Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Sentimental/Romanesque
Alice : Brindille
 Publié le 28/01/16  -  8 commentaires  -  11410 caractères  -  168 lectures    Autres textes du même auteur

Apparemment, tout le monde savait qu’elle s’appelait Bénédicte, et s’en satisfaisait.


Brindille


C’était une petite vieille maigrichonne à l’allure très peu sympathique, qui vivait à deux rues de chez moi et à deux rues de l’école. Elle était là quand je partais et elle était là quand je revenais. Les huit heures d’école jouaient quelque part entre ces deux moments où je l’apercevais, tantôt assise, tantôt debout sur sa galerie, quand je passais de l’autre côté de la rue. Fixer quelqu’un sans être impoli, c’est une question de distance.

Elle avait les yeux grands sous sa frange de cheveux blancs toujours agités. Ses grandes robes avaient l’air d’être en papier mâché tellement les plis ressortaient, même du trottoir d’en face. Maigre comme elle était, elle avait l’air d’une brindille enrobée de vêtements de poupée.


Apparemment, tout le monde savait qu’elle s’appelait Bénédicte, et s’en satisfaisait. Moi, quand je passais le matin, quand je passais l’après-midi, j’essayais de lui grappiller un regard.


À l’école du quartier, les autres connaissaient tous Bénédicte de vue, et s’en satisfaisaient. Y en avait-il un pour sortir, au hasard d’une conversation sans importance, une bribe d’information supplémentaire dont tout le monde se contrefichait, je l’interrogeais aussitôt, à la fois excitée et interloquée qu’on l’ait enfin remarquée, comme quelqu’un qui découvrirait que sa collection de timbres personnelle était en fait célèbre.


– Je l’ai vue tantôt, en revenant du lunch, avait lancé Bruno, un lundi.

– Elle faisait quoi ? avais-je demandé, avide de découvrir la Bénédicte de quand on n’est ni le matin ni l’après-midi.


Il avait haussé les épaules.


– Elle était vieille.


Sur le coup, j’avais traité Bruno d’idiot. Mais ce vendredi-ci, Bénédicte est vraiment devenue vieille. Le matin, je la vois, non pas assise dans la chaise sur la galerie mais immobile dans la chaise sur la galerie. La différence est grande comme le monde et je la regarde moins longtemps que d’habitude avant de rentrer la tête dans les épaules.

Un pressentiment ne me quitte pas de la journée et je fonce avant tout le monde à la sonnerie.


***


J’arrive devant la maison cinq minutes plus tôt que d’ordinaire. Au coin de la rue j’ai couru encore plus vite en voyant l’ambulance. Sur la galerie, la chaise a été repoussée pour laisser passer Bénédicte sur une civière. Deux ambulanciers la déposent doucement sur l’herbe de son terrain, l’un prend des notes tout en parlant dans un portable et l’autre tient la main de Bénédicte en lui parlant.

Je ne réfléchis à rien, je traverse juste la rue, et de là je m’avance sur le gazon d’une inconnue, en rentrant les orteils dans mes chaussures parce que sur l’herbe des inconnus on essaye toujours de marcher moins fort.


Je m’approche de la civière et, pour la première fois, je me mets tout à côté de Bénédicte.

Bénédicte sent vraiment mauvais. De proche ses yeux sont plus globuleux que grands, comme deux billes énormes sous ses paupières fines, mais ses cheveux sont toujours aussi fantomatiques. Je les vois de proche comme je les vois de loin : un coup de vent blanchâtre par-dessus les rides.


L’ambulancier qui tient sa main me demande ce que je fais là. Les gros yeux de Bénédicte s’ouvrent en entendant ma voix qui répond :


– C’est ma grand-mère.


L’ambulancier regarde Bénédicte, qui me regarde sans rien dire.


– Tes parents ils sont où ? me demande-t-il.

– Chez nous. C’est loin.

– Ta grand-mère te garde ?


Il me fixe intensément, et je sens qu’il me demande de bien mentir, pour ne pas lui faire perdre son temps.


– Oui. Je reviens de l’école.


Trente secondes plus tard je suis dans l’ambulance, à un centimètre de la main recroquevillée de Bénédicte. Je réalise que de plus près elle est plus petite.


***


Dans la chambre d’hôpital, les os de Bénédicte disparaissent presque dans le matelas.


– Tu sors d’où ?


