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Fantastique/Merveilleux
carbona : Marika
 Publié le 26/01/16  -  10 commentaires  -  20428 caractères  -  89 lectures    Autres textes du même auteur

J’étais stressé et impatient. Je me demandais vraiment à quoi ça ressemblait.


Marika


C’était un mercredi après-midi. Sa mère s’était absentée durant une semaine pour se rendre au chevet d’une vieille tante malade et son père était au travail, ce qui nous laissait le champ libre. On était fin février, cela faisait donc deux mois qu’on en parlait tous les jours à presque toutes les récréations. Marika m’attendait chez elle.


J’étais stressé et impatient. Je me demandais vraiment à quoi ça ressemblait. Et puis j’avais aussi envie de vérifier qu’elle n’était pas une menteuse. Elle m’avait fait promettre de ne rien dire, son père était très strict et lui avait formellement interdit de recevoir de la visite, alors j’ai raconté à maman que j’allais faire du vélo dans les bois. Même si je ne saisissais pas bien l’intérêt de cette interdiction, Marika était mon amie et je respectais ses choix.


J’arrivai à 14 h 00 comme convenu. Marika me guettait par la fenêtre. Elle se précipita à la porte et me fit entrer rapidement pour que les voisins ne me voient pas. Elle m’offrit une orangeade et nous demeurâmes un long moment dans le séjour, enfoncés dans des fauteuils en rotin trop grands pour nous, à regarder nos pieds.


— Tu me promets que tu ne diras rien à personne, n’est-ce pas ?


Marika avait l’habitude de ponctuer toutes ses phrases par un « naissepa » dont je ne comprenais pas bien l’utilité mais qui donnait à ses propos une sorte de justification indiscutable.


— Juré, craché, dis-je en fixant ses yeux de chat.


Elle tournicota le bout de ses nattes, signe qu’elle était satisfaite.


Je crois que Marika m’impressionnait et en même temps, savoir qu’elle m’avait choisi comme ami me rendait important moi aussi.


Nous restâmes encore de longues minutes à croiser et décroiser nos jambes qui ne touchaient pas le sol jusqu’à ce que des bruits de pas craquent dans le couloir. Une dame assez forte à la chevelure blonde et relevée en chignon passa la tête dans l’entrebâillement de la porte.


— Je vais chercher quelques provisions. Mademoiselle a-t-elle besoin de quelque chose ?

— Non, merci Eugénie. À tout à l’heure, répondit Marika.


Marika était une mademoiselle, je ne l’avais pas réalisé. Je me sentis encore plus important.


— Qui c’est ? demandai-je quand la dame en noir et blanc eut claqué la porte.

— C’est Eugénie, la gouvernante.


J’adressai à Marika un regard entendu même si je n’avais absolument aucune idée de ce qu’était une gouvernante.


— Et tu n’as pas peur qu’elle dise à ton père que je suis venu ?

— Une gouvernante ne ferait jamais ça, n’est-ce pas ?


J’acquiesçai. Je savais déjà qu’une gouvernante était une personne à qui on pouvait faire confiance.


— On y va ? proposa Marika, le sourire au coin des lèvres.


Je hochai la tête. J’avais un peu peur. Je la suivis sans rien dire. Elle me fit retirer mes chaussures pour enfiler des patins et nous empruntâmes les escaliers. Chaque marche était recouverte d’une parcelle de velours rouge comme dans un château. Je suivis de près ma princesse et nous traversâmes trois demi-niveaux avant d’atteindre l’étage de sa chambre. Elle ouvrit délicatement la porte et me demanda d’être discret en déposant son index sur mes lèvres, ce qui me valut quelques frissons.


La pièce était plongée dans la pénombre. Marika chuchota :


— Ils doivent sûrement dormir, ils font toujours la sieste en début d’après-midi.


Elle me fit signe de la suivre.


— On va les réveiller, décida-t-elle, impétueuse.


Elle ouvrit les volets des doubles fenêtres qui plongeaient sur deux larges balcons ornés de fleurs aux teintes multiples. Le centre de la pièce était occupé par un grand lit avec de grands rideaux qui le cachaient. J’apprendrais plus tard qu’on appelait cela un lit à baldaquin. Et à droite reposait une coiffeuse. Je l’imaginais se faire ses nattes devant le miroir. À moins que ce ne soit Eugénie qui la peigne, ça sert peut-être aussi à ça une gouvernante.


Marika m’interrompit dans ma rêverie.


— Viens voir, ils se réveillent.


À gauche de son lit se trouvait une grande cage, comme celle qu’on utilise pour les rongeurs, remplie de six petites silhouettes. C’était son élevage. Elle ne m’avait pas menti. Je m’approchai pour voir s’ils étaient vivants. Oui. La lumière du jour était en train de les tirer du sommeil.


Marika avait reçu pour Noël un cadeau un peu spécial. Son père lui avait offert des mini-humains.


— Regarde comme ils sont mignons, dit-elle. Viens, on va leur donner à manger. Ils doivent avoir faim.

— Et qu’est-ce qu’ils mangent ?

— Je leur donne des graines. Papa a passé un gros contrat avec un fournisseur qui, pour le remercier, m’a offert un approvisionnement pour une année complète.

— C’est super, dis-je, ne comprenant pas bien ce qu’était un fournisseur, ni à quoi ressemblait un gros contrat et avec seulement une bien vague idée de ce que signifiait un approvisionnement.


Mais l’essentiel était qu’on avait des graines à leur donner.


— Tiens, vas-y, me dit-elle en m’en tendant une poignée.


Ça ressemblait drôlement au muesli que prenait maman au petit-déjeuner mais je n’ai rien dit. J’en ai même rajouté en prenant un air légèrement dégoûté. Je ne voulais pas qu’elle croie que je mangeais la même chose que des mini-humains.


— Oh, ça va, tu ne vas pas te salir, m’a-t-elle dit, tu te laveras les mains après.

— Je fais quoi, j’ouvre la cage ? demandai-je timidement.

— Non, surtout, ne fais pas ça sinon ils essaient de s’échapper et je peux mettre des heures à les retrouver. Jette-leur les graines par les trous. Tu verras c’est très amusant.


Je commençai timidement en faisant glisser une graine par un carreau de la grille. Elle tomba aux pieds d’un mini-humain installé dans un mini-fauteuil. Ce dernier ne bougea pas.


— Pourquoi ne mange-t-il pas ?

— C’est Ernest, il est vieux, je ne l’aime pas trop. Papa dit qu’il n’en a plus pour très longtemps et qu’on sera bientôt tranquille. Il ne bouge pas de la journée, toujours enfoncé dans le fauteuil, il n’est pas marrant du tout. Essaie plus loin, poursuivit-elle. Tu lances fort en plein milieu. Tu vas voir ce qu’ils font.


J’envoyai donc ma deuxième graine avec bien plus de conviction que la première. Je voulais plaire à Marika, je voulais qu’elle me pense capable de m’occuper de mini-humains.


Le résultat fut stupéfiant. Les quatre autres se ruèrent sur la graine et se battirent comme des chiffonniers pour l’emporter. Marika avait raison, c’était très amusant même si ça me faisait ressentir quelque chose de bizarre comme quand j’avais vu les singes au zoo lors de la sortie de fin d’année avec l’école. C’était à cause de leurs yeux. Des yeux qui parlent, c’est très gênant.


Je recommençai l’opération une bonne dizaine de fois jusqu’à avoir vidé ma poignée. On admirait le spectacle tout en échangeant quelques regards complices. Ça valait le coup d’avoir attendu si longtemps avant de pouvoir venir chez elle.


Pendant l’affrontement, je remarquai une mini-humaine particulièrement tenace. Elle avait gagné plus de la moitié des graines. C’était Joséphine, la maman du sixième mini-humain qui, recroquevillé dans un coin de la cage, était trop jeune pour aller chercher les graines lui-même. Marika m’expliqua que les mères étaient extrêmement protectrices et pouvaient en venir au sang pour nourrir leur enfant. Je pensai à la mienne qui me reprochait sans cesse de lui coûter trop cher en courses et j’enviai ce petit garçon.


Marika l’avait appelé Loulop, c’était le nom de ses chewing-gums favoris.


— Viens on va le changer, me dit-elle, enjouée.


Je n’étais pas sûr de comprendre. Je la regardai faire.


— D’abord, je prépare le matériel, car un jeune comme ça, ça bouge tout le temps alors il faut avoir tout sous la main si on veut que ça se passe bien.


Elle s’empara du paquet de mouchoirs et découpa à l’aide de ciseaux un carré de papier en suivant les plis du morceau. Elle ouvrit la cage et arracha Loulop des bras de sa mère. Cette dernière tenta de le retenir mais Marika la repoussa d’un revers de la main. Joséphine fut propulsée au fond de la cage dont la grille tremblota.


— J’aurais préféré que papa ne me ramène que Loulop. Joséphine est trop agressive. Elle essaie souvent de me griffer. Je l’ai dit à papa mais il m’a dit qu’il était délicat de la séparer de Loulop durant au moins ses deux premières années. Il faudrait attendre un peu.


Joséphine se releva et commença à jeter le mobilier contre les grilles de la cage. La mini-table, les mini-chaises, la mini-commode, puis quand elle commença à renverser le joli mini-vase en terre cuite et tirer sur les guirlandes lumineuses qui ondulaient au plafond alors Marika intervint. Elle donna un violent coup de pied dans la cage qui la fit reculer d’un mètre.


— Suffit, maintenant, couché Joséphine, tu vas faire peur à Loulop.


J’eus envie d’aller voir comment allaient Joséphine et les autres mais n’osai pas. Je ne voulais pas décevoir Marika en me montrant trop sensible.


Alors je la regardais s’occuper de Loulop. On aurait dit une maman. Elle était belle. Une fois qu’elle eut terminé, elle me tendit la couche sale avant de s’installer dans le fauteuil à bascule, Loulop étendu sur son avant-bras.


Je profitai de ce qu’elle fut de dos pour enfourner le change souillé dans ma poche ne sachant pas quoi en faire. Je les rejoignis et dévisageai le petit. Il avait les traits plissés et braillards. En m’approchant davantage je pus entendre le bruit sourd de ses cris.


— C’est un énorme avantage qu’ont les mini-humains. On entend à peine leur voix. C’est formidable, n’est-ce pas ?


J’acquiesçai d’un mouvement de tête, toujours plongé dans les traits chiffonnés de ce si petit mini-humain à la peau de miel.


— Heureusement qu’ils ne font pas de bruit, poursuivit-elle, car sinon ils m’empêcheraient de dormir et maman refuserait que je les garde dans ma chambre. Elle ne veut pas que mes résultats scolaires baissent. Maman est parfois plus stricte que papa, tu sais. Elle n’était pas tellement d’accord au départ pour que j’aie des mini-humains. Mais j’ai beaucoup insisté et papa ne peut rien me refuser.


Je me suis dit que moi non plus à la place de son père, je ne pourrais rien lui refuser. Puis j’ai pensé qu’elle avait de la chance d’avoir un papa comme ça et aussi de la chance d’avoir un papa tout court.


Pendant que Marika berçait Loulop, je suis retourné vers la cage. Sur une mini-balançoire, confectionnée à l’aide d’une allumette et deux bouts de ficelle, était assis un mini-humain couvert de taches de rousseur.


— Il a l’air calme le roux, dis-je à Marika

— Carotte ? Oui, alors lui, il ne fait jamais d’histoire. On dirait qu’il est toujours dans la lune. Tu peux le prendre si tu veux, tu verras, il est très gentil.


Je me suis figé un instant. C’était une chose de les observer et ça ne mangeait pas de pain. Mais c’en était une autre de les toucher. En réalité, je n’en avais pas très envie.


— Non, je vais le laisser jouer, esquivai-je.

— Tu as la frousse, n’est-ce pas ? me nargua Marika.

— Non pas du tout, me défendis-je.

— Alors prends-le. Prouve-moi que ça ne te fait pas peur.


Ni une, ni deux, j’entrouvris la porte de la cage. Comme depuis le début de l’après-midi, je ne réfléchissais pas, je ne réfléchissais plus. J’introduisis délicatement mon bras dans l’interstice quand les cinq mini-humains se jetèrent sur ma main et s’agrippèrent à mes doigts. Une sensation piquante me traversa le corps comme une décharge électrique. Ils me chatouillaient et me rongeaient la peau, c’était extrêmement désagréable. Paniqué, je retirai d’un coup sec ma main de la cage et la secouai le plus fort possible mais les mini-bonshommes s’accrochaient et m’escaladaient le bras. Je ne voyais plus rien. Tout allait trop vite. Je poussai de petits cris aigus et gesticulai dans tous les sens pour me débarrasser de ces fourmis géantes qui m’assaillaient. J’avais l’impression qu’ils se démultipliaient. Ils étaient partout à la fois. Ça me chatouillait tantôt les jambes, tantôt la nuque, tantôt le cuir chevelu. Je me frottai vivement le corps contre les injonctions de Marika, qui, furieuse, m’ordonnait de me calmer et de remettre tout le monde dans la cage. Debout face à moi, avec Loulop dans les bras, elle tentait de me raisonner.


— Calme-toi et arrête de bouger, tu leur fais peur.


Cette fois, je ne pouvais plus l’écouter. Je ne réfléchissais toujours pas – la peur m’en aurait bien empêché –, mais je ne répondais plus qu’à un seul stimulus, celui du contact de ces bêtes sur ma peau. M’agiter de plus en plus fort et de plus en plus vite pour faire tomber les petits envahisseurs qui continuaient à rouler sur moi et à me grignoter relevait de l’instinct de survie.


Marika allongea Loulop sur le fauteuil et vint à mon secours.


— Arrête de bouger et je vais les récupérer.


Je tentai de retrouver mon calme. Je soufflai lentement et cessai peu à peu de gigoter mais mon corps tremblait toujours. Je ne pensais plus qu’à une chose. M’enfuir. Quand enfin je parvins à m’immobiliser, les chatouillements cessèrent. Les bêtes m’imitèrent à l’instar des mouches qu’on tente de piéger. Plus une vibration, plus un tressautement. Calfeutrées sous mes vêtements, elles se turent.


Marika tenta de les amadouer et de les faire réapparaître. Je ne cillais plus d’un millimètre comme si ma vie en dépendait. J’osais à peine respirer de peur qu’elles se propagent à nouveau le long de mes membres.


— Carotte… Joséphine… Ernest… Bouboule… Tatou.


Marika les appelait d’une voix douce, d’une voix fausse telle une traîtresse.


— C’est maman… Venez mes chéris… Il est l’heure de rentrer dans la cage, on va prendre le bain, disait-elle en se penchant près de mon cou pour tenter de les apercevoir.


Le frôlement de son visage contre ma peau me fit redoubler de frissons.


Elle se mit à faire un petit bruit rond et creux en claquant sa langue contre son palais pour les attirer – sans succès – alors elle sifflota. Mais rien n’y fit. Ils ne bougeaient pas et moi non plus.


Je fermai les yeux en espérant que ce cauchemar s’arrête. Marika m’encerclait tel un vautour. Quand elle souleva délicatement mon pull-over, je rouvris les yeux, et là, j’aperçus Joséphine qui courait à pas de loup rejoindre Loulop.


J’aurais dû le dire à Marika, mais pris dans la volupté de ses mains contre mon torse et animé par la sensation étrange mais instinctive de faire le bon choix, je ne dis rien. Je laissai faire Joséphine et refermai les yeux. Quand je les rouvris, la mère et l’enfant n’étaient plus dans la pièce. J’esquissai un léger sourire. J’étais content sans trop savoir pourquoi.


Plus Marika me tournait autour, plus je me sentais traqué moi aussi. J’avais l’impression de basculer dans l’autre camp. À ce moment-là, les mini-humains commencèrent à se déplacer à nouveau. De petits pas timides d’abord, puis avec plus d’insistance, plus d’aisance. J’apprivoisai peu à peu leur toucher. Je me surpris à avoir moins peur. Ils se nichèrent entre mes jambes. Voilà bien un endroit où Marika n’oserait pas les chercher. Au bout d’un certain temps d’immobilité – Marika était d’une patience désarmante – je pris une décision.


— Ils ne sont plus là Marika, je ne les sens plus, plus du tout.

—Tu en es sûr ? Recommence à bouger un peu pour voir, mais doucement.


J’obtempérai, me déraidis progressivement et fis quelques pas. Les petits humains s’agrippèrent bien fort à mes cuisses. Je m’amusai de cette complicité à l’insu de Marika.


— Je suis désolée Marika, vraiment, je n’aurais jamais dû réagir comme ça, je les ai fait fuir.


Les petits humains m’étreignirent, se blottirent contre moi. Je réalisai à cet instant que si nous, nous ne les entendions pas, l’inverse n’était pas vrai. Aussi, je poursuivis d’une voix bien forte.


— Ils se sont sûrement cachés dans la maison.

— Pas la peine de parler si fort, me reprocha-t-elle, je ne suis pas sourde.

— Excuse-moi, je ne fais rien comme il faut.

— Non ça c’est sûr. Je ne sais pas quelle idée j’ai eue de t’inviter chez moi. Va-t’en maintenant, mon père va bientôt rentrer et s’il te découvre ici, il sera dans une colère noire.

— Tu ne veux pas que je t’aide à les chercher ? insistai-je.

— Non, je n’ai pas besoin de toi, tu as fait assez de dégâts comme ça, dit-elle sèchement.


Marika me congédia en moins de temps qu’il n’en fallait pour le dire. En traversant le couloir, je scrutai chaque recoin pour repérer les deux échappés – sans succès – mais, le long des marches, Joséphine m’escalada le mollet et les petits doigts fripés de Loulop me chatouillèrent le genou. Je souris. Nous étions au complet. Je troquais les patins contre mes baskets quand Eugénie rentra, les bras chargés de paquets. Elle me tint poliment la porte à l’aide du coude en m’adressant un courtois :


— Bonne soirée monsieur.


Elle ne croyait pas si bien dire. J’allais devenir un Home.


Je repartis d’un pas tranquille, sans gestes brusques, sans empressement pour, d’une part, garder ma dignité sous les petits yeux félins qui m’espionnaient certainement du troisième étage et d’autre part ne pas affoler mes hôtes. Je pris soin de leur parler à voix haute et intelligible pour les rassurer et leur expliquer le mouvement continu qui allait animer mon corps pendant notre trajet à vélo.


De retour dans ma chambre, mes six compagnons et moi nous installâmes en cercle au pied de mon lit. Assis en tailleur, nous fîmes de correctes présentations. Par chance, le petit micro que m’avait offert maman pour mon cinquième anniversaire fonctionnait encore et je pus enfin en apprécier l’utilité. Ainsi, chacun put retrouver son identité volée et exprimer ses premières volontés. Inès – anciennement Joséphine – me demanda des laitages pour son fils, Jules. André – anciennement Ernest — souhaitait consulter un médecin pour ses articulations douloureuses. Merlin – anciennement Carotte – voulait de la lecture. Istra – anciennement Bouboule – rêvait d’acheter de nouvelles robes et Jim – anciennement Tatou – se languissait d’écouter du rock.


Ensemble, nous aménageâmes l’espace de façon provisoire afin de créer des parcelles d’intimité indispensables à chacun. Il fut convenu qu’ils prendraient le temps nécessaire pour se remettre d’aplomb avant de rentrer chez eux. Chez eux. Là résidait ma plus grande interrogation. Avaient-ils un chez-eux et où était-il ? Ils rirent à ma première question et refusèrent catégoriquement de répondre à la seconde.


Le lendemain, Marika ne vint pas à l’école, ni les jours qui suivirent. L’été de la même année, sa villa fut vendue et je perdis dès lors toute trace de son existence.


C’est donc suite à ce fameux mercredi que je devins un Home actif, membre de l’association du même nom dont l’action consistait à lutter contre l’exploitation et le trafic des mini-humains. Je m’y investis pleinement. D’année en année la structure prit de l’ampleur et c’est ainsi que je fus enfin amené à revoir Marika, lors de son appel à comparaître dans l’affaire n°18 du trafic de mini-humains.


Lorsqu’ elle se présenta à la barre, je fus sidéré. Elle n’avait pas changé. Si. Elle était encore plus belle. De magnifiques boucles noires remplaçaient ses tresses. Elle rayonnait de cette grâce naturelle qui la caractérisait tant et qui ne l’avait pas quittée.


Elle réfuta toutes les accusations portées à l’encontre de son père et nia en bloc l’existence des mini-humains arguant qu’elle me connaissait à peine et que jamais elle n’aurait convié un inconnu chez elle. Mais que, de toute évidence, l’affection que je lui portais m’avait fait perdre la raison.


Pendant qu’elle se défendait, je croisai le regard d’Eugénie sur les bancs. Une gouvernante avait définitivement des qualités que je ne soupçonnais pas.


Quand nous quittâmes la salle d’audience pour la dernière fois, suite à d’interminables sessions qui donnèrent gain de cause à l’Home, Marika vint me saluer.


— Beau procès, n’est-ce pas ?

— Tout à fait mademoiselle, lui répondis-je dans un clin d’œil.


Elle était belle à mourir. Je regardai mes pieds.


— Madame ! me corrigea-t-elle en faisant vibrer son annulaire gauche.


Je déglutis.


— Puis-je te demander quelque chose d’un peu personnel ? hésita-t-elle.


Je relevai la tête, empli d’espoir.


— Bien sûr, répondis-je impatient.

— … Comment va Loulop ?


Jules tressauta, caché dans ma manche.


 
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   Pascal31   
11/1/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
C'est une nouvelle agréable à lire, bien écrite et suffisamment intrigante pour maintenir l'intérêt. Du moins dans une grande partie de la nouvelle. En effet, j'ai trouvé la fin moins réussie. Disons que j'attendais une autre conclusion. J'aurais aimé qu'il y ait un parallèle plus marqué entre ces mini-humains et les animaux qu'ils nous arrivent nous aussi de garder prisonniers en cage (hamster, lapin nain, gerbille...). En tout cas, c'est l'idée que je me faisais du message que vous souhaitiez faire passer (j'ai peut-être tout faux).
Quoi qu'il en soit, j'ai lu ce texte sans ennui et passé un sympathique moment, malgré cette légère déception finale.

   Shepard   
26/1/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Salut Carbona !

L'écriture est simple et agréable - enfin selon ma préférence - et ne fait pas dans le verbeux à outrance. Peut-être même est-elle un peu sèche mais ça ne m'a pas dérangé outre mesure.

Pas grand chose à dire de ce côté... Alors je vais discuter le fond de la nouvelle.

L'idée est suffisamment incongrue pour garder le lecteur dans le récit, on a envie de comprendre le pourquoi et le comment. Mais malheureusement la fin est vraiment moyenne... Cette histoire de procès etc... expédié en deux coups de cuillère, avec la réaction surréaliste de la fille qui vient limite faire du gringue au personnage alors qu'elle vient de se faire condamner - on parle de procès quand même donc il doit y avoir une peine - et qu'il a témoigné contre elle. Sans plus d'explications ça m'a paru assez artificiel.

Au final, le titre annonce le nom d'une fille, le récit décrit un début de relation avec le personnage principal mais tout est à peine esquissé, survolé, pour se concentrer sur ces 'mini-humains' qui déboulent de façon inattendue. Mais ensuite même cette idée est un peu trop survolée, pas vraiment d'attachement à cause de cette fin qui précipite le tout. Au pire j'aurais préféré voir le récit s'arrêter après le sauvetage des mini-humains, au mieux je me serais attendu à une conclusion plus probante avec Marika.

Donc je ne sais pas trop sur quel pied danser, on attend une romance (même 'impossible') qui ne vient jamais, remplacée par une fin assez terne. Mais l'idée de départ est originale, peut-être porteuse d'un message sur la maltraitance animale (je ne sais si c'est l'intention de l'auteure ou non) qui est amené de façon surprenante.

   hersen   
26/1/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai attaqué la nouvelle tranquilos, on s'attend à un rendez-vous caché de gamins. Donc, je mets les veilleuses. C'est un petit peu long.
Et puis tout à coup, plein phare. Mais alors là, je dis bravo pour l'originalité. Je suis scotchée au texte, j'ai mal pour ces petits humains, je revois l'esclavage et son commerce, enfin, c'est franchement chamboulant.

Ensuite, l'idée du Home implique que c'est suffisamment répandu, puisque le garçon n'a pas de mal à intégrer l'idée tout de suite. Donc c'est légèrement contradictoire avec l'idée que j'en ai eu de prime abord, à savoir que c'était vraiment quelque chose d'assez unique, ou franchement gros secret.

Si c'est un commerce et une pratique suffisamment courants, alors le procès tient la route. c'est juste que je n'en ai pas eu l'impression à ma lecture.( de l'aspect courant).

La fin révèle une Marika absolument amorale, j'ai bien aimé.

Le style en lui-même, c'est Carbona : bien écrit, pas de souci.
Et si je disais qu'un petit brin de fantaisie....ce serait mal ?

Mais bon, Carbona sort de son registre, il faut le saluer.

merci pour cette lecture.

   Anonyme   
26/1/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une écriture limpide, un récit bien mené.
Merci pour cette lecture agréable.

   Anonyme   
26/1/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,
J'ai bien aimé cette nouvelle mais j'ai eu plusieurs fois le sentiment d'un survol.
Il me manque des choses , des explications.
Par exemple, la petite Marika et son comportement avec les mini-humains.
J'ai senti que vous vouliez nous amener à penser qu'elle agissait mal mais ce n'est pas très évident pour moi.
Jamais le petit garçon ne semble choqué et Marika finalement traite ses mini-humains comme cela semble se faire.
Et puis, le procès, que je trouve rapidemment expédié et que je ne comprends pas non plus. Marika est jugée adulte pour des faits qu'elle a commis enfant ?
Bon soit.
Je crois que cette Marika, je l'aurai préférée plus peste .

Mon ressenti global est qu'il y a des choses qui sont tellement évidentes pour l'auteur qu'il ne prend pas la peine de nous les dire.
J'ai lu ici un résumé qui m'a bien plus mais je reste sur ma faim du début à la fin.

Une phrase que j'ai trouvée absolument géniale c'est:
" J'allais devenir un home "
Et quel homme !

Voilà, moi j'ai envie de vous dire que vous écrivez bien , il y a quelques maladresses, comme " courir à pas de loup " :-) mais sincèrement ça me plait.

   vendularge   
27/1/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Cette histoire joliment écrite, agréable à lire et bien menée me fait penser à certains contes (car c'en est un) pour enfants que je vois bien illustrée de scènes où les personnages prendraient corps.

Merci du partage

   carbona   
1/2/2016

   Coline-Dé   
5/2/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Carbona. J'ai bien aimé votre texte : l'idée de ces mini-humains me plaît énormément et j'ai presque regretté que ça ne se prolonge pas tant je trouve qu'il y aurait matière à de multiples développements. Mais peut-être y reviendrez-vous , vous semblez avoir pris beaucoup de plaisir à explorer ce thème.
Il y a des choses que j'ai beaucoup aimé et d'autres qui me paraissent moins convaincantes :
J 'ai trouvé le début assez poussif : toutes les indications de temps en particulier font traîner sans aiguiser la curiosité puisqu'on ne sait absolument pas de quoi il est question. L'intérêt ne s'éveille qu'à partir du moment où les deux enfants sont à l'intérieur, avec cette jolie scène qui exprime la gêne qui s'installe entre des enfants pas très proches et dans une situation de «  visite ».
La différence sociale, jamais vraiment dite, est bien traduite sans les comportements.
Cela traîne encore un peu avant d'arriver aux mini-humains ( Je ne peux vous donner le détail exact des passages, désolée, mon clavier me pose des problèmes : je ne peux surligner votre texte et copier manuellement serait trop long)
Quelques formulations que je trouve maladroites :
« le sourire au coin des lèvres » ( fait artificiel et ne sert à rien !)
la «  parcelle » de velours rouge sur les marches
* la répétition «  grand » lit et « grands » rideaux et «  reposait une coiffeuse »
je remarquai une mini-humaine particulièrement tenace ( j'aurais dit «  pugnace »)
Je profitai de ce qu'elle fut de dos » (lourd ! Et « était » me paraît plus juste)
J'aime beaucoup la façon dont vous faites évoluer les sentiments du narrateur, entre son admiration pour Marika , l'amusement que lui procure d'abord la découverte et peu à peu le malaise avec une conscience morale grandissante. La petite fille en revanche apparaît comme une petite gâtée insensible.

Je n'ai pas pu m'empêcher de sourire à «  ils s'agrippèrent à mes cuisses » : pour des mains de mini-humains, une cuisse c'est gros  et un petit garçon n'est pas très poilu … !
J'ai adoré «  Bonsoir Monsieur »
Elle ne croyait pas si bien dire : j'allais devenir un Home.

Les retrouvailles lors du procès ouvrent quelque chose qui parait inabouti ( c'est une parte de ce qui me fait penser qu'il pourrait y avoir une suite...)

J'arrête là : vous l'avez compris, j'ai beaucoup aimé l'idée, certaines trouvailles et la justesse des sentiments évoqués . En revanche, l'écriture pourrait être améliorée.
Mais j'ai passé un très bon moment dans votre petit monde !

   Anonyme   
5/2/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonsoir,

Dire que cette nouvelle a failli me passer sous le nez... à cause du titre ! En effet, celui-ci n'est pas assez accrocheur, dommage. Par contre, "Les mini-humains" - comme vous l'indiquez - aurait été un choix beaucoup plus judicieux et je serais immédiatement aller lire votre nouvelle, sans me poser de questions.

Ces êtres de petite taille me rappellent bien entendu un célèbre épisode en noir et blanc de la 4ème dimension (voire deux), ou encore à plusieurs passages d'un roman non moins célèbre de Richard Matheson intitulé "L'homme qui rétrécit".

J'ai presque retrouvé cette atmosphère dans votre nouvelle, et j'en ai été intrigué. Toutefois je pense que vous devriez retravailler cette nouvelle sous un nouveau jour en y ajoutant une nouvelle intrigue. Vous auriez pu par exemple faire parler ces petits personnages afin de nous faire vivre leur captivité de l'intérieur, ainsi nous aurions eu deux visions différentes qui nous auraient permis d'appréhender les deux conditions et entrer dans l'esprit de ces mini-humains. Autre chose : j'aurais tellement aimé voir ces petits êtres fomenter une évasion !!! C'aurait été passionnant...

Merci quand même pour cette nouvelle car j'ai été agréablement surpris. Je me suis littéralement évadé de mon quotidien pour pénétrer dans un monde étrange... alors bravo !

Wall-E

   Anonyme   
14/2/2016
Commentaire modéré

   Lolasia   
29/6/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Un chouette récit à lire ! Un humour et un suspense insoutenable. Une histoire fantastique qui tient la route. En bref, un coktail intéressant !


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