : il ne semblait pas bien du tout. Je crus d’ailleurs qu’il allait s’évanouir. Madame Lafleur posa doucement sa main sur son bras. Il sursauta ; le toucher sembla le sortir de son cauchemar pour le ramener dans la réalité. Elle lui répéta alors la question qu’il n’avait de toute évidence pas entendue :


- Vous l’avez revue ?


Nous attendîmes la réponse avec impatience, emportés davantage par notre désir de savoir que par celui de compatir à sa misère. Au rythme d’une respiration profonde qui, l’instant d’un moment, le calma, il s’essuya les yeux avec le revers de sa manche et enchaîna :


- La journée durant, je n’ai cessé de rêver à notre prochaine rencontre. À l’heure dite, je me suis présenté à son domicile et je me suis engagé dans l’allée menant à la véranda. J’ai enjambé, rempli de la joie de la revoir, les trois ou quatre marches me séparant de la porte. Ma veste reposait sur la chaise. Je l’ai prise et, sans savoir pourquoi, intuitivement, je l’ai portée à mon nez à la recherche de son parfum. Il y était encore. Une femme est apparue à la porte. Je crois lui avoir dit être venu pour voir Anna.


Les sanglots s’emparèrent de lui. Nous le regardâmes, impuissants, devinant que les prochains mots, en les libérant, atténueraient sa douleur.


- Au seul mot Anna, tout a basculé. Le nom a semblé éveiller la douleur d’une profonde blessure. Monsieur, m’a-t-elle dit, stupéfaite, depuis deux ans déjà qu’Anna est morte. Un accident de motocyclette sur le petit chemin de Port-au-Persil. Le temps s’est arrêté, chaque seconde devenant un monde en soi. J’ai vu naître les larmes dans les yeux de la dame, sa mère sans doute, et j’ai senti mon cœur s’affoler aux prises avec une panique incontrôlable. Anéanti, j’ai bafouillé quelques excuses. J’allais partir. Apeurée, elle m’a retenu en m’agrippant…


Il eut peine à parler. Il ne nous regarda plus. Non, désormais il nous examina avec étrangeté, comme si une grande menace pesait sur chacun de nous. Madame Lafleur, tremblante, lui servit un autre cognac qu’il avala sans broncher.


- Je pouvais palper sa peur. Je n’étais pas le premier à venir ainsi récupérer une veste. L’annonce d’une catastrophe avait suivi chaque apparition. Je voulais fuir et surtout ne pas en entendre davantage. J’anticipais sa prochaine question. Je me suis enfui, mais ses cris me poursuivaient : qui, qui ? Depuis, les paroles d’Anna n’ont cessé de résonner dans ma tête.


Jamais je n’aurais cru qu’une telle aventure puisse créer autant de tension. Nous suffoquions d’inquiétude. Quant à l’aubergiste, elle s’agitait de plus en plus. Toute en sueur, nerveuse, elle se servit, à son tour, un cognac. Elle nous raconta alors la mort de son mari, un stupide accident de chasse… annoncé par Anna dans des circonstances similaires. J’eus peine à le croire. Puis, morte de peur, madame Lafleur laissa échapper, d’une voix qui trahissait une anxiété non déguisée :


- Qu’est-ce qu’elle t’a dit ? Qu’est-ce qu’elle t’a dit ?


On aurait dit l’ultime cri d’une bête atteinte au cœur.


- J’ai eu du mal à en comprendre le sens, mais voici quelles ont été ses paroles :

« Si, malgré les richesses que la vie dépose sans cesse à tes pieds, tu crois avoir tout perdu, tu n’es qu’un mort-vivant ! Ose ta vie : toi seul la vivras ! »


Les paroles rapportées par le jeune homme m’atteignirent droit au cœur. Ma vie durant, je l’avais passée à accumuler du prestige, des biens, du capital, éloignant de moi, du revers de la main, les questions fondamentales : qui suis-je, d’où viens-je, où vais-je, quel est le but de la vie ? Tel un coupable sommé de se lever en cour, j’allais me redresser, prêt à avouer mes faiblesses et à promettre de vivre intensément chaque minute que le ciel indulgent m’accorderait, lorsque l’assemblée, visiblement troublée, s’empressa de réconforter le jeune homme pour se disperser rapidement. J’aurais souhaité parler au malheureux, mais il avait déjà quitté la salle. Je pris congé de madame Lafleur, qui avait repris ses couleurs. Je me retrouvai seul dans ma chambre.


Il est sans doute vrai que la nuit porte conseil, puisqu’au petit matin ma première pensée se porta sur la nature de l’apport que désormais je tenterais d’offrir à ce monde. Malgré l’heure hâtive, je descendis pour le petit-déjeuner. La salle à manger s’abreuvait déjà à la lumière du soleil et les couleurs des tableaux s’affirmaient comme les feuilles à l’automne. Il ne manquait pas grand-chose pour que le portrait fût parfait. Seules les odeurs du café et du petit-déjeuner ne furent pas au rendez-vous. Je fis un pas de plus et j’entrai à la cuisine. Madame Lafleur n’y était pas, retenue au lit par une grande lassitude, selon les dires de la cuisinière venue la remplacer.