La voix de Bénédicte, je ne la connaissais pas. Elle est rance comme son odeur. Elle me fait sursauter mais elle ne me déçoit pas trop.


– Je vous vois sur votre galerie quand je vais à l’école.


Sur le coup, la stricte vérité, ça ne sonne pas brillant.


– Pis tu penses que parce que je suis vieille, me voir quand tu vas à l’école c’est spécial, hein ?

– J’ai pas dit ça. Je vous vois quand je reviens aussi.

– Le bonhomme que tu croiserais pendant son jogging tous les matins et tous les après-midi, tu monterais dans son ambulance à lui aussi ?

– Je pense pas.

– Donc me voir moi c’est plus spécial, dans ta tête ? Je te fais pitié ?

– Non.

– Pis tu penses que quand on est vieux on veut automatiquement voir tous les enfants du monde, hein ?

– T’as pas trop l’air de m’aimer, et le vieux Ménard à côté m’a déjà lâché son gros chien dessus, alors non, je crois vraiment pas.

– Tu me tutoies maintenant ? Ça, ça pourrait être intéressant, au moins.

– Dire vous en se disputant c’est un peu con.


Elle hausse ses os sous sa blouse bleue.


– Rien que pour ça, ça valait peut-être la peine que je te laisse me traiter de grand-mère. Mais j’aimerais ça que tu partes, maintenant.


Je me lève et je me rends compte que j’ai oublié mon sac à dos dans l’ambulance.

Je regarde dans les billes de Bénédicte, pas méchantes, pas gentilles non plus, des billes de malade, et j’ai un peu envie de pleurer.


– Mon sac… je murmure.


Bénédicte ouvre la bouche mais la porte s’ouvre dans mon dos et le médecin manque de me renverser.


– Tu devrais aller à la réception appeler tes parents, qu’il fait avec un gentil sourire. Ils ont été prévenus.

– Je rentre, je dis simplement.

– Ma petite-fille a oublié son sac d’école dans votre ambulance tantôt, lance la voix rêche de Bénédicte.


Le médecin fronce les sourcils.


– L’ambulance qui vous a amenées est déjà repartie, ils ont peut-être laissé le sac à l’accueil. Va donc voir pendant que j’examine ta grand-mère, petite.


Je détale. À la réception il n’y a rien. Au téléphone, je parle avec mon père juste assez longtemps pour dire que je peux prendre le bus pour rentrer, et me faire dire en retour que lui et maman viennent me chercher et que je n’y couperai certainement pas. J’ai envie de partir mais j’aimerais quand même savoir ce qu’il va arriver à mon devoir de français, alors je retourne dans la chambre.


Le médecin est légèrement exaspéré.


– T’aurais pu faire attention, quand même. Je peux pas rappeler l’ambulance juste pour ça. T’avais des trucs à faire pour demain ?

– Je vais m’arranger, on est vendredi, je dis en le foudroyant du regard.

– Va falloir attendre que les ambulanciers terminent leur service. Il va être tard.

– Elle revient demain de toute façon, grince le tas d’os oublié sur le lit d’hôpital.


Il y a un presque sourire sur le visage de Bénédicte, plus sur son nez qui retrousse que sur sa bouche. Je la regarde, ébahie.


– Reste pas plantée là, chérie d’amour. Rentre te reposer, tes parents vont s’inquiéter.

– Hmm… oui… Ça va aller grand-maman ?

– À merveille. Pis oublie pas ma boîte demain, la même que l’autre fois, les truffes.


Tout s’explique.



Mes parents viennent me chercher. Je ne sais pas exactement ce qu’ils ont appris aux infirmières de l’hôpital, mais je sais que les infirmières de l’hôpital leur ont appris suffisamment pour qu’ils aient envie de me hurler dessus. Faut dire qu’avec mes deux vraies et seules grand-mères mortes, la nouvelle « votre fille qui revenait de l’école a accompagné sa grand-mère cardiaque à l’hôpital » a dû faire drôle.


Apparemment, traiter une petite vieille de grand-mère, c’est grave.


J’avoue pour mon sac, histoire de changer la colère de place.

Ils me disent que c’est parfait, que demain j’irai chercher mon sac et que je m’excuserai pour mon mensonge à la dame et au médecin. Un ou deux hurlements de plus et je suis dans mon lit.


