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Sentimental/Romanesque
Alice : Au disparu
 Publié le 10/11/14  -  17 commentaires  -  13134 caractères  -  427 lectures    Autres textes du même auteur

De six heures à sept heures du matin j'enjambe une fenêtre de papier blanc, je sors et je rentre […] après avoir exercé le droit élémentaire de toute personne vivant sur cette terre : disparaître sans rendre compte de sa disparition.

Christian Bobin, La folle allure


Au disparu


« Viens libellule, viens, on disparaît aujourd’hui. »


La première fois que j’ai entendu cette rengaine, j’avais quatre ans. Je me doute bien que papa m’a fait disparaître avec lui bien avant, mais c’est la première escapade dont je me souvienne.


Papa m’avait dit que pour la plupart des grandes personnes, disparaître, c’est très difficile. Que plus la vie grossit, plus le temps rapetisse. Qu’il fallait que j’essaye de toutes mes forces de me rappeler la recette de la disparition, même quand on essayerait de me faire croire qu’elle n’existait pas. Je n’avais eu aucun mal à appuyer sa thèse. Maman était une très grande personne, plus grande que tout le monde sur les photos qu’il me restait d’elle : et elle avait disparu très, très facilement, le temps d’un avant-midi à la maternelle. Papa disait que c’était l’idée, mais que ce n’était pas pareil. Qu’on pouvait disparaître de la vie sans mal, mais que l’abandonner c’était plus triste. Je n’ai jamais mieux compris le sort de ma mère qu’avec ces mots-là.


La première fois, ç’avait été un motel. Bleu et blanc. Avec des ailes de papillons desséchées dans le globe du plafonnier. C’est tout ce que je m’en rappelle. Papa avait amené sa guitare et peuplait nos journées de musique, une musique comme sa voix, plus faite de silences que de notes ; une tendresse de lys qui m’endormait et me réveillait.


La deuxième fois, je venais d’avoir six ans. Cette fois, ç’avait été un vieux chalet. Papa l’avait supposément trouvé au hasard dans un cul-de-sac en pleine forêt, pendant que je sommeillais sur le siège arrière, et m’avait dit d’espérer avec lui que les propriétaires ne montrent pas le bout de leur nez pendant notre séjour. On a beau prêter toutes les rébellions à l’époque de l’adolescence, les plus belles se déroulent au cœur de l’enfance, quand le parent voit encore la malice comme un rire partagé et non comme un mauvais exemple. L’illégalité donne des ailes aux enfants. Que papa ait accompli un méfait en notre nom me terrifiait d’une voluptueuse admiration, de celles dont seules les petites filles sont capables : comment ne pas aimer follement un être prêt à sacrifier sa conscience citoyenne à un moment de poésie ? Il n’y avait pas à dire : disparaître valait le coup.


Aux alentours du chalet, il y avait un potager. Papa y avait volé une seule tomate, mais ne l’avait pas mangée ; après l’avoir séparée de sa tige, il avait frictionné cette dernière entre ses mains, puis ses mains contre les miennes et contre ma taie d’oreiller, dans le plus petit lit du chalet, juste avant que je ne m’endorme. L’odeur piquante m’avait attendri le cœur toute la nuit.


On dort toujours bien, quand on est hors du temps en compagnie d’un hors-la-loi.


***


J’ai longtemps cherché un adjectif pour rassembler toutes les facettes de mon hors-la-loi. Silencieux aurait peut-être convenu, mais musical également. Solitaire aussi, mais pas plus que présent. Léger tout autant qu’intense.


Passé le cap des cinquante ans, j’ai fini par trouver : pédagogue.


Le regarder était une école pour l’âme.


Je suis retournée au chalet, il y a de cela dix ans. Il y avait toujours un potager, mais plus de tomates. Seulement des salades, des carottes, des oignons, une terre aigrie par les insecticides et moi les bras ballants, le bout du nez froid et une église vide au fond du cœur.


Je l’ai découvert en grandissant et en vieillissant : la disparition est un art. Certains le voient à tort comme une fuite, alors qu’il n’y a pas plus directe façon d’aller aux devants de tout qu’en s’effaçant du quotidien. Disparaître, c’est quitter l’habitude comme une meilleure amie un peu étouffante sans cesser de lui écrire ; c’est se détacher juste assez pour s’offrir le cadeau d’être soi, intensément soi, pour le meilleur comme pour le pire. Grâce à cet art, j’ai vécu comme dans une fable. Je me suis reposée de ma vie avant de la finir.


Mon adolescence venue, résistant à mon incapacité momentanée à vivre l’essentiel sans honte, papa n’avait pas changé nos habitudes d’un iota. Je n’avais pas tardé à découvrir que la disparition est le meilleur remède à la pudibonderie, encore plus aux premières larmes sans titre. Quelque part pendant ma quinzième année, à la suite de ma première déception amoureuse, celle qui n’est associée à aucun visage tant elle n’arrive que pour briser la glace, il m’avait offert la mer à minuit. Un immense bain d’étoiles entraînées par le poids de leur reflet jusque dans l’eau, que je faisais mousser de tentatives de nage papillon. J’étais coincée à trois lancées.


Je me rappelle avoir senti à quel point le bonheur est une chose douloureuse, à quel point il élance dans l’âme humaine qui oublie comment le recevoir pour que le malheur lui semble plus normal.


***


Normal. Normal, notre comportement ne l’était certainement pas. Et pourtant, s’extirper du normal, c’était plonger dedans : dans le normal du ciel, dans le normal des gens, dans le normal des draps, dans le normal des pierres ; dans ces normalités sublimées d’être dégustées en plein effacement du monde.


***


Papa n’avait aucune résistance au normal de surface, au glaçage. Se passait-il une année entière sans que nous ayons eu l’occasion ou la force de disparaître, il tournait à la manière d’un lion en cage, moitié abrutissement moitié fougue. Ses savanes lui manquaient trop. À un point tel que, parfois, je cessais d’exister, privée de ses yeux, de ses mains calleuses, de sa voix qui projetait mon âme en l’air à bout de bras.


J’avais dix-sept ans lors de notre dernière et plus belle disparition commune. La dernière, parce que je devais déménager l’été suivant. La plus belle, à cause d’une révélation :


« Je triche depuis ta naissance, libellule. Tous les parents qui savent disparaître trichent avec leurs enfants. Ils trichent en les emmenant avec eux, parce que c’est leur seul moyen d’intensifier vraiment leur vie. Il faut amener avec nous tous les bouts de notre chair quand on disparaît, sinon c’est plus dur. Mais aucun enfant n’a besoin d’emmener ses parents. Aucun enfant ne sait ce que c’est que disparaître, aucun enfant ne sait qui il est, s’il ne laisse pas ses parents sur le bord d’une route pour disparaître tout seul. Ce n’est pas que les enfants n’aiment pas leurs parents. C’est que les parents aiment trop leurs enfants pour les laisser entièrement libres de vivre. L’amour c’est beau, libellule, ça sert à protéger, ça sert à exalter, ça sert à découvrir, mais ça ne sert jamais à faire vivre. Ne te fie jamais à l’amour pour vivre, surtout pas à quelqu’un qui te l’offre. Même pas à moi. Vis par toi, pour toi, sans béquille. Vis par ce que tu vois en toi, ceux qui t’aiment peuvent t’ouvrir au monde mais ne peuvent pas l’ouvrir pour toi, quand bien même ils le veulent. Aimer est un art contemplatif : sitôt qu’on aime on devient spectateur, on n’a rien à faire dans le spectacle, parce qu’un spectacle n’est pas un chantier. Tu resteras le plus beau spectacle de ma vie, libellule. Mais je dois cesser de laisser mon amour trop gros t’emmener dans mes bagages, te traiter comme un petit bout de ma chair. Je n’ai de place que dans ton cœur et Dieu sait que ce que tu es répond de beaucoup d’autres choses. C’est notre dernière disparition à deux, libellule, et je ne veux pas que tu sois triste. »


Je ne me souviens pas d’avoir été triste. Désorientée, émue, attendrie, mais pas triste. Papa avait le don de me faire pressentir suffisamment les choses pour qu’elles ne me blessent pas une fois énoncées. L’adieu dégringolait de son sourire depuis des mois. J’avais bouclé mes valises trois mois plus tard, une nostalgie ouatée au creux du ventre.


***


J’ai trouvé un petit appartement, ai émaillé quelques relations de disparitions qui ont éloigné les prétendants les uns après les autres. Je m’en fichais pas mal. La nuit, je dessinais des mots sur le torse de mes amants hasardeux. Le jour, je me guidais à ma propre lumière, suivant les conseils de papa à la lettre : appréciant, retournant follement l’amour des gens et des choses sans le choisir pour boussole. Les derniers conseils de papa, même dictés par l’amour, étaient recevables, contrairement à nombre d’autres, puisqu’ils appartenaient à une forme surhumaine d’amour, cette forme d’amour qui seule peut choisir entre donner la vie et donner la mort. Les parents la possèdent et en usent environ une fois dans une existence : ils donnent la vie à leur enfant ou le tuent d’un seul choix. Papa me l’avait donnée, et j’avais tissé ma trame à partir de là, grisée, la poitrine chaude, la paume ouverte, un papillon à la place du cerveau.


J’étais heureuse. Comme si de rien n'était.


En amour, tout s’exultait. Une seule chose était inacceptable et se répétait souvent : sous l’illusion d’une parfaite symbiose – croyant que l’amour avait ouvert la porte à la compréhension la plus totale – certains de mes amants tentaient de faire une apparition dans mes disparitions. Lorsque je les quittais, ils m’accusaient de ne pas savoir aimer, alors que j’aimais plus que quiconque et qu’il n’y avait certes aucun mode d’emploi sur la façon dont on devait aimer les gens ; ils me répétaient, suppliants, qu’ils n’avaient cherché qu’à « partager ma vie ». Formule idiote s’il en est une : une vie ne se partage pas. Seuls les moments sont partageables : deux êtres peuvent s’entrechoquer devant la beauté ou la laideur, s’instruire au son produit, se réjouir de la présence de l’autre sans en droguer la leur propre. Quel concept barbare que celui de s’assimiler l’un l’autre. Il y a une différence entre concilier des horaires, des finances et des hormones, et donner son histoire en pâture.


C’est sûrement ce que maman a fait, pour disparaître aussi longtemps et aussi mal. Elle s’est laissé avaler par un mari, l’a gavé de parcelles d’âme plutôt que de légumes. Papa a mieux contrôlé ce qu’il m’a donné que ce qu’il lui a pris. Ça doit être ça, l’avantage de l’amour parental : l’altruisme y prend ses aises plus facilement. Le fatalisme aussi.


***


C’est le jour de mon cinquante-sixième anniversaire que papa a reçu son diagnostic d’Alzheimer. L’ironie des choses avait frappé : un homme qui avait passé sa vie à cuisiner ses souvenirs au goût du jour était destiné à les perdre.


Il n’a pas tardé à se transformer de nouveau en lion.


L’oubli progressif a allumé dans ses yeux une constante étincelle de révolte qui me rassurait. Mais je savais que l’abattement, comme toujours, comme en cage, talonnait la fougue. Je savais que quelque chose en lui, en même temps que sa mémoire, renoncerait sans gloire.

J’ai refusé de le placer en maison spécialisée, même lorsqu’il est devenu un danger pour les autres. Ce n’est que quand il est devenu un danger pour lui-même que j’ai cédé : là, je ne pouvais plus. Je ne pouvais plus le voir déchirer ses livres préférés, égarer son visage entre le miroir de la salle de bain et celui du salon, oublier la recette de son pain aux épices et celle de la disparition, laisser la gueule des robinets grande ouverte. J’ai appelé ma tante. Je me sentais chroniquement incapable de le mettre en cage moi-même.


Laisser Rose le reconduire seule au centre demeure la seule véritable fuite de mon existence. Dans l’amertume inhabituelle de mon thé ce jour-là – une amertume sans tendresse rédemptrice, aussi déplacée dans la théine qu’elle l’aurait été dans du chocolat blanc – j’ai détecté la marque de ce crime dont on m’avait accusée à tort toute ma vie. La lâcheté, ça goûte fort.


Un mois plus tard, cinq avant sa mort, je me suis enfin décidée à faire une visite.


Dans la lumière crue, la télé muette, désuète, regardée sans regard, le lit aux draps aseptisés et la chaise roulante entravée pour le principe formaient le décor d’une chambre mortuaire. Lui sentait déjà le cadavre, son propre corps l’avait déserté, comme si son histoire l’avait oublié autant qu’il avait oublié son histoire.


La tête penchée sur le côté, il bavait.


Il faudra un jour m’expliquer pourquoi les plus belles choses du monde, d’un rire à un soufflé au fromage, en passant par un être humain époustouflant de surhumanité, finissent toujours par paraître ridicules.


Je me suis agenouillée devant le corps et son âme chiffonnée. Les orbes vides, leur couleur affadie, se sont abaissés de un millimètre, ont papilloté sur mon visage le temps d’une seconde de pure expectative, d’espoir bancal. Aucune reconnaissance.


Aucune possibilité d’élan, d’effort. Pas sans moi, pas sans le petit bout de chair que plus personne n’identifierait comme tel, plus jamais.


J’avais des larmes d’enfant partout sur les joues. C’est peut-être pour ça que j’ai réussi à lui retourner une faveur inestimable, pour finir sa vie comme il avait entamé la mienne ; parce qu’un enfant aussi ça peut être surhumain, parce qu’un enfant ça ne peut pas choisir entre donner la vie et donner la mort, mais ça peut choisir de donner une mort vivante :


« Viens papa, viens, on disparaît aujourd’hui. »


 
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   Asrya   
3/10/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
Le titre tout comme la citation de Christian Bobin me paraissent appropriés à votre récit ; toutefois, ni l'un ni l'autre ne m'a interpellé, ni attiré.
Je me suis lancé dans votre nouvelle tout de même ; quelle idée de donner un jugement sur si peu !

Première phrase. Un délice. Je l'ai prise... comme elle m'apparaissait, avec ce seul souhait : qu'elle ne disparaisse jamais.
Lorsque je trouve un début de nouvelle aussi bon, il m'arrive d'aller zyeuter la toute dernière phrase pour avoir un aperçu de cette dernière.
Dernière phrase. L'extase.
Deux phrases qui englobent un texte qui m'est alors inconnu, qu'il me tarde de découvrir et de savourer.

Alors, la lecture commence, je n'ai qu'une pensée, qu'une envie, être une libellule ; disparaître.

Quel texte. Doux. Tendre. Gai. Illusoire. Triste. Sombre. Vrai.
J'ai été subjugué.
De l'émotion, de la candeur, de la raison ; un tout mêlé qui m'a émerveillé.
Je suis ébahi par votre récit et vous remercie pour ce fabuleux moment que vous m'avez offert,

Je n'ai plus qu'un mot à dire, un seul et grand mot qui ne demande qu'à s'échapper de ma retenue :

Merci.

Au plaisir de vous lire à nouveau.

   Pepito   
10/11/2014
Bonjour Alice,

Forme : d'une extrême délicatesse.
"cuisiner ses souvenirs au goût du jour"
"devant le corps et son âme chiffonnée."
"des larmes d’enfant partout sur les joues"
...

Fond : la relation Père/Fille (surtout Bonnie and Clyde pour de rire) est un délice. J'ai surtout adoré la Tomate, je lui ais trouvé des gouts d'Orange.
La partie "amouuuuuuur" de jeune fille, beaucoup moins, on ne se refait pas ;-)
L'"abandon" de vie du Père est, de nouveau, un très beau moment. Dur, très dur mais beau... jusqu'à la chute.

Merci pour l'émoi de cette lecture.

Pepito

   in-flight   
10/11/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Au départ, j'ai imaginé la relation père/fille incestueuse ("Je me doute bien que papa m’a fait disparaître avec lui bien avant" ou "La première fois, ç’avait été un motel."...)

Au fur et à mesure, on découvre que le père se dévoue pour sa fille quitte à commettre quelques méfaits.
Après le vagabondage qu'a vécue la petite fille avec son père, elle a envie de lui rendre la pareille lorsque celui-ci perd la mémoire. Elle veut lui offrir un ultime exil... Juste pour le souvenir.

"Je me rappelle avoir senti à quel point le bonheur est une chose douloureuse, à quel point il élance dans l’âme humaine qui oublie comment le recevoir pour que le malheur lui semble plus normal." --> Magnifique

Un grand bravo

   Pascal31   
11/11/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'avais beaucoup apprécié votre courte nouvelle "La pause" et je retrouve ici votre sensibilité et votre sens de la formule.
Malgré un bémol sur quelques longueurs (le paragraphe commençant par "J'ai trouvé un petit appartement", notamment), vous êtes parvenue à m'embarquer dans votre histoire, à me faire disparaître l'espace de quelques instants...
Beaucoup de pudeur dans votre récit, et l'émotion qui jaillit au détour de plusieurs passages (lors de la révélation que fait le père à sa fille, par exemple, ou encore l'ultime paragraphe, très émouvant).
Une nouvelle fort bien écrite, pleine de tendresse et de sensibilité. Bravo !

   jaimme   
11/11/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Pas d'Histoire, même pas leur histoire. Mais reste celle qui compte: l'histoire de ce qu'elle pense avoir reçu.
Le constat est terrible car la poésie de cet amour disparaît devant l'omniprésence de la chair. L'homme disparaît lorsque la chair montre ce qu'elle est. Et reste l'amour des autres. C'est ça la vie?
En tout cas merci pour ce poème. Il est presque parfait pour moi. J'ai été arrêté 2 ou 3 fois par une note qui n'était pas dans mon harmonie. Mais comme c'est mon harmonie, inutile de les souligner.
Un texte qui frôle le sublime.

   Francis   
11/11/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une grande sensibilité doublée d'une grande pudeur s'échappe des mots, des différentes étapes sur le chemin de la vie. J'ai connu ce lien entre le père et son enfant ce qui rend votre texte plus émouvant encore. Le temps modifie les choses, les gens mais on peut en sortir, disparaître dans des instants de bonheur intense.
Merci pour ce beau partage.

   Neojamin   
11/11/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonjour Alice,

Je n'avais pas trop envie de lire aujourd'hui. J'ai ouvert cette nouvelle et hésité en constatant sa longueur. La première phrase m'a finalement convaincue. J'ai commencé la lecture et pour la première fois depuis que je me suis intéressé à Oniris, je suis arrivé à la fin sans m'en rendre compte.
Waouh.
J'ai maintenant envie de laisser un commentaire sans trop savoir pour dire quoi. J'ai été pénétré par un battement d'aile qui est venu chatouiller mon coeur. Et le pire c'est que je n'y ai vu que du feu. Je n'ai même pas pu savourer l'instant tant je me suis senti happé par la libellule. J'ai littéralement disparu. Le retour sur terre est difficile, le soufflement de mon ordinateur, les lourdeurs de la digestion. Et je ne sais pas trop quoi dire sinon que j'ai aimé disparaître ainsi.

Deux phrases m'ont fait particulièrement chavirer:
"L’adieu dégringolait de son sourire depuis des mois."
"Il faudra un jour m’expliquer pourquoi les plus belles choses du monde, d’un rire à un soufflé au fromage, en passant par un être humain époustouflant de surhumanité, finissent toujours par paraître ridicules."

Je me sentais un peu las cet après-midi...je me sens desormais tout léger.
Merci.

   widjet   
11/11/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Texte très délicat (me souviens d’en avoir lu un identique de framato - qui a été enlevé depuis -, mais écrit différemment). C’est très beau, très tendre et jamais larmoyant. Il y a bien quelques phrases que je trouve moyenne (« encore plus aux premières larmes sans titre. », confuse pour moi, « me terrifiait d’une voluptueuse admiration » (???), « Il faudra un jour m’expliquer pourquoi les plus belles choses du monde, d’un rire à un soufflé au fromage, en passant par un être humain époustouflant de surhumanité, un peu lourde comme je trouve la formulation…), mais rien qui ne parasite vraiment l’émotion à fleur de peau.

Je préfère toute fois les phrases courtes comme « La lâcheté, ça goûte fort » ou « On dort toujours bien, quand on est hors du temps en compagnie d’un hors-la-loi » qui ont un impact nettement plus fort.

Mais l’ensemble encore une fois est émouvant, poétique et raffiné (la mort de la maman est suggéré sans forcer le trait), tout en douleur intériorisé.

Alice confirme tout le bien que je pensais d’elle (enfin de ses écrits).

Bravo.



W

   Robot   
12/11/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un récit de tendresse sans pathos, une véritable et belle écriture très personnelle, des expressions très imagées, parfois à l'emporte pièce, qui frappent et qui même génèrent presque des odeurs et des saveurs et des sons.

"une musique comme sa voix, plus faite de silences que de notes"
"L’odeur piquante m’avait attendri le cœur toute la nuit."
"le bout du nez froid et une église vide au fond du cœur."

C'est empreint de mélancolie sans tristesse et sans amertume. voilà ce qui me reste après la lecture.

   Jano   
14/11/2014
 a aimé ce texte 
Bien
On sent que vous cherchez à produire une écriture de qualité. C'est tout à votre honneur mais parfois je trouve que ça frise l'excès, que vous tombez dans une espèce de sophistication et multipliez des formules tape-à-l'œil au bout du compte vides de sens. Il faudrait que vous m'expliquiez ceci par exemple : « il n’y a pas plus directe façon d’aller aux devants de tout qu’en s’effaçant du quotidien ». Comment accéder au tout en s'effaçant du quotidien sachant qu'il en fait partie ?
Pareil ici, où une construction confuse rajoute en plus à la difficulté de bien comprendre : « Je me rappelle avoir senti à quel point le bonheur est une chose douloureuse, à quel point il élance dans l’âme humaine qui oublie comment le recevoir pour que le malheur lui semble plus normal. »

Hormis ces formules hasardeuses et ce souci exagéré de faire du beau, le récit est vraiment touchant, la relation père/fille originale. La dégradation du père associée au désarroi de la narratrice est finement rendue, je pense qu'on est proche de la réalité. Beaucoup de sensibilité donc que j'aurais aimé voir traduit avec davantage de naturel.

   Edgard   
15/11/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Alice
J’aime bien qu’à la fin d’un beau film, les spectateurs attendent que le générique ait défilé sur l’écran. Non pour le lire, mais pour laisser le temps à quelques images intenses de revenir à la mémoire, pour laisser les choses se diluer lentement dans la réalité qui revient.
Après la lecture de votre texte, il faut ces quelques minutes de silence pour que les accords de guitare, le parfum de la tomate, mais aussi la force des scènes finales, avec ce cruel émergement du réel, prennent toute leur saveur. C’est un instant délicieux de poésie et de vérité autour des diverses disparitions. Les unes comme un jeu, comme une initiation, les autres comme des fatalités cruelles. Votre nouvelle m'a fait disparaître un moment.
C’est un très beau texte plein de tendresse et de lucidité écrit avec une plume magnifique.
Oh oui ! Encore !

   moschen   
16/11/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
C'est parfait, plus que parfait, le style superbe, les sonorités, une aisance dans la formule, les expressions imagées mais il manque à mon sens une pincée de je ne sais quoi, qui atténuerait la hauteur à laquelle la qualité du discours place la fille. Pour s'identifier au personnage de la fille, il faudrait être aussi parfaite qu'elle. Est-ce possible ? C'est pour cela que les personnages se doivent d'avoir quelques défauts qui nous les rendent semblables.
Imaginons qu'au lieu de lui faire dire : "il m'avait offert la mer à minuit"... nous aurions eu "Viens ma fille, ce soir nous allons nous offrir la mer". La différence aurait été dans l'épaisseur acquise par le père. Ainsi nous aurions eu deux personnages en rivalité plutôt qu'une seule omnipotente.

   Cat   
18/11/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
Un beau texte, solide, bien ancré dans la vie et ses méandres, et si tendre à la fois.

A chaque fois que je te lis, Alice, je suis époustouflée de constater combien ta jeunesse a déjà accumulé de profondeur dans ces sentiments que tu distilles avec grand bonheur et belle générosité.

Le « passionnément » que l’on me propose maintenant pour noter ta nouvelle, convient fougueusement à la lecture que je viens de faire. Elle m’a emportée dans un monde où, si on se blesse tant et plus à l’émotion pure, on ne peut que se laisser aller à la douceur qui l’habille tel un cocon.

J’aime ces envolées que tu offres à pleines mains au lecteur, pour qu’il puisse y retrouver son propre souffle. Il y a une telle aisance, une telle délicatesse dans les formules.

J’ai juste l’envie de te dire merci pour ces bouffées de joie que tu dispenses avec talent. Ce talent qui me touche à tous les coups et que je ne rencontre que chez les belles âmes de ta trempe.

Big applause.

Cat

   framato   
29/11/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Alice,

très très joli texte, beaucoup de perles, des petites merveilles d'écriture :

"Qu’on pouvait disparaître de la vie sans mal, mais que l’abandonner c’était plus triste. Je n’ai jamais mieux compris le sort de ma mère qu’avec ces mots-là. "
"On dort toujours bien, quand on est hors du temps en compagnie d’un hors-la-loi."
"Le regarder était une école pour l’âme. "
"Je me rappelle avoir senti à quel point le bonheur est une chose douloureuse"

bon, j'arrête, j'en aurais trop à citer...

Un chouilla à redire : un répétion trop proche du mois qui m'a gêné : "L’adieu dégringolait de son sourire depuis des mois. J’avais bouclé mes valises trois mois plus tard"

Un texte fort, inventif, presque parfait, j'aurais simplement terminé sans le rappel de la disparition. Le point final après mort vivante m'aurait suffit. La coda me semble ici trop tire-larme, mais c'est un avis tout personnel.

Ps : contrairement à ce que dit Widjet, il n'y a pas grand chose de commun avec celui que j'ai écrit, sauf le fait de donner la mort par amour. Votre texte EST littéraire.

   AnneMariesquieu   
28/4/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément
C est très touchant et l’écriture nous prend par la main et nous aide à retrouver la pensée magique de l'enfance...
En lisant votre nouvelle, Alice, j'ai pensé à un roman de Salinger.
"Vis par ce que tu vois en toi, ceux qui t’aiment peuvent t’ouvrir au monde mais ne peuvent pas l’ouvrir pour toi, quand bien même ils le veulent.": cette littérature qui fait parler ce père (on en voudrait tous un comme lui !) à sa fille nous en apprend beaucoup sur la vie, l'amour, l'âme...leur beauté et leurs pièges ; si astucieusement et la
poésie nous transporte comme un vol de libellule !

   moschen   
20/12/2015
Commentaire modéré

   Jean_Meneault   
23/6/2016
Je suis nouveau sur Oniris et c'est mon premier commentaire; je ne pouvais pas trouver à la fois plus facile et plus difficile à discuter.

Facile car j'ai beaucoup aimé votre nouvelle, de bout en bout. Fine, délicate, dépeignant la vie sans artifices ni raccourcis, au gré de ses reliefs et aspérités.

Difficile car je ne peux vous en dire beaucoup plus, votre écrit se suffit à lui-même et je ne peux souffrir l'idée d'y chercher quelconque maladresse; on n'abîme pas ce qui enrichit.

Votre écrit m'a offert, comme à d'autres j'en suis sûr, la possibilité d'une fort belle disparition.

   vendularge   
23/6/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,

J'ai lu votre texte un peu par hasard en suivant le cheminement de Jean-Meneault nouvellement arrivé (que je salue). C'est tout à fait intéressant de noter au passage votre "disparition" après un succès d'estime largement mérité sur Oniris (je parle de la fin de vos publications). C'est rare, cette écriture de forme presqu'enfantine et de fond toujours saisissant de profondeur (le terme n'est pas élégant). La capacité à donner au lecteur des émotions intenses vous caractérise. Je pense qu'il s'agit d'un véritable don que vous mettez (je l'espère) au service d'un ouvrage que je me procurerais avec grand plaisir, si j'en suis informée.

Belle journée
Vendularge


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