Dès le repas du matin terminé, je quittai l’auberge, sans le sou, sans travail mais ouvert à une nouvelle raison d’être. Quelques semaines plus tard, on m’apprit la vente de l’auberge. J’aime croire que madame Lafleur, renonçant à ces tristes souvenirs, avait choisi la vie et ses richesses.


 
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   Filipo   
5/12/2008
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Bon, l'histoire d'une dame blanche, version deux roues. Pourquoi pas ? L'histoire, bien que peu originale, aurait pu être potable, sans cette chute incompréhensible, totalement bancale.

Mais ce n'est pas le pire. La forme coupe tout plaisir de lecture, selon moi.

La première phrase, par exemple : d'une longueur irritante, elle ne flatte pas le lecteur (l'entame, c'est quelque chose d'important). Elle annonce le style qui va suivre, trop empesé pour être digeste et alerte. Le choix systématique du passé simple (et ses "...âmes" et autres "...îmes") rajoute à cette impression.

Mais le plus gros reproche, je le réserve aux dialogues. Surréalistes. Le jeune-homme entre, terrifié, et il fait un discours de deux kilomêtres de long avec le petit doigt en l'air. Bien sûr ! (et la marmotte, elle plie le chocolat dans le papier d'alu !)
Cela continue durant tout le texte (sauf pour l'aubergiste, elle est assez "cruche" pour avoir des tirades plus réalistes, elle).

Les descriptions ne sont pas crédibles non plus. Le coup du blouson ? Pourquoi le type repart-il sans son blouson, alors qu'il l'avait passé (galant comme il l'est) à la JF le temps de la course ? Ca frise le ridicule !

C'est dommage, car je sens que l'auteur est capable de bien mieux, si son écriture consent à se défaire de cette lourdeur et cette trop grande affectation. Alléger le style ne veut pas dire renoncer aux trouvailles, attention ! On a juste l'impression que tout le "travail" sur ce texte a été de rédiger de la façon la plus faussement lyrique et grandiloquente - au détriment de toute vraisemblance, légèreté, intrigue et intérêt de lecture.

On est tous ici pour progresser. Ce commentaire - volontairement sévère - est certes un simple ressenti de lecteur. Mais, après tout, n'est-ce pas le lecteur qui doit être au centre de la démarche d'un écrivant ?

   xuanvincent   
5/12/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Le thème de cette histoire, le côté fantastique, m'a intéressée.

   masdau   
23/12/2008
 a aimé ce texte 
Un peu
Bon, Ahimsa a le goût de l'écriture. Un peu scolaire cependant. Je partage l'avis et l'analyse ci-dessus, avec un tout petit conseil de lecteur: Ne lisez plus du Jean d'Ormesson, c'est plein de poussière.

   marogne   
4/1/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Quel dommage que personne ne soit mort à la fin….

J’ai trouvé le style bien trop « ampoulé » du début à la fin, et plus étrangement, aussi lors de la narration faite par quelqu’un d’affolé qui parle comme dans une rédaction.

Beaucoup d’expression « bizarres » aussi tout du long, mais ce sont peut être des « régionalismes » ?

   Anonyme   
12/2/2009
Dès les premières lignes, je pense à Sommerset Maugham, à sa façon bien particulière d'installer une ambiance et au fur et à mesure de la lecture, je constate que l'écriture est également au rendez-vous.
Miam...
Premier bémol : le motard, je l'imagine, effrayé, blanc comme un linge, sans doute terrifié, et je m'apprête à l'écouter... Hé bien pour quelqu'un que l'émotion submerge, je le trouve bien calme, bien concis dans l'explication de son malheur.
Aie... Le regard hagard, mais bon...
"depuis deux ans déjà qu’Anna est morte"... Voilà déjà deux qu'Anna est morte ?
"Un rapport indivisible", certes, mais invisible eut été aussi bien ?

S'il arrive malheur à une personne à chaque fois que la veste est récupérée par son propriétaire on peut en déduire que le message laissé par Anna désigne la prochaine victime ? Par conséquent le héro puisque le "message" l'atteint en plein coeur ?

D'un autre côté, le message étant un tel avertissement, on peut supposer que les victimes sont légion, alors oui, pourquoi pas madame Lafleur ?

J'aime l'écriture ainsi que l'ambiance mais la fin me laisse sur ma faim. Je la trouve décalée. Comme si l'auteur avait eu peur de sacrifier son personnage. Il arrive qu'on s'y attache à ces petites bêtes...
C'est mon avis, il vaut ce qu'il vaut.
Au plaisir de te lire Ahimsa.


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