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Réflexions/Dissertations
Louis : La chose
 Publié le 02/04/15  -  14 commentaires  -  25989 caractères  -  237 lectures    Autres textes du même auteur

Un objet étrange, inconnu, apparaît au centre d'une ville. Comment va-t-il être perçu ?


La chose


Lu, cet entrefilet dans le journal de Bourg-en-Bresse, l’Ain-Primeur :


« On a découvert tôt ce matin au milieu de l’avenue des Ursulines, en plein centre-ville, un objet très imposant et fort insolite. La circulation a été interrompue. Pompiers, forces de police, services techniques et scientifiques sont sur place pour tenter d’identifier "la chose", qui ne cesse d’intriguer, et pouvoir libérer enfin la voie entravée par ce curieux et énigmatique phénomène. »


Entendu, sur les ondes de la radio locale, le témoignage de monsieur Dubourg, chauffeur-livreur :


– J’étais au volant de ma camionnette ce matin, comme tous les matins, très tôt – je livre des tonneaux de bière aux bars de l’avenue. Et puis je l’ai vue, cette chose-là, au milieu de la route, noire, enfin presque noire. Bizarre, j’me suis dit, d’où y sort cet énorme ballon à moitié dégonflé qui cherche à se regonfler tout seul ! Qui a laissé un truc pareil en plein milieu du passage, que j’me suis dit ! J’me suis dit que c’est peut-être un poids lourd qui a perdu une partie de son chargement, mais les camions, ils ont pas le droit de circuler au centre-ville. Bizarre, je m’dis encore, j’sais vraiment pas ce que c’est, moi, et d’où ça peut bien venir, ce machin. Je dois faire des détours pour assurer mes livraisons, alors il y a de quoi rouspéter après ce gros zinzin.


Au bar des Capucins, à midi, les conversations devant les verres d’apéro vont bon train. Jules, le retraité des chemins de fer, s’exclame et s’interroge, de sa voix désormais éraillée :


– Qui a laissé traîner une chose pareille en plein milieu de la voie ?! Ce bidule énorme, ça n’a pas de forme, ça se déforme, ça change de couleur, une fois sombre, une fois clair, ça bouge, ça ne bouge plus, ça gêne la circulation, y a des embouteillages partout, on ne peut plus passer. Pourquoi on ne l’a pas encore évacué ? Mais qu’est-ce que c’est, cette chose ?

– Personne ne sait, répond Paul Dupuis, derrière son comptoir. On a dressé un périmètre de sécurité autour du truc, on ne peut pas s’en approcher. Il paraît qu’on ne réussit pas à le déplacer. Les services de la mairie ont tout essayé, on a fait venir de gros engins de chantier, les engins les plus puissants qu’on a pu trouver, eh bien pas moyen ! Impossible de le soulever ou de le faire bouger même d’un centimètre ! C’est pas croyable, une chose pareille !

– Bah, c’est un accessoire de cirque, cette chose, affirme, sur un ton péremptoire, Joël le plombier qui, en matière de situations bouchées, prétend à quelques compétences. Il doit y avoir un cirque qui vient s’installer en ville, poursuit-il, et il a perdu l’un de ses instruments, voilà tout. Ça doit être une sorte de ballon trampoline, sur lequel les acrobates, ils sautent, ils bondissent et voltigent. Ouais, et maintenant, le cirque, il est dans la ville. Et ces clowns du service technique qu’on paye avec nos impôts sont des incapables !


Au milieu de l’après-midi, nombre de curieux sont venus de toute la cité, en une foule surprise et amusée ; tous ont accouru pour observer l’étrange « phénomène ».

Parmi tous les propos échangés dans la cohue, on peut entendre cet employé des postes confier aux personnes qui l’accompagnent comment il s’est précipité, après sa journée de travail, pour voir « ça ». Ce truc, ce machin tombé du ciel ou surgi de terre en une nuit, comme un champignon. C’est Michel, l’employé de l’agence Tous risques et Prévoyance de la rue des Abbés, qui lui répond avec assurance :


– Ce truc, c’est un nouveau procédé marketing, sûr ! Prêt à le parier. On entretient le mystère, on ménage le suspense, on attire les curieux, et puis tout à coup le ballon explose en une nuée de confettis, de serpentins, de cotillons colorés. Des fusées jaillissent dans le ciel ! Boum ! crépitation ! fulmination ! Un vrai feu d’artifice. Des polichinelles géants tout ondulants, comme diables à ressort, se dressent, visage tout sourire, et tendent une grande banderole, une immense oriflamme visible de tous, où l’on peut lire en lettres flamboyantes : Redcool, la nouvelle boisson pétillante ! Redcool, la boisson de la fête ! Redcool, la boisson qui étanche toutes les soifs ! Vivez intensément, Redcool, le nouveau sang de la vie met le feu à toutes vos envies ! Ah, sûr ! C’est une pub de ce genre qui nous attend.

– Désolant, tout de même, que l’on mette toute la ville en effervescence pour une boisson pétillante ! rétorque l’employé des postes. Mais comment se fait-il qu’à la mairie, on ne soit pas informé d’une opération marketing ? Le maire et ses adjoints semblent surpris, comme tout le monde, et pris au dépourvu par la « chose ».