Le lendemain je me lève tôt, même si c’est samedi. Je ferme la porte soigneusement pour ne pas réveiller les parents. Je prends l’autobus pour me rendre à l’hôpital. Je descends, arrive devant les portes automatiques, rebrousse chemin, reprends le même numéro de bus en sens inverse, rouvre la porte de la maison soigneusement pour ne pas réveiller les parents, retourne dans ma chambre, envisage de me remettre au lit et de me rendormir, prends les deux billets que j’ai dans ma tirelire, descends au salon, extirpe l’annuaire de la tablette au-dessus du téléphone et cherche dans « chocolaterie ».


***


– C’est pas des truffes, ça, petite.

– Ça dit « truffé » sur l’emballage.

– Truffé ça veut pas dire truffé de truffe. Ça veut dire un truc qui ressemble à de la truffe avec du truc bon marché dedans.

– Ben voyons, pourquoi ?

– Parce que le français est une langue bizarre. Je te pardonne, c’est bon quand même. Prends-en un.

– C’est pour toi.

– Prends-en un.


Je mâche, puis me lance, du caramel entre les dents :


– Désolée pour hier. C’était pas correct de faire ça.

– C’est tes parents qui t’ont dit de dire ça ?

– Oui. Mais je m’excuse pour vrai. Je voulais pas te rendre mal à l’aise.

– Le jour où je vais être mal à l’aise de mentir, là je serai vraiment sénile et j’espère qu’on va me piquer.


Je laisse l’énormité planer un peu dans l’air en me dandinant d’un pied sur l’autre.


– En tout cas, faut que j’aille le dire au médecin aussi… je reprends.

– Je crois pas non. Mentir ça sert à rien quand on n’assume pas ses mensonges.

– C’est ce que je vais faire, j’te dis…

– Nan, tu vas essayer de tout effacer, c’est pas pareil. En assumant tes mensonges tu peux créer une vérité. Des mensonges bien sincères c’est plus vrais que des vérités qu’on n’aime pas. Dans la vie c’est pas mal plus utile d’apprendre à créer les vérités qui nous plaisent que d’apprendre à s’excuser pour tout ce qu’on a fait parce qu’on est ce qu’on est.

– Donc… je fais quoi selon toi ?

– Tu vas chercher ton sac à la réception. C’est bien un petit bleu ? Ils me l’ont montré ce matin.

– Oui.

– Y est vraiment laid. Va le chercher pis fais tes devoirs sur la table, là. Essaye d’assumer, voir ce qui se passe.

– Mais…

– Tu discutes pas avec ta grand-mère.


Sonnée, je vais chercher mon sac. À la réception, je demande le petit, bleu et laid.


Je fais mon devoir de français pendant qu’elle lit des pamphlets.


– Pourquoi ils ont ramené le sac à la réception s’ils te l’ont amené pour que tu le voies ? je demande en m’attaquant à la géographie.

– C’était au cas où t’aurais été pressée et que t’aurais pas voulu revenir ici, qu’elle répond sans même lever la tête. Ça t’aurait fait plus de chocolats.


Bénédicte, c’est vraiment quelqu’un de bien, comme ça, au naturel, rachitique dans une chemise d’hôpital et les bras cachés dans un matelas, avec ses regards gratuits qu’elle me laisse grappiller de temps à autre par-dessus ses brochures.


***


– C’est quoi ton nom ? qu’elle demande pendant que je range mes affaires.

– Isabelle.

– C’est bien. On se voit bientôt ?

– Oui. Je t’appelle grand-maman devant les médecins, Bénédicte quand on est toutes seules ?

– Ça dépend quelle vérité tu te fabriques, ça me regarde pas pis ça m’intéresse pas non plus. Tes mensonges je les aide tant que je les sens sincères, mais pour moi je choisis la vérité où je suis la grand-mère de personne, même si je t’aime bien.

– Ok.

– C’est pas toi, c’est moi, hein. Ça me vieillirait.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   hersen   
5/1/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J'aime beaucoup, beaucoup l'histoire à partir du moment où Bénédicte donne la permission à la narratrice d'avoir une relation;
"Elle revient demain de toute façon".

Car à partir de là, il y a une connivence qui va réveiller le texte.

En effet, je trouve le début mou-mou, peut-être que trop de choses sont expliquées, mises en place et elles ne servent, au fond, qu'à valider la rencontre ( et le mensonge, bien sûr, point fort du texte).

Par contre, ensuite, en fait quand la grand-mère a "accepté" cette petite fille, on a une analyse du mensonge intéressante.

