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Fantastique/Merveilleux
aldenor : La Vijugasta
 Publié le 27/03/15  -  7 commentaires  -  6189 caractères  -  73 lectures    Autres textes du même auteur

L’effet de jamais-vu...


La Vijugasta


Je me promenais, comme tous les jours, à Veli Varos, le pittoresque vieux quartier de pêcheurs de Split qui s’élève sur la colline de Marjan, du port de Matejuska à l’orée de la forêt. Je pensais à mon frigo vide, au fiasco de mon dernier recueil de nouvelles, à l’échec du précédent, quand d’un seul coup j’ai été saisi de la sensation d’être sorti du réel.

Une sensation forte comme une certitude. Le pendant si vous voulez de l’effet de déjà-vu : l’effet de jamais-vu. Qui marque un décalage rationnellement inexplicable dans l’espace, comme le déjà-vu le marque dans le temps. En terrain connu, soudain plus rien autour de nous ne nous est familier.

Oh, on s’égare facilement sur Veli Varos avec son lacis de rues piétonnes étroites, truffé d’impasses, et ses maisons en pierres blanches qui se ressemblent toutes un peu. Mais c’est sans conséquences, on s’en aperçoit à peine, on sait qu’on aura vite fait de retrouver un des axes principaux, qui épousent la pente, parfois sèche, souvent en escaliers.

Ici c’est différent. J’ai l’impression d’avoir glissé dans un monde parallèle.

Je ne sais pas si vous vous attardez comme moi sur le tracé des rues, le fait est que, dans les villes, les rues en courbes sont chargées de poésie et de mystère. Peut-être parce qu’elles font fi du souci d’efficacité, du chemin le plus court, qu’elles ne se dévoilent que progressivement, cachées par les maisons, ou qu’elles projettent un jeu d’ombre auquel nous ne sommes pas accoutumés.

En tous cas, ce sont les détours du chemin où je m’étais machinalement engagé qui m’ont d’abord alerté. Ils se succèdent en une rue serpentine, inconcevable au beau milieu du découpage rectiligne de Veli Varos.

J’allais de l’avant, aux aguets, à la fois craintif et charmé, quand je suis tombé sur une plaque indiquant le nom de la rue : Vijugasta. La Sinueuse ! Les rues de Split ne portent pas des noms pareils ! On leur donne des noms de saints, de villes, de personnages illustres...

Voilà qui a achevé de m’installer dans le jamais-vu.

Toute appréhension a aussitôt disparu. Il faut croire que l’appréhension naît de l’exercice de la raison. Puisque toutes deux m’ont quitté au même moment, sous la plaque de la Vijugasta.

Je me suis assis en tailleur au sommet d’un muret pour prendre ces notes sur le vif. J’ai toujours sur moi un calepin pour capter les impressions fuyantes, comme les peintres, qui ont le sens de l’unique, dessinent des esquisses. Mais cette fois-ci je prends aussi ces notes, comme on jette une bouteille à la mer, à l’intention de ceux qui sont restés dans le réel. Si jamais je n’y revenais plus.

Une dame aux cheveux blancs, en chaussures plates et jupe plissée, vient de paraître au tournant par lequel je suis venu. Elle avance lentement, d’une démarche hésitante, mais gracieuse, regardant à gauche à droite, semblant s’intéresser aux numéros de la rue...

Elle me dépasse sans me regarder et poursuit son chemin. En disparaissant au tournant suivant sa démarche a gagné en assurance, elle semble savoir maintenant où elle va. Ses cheveux ont bruni.


*


Intrigué par ce changement, je suis descendu de mon muret et je l’ai suivie. Tout en avançant, je m’étonnais, habitué à le porter, de sentir mon corps me soulever avec une vigueur croissante.

Peu après le tournant, sous le numéro 40, la dame effectuait des mouvements de gymnastique. Entre deux flexions nos regards se sont croisés.


– C’est curieux, lui ai-je dit, vos cheveux ont changé de couleur.

– Les vôtres aussi, c’est normal, voyez, nous sommes devant le numéro 40. La première fois, nous nous sommes croisés au 55.

– Ah ? Vous pensez que le numéro de la rue a une influence ?


En posant la question j’ai compris ce qui m’arrivait. Bien sûr ! Cette rue remonte le temps. D’ailleurs quand j’étais vieux, je ne croisais pas le regard des femmes et ne parlais à personne, renfrogné sur mes échecs et mes craintes ; l’idée ne m’aurait jamais effleuré d’adresser la parole à cette dame aux yeux d’écureuil, plus attentive que moi à la signification des numéros de rues.


– Redescendons ensemble la rue, me dit-elle, vous verrez bien l’influence des numéros.