En soirée, sur la chaîne de télévision régionale, un scientifique interrogé sur la nature de l’objet, déclare avec embarras :


– Notre équipe de spécialistes et d’experts n’a pas encore réussi à déterminer la composition de ce corps. Une série d’analyses nous a permis d’établir avec certitude qu’il n’est pas constitué de molécules caractéristiques du plastique. Aucun des matériaux polymères connus, synthétiques ou artificiels, ne constitue la matière de l’objet étudié. Il n’a pas non plus une base de caoutchouc, de tissu ou de métal. Il semble que cet objet soit fait d’un matériau rare, ou d’une matière nouvelle réalisée sans doute en laboratoire, et d’une densité exceptionnelle. Nous poursuivons nos recherches. Nous ne savons pas encore. Nous ne sommes pas en mesure d’expliquer, à ce stade de nos investigations, la tension intérieure qui provoque de façon irrégulière le gonflement puis l’affaissement de la chose. Quant aux variations de teintes qui l’affectent en surface, nous avons forgé quelques hypothèses, mais elles restent à vérifier. Nous en saurons plus, sans doute, dans les jours qui viennent.


Jusqu’aux heures tardives de la nuit, la masse mystérieuse au milieu de l’avenue, devenue fluorescente dans une teinte bleu cobalt virant par moments à l’orangé, attire les spectateurs burgiens, curieux, mais gagnés, au fil des heures, par une sourde inquiétude. Les vendeurs de frites, pizzas, sandwichs et Coca ont un peu partout proliféré au voisinage de la chose attractive.

Arlette, une vieille dame du quartier, crémière autrefois, portant béret élégant sur le côté pour couronner une coiffure soignée, s’est attardée sur le trottoir le long de l’avenue des Ursulines, un bouquet de myosotis à la main. Elle parle à haute voix, d’un timbre haut, aigu et enfantin, elle s’adresse à un auditoire attentif mais invisible :


– Ah qu’elle est belle, la citrouille géante au milieu de la chaussée ! Vous le voyez, mes petits, le beau potiron. À minuit, il en sortira un carrosse de vingt ans, il emportera qui voudra jusqu’aux bals d’éternité. On dansera, on dansera encore, sur les années. On tournera dans le ciel constellé, aux bras des princes du royaume de là-haut, avec Orion, avec Cassiopée, entre dauphins et colombes, dans la chevelure de Bérénice, oh oui on dansera sur la Voie lactée. Vous voyez, c’est un beau potiron, échappé d’un conte de fée. Vous voyez, c’est une citrouille d’où surgira, à minuit, le carrosse qui mènera nos vies dans la valse des âges, de la vieillesse à la jeunesse, de l’enfance à nos cinquante ans, de nos quarante ans à nos vingt ans. C’est un beau potiron…


Le lendemain, les étrangers à la ville affluent, venus de partout, de toute la région, et même de Paris. Les automobiles pullulent, engorgent toutes les rues, étranglent la circulation. Partout les klaxons résonnent. Sur le périmètre de sécurité qui écarte les curieux de la « chose », une voix surmonte le tintamarre ambiant, une parole de prophète déclamée bien haut par un homme au visage ridé, longs cheveux blancs dans le dos :


– Le temps est venu de se prosterner devant ce signe céleste. Humilions notre orgueil devant la manifestation du sacré. Les noires nuées du crépuscule bientôt s’abattront sur nous pour toujours, misérables créatures que nous sommes. Prosternons-nous devant cet augure tombé du ciel, devant ce prodigieux présage, ce message venu du plus lointain de l’univers, ce signe lancé par l’astre vagabond qui nous a visités. Prosternons-nous. Comprenons la grande nouvelle, la fin des temps approche, et ce qui devait s’accomplir pour l’éternité s’accomplira. Prosternez-vous misérables ! La machine univers va craquer ! Écoutez ! Écoutez ! Bientôt les boulons et les écrous vont pleuvoir sur nos têtes. Écoutez venir l’ouragan, la tempête ! Les moteurs à explosion exploseront, ce qui devait s’accomplir s’accomplira, les courants électriques se feront courants d’air. Plus d’électronique, plus d’informatique, tout se déliera, le monde vacille, bientôt il chutera. Arrive le règne glorieux de l’Esprit, prosternons-nous.


Un frisson horrifié traverse le dos du public avant de se perdre dans les remous environnants. Quelques jeunes étudiants, jeans déchirés au niveau du genou, écouteurs autour du cou, bruyamment plaisantent :


– Oh la, la ! Une comète nous a lâché son crottin.

– Ouais, la Terre, c’est les toilettes de l’univers.

– Ah, bon Dieu d’enfoirure !

– On n’a pas encore inventé la chasse d’eau.

– Ça schlingue à Bourg, Bourg empeste.


Les policiers de faction saisissent sans ménagement, avec brutalité, un jeune homme qui a passé la barrière de sécurité. « Lâchez-moi ! hurle-t-il. Je veux juste toucher la chose, juste la toucher ! »


Au milieu de la journée, des mouvements ondulatoires et centrifuges agitent la foule amassée avenue des Ursulines, quand une rumeur insistante se propage qui disloque et écartèle la masse humaine regroupée au centre-ville dans une débandade générale :


– C’est une bombe ! ça va nous exploser à la figure ! Un groupe terroriste a revendiqué un attentat. C’est une bombe ! Une bombe à neurones qui détruit rien que les neurones et les réseaux informatiques. Une bombe de fous fanatiques ! Fuyons. À l’abri ! Sauve-qui-peut ! On va nous réduire en larves !


Un calme fragile se rétablit dans la cité après les déclarations de son maire, portées par toutes les ondes médiatiques. Aucune tentative d’attentat n’a été revendiquée, a-t-il répété avec insistance, cette rumeur n’est qu’affabulation. La population ne doit pas céder à la panique. Les experts scientifiques, les spécialistes, les techniciens poursuivent leur travail, ils ne tarderont pas à trouver la nature et l’origine de l’objet insolite qui barre l’avenue des Ursulines. Mais surtout pas d’affolement, il n’y a rien d’inquiétant.

