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Sentimental/Romanesque
Alice : Sorcière
 Publié le 31/10/15  -  15 commentaires  -  10813 caractères  -  306 lectures    Autres textes du même auteur

Tout ce qui est seul devient une histoire.


Sorcière


Anaïs est une sorcière parce qu’elle n’a plus rien à perdre.

Quand on n’a plus rien à perdre, on est capable de laisser les gens parler. Laisser les gens parler est un art qui permet à ceux qui le possèdent de devenir des légendes de leur vivant. Anaïs est capable de laisser les gens parler, elle a donc pu se transformer en sorcière de son vivant. Elle, elle a le droit de fasciner les enfants d’un mouvement de rideaux. Et elle a le droit, elle aura à jamais le droit que ce soit à cause d’elle qu’on appelle sa demeure la maison Doigts Crochus.


Anaïs a les doigts tout en bosses. C’est à cause du piano. Plus que de l’arthrite, elle en est convaincue, parce qu’elle a joué du piano plus longtemps qu’elle n’a eu de l’arthrite. Elle joue du piano et frictionne machinalement ses articulations tous les jours dans la maison Doigts Crochus, mais il faudrait bien les plier pour qu’ils paraissent vraiment crochus, ses doigts.


***


Comme toujours la vieille se lève tôt. Elle rêvasse en faisant son ménage sans le faire, soulevant les piles de livres et les bibelots, changeant la poussière de place. C’est qu’elle aime son plancher un peu moutonneux, même si c’est mauvais pour les poumons. L’important, elle l’a vu dans un magazine, c’est de ne pas avoir de tapis. C’est pire les tapis.


Elle se cuisine du poulet pour dîner et pour souper, parce qu’elle ne fait pas la différence. Depuis qu’Anaïs est à la retraite et qu’elle exerce la profession de sorcière, le dîner et le souper, c’est un repas, avec une pause de quatre à six heures au milieu.


Ce jour-là il y a quelque chose de différent quand elle époussette ses lourds rideaux amidonnés de la poussière qu’elle ne jettera pas. Il y a ce sentiment qui la ronge, comme elle n’en a pas éprouvé depuis longtemps. Elle finit par comprendre, comprendre que quelque part entre deux rideaux, comme ça, parce que, elle s’est mise à attendre.


Elle n’a rien à attendre. Tout le monde est mort depuis longtemps. Encore qu’elle ne se souvient pas de tout le monde, même dans sa famille proche, mais ceux qu’elle oublie sont au moins morts au sens figuré. Il y a un filtre, entre le moment où elle est arrivée ici et le moment où elle s’est assez peu souciée du monde pour devenir une sorcière, un filtre qui sépare la vie où les visiteurs étaient une évidence et celle où ils sont aussi rares que les Martiens. Même le facteur et l’épicier s’arrêtent au portail, alors ça ne compte pas.


Elle n’aura pas de visiteur, se dit-elle alors qu’en attendant que son thé infuse elle joue du piano, juste de la main gauche parce que la droite fait trop mal ce soir. Elle n’aura pas de visiteur, de ça elle est absolument et irrévocablement convaincue. Alors pourquoi est-ce qu’elle en attend un ? Comme toujours, du banc de piano tout paraît plus limpide. De là, elle fait face au mur sur lequel elle garde ses calendriers faits main à jour avec une régularité métronomique. Sur le calendrier, dans la case du vendredi où l’on est, un 31 est inscrit en pattes de mouche. Le 31 octobre.


Anaïs ne sort pas plus les 31 octobre que les 2 juin. Les gens ne viennent pas davantage cogner à sa porte le 31 octobre que le 15 septembre. Mais quelque chose dans cette Halloween-ci tressaille plus, promet plus que d’habitude. Elle regarde dehors et pour la première fois ses murs lui semblent plus fades que le ciel à l’imprimé feuillu qui tapisse ses fenêtres. Ce n’est pas qu’elle n’a pas aimé les jours de fête avant, c’est qu’aujourd’hui, pour rien, la fête a l’odeur de quelque chose qui se partagerait bien.