Et nous voilà serpentant la Vijugasta. Chacun témoigne des signes de rajeunissement de l’autre. Nous nous sentons plus légers à chaque pas. Le fatras amassé par nos cerveaux avec le temps, comme de vieux ordinateurs ou de vieilles maisons, s’échappe en vapeur de tous nos orifices ; nos esprits retrouvent l’espace où prospérer.

Au 21, une barrière rouge et blanche interdit l’accès à une sorte d’esplanade en demi-cercle, bordée de jardinets. C’est tout de même encore un virage, mais plus vaste et lumineux que les précédents. Je ressors mon calepin.


– Attends, tutoie-je ma compagne de jamais-vu, tandis que nous enjambons la barrière avec désinvolture. Je dois prendre des notes, tant que les idées sont encore fraîches.


Elle fredonne « idées fraîches, idées fraîches, on arrive de la pêche... » en continuant seule, sans m’attendre.

J’écris fesses contre la barrière, d’une main lisse et sûre. Quand je relève les yeux, je l’aperçois au bout de l’esplanade, perchée au haut du grillage d’un jardin, au numéro 12 peut-être, ou au 14. Elle a maintenant une longue tresse dans le dos ; sa jupe est plus courte. Elle cueille des oranges. Elle m’appelle :


– Viens voir comme c’est excitant de chaparder des oranges ! Cesse de prendre des notes ! Idiot que tu es !


*


Cher lecteur,

J’habite au numéro 2 de la rue Vijugasta. En rentrant hier soir chez moi, j’ai trouvé une fenêtre brisée et ouverte, par laquelle j’ai aperçu deux petits enfants dévorant mes paquets de chips sur le tapis du salon. En me voyant, ils ont agité leurs mains en disant « potopoto, potopoto... », avec une foule de nuances dans l’intonation, de mimiques et de gentils sourires.

Et quand j’ai ouvert la porte ils se sont sauvés entre mes jambes en rigolant et en se bousculant. Et puis ils ont filé tout droit. Et en passant la limite de ma rue ils se sont littéralement volatilisés.

Un calepin se trouvait sur le tapis du salon. L’idée m’est venue de publier sur Internet le texte qu’il contenait.


 
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   Asrya   
2/3/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Une escapade dans le temps narrée avec efficacité.
C'est bien écrit, bien trouvé, prenant ; on vit votre aventure.
On la vit si bien qu'elle se termine trop vite.
Malheureusement.
Vous tenez une perspective originale et audacieuse avec ce voyage dans le temps. Pourquoi ne pas nous en faire profiter plus longtemps ? Pourquoi ne pas nous faire voyager encore, et encore, et encore à travers les différentes péripéties de la vie de chacun de vos personnages ? Des souvenirs, des flashs qui pourraient revenir, nourrir cette histoire et développer la psychologie de ces derniers.
Pourquoi ne pas insister sur les différentes émotions ressenties lors de chacune des étapes de leur vie ? Leurs amours, leurs envies, leurs pulsions (je note "j'écris fesse contre la barrière" seule petite folie), leurs doutes, leurs joies, leurs peines etc.
Il y a de quoi faire avec une telle trame, je trouve dommage que vous n'en ayez pas profité.
Car vraiment, j'étais conquis.

La fin, certes mignonnette, est également expédiée trop rapidement.

J'ai passé un excellent moment à vous lire, à imaginer ce que vous auriez pu nous transmettre avec une histoire plus "profonde" et plus "développée",
Merci beaucoup pour cette lecture,
Au plaisir de vous lire à nouveau.

   Neojamin   
5/3/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↓
bonjour,

Une histoire très intéressante, J'aime bien l'idée de la rue sinueuse qui remonte le temps et je ne peux que regretter l'avarice de l'auteur! Cette idée mérite qu'on s'y attarde un peu plus. Que ressent le personnage principal en rajeunissant, je veux des détails, des sensations...
Sur la forme, c'est un peu maladroit comme style. Pas très clair, dommage car ça ne dessert pas bien l'intrigue. Pas de conseil particulier, juste des exemple de phrases qui m'ont paru maladroites:
- "quand d'un seul coup j'ai été saisi de la sensation d'être sorti du réel."
- "Puisque toutes deux m'ont quitté au même moment, sous la plaque de la Vijugasta."
Etc..

Sur le fond, il y a pour moi une incohérence fondamentale : Le narrateur parle du jamais- vu avant de l'avoir expérimenté : "Le pendant si vous voulez de l'effet de déjà-vu : l'effet de jamais-vu" S'il écrit au fur et à mesure qu'il découvre, ne serait-ce pas préférable d'entretenir le mystère jusqu'à la fin ?
C'est juste un point de vue! J'ai beaucoup aimé l'idée, il y a du potentiel pour un beau petit conte, je pense juste qu'il faut le retravailler sur la forme et sur le fond.
Merci

   Anonyme   
6/3/2015
 a aimé ce texte 
Pas
Bonjour,
L'idée du calepin trouvé pour nous raconter une histoire a déjà eu sa petite heure de gloire. Je trouve cet artifice un peu faible et surtout en chute. Vous auriez pu je pense nous le glisser d'une manière plus discrète et en intro, peut-être. Ce n'est que mon avis.
Pour ce qui est de l'intrigue, cette balade par les ruelles et dans cet espace fantastique où l'auteur du fameux calepin remonte sa vie en sens inverse, désolé, mais Benjamin Button est déjà passé par ce même espace temps, parallèle ou perpendiculaire ou en oblique... Bref, tout cela n'est pas bien neuf, déjà que Benjamin Button ne m'avait guère passionné.
Quant à la manière dont ce texte a été écrit, c'est très inégal, il y a des passages qui se veulent travaillés comme " Le fatras amassé par nos cerveaux avec le temps, comme de vieux ordinateurs ou de vieilles maisons, s’échappe en vapeur de tous nos orifices ; nos Esprits retrouvent l’espace où prospérer." mais qui se révèle en fait assez lourd.
" Intrigué par ce changement, je suis descendu de mon muret et je l’ai suivie. Tout en avançant, je m’étonnais, habitué à moi le porter, de sentir mon corps me soulever avec une vigueur croissante." ce passage également est bizarre.
Manque de relecture, de rigueur. L'histoire un peu faiblarde, des trucs vraiment trop voyant comme " Mais cette fois ci je prends aussi ces notes, comme on jette une bouteille à la mer, à l’intention de ceux qui sont restés dans le réel. Si jamais je n’y revenais plus.". Désolé, mais votre fiction a eu du mal à m'entraîner jusqu'au bout de cette " Vijugasta", et je pense même, contrairement à vos héros, y avoir pris quelques rides.

   Anonyme   
28/3/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
C'est charmant, fin et délicat C'est une très belle idée qui est traitée juste comme il faut, avec simplicité et poésie et dans un style très pur.
Bref j'ai adoré, tout simplement.

   Bidis   
29/3/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Tout d’abord, je suis allée consulter le Net. Je trouve que l’on devrait dire que nous sommes en Croatie. Peut-être même illustrer cette nouvelle par une photo, tellement le quartier en question est ravissant, voire magique. Cela donnerait plus de charme encore à la lecture du texte.
- « En disparaissant au tournant » : « Venir d’un tournant » m’avait déjà semblé bizarre comme expression (« elle vient de paraître au tournant »). Mais bon ! Je n’avais pas fait de commentaire quand, ici, on dit que la dame disparaît au tournant. Outre que cela fait répétition, l’image devient pour moi un peu confuse. Puis, quelques lignes plus loin à peine, vient « Peu après le tournant » : cette fois, il y a vraiment répétition.
- « la dame effectuait des mouvements de gymnastique » : voilà une image qui pour moi enlève toute la poésie où cette mystérieuse aventure m’avait plongée. On aurait pu dire « la dame esquissait un pas de danse » ou même faire carrément danser le personnage. Mais de la gymnastique, dans un décor aussi féerique, oh mon Dieu, non !
J’ai trouvé aussi le cheminement et le rajeunissement progressif trop précipité. Il y avait là une idée excellente dont le potentiel n’est guère exploité.
C'est pour toutes ces raisons que mon appréciation est mitigée.

   Anonyme   
29/3/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une nouvelle plutôt originale, tant l'expérience d'un voyage dans le temps par le biais des numéros de rue - Vijugasta en l'occurence - est surprenante !

Je me demandais ce qui aurait pu se passer si vous habitiez au tout début de la rue ; pas le numéro 2, ni le numéro 1, mais avant... avant de comprendre qu'une rue ne peut pas débuter avant le numéro 1. Bref, et s'il vous venait à l'idée de pousser au-delà du numéro 55, voire au-delà du dernier numéro de la rue ?!? C'est ce qui aurait pu être intéressant, en développant un peu plus. A moins que seule la rue Vijugasta ne soit la proie de cette bizarrerie, ce que vous sous-entendez d'ailleurs.

Merci pour cette curiosité.

   widjet   
29/3/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Dommage, la fin est vraiment expédiée. Dommage oui.

Sinon, j'aime beaucoup l'idée, simple, mais plaisante (j'ai pensé au film de W. Allen, "Minuit à Paris"). Je regrette le manque d'échange entre les deux protagonistes, il y avait là moyen de développer beaucoup plus (en dialogue, mais aussi en description sur la transformation au fil des rues) pour nous faire découvrir ces deux héros, nous en dire plus sur eux, leur histoire, leur vie.

Mais peut-être que l'auteur n'y tenait pas, et souhaitait en faire une petite vignette teintée de nostalgie et de poésie.

Au final, c'est agréable (et puis je suis content de retrouver l'auteur), mais persiste la conviction qu'il y avait là matière à beaucoup plus.

W


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