En soirée, devant l’écran de télévision d’une chaîne nationale, chacun peut écouter les explications d’un critique d’art parisien, grand esthète réputé :


– Cet objet étonnant qui intrigue tant, déposé au milieu d’une avenue de cette jolie ville de l’Ain, comment ne l’a-t-on pas encore reconnu ? C’est une œuvre d’art ! Une œuvre de la nouvelle avant-garde. Elle réunit, en une synthèse parfaite, la forme et l’informe, le trait, le volume et le difforme ; elle marie, avec perfection, la teinte et l’incolore, le mouvement et l’inertie, l’harmonie et le chaos. C’est une figuration non figurative. C’est une œuvre conceptuelle minimaliste, un ready-made, un happening, une performance, une installation, tout ensemble, et leur dépassement. Un véritable chef-d’œuvre ! Chose non chose, être à la fois physique et métaphysique, microcosme de l’unité sérielle englobant tous les opposés, toutes les antinomies, toutes les discordances et dissymétries. Œuvre d’envergure, légère, et pourtant chargée de tout le poids de l’univers. Œuvre irremplaçable, indépassable, inamovible pour l’éternité. Œuvre provocatrice, troublante, bouleversante pour tout Bourg-en-Bresse et tout bourg du monde, mais comme le sont toutes les grandes œuvres de l’histoire de l’humanité, création du génie artistique.


Les jours suivants, les journalistes avec leurs caméras et leurs appareils photographiques sont accourus de tous pays. La « chose » se fait partout image, sur tous les journaux, sur tous les écrans. On assiste, avenue des Ursulines, à des scènes de plus en plus étranges, qui déconcertent et affolent les habitants de Bourg, privés de leur tranquillité coutumière.

Des processions se succèdent en centre-ville, défilés de codes vestimentaires des siècles passés : soutanes, robes de bure, scapulaires et tuniques, voiles sur les têtes ou capirotes sur tout le visage et les épaules, quand l’accoutrement des processionnaires ne rappelle pas les fêtes d’Halloween. La ville prend une allure carnavalesque. On peut y entendre de singulières homélies :


– Vénérons l’œuf cosmique, germe d’un monde nouveau. Couvons-le de nos paroles, de nos pensées, couvons-le de notre amour. Nous sommes prêts à l’accueillir, le renouveau des temps, nous sommes là, venus avec ferveur assister à la renaissance de l’univers, à l’éclosion d’un monde plus neuf, plus juste, et plus beau. Bientôt l’Unité première se divisera en deux parties qui recréeront le ciel et la terre, deux moitiés : noir-blanc et blanc-noir, yin et yang, masculin-féminin et féminin-masculin, l’uni-dualité universelle, d’où toutes choses nouvelles découleront pour des temps plus heureux. La grande régénération a commencé, soyons prêts à l’accueillir. Prions.


Au bar des Capucins, Paul, Joël, Jules et les habitués ne reconnaissent plus leur ville, transformée en Mecque nouvelle qui attire une multitude de pèlerins du monde entier. Leur irritation croît encore lorsque Jules, le plombier, rapporte ce qu’il a entendu :


– Ils sont devenus fous ! Ils veulent construire un sanctuaire ou un temple pour abriter cette satanée chose ! Ils veulent modifier tout le centre-ville ! Certains disent même qu’il ne faut surtout pas toucher à « l’œuf cosmique », mais que c’est Bourg qu’il faut déplacer, et pas leur « œuf » ! Complètement dingos ! On va leur préparer une omelette avec leur œuf, ça ne va pas tarder, tiens ! et ça nous débarrassera de tous ces énergumènes qui traînent en ville ! On est complètement envahis ! Un journaliste de la télévision japonaise m’a même interviewé, vous imaginez ! Avec un accent, j’vous dis pas, il m’a demandé, mais je ne suis pas sûr d’avoir bien compris : « Avez-vous, monsieur, ressenti malaise depuis apparition de "chose" ? Selon vous, d’où vient "chose" ? ». Je lui ai dit tout net ce que je pense : « C’est du cirque, tout ça ! Moi, mon seul malaise, il vient de tous ces gens qui nous envahissent, qui disent n’importe quoi et ne nous laissent plus vivre et travailler en paix. Laissez-nous tranquilles, on se débarrassera de l’instrument de cirque et tout ira bien ! »

– Oui, le monde a perdu la boule, répond Joël, et cette boule, elle est venue se planter là, chez nous, au milieu de la route ! Elle est là, la boule perdue qui rend fou !


L’exaspération des Burgiens est à son comble, toutes leurs habitudes se trouvent perturbées. « Bourg-en-Stress » : titre l’Ain-Primeur ! La pression sur les services de la municipalité se fait de plus en plus forte. Qu’on les débarrasse enfin de cette chose ! Chaque jour des manifestations devant les bâtiments de la mairie exhortent le maire à l’action, lui reprochent sa passivité, son immobilisme, et pire, son incapacité. Un membre de la majorité municipale s’est permis une déclaration qui n’a que peu convaincu, mais elle a contribué à exacerber les tensions qui règnent dans la commune, d’habitude si calme :


– Ne nous y trompons pas, nous avons affaire à un complot contre le maire ! a-t-il soutenu devant un public médusé. L’opposition a manigancé tout cela, a-t-il poursuivi. Bientôt les élections, ce n'est pas une coïncidence ! On est allé chercher un objet bizarre, on l’a planté en plein milieu de la ville pour occasionner la plus grande gêne possible et mettre les élus dans l’embarras ! Mais la manœuvre, croyez-moi, échouera. Nous trouverons le moyen de nous débarrasser de cette chose immonde que l’opposition a dégotée, on ne sait où. Les électeurs ne s’y tromperont pas.