"Tes mensonges, je les aide tant que je les sens sincères"

Quelquefois un petit peu lourd, comme
" à deux rues de chez moi et à deux rues de l'école" (pourquoi pas : sur le chemin de l'école, par exemple.

Mais plein aussi de bonnes expressions comme
" en rentrant les orteils dans mes chaussures parce que sur l'herbe des inconnus, on essaye toujours de marcher moins fort"

Une brindille enrobée, alors que la robe de la vieille dame vient de nous être décrite, c'est excellent.

Un p'tit air d'ailleurs ? Tabarnak !

Merci pour cette lecture.

   Pascal31   
6/1/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Le début de la nouvelle est laborieux. Le style est empesé ("tout le monde savait qu’elle s’appelait Bénédicte, et s’en satisfaisait" et peu après "les autres connaissaient tous Bénédicte de vue, et s’en satisfaisaient"). J'ai failli stopper ma lecture et puis j'ai persisté et tant mieux, car ça s'améliore au niveau de l'écriture (surtout dans les dialogues) et que vous amenez une certaine émotion.
L'histoire, elle, m'a bien plu. J'ai aimé cette relation entre la petite fille et cette "grand-mère d'adoption". Ça ne tombe pas dans le cliché sirupeux : le ton reste âpre, y compris dans les dialogues. J'ai trouvé ces derniers particulièrement réussis, surtout l'échange final qui conclue parfaitement le récit.
En résumé, une nouvelle que j'ai plutôt bien aimé, malgré un départ poussif et quelques approximations dans l'écriture.

   carbona   
28/1/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Alice,

C'est sympa cette histoire. C'est surtout chouette que la "grand-mère" ne soit pas mielleuse, ça donne du sel à la nouvelle, c'est ce qui fait son intérêt je crois.

J'ai aimé : "Il me fixe intensément, et je sens qu’il me demande de bien mentir, pour ne pas lui faire perdre son temps." < extra :)

Quelques passages qui pourraient être taillés de ci de là mais dans l'ensemble, c'est une lecture agréable.

Merci.

   Vincendix   
29/1/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un conte de Noël en retard, mais dans le pays de Brindille, Noël aux tisons dure au moins quatre mois.
Une histoire agréable que cette rencontre insolite entre une fillette et une dame âgée mais tout à fait plausible.
Des expressions et des mots inhabituels en France qui apportent un plus, comme « la vérité ça ne sonne pas brillant », « tantôt », que je n’entends plus…

   Automnale   
29/1/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Ce qui me frappe le plus, dans cette nouvelle histoire racontée par Alice, c’est son côté touchant et, en même temps, plein de vie. J’ai aussi l’impression que si nous rencontrions réellement l’auteur (e), rien ne lui échapperait de nos travers, de nos caractéristiques… Alice cerne tout, enregistre tout, absorbe tout. En outre, il me semble que ses textes lui ressemblent, terriblement.

Mais je ne suis pas là pour parler d’Alice ou pour l’imaginer. Je suis là pour commenter « Brindille » ! D’ailleurs qui, autre que qui nous savons, aurait pu intituler une Nouvelle « Brindille », hein !

Le thème : Une petite fille s’attache à une vieille dame, la choisit comme grand-mère. Le hasard - est-ce vraiment le hasard ? - fait que l’une et l’autre sont faites pour s’entendre… Quelle jolie idée ! Et comme c’est bien raconté, avec les petites touches à la Bobin, et celles incomparables à la Alice, à savoir : finesse, drôlerie, émotion, vivacité, originalité. Dans ce récit, l'auteur (e) aurait pu donner le beau rôle à l’enfant… Mais non, Alice est beaucoup trop intelligente et généreuse pour cela. Le beau rôle est alloué à la vieille dame, qui décide et décidera de la tournure des évènements.

Le début de ce récit, à lui seul, est épatant : « C’était une petite vieille maigrichonne à l’allure très peu sympathique » ! Le ton est donc donné. Il ne reste plus qu’à savourer, en s’armant d’un crayon pour ne pas passer à côté des… des pépites !

Pour la situation géographique, c’est facile : La petite vieille est sur « sa galerie », puis elle dit « pis ». Il est aisé de la localiser… « De proche, ses yeux sont plus globuleux que grands… Ou encore : «Je la vois de proche », semblent également des indices.

Qu’a-t-elle trouvé cette fois, Alice, pour nous épater ?