Alors Anaïs, Anaïs qui sait qu’on n’a pas cogné en vingt ans, sauf peut-être pour un pari, Anaïs qui sait qu’elle est une sorcière et que les sorcières sont censées être toutes fausses à l’Halloween, Anaïs se pose une question pour la première fois : je me demande si je ne pourrais pas acheter des bonbons aux enfants. Juste en acheter, et leur dire que j’en ai acheté, et voir ce qui se passerait.


La pensée la foudroie quelques instants sur son siège, parce qu’avoir une idée est une chose terrifiante.


Puis elle se lève, replace méticuleusement son banc de piano pour que les pieds entourent bien symétriquement les pédales. Elle met un manteau en laine, saisit une feuille sur laquelle elle écrit : « Bonbons dans trente petites minutes », glisse la feuille dans sa poche avec une punaise et se dirige à petits pas feutrés vers la porte. Elle allume la lumière du perron, pour être bien sûre de ne pas manquer la dernière marche : il faut poser le pied à la bonne place, sinon tout balance. Anaïs l’aurait bien réparée, mais elle aurait continué à mettre le pied à la même place de toute façon. Il faudra prévenir les enfants, ça lui fait drôle.


Elle referme sa porte et s’en éloigne de son pas trottinant, sans la verrouiller, parce qu’elle sait que le verrou de la maison Doigts Crochus c’est sa légende.

Sur le portail en bois, elle punaise la feuille.


La maison a beau être entourée de feuillus qui donnent l’illusion d’une campagne jamais défrichée, elle n’en est pas moins proche des magasins du village. Anaïs se fait livrer pratiquement tout, et ça la gênerait de faire trop dépenser d’essence aux commerçants.

À l’épicerie, elle regarde les gens la regarder. Ça ne l’a jamais gênée. Et puis ce soir, elle aime se faire voir. Elle aime se faire voir être pressée de rentrer. Elle aime se faire voir attendre quelqu’un.


Elle prend les bonbons un peu au hasard, ne se souvient pas de ce qu’elle aimait quand elle était jeune. Ce qu’elle aimait quand elle était jeune, ça n’existe probablement plus. Elle a beau chercher, elle ne sait plus trop lequel, du chocolat ou de la réglisse, est le terrain d’entente des friandises. Elle prend des deux en parts égales, et ajoute pleins de paquets des bonbons dont les couleurs l’étonnent le plus. La caissière lui remplit deux énormes sacs en plastique. Ce que la jeune voit c’est une légende, avec une vieille souriante qui perce un peu derrière, et elle est incapable de lui souhaiter bonne soirée du même ton impersonnel qu’elle utilise avec tous les clients. On ne sourit pas pareil aux personnages qu’aux personnes.


Anaïs retourne chez elle, c’est plus long qu’à l’aller, le sucre c’est plus lourd qu’elle ne l’aurait cru. Elle est en retard, ça la démange, si elle avait manqué un visiteur.


En arrivant à petite distance de son portail, elle ralentit à la vue de l’attroupement. Des gens, beaucoup de gens, au moins cinq ! Quatre enfants en ordre de grandeur arborant des capes et des chapeaux, et leur mère également déguisée, en chat. La plus petite silhouette trépigne et tire sur la queue de la mère.


– Hey, la lumière est allumée. Pis regarde y a un mot, maman, elle doit être revenue avec des bonbons ! Maman ça veut dire qu’on peut y aller, t’as dit que les gens qui allument la lumière y veulent !

– Mais t’es con ! La maison Doigts Crochus, t’auras pas de bonbons là-d’dans ! le rabroue l’un de ses frères plus vieux.


À quelques mètres, dans l’ombre d’un peuplier, Anaïs s’immobilise.


– Une sorcière le soir de l’Halloween, ça doit ben avoir des bonbons ! C’est é-crit ! maintient l’aventurier.

– Ou alors le soir de l’Halloween, les enfants sont ses bonbons à elle, avance la maman, mutine, en replaçant le chapeau de cow-boy de son fils.


L’argument porte. Et comme le facteur, comme l’épicier, la petite bande dépasse le portail, et la petite feuille punaisée dessus.


Anaïs baisse les yeux sur ses sacs d’épicerie remplis de bonbons, sur ses