Les commerçants du centre-ville font grise mine, leurs boutiques, de moins en moins bien approvisionnées, ne regorgent plus de marchandises, conséquence des difficultés de livraison croissant de jour en jour. Mais on trouve encore quelques journaux chez le libraire. Un article publié par un hebdomadaire attire l’attention. En gros titre, il est ainsi annoncé : « Bourg-en-Bresse : la grande illusion. » Un intellectuel de Paris en est l’auteur. Il soutient avec force analyses que les Burgiens sont victimes d’un fantasme collectif. On peut y lire ces lignes :


« Toute une population de l’Ain est victime d’un mécanisme particulier : celui de l’hallucination collective. Le phénomène n’est pas si rare, les soucoupes volantes n’étaient-elles pas, il y a quelques années, l’objet de telles hallucinations ? L’originalité de l’illusion dont les habitants de Bourg-en-Bresse sont les jouets tient en ce que l’objet imaginaire est de forme, teinte, et consistance indéterminées. Dans un monde où les choses n’existent plus que par leur utilité, dans un monde où tout n’est que fonctionnalité, un objet inutile a surgi de l’imagination des hommes et des brumes de leur inconscient, une chose sans pourquoi, sans raison d’être, une chose pour rien mais qui change tout. L’objet se prête, par son indétermination, à condenser en lui tous les fantasmes, en même temps qu’il révèle à chacun la pure présence, le pur être, sans être pour ceci ou pour cela, la pure existence dans son absurdité essentielle. Dans l’univers de l’avoir, un être surgit, qui ne se laisse ni posséder, ni utiliser ; un être éclate de sa présence ; un être s’affirme par sa seule existence pour rappeler à chacun et à tous, du fond d’un besoin impérieux constitutif de l’humaine condition, qu’il y a quelque chose, que les choses sont, avant d’être soumises à la raison utilitaire, et que nous sommes, nous, présents avant tout, avant de devoir répondre à une fonction. Un savoir oublié, un savoir refoulé fait retour collectivement pour rappeler la communauté à l’authenticité première, à une nouvelle ouverture à l’être, plus originelle. »


« J’hallucine ! » : c’est l’exclamation désormais en vogue dans tout Bourg-en-Bresse. « Hallucinants, ces intellos parisiens ! Même les appareils photos et les caméras hallucinent ! » rajoute-t-on parfois, ironique. Un peu d’humour et de raillerie allège la tension régnante. Mais n’empêche nullement la violence de se répandre. Des escarmouches éclatent de plus en plus souvent aux abords de la « chose hallucinée ». Sans cesse plus nombreux sont ceux ou celles qui tentent de franchir les barrières de sécurité pour toucher la chose, la voir de plus près ou encore la frapper avec toutes sortes d’instruments, pelles ou marteaux, comme on frappe un corps pour entendre le son qu’il rend, du vide, du plein ? comme pour l’ausculter, sonder, écouter son intériorité opaque, comme pour la faire parler, lui faire dire de force ce qu’elle est, d’où elle vient, pourquoi elle est là. Un homme surexcité s’est même glissé, à travers les barrières, des bâtons de dynamite à la main, avec l’intention de mettre en pièces le prétendu fantasme, de produire une déflagration d’ « hallucination », de réduire en miettes chimériques le mirage collectif, si réellement concret, mais des gendarmes vigilants ont brisé son élan explosif.

Partout, querelles, chamailleries, altercations se produisent sous d’infimes prétextes. Partout, on crie, on hurle, on vocifère. Rares sont ceux qui conservent leur sang-froid. Les habitants oscillent entre craintes insensées et folles espérances. Certains déjà, parmi les plus fortunés, ont fui Bourg-en-Bresse pour s’installer à Mâcon ou à Grenoble. « La ville est malade » diagnostique un médecin de l’urbanisme avant d’ajouter : « Et la chose est son symptôme », comme un gros bouton, une verrue sur le visage de la ville, sa tumeur maligne.

Il faut déclarer la ville en état de catastrophe surnaturelle, soutient-on dans les rangs de l'opposition au maire. Il faut faire évacuer la cité, et laisser place à l'armée. Mais que font les autorités ?

Au bar des Capucins, un Burgien de longue date, plus ivre que de coutume, s’évertue à donner raison à l’adage : « In vino veritas ». Il clame à haute voix pour qui veut l’entendre la vérité trouvée au fond des vapeurs de l’alcool :


– On a dressé un grand miroir au milieu de la rue. La chose, là, la chose, c'est notre miroir. Elle nous reflète. Elle nous renvoie notre image et nous révèle à nous-mêmes. Hips ! C’est une psyché, cette chose, le miroir de nos âmes. Et qu’est-ce qu’elle nous dit, la glace ? Hein ! Que nous sommes tous givrés ! Hips ! Mais que certains le sont plus que d’autres ! Et comment ne serions-nous pas tous un peu fous, hein ! Nous sommes tous si nécessairement fous, qu’il serait heu... fou, par un autre tour de folie, que de n’être point heu… dingues, comme l’a dit, ah… qui déjà ? Ah oui, Socrate ! Euh, non, peut-être bien Pascal ! Hips ! Paul, allez, ressers-moi un petit vin blanc, et avec beaucoup de glace.


Un étranger présent dans le bar, un peu éméché lui aussi, jusque-là discret, taciturne et solitaire, se met à tenir un discours, roulant les r, qu’il ne semble adresser qu’à lui-même, en forme d’interrogations :


– Pourrrquoi n’y a-t-il pas rrrien, mais quéque chose ? D’où vient que la chose est ? D’où vient qu’elle est ce qu’elle est ? Et nous, nous qui ne sommes pas choses, la chose est notrrre objet, jetée là devant nous. Elle est là. Nous sommes là. Il y a un là en commun, entrrre elle et nous. Êtrrre là… Serrrions-nous sans elle ? Serrrait-elle sans nous ? Ah, il y a un lien intime entrrre elle et nous. Patrrron, oun demi !


À la mairie, pendant ce temps, une séance extraordinaire du conseil municipal se présente moins calme. Les débats sont houleux. Le maire vient d’exposer l’idée nouvelle, que ses partisans n’ont pas hésité à qualifier d’originale et même de tout à fait géniale, idée qui lui est venue dans une inspiration subite. « Puisque l’on ne peut déplacer la chose, a-t-il déclaré, on va déplacer la rue. Pas toute l’avenue, non ! Juste un morceau, une parcelle. Il nous suffit de découper une tranche de rue assez épaisse, étant donné la dimension de la chose, celle qui lui sert de socle, de support, et de déposer en plein champ ce bout de route, assez loin de la ville. Il nous faudra de gros camions, de gros engins de forage et de levage, mais nous devrions pouvoir les trouver. » De vifs échanges s’ensuivent. Un conseiller s’exclame :


– Il va y avoir un grand trou au milieu de la ville ! À la place de la chose, il n’y aura rien, juste un creux, une fosse béante, un néant !

– Mais nous le comblerons par des gravats, monsieur, ce n’est pas un problème, rétorque le maire, irrité par cette remarque d’une totale inanité à son sens.

– Bravo ! Il y a un objet exceptionnel au centre de notre ville, un objet vers lequel les yeux du monde entier sont tournés, et vous, vous voulez le remplacer par un vide rempli de gravats !

– C’est un objet encombrant, monsieur, qui met la pagaille dans notre ville, et toute la population nous pousse à prendre des mesures rapides et efficaces. Il faut être à l’écoute de ses administrés, monsieur le conseiller, nous avons été élus pour cela.


C’est avec colère qu’un autre conseiller intervient :


– Monsieur le maire, voulez-vous tout gâcher ! C’est incroyable ! insensé ! nous avons une chance extraordinaire, la possibilité inattendue d’un développement sans précédent du tourisme dans notre ville. La curieuse « chose » est un cadeau inespéré du ciel, un atout touristique exceptionnel. Nous avons, sans même l’avoir demandé, sans avoir déboursé un seul euro, notre Disney, notre Schtroumpf, notre Astérix, vous n’allez tout de même pas nous priver d’une pareille aubaine ! La chose, ballon venu de nulle part, ballon galactique, ballon ou œuf sacré, que sais-je, est notre attraction touristique ; la boule mystère, c’est bien mieux qu’un Futuroscope ! Ce serait criminel pour l’économie de notre région, si vous mettiez votre projet à exécution. Aménageons le centre-ville en un grand parc d’attractions, tout le monde y trouvera son compte, même ceux qui se plaignent aujourd’hui de quelques petits inconvénients.

– On l’appellera Boule-en-Bresse, ce parc ! ricane quelqu’un dans l’assemblée.


Après de longs débats, un compromis est finalement trouvé. L’objet sera déplacé aux abords de la ville, et un parc sera aménagé autour de la chose pour recevoir tous les curieux, touristes et pèlerins. Des complexes hôteliers, des restaurants pourront s’y installer, et l’objet, lui, le Disney-Schtroumpf-Astérix, sera placé sous un dôme que l’on fera construire par un architecte de renom.


Un soir pluvieux, veille des travaux qui doivent permettre le grand déménagement, ils sont présents, tous deux, près de la sphère lumineuse, brillante, où s’accroche un rayon de lune, sphère enveloppée d’une aura mystérieuse. Ils se sont rencontrés dans le tumulte de la ville, dans ses sursauts et convulsions, dans l’agitation fébrile qui la secoue depuis cette matinée, quand la chose s’est manifestée, incroyable réalité, globe étrange et fantastique. Ils sont amants depuis qu’elle est apparue, et leur amour est venu comme elle est venue. Beau, grand, inattendu. Des liens sacrés les unissent, à leurs yeux, des yeux d’amants passionnés. Ils sont venus s’aimer encore, ce soir, et flâner près de leur bonne étoile, près de leur Pont des Soupirs ; ils enchantent encore leur communion dans la poésie de l’avenue des Ursulines, leur Venise d’un rêve matérialisé dominée par la sphère magique. Deux lunes enlacées révolutionnent longtemps leur vie, autour de leur astre étrangement posé sur une route goudronnée.


Le lendemain, dans l’avenue du centre de Bourg-en-Bresse, tout est calme et silencieux, rien n’entrave plus le passage, rien ne s’élève dans la rue comme une sphère étrange, comme une surprenante hiérophanie, comme un ballon crevé qui voudrait encore respirer, la chose a disparu.


 
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   Asrya   
10/3/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Une nouvelle intrigante. C'est le moins qu'on puisse dire. Elle interroge, nous laisse imaginer : la "chose". Sa forme, ses formes (variables), sa couleurs, ses couleurs (variables), sa taille, sa masse ; en somme quelque chose.
Un quelque chose qui est propre à chacun et dont le ressenti, surtout, est unique.
Tout au long de ce récit vous gardez le mystère ; si mystère il y a, car oui, qu'importe la forme, la couleur, l'utilité de cette chose, qu'elle existe, ou qu'elle n'existe pas, qu'elle soit ou non, seul son environnement importe : les gens, leurs réactions, leurs sentiments, d'un extrême à l'autre.
En cela, votre nouvelle offre un panel assez diversifié de comportements, de pensées vis à vis de cette chose.
Trop ?
Limite.
Dans le sens où la lecture en devient presque redondante - lassante. Heureusement, vous maniez brillamment l'enchaînement de vos idées, celles des différents personnages qui s'expriment, cela aurait pu être bien plus saccadé !
Après, je continue de penser qu'il n'en fallait absolument pas davantage ; un élagage de certains échanges aurait probablement allégé le tout.
Vous exprimez une multitude d'esprits différents : les croyants, les profiteurs, les commerçants, les villageois, les "intellectuels", les "artistes", les jeunes, les fanatiques ; des expressions un peu caricaturales qui, même si elles sont peut-être un peu trop appuyées, ne m'ont pas réellement dérangé.
La fin est assez frustrante, c'est votre choix. Un choix... audacieux, qui n'est pas plus sensé que la chose en soi ; ça se tient.
Je m'attendais à quelque chose de plus romanesque avec l'incartade sur les deux nouveaux amants ; cela m'aurait plu. Tant pis, je m'y ferai.

Quant à votre écriture, rien à dire. Excellente. Rythmée, fine, drôle, riche, musicale et inspirée ; que demander de plus ?

Merci beaucoup pour ce voyage à Bourg,
Une chose qui fait rêver,
Au plaisir de vous lire à nouveau,
A bientôt.

   Neojamin   
13/3/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Une nouvelle originale et très intéressante. J'ai pris grand plaisir à la lire. J'ai particulièrement aimé la présentation. Pas de personnage principal, des échos qui se répondent en tumulte. Des extraits de discussions, de journaux. Pas mal, c'est captivant et ça pousse à en savoir plus.
Sur la forme donc, rien à dire. C'est bien écrit, bien mené, cohérent et précis.
Sur le fond par contre, j'ai quelques commentaires à faire. La nouvelle est bien comme ça, divertissante...mais si vous voulez aller plus loin, donner une dimension plus philosophique à l'histoire (J'ai eu l'impression que vous cherchiez à le faire au travers des discours de certains) je pense qu'il faut étoffer certaines idées et rentrer plus dans le ressenti général. Qu'est-ce que peut provoquer une telle apparition vraiment ? Ici, je trouve que vous restez dans le superficiel, vous commentez comme si vous écriviez un article et ça manque, à mon sens, de sentiments pour toucher le lecteur. C'est dommage car les idées sont excellentes avec les théories conspirationnistes, marketingistes, philosophiques et politiques qui se succèdent !
C'est peut-être la troisième personne qui me fait ça...C'est un style, un choix, mais ce serait peut-être intéressant de personnifier le narrateur pour faire comprendre l'émoi, les doutes et les peurs qu'une telle apparition peut provoquer.

Enfin, la chute...Ce n'est jamais évident. Je pense que ça fonctionnerait mieux si ce mystérieux couple apparaissait ci et là au cours du récit. J'aime bien l'idée de ne pas révéler ce qu'était la chose...mais du coup, au milieu de toutes les théories énoncées, je termine ma lecture sans avoir de réflexion particulière. Je ne sais pas si je suis clair mais, trouvant l'idée excellente, je trouve que l'auteur aurait pu pousser un peu plus loin dans l'allégorie pour questionner notre rapport aux choses.

En tout cas, merci pour ce texte, ce fut une belle lecture!

   Anonyme   
15/3/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour,
Que cette boule est belle, que cette balade dans les différentes bulles de notre civilisation est impressionnante !
Tel un gravier dans la chaussure, un chewing-gum qui colle sous le pied, vous nous avez démontré par cette merveille comment démonter nos petits et gros travers et, par la même occasion vous avez dépeint notre monde avec justesse, imagination, humour, philosophie, intelligence... Du grand art !
Le pire, sans doute, caractéristique incontournable de la nature humaine, est de se poser la question du profit que l'on pourra faire grâce à cette chose.
Un très beau texte, à l'écriture parfaite, sans rien d'excessif, pesant, malgré sa longueur, avec même parfois de superbes moments, et de la poésie. J'ai adoré.
Bravo à l'auteur pour ce texte qui fera sûrement date dans l'histoire d'Oniris.

   mbh   
2/4/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Joli conte philosophique, très bien construit, très bien écrit, mais qui ne débouche malheureusement que sur une succession de réflexions attendues même si elles sont amenées de façon plaisante et drôle.
Cette histoire semble surtout être un prétexte à se moquer de nous-mêmes et il ne faut pas chercher plus loin. C'est déjà beaucoup. Ce texte m'a fait penser à Marcel Aymé en moins grinçant.
Très agréable à lire.

   RB   
3/4/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Louis voit ses compatriotes, ses contemporains avec beaucoup de générosité et une absence totale -semble-t-il...- de jugement.
S'il se fait une opinion, néanmoins, sur leur travers, leurs petits défauts, il faut la lire entre les lignes, elle n'est jamais accusatrice ni méchante.
C'est ce qu'il fait aussi dans ses commentaires d'ailleurs.

Ce texte est donc un prétexte à camper une suite de croquis de gens comme tous ceux que l'on croise quotidiennement, avec une gentillesse issue d'une attention comme certains -grands- écrivains savent le faire : discrètement, d'une terrasse d'un café ou d'une fenêtre certains soirs. Ce qu'il y a de talentueux ici c'est qu'ils en deviennent des portraits-type comme ce livreur, ce cafetier derrière son comptoir, ce plombier, ce scientifique embarrassé, etc.

J'aime beaucoup la crémière.

Merci Louis de cette jolie nouvelle "sans queue mais pleine de têtes" !

   Shepard   
3/4/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Louis !

Je ne sais jamais trop à quoi m'attendre à chaque fois que je vois une de vos nouvelles dans le fil des nouveautés... Et voilà quelque chose d'assez incongru.

Le style un peu 'humoristique' (avec son lot de calembours plus ou moins faciles) m'a fait sourire par moment, puis j'ai vu qu'il s'agissait d'un texte dit 'de réflexion', donc que l'on devait rester sérieux quand même. Alors voilà comment j'ai ressenti votre histoire :

Pour moi c'est un prétexte à l'enchaînement de portraits, de personnages, et une fois que vous avez fait le tour de ces portraits, hop, on enlève la 'chose' et puis la nouvelle se termine. De fait, votre fin, bien qu'un peu péremptoire, ne me dérange pas, vous ne pouviez vraiment terminer différemment au vu de l'idée de départ.

Par contre, puisque la nouvelle est centrée sur ces tranches de personnages, j'ai trouvé leurs réflexions vraiment superficielles dans l'ensemble... Caricatures en caricatures, un peu répétitif, aucune ne m'a vraiment marqué. Peut-être qu'avec moins de portraits mais plus de détails, plus de profondeur, j'aurais été en mesure d'apprécier ces différents personnages. Peut-être même plus de confrontations, d'oppositions, entre les différentes réflexions, quelque chose d'un peu plus viscéral. Là, ça ne m'a pas vraiment touché.

Sur l'écriture en elle-même, il n y a pas grand chose à dire, je préfère votre écriture ici qui est beaucoup plus sobre que sur certains de vos autres textes qui font trop d'ornementations à mon goût. Ici, c'est direct avec de l'humour, je ne peux en demander plus ! Bon certaines expressions utilisées dans les dialogues semblent tirées d'un autre temps mais ça s'apprécie au second degré.

Juste, la "bombe à neurone qui détruit les neurones". Une bombe faite de neurones ? Les neurones n'explosent pas, à part si vous prenez trop de coup sur la tête peut-être... Pour moi ça ne fait aucun sens (et je n'y vois pas un jeu de mot ou image particulière...).

   in-flight   
3/4/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Louis,

J'ai tout de suite pensé au film "Sphère".
Une "chose" apparaît et vient animer une ville l'espace d'un instant. Chaque corps de métier, chaque personnalité y va de son interprétation.
La déclinaison de jeu de mots sur Bourg-en-Bresse apporte une note humoristique qui nous ramène au rationnel lors des passages plus fantastiques. Je vous avoue que parfois cela a pu me faire sortir du cadre de la fiction (ex: "– On l’appellera Boule-en-Bresse, ce parc"). Du coup le choix du nom de la ville comme cadre de l'action n'est pas innocent ;-)

Une nouvelle dans la lignée d'un "Sangomar" que vous aviez classé en 'Fantastique". Ici la catégorie réflexion/dissertations n'est peut-être pas la plus appropriée. Mais bon les histoires de classement et de genre n'impactent en rien le plaisir de lecture.

Merci

   Francis   
4/4/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément
Une plume qui entretient le mystère. Une plume qui ne manque d'humour en jouant avec les mots. Une plume qui présente les multiples spécimens de la nature humaine.une plume qui fait allusion à l'histoire des civilisations. Derrière l'énigme de cette fausse montgolfière apparaît une étude de comportements du plus rationnel à la crémière que j'aime beaucoup ! Bourg-en-Bresse est une bulle qui concentre l'humanité toute entière durant cette nouvelle que j'ai beaucoup, beaucoup aimée ! J'y vois une super bande dessinée.

   Anonyme   
4/4/2015
Salut Louis

C'est peu de dire que je me suis régalé de cette nouvelle qui traite le fantastique à la façon de Marcel Aymé.
Si un tel événement devait se produire "en vrai", on imagine l'ampleur de la couverture médiatique par les fameuses "chaînes d'information".
Elle est pour toi prétexte à une étude sociologique des plus jubilatoires.
Mais l'humour omniprésent se pimente parfois de quelques pointes de poésie, en particulier avec le rêve éveillé de la vieille dame et bien sûr dans la toute dernière partie du texte.
Tu ne résistes pas, et c'est tout bénef pour le lecteur, au plaisir du calembour et ce dés la première phrase.

Merci Louis pour cette "chose" qui enluminera notre week-end.

   Anonyme   
4/4/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Une fois encore, j'ai tout aimé de cette nouvelle...

Dans la lignée d'une autre de vos nouvelles : "Sangomar", le nom d'un navire qui apparaît soudainement dans l'avenue du Maine, à Paris, une artère principale située dans le 14ème arrondissement. Bref, j'y vois forcément une similitude bien légitime.

Dans cette nouvelle apparaît "La chose", de forme ronde, avec ou sans substance, sans aucune explication. C'est ce mystère-là qui me plait toujours autant.

Bourg-en-Bresse, une étape de 2mn sur la ligne de TGV Paris-Cluses, justement, que je connais de loin, derrière la vitre d'un wagon...

A chaque fois, c'est le comportement humain devant l'inconnu ou l'invraisemblable qui ressort de vos écrits. Le tout est sublimé par des personnages et des situations cocasses multiples et variées parfaitement maîtrisées.

Cela me rappelle un roman de science-fiction de Michael Crichton : "Sphère", adapté à l'écran par Dustin Hoffman, Sharon Stone et Samuel L. Jackson, mais aussi "La Sphère", un roman de SF de Gregory Benford, qui décrit un objet non identifié de la taille d'un ballon de football et qui s'avère être au final un monde entier en miniature.

Dans votre nouvelle, la voix de ce "prédicateur" me fait penser au prédicateur d'un autre roman, fantastique celui-ci, de Stephen King : "Le fléau".

Je pense que cette chose est le reflet de nous-même, comme vous le décrivez si bien :

"– On a dressé un grand miroir au milieu de la rue. La chose, là, la chose, c'est notre miroir. Elle nous reflète. Elle nous renvoie notre image et nous révèle à nous-mêmes. Hips ! C’est une psyché, cette chose, le miroir de nos âmes. Et qu’est-ce qu’elle nous dit, la glace ? Hein ! Que nous sommes tous givrés ! Hips ! Mais que certains le sont plus que d’autres ! Et comment ne serions-nous pas tous un peu fous, hein ! Nous sommes tous si nécessairement fous, qu’il serait heu... fou, par un autre tour de folie, que de n’être point heu… dingues, comme l’a dit, ah… qui déjà ? Ah oui, Socrate ! Euh, non, peut-être bien Pascal ! Hips ! Paul, allez, ressers-moi un petit vin blanc, et avec beaucoup de glace."

C'est l'explication que je souhaite voir, qui se rapproche de celle du roman de Michael Crichton, à quelques nuances près tout de même...

La fin est à peu près la même que dans votre nouvelle "Sangomar" : deux êtres qui se rencontrent grâce à ce phénomène tout à fait incroyable et qui s'aiment.

Et bien sûr la disparition du navire et de "La chose", dans les deux cas, mais de manière différente.

Absolument génial !!!

   MARIAJO   
5/4/2015
Commentaire modéré

   Acratopege   
5/4/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Merci pour ce conte philosophique comme on n'en fait plus. Ma première association a été pour les boules molles et meurtrières de la série "Le prisonnier" que j'ai revu tantôt, même si votre "chose" n'a rien de menaçant au premier abord. Bien écrit, didactique sans en avoir l'air, votre récit frappe un grand coup. Et puis j'ai découvert le mot "hiérophanie": la révélation peut être intérieure, liée au regard plutôt qu'au spectacle offert par le monde. Vous montrez bien, avec humour, comment l'espèce humaine a tant soif de sens qu'elle est prête à tout inventer pour en donner au phénomène le plus incroyable comme au plus banal, et à tout faire pour profiter sans vergogne de sa vision du monde. Et tout ça se lit avec plaisir! Merci.
Pierre

   Anonyme   
13/4/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un très bon texte qui présente avec beaucoup de justesse les réactions et travers de la société face à un phénomène inexpliqué et dans ton cas inexplicable.

Le fait que ta chose n'est aucune substance ni couleur ni forme (etc) me semble bien décrire l'universalité de ces réactions.

Toutefois je trouve cela bien dommage que la sphère ne trouve aucune explication. Peut-être qu'une sorte de bien-fondé de sa présence dans la ville aurait évité le "catalogue" d'idée.

Tu t'en sors néanmoins très grâce à un texte tantôt satyrique, tantôt humoristique, caricatural parfois (trop?). Ton style d'écriture fluide et qui tient en haleine évite également l'ennui qu'aurait pu provoquer ce "catalogage".

Reste à voir comment tu t'en sors dans d'autres registres...

   hersen   
28/5/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette nouvelle porte l'intrigue ! D'abord, j'aime bien la " chose ". La façon dont vous la décrivez, dont vous la faites vivre, finalement, alors qu'elle se contente d'être là, sans plus de cérémonie. C'est une bonne trouvaille car au bout du compte, ça a l'air d'être un truc assez hideux. Bon, elle brille de temps en temps, mais enfin...
Ensuite, ce panel nous offrant d'une part les réactions les plus diverses, d'autre part les hypothèses les plus folles est vraiment un bon moment de lecture.
Mais voilà, tout cela fut si bien fait que j'attendais, j'attendais la fin avec impatience. Qu'est cette chose, d'où vient-elle, pourquoi est-elle ici ? Je me délectais à l'avance de ce que l'auteur nous aurait concocté. Et je suis déjà à la fin. La chose a disparu...et mon espoir aussi. Bon, d'accord, un couple d'amoureux et tout et tout, mais enfin, je me suis senti dépouillée... Tout ça pour ça !
Bah ! pas grave. Le message serait-il que sur cette bonne vieille terre du bel et bon amour deviendrait si rare ?

Au plaisir de vous lire de nouveau.

   Brume   
13/11/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Louis

Emportée dans un tourbillon, dans une frénésie, dans le tumulte, dans la foule! ça grouille de partout. J'ai été plus que happé, j'ai été parmi eux, j'ai envié leur mystérieuse aventure.
Je ne sais pas où donner de la tête pour dire ce que j'ai aimé.
La chose insolite est un prétexte pour révéler les visages des Hommes. Plus que la chose, c'est les habitants et les curieux qui m'ont intéressé.
J'ai lu un océan de pépites, les raisonnements, réflexions, points de vue de chacun d'entre eux m'ont divertie, moi la lectrice j'ai été friande de leur divagation, de leur folie, et de leur différentes interrogations.
Mais quel bonheur j'ai eu à lire votre nouvelle, visuelle et auditive à souhait. La chose énigmatique a rendu ce monde fou et totalement perplexe par la force de sa seule présence; incroyable.
Le mystère de la chose demeure, mais en fin de compte la "vérité est ailleurs".


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