Des réflexions :
- Fixer quelqu’un sans être impoli, c’est une question de distance… (eh oui !).
- Une bribe d’information, de la part d’un autre, sur Brindille, c’est comme quelqu’un qui découvrirait que sa collection de timbres personnelle était en fait célèbre ! (drôle).
- Ne pas voir Bénédicte assise dans la chaise, mais la voir immobile dans la chaise… La différence est grande comme le monde et je la regarde moins longtemps que d’habitude avant de rentrer la tête dans les épaules (tellement bien perçu et émouvant).
- Sur l’herbe des inconnus, on essaye toujours de marcher moins fort ! (drôle).
- Il me demande de bien mentir pour ne pas lui faire perdre son temps (finesse).
- Sur le coup, la stricte vérité, ça ne sonne pas brillant (drôle).
- Dire vous en se disputant c’est un peu con (absolument génial).
- Apparemment, traiter une petite vieille de grand-mère, c’est grave (drôle).
- Le jour où je vais être mal à l’aise de mentir, là je serai vraiment sénile (sympathique, Bénédicte !).
- Mentir ça sert à rien quand on n’assume pas ses mensonges (certes).
- Des mensonges bien sincères c’est plus vrai que des vérités qu’on n’aime pas (peut-être bien !).


Des images :
- Une brindille enrobée de vêtements de poupée (part d’enfance).
- Les cheveux de Bénédicte : Un coup de vent blanchâtre par-dessus les rides (poétique).
- Elle hausse ses os sous sa blouse bleue (sens de l’observation).
- Je regarde dans les billes (les yeux) de Bénédicte (drôle).
- Prendre deux billets dans sa tirelire (mignon).
- Je laisse l’énormité planer un peu dans l’air en me dandinant d’un pied sur l’autre (proximité de l’enfance).

De l’émotion :
- Moi quand je passais le matin, quand je passais l’après-midi, j’essayais de lui grappiller un regard.
- Si quelqu’un sortait une bribe d’information supplémentaire dont tout le monde se contrefichait, je l’interrogeais aussitôt, interloquée.
- Avide de découvrir la Bénédicte de quand on n’est ni le matin ni l’après-midi.
- Une voix rance comme son odeur. Elle me fait sursauter mais elle ne me déçoit pas.


Un côté drôle, vivant et touchant à la fois :
- Tu sors d’où ?, demande Bénédicte à la petite fille (vivant).
- Reste pas plantée là chérie d’amour (vivant).
- Votre fille qui revenait de l’école a accompagné sa grand-mère cardiaque à l’hôpital, a dû faire drôle (oh oui, surtout que nous savons que les deux vrais grand-mères ont quitté ce monde !).
- Lorsque Bénédicte propose des truffes, l’enfant précise : « C’est pour toi » (si juste).
- Je mâche, puis me lance, du caramel entre les dents (si juste, aussi).
- Je m’excuse pour vrai (mignon).
- Tu discutes pas avec ta grand-mère (ben, voyons !).
- Je suis la grand-mère de personne, ça me vieillit ! (extra).


La lectrice que je suis, charmée, se pose quand même juste deux ou trois petites questions :
- Ses grandes robes avaient l’air d’être en papier mâché tellement ses plis ressortaient même du trottoir d’en face (ressortaient… Ne serait-ce pas plus exact : « Se voyaient » ?).
- Tout le monde savait qu’elle s’appelait Bénédicte, et s’en satisfaisait…. Et, le paragraphe suivant : Les autres connaissaient tous Bénédicte de vue, et s’en satisfaisaient (la répétition est elle voulue ?).
- Je la vois, non pas assise dans la chaise sur la galerie mais immobile dans la chaise (dans ou sur la chaise ?).


En fait, ce n’est pas très facile de faire le distinguo entre émotion, vie, trouvailles/pépites, drôlerie, car l’auteur (e) a l’art et la manière de composer ses propres cocktails. Sa recette est son secret, ce qui fait que sa signature est reconnaissable entre toutes. Une chose est certaine : je trouvais le temps un peu long avant de découvrir une nouvelle publication de l’auteur (e) que je porte, à présent, dans mon cœur.

Alice, avec son talent, son incroyable imagination, sa finesse, son sens de l'observation, sa tendresse, ses vingt printemps, me touche. C’est ainsi, je n’y puis rien. Je dois, quelque part, un peu ressembler à Brindille, que je n’oublierai pas. Et si un jour je dois partir en ambulance, pourvu qu’une petite Isabelle prenne ma main… Quand bien même son sac bleu serait fort laid !

Merci, ma petite Alice. Et bravo pour cette façon magique de faire passer fraîcheur et émotion.

   Anonyme   
29/1/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,
J'ai vraimant apprécié cette histoire.
Pourquoi cette enfant est attirée par cette grand-mère?
On ne le saura jamais parce-que parfois les rencontres sont une évidence et qu'il faut qu'elles se fassent, sans se poser de questions.
J'ai aimé votre style franc. Vous allez droit au but, tout est clair...vous savez ce que vous avez à dire.
Il y a un petit passage, qui peut sembler anodin dans l'histoire mais qui m'a fait sourire de plaisir.
C'est lorsque que la petite fille foule le gazon de la grand-mère, qu'elle recroqueville ses orteils dans ses chaussures parce-que....

Hé, si certains ont raté ce passage...remontez donc lire.
C'est trop fun.

Merci.

   Alice   
2/2/2016

   matcauth   
29/12/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Alors j'ai lu plusieurs de vos textes, j'ai cherché, je me suis demandé. Et finalement je me suis décidé à vous laisser un petit mot. Déjà, parce que c'est un plaisir de vous lire, et c'est enrichissant de découvrir une écriture, un univers, de passer un moment.

C'est drôle, mais je dirais que c'est ce texte qui m'inspire le plus de choses.
Votre style est bien identifiable, il y a une vraie cohérence avec les autres textes, et c'est une vraie preuve de maturité, de celle qui permet, pourquoi pas, d'écrire "plus long".

Pour moi, ce site constitue encore un terrain d'expérimentation, je ne suis pas encore parvenu à cette étape.

Mais alors Alice, vous devriez faire de la magie car le paquet cadeau est très beau. Cette histoire de grand-mère avec qui on fait connaissance et on s'attache mais qui, bien sûr, est faussement mal décoincée du cibouleau, c'est bien. Et je crois qu'on a tous rêvé de ça. Mais ce n'est pas réaliste. ça ne serait pas un problème si le texte ne se voulait pas réaliste, mais ici c'est le cas. Alors il y a beaucoup d'artifices, ce que les autres commentateurs appellent des pépites, autrement dit des belles couleurs et un joli noeud.

par exemple :
"elle avait l’air d’une brindille enrobée de vêtements de poupée"
ou
"J’ai pas dit ça. Je vous vois quand je reviens aussi."
Dans ce deuxième exemple, soit la jeune fille est très bête et ça ne colle pas avec le reste du texte, soit elle est hyper subtile pour son âge, et ça ne colle pas non plus. c'est un effet de style, c'est de la fioriture. Ce n'est pas raconté.

C'est des effets spéciaux.

Car, oui, derrière tout ça, l'histoire n'est pas trop racontée, le cadeau n'est pas épais. Et vous rajoutez dans l'artifice, en nous collant des phrases péremptoires :
" Fixer quelqu’un sans être impoli, c’est une question de distance"

Ce n'est pas raconté, c'est affirmé. Et moi je veux qu'on me raconte ! je trouve que tout est très beau mais qu'on ne creuse pas suffisamment, on ne va pas loin, ni dans l'histoire, ni dans les rapports sociaux. c'est dommage.

Je pense que cette belle écriture, vous vous en servez trop. Vous voyagez trop lourd, vous ne vous débarrassez pas du superflu pour voyager léger, pour nous raconter quelque chose, quelque chose en quoi vous croyez si fort qu'il n'est pas utile d'en rajouter.

J'ai honte de vous dire toutes ces choses quand ma propre écriture est loin d'être tripette, voire quadripette dans les bons jours.

Car une nouvelle qu'on lit, ce n'est pas toujours une analyse de la courbure des lettres. C'est un moment de loisir, de joie, de méditation, un arrachement à la réalité qui nous conduit vers le rêve. Et là j'ai rêvé, j'ai couru à côté de la jeune fille et j'ai lu ce que j'avais envie de lire, parce que moi aussi, je rêve de rencontrer cette grand-mère.

Je crois que c'est quand même ça qu'il faut retenir, et ça vous vous savez terriblement bien l'exprimer, vous savez gommer le monde qui hurle autour du lecteur. Si je dois noter, c'est ça qui l'emportera, car c'est ça qui doit l'emporter. Et non seulement vous l'avez compris, mais avez su le poser sur un papier.


Oniris Copyright © 2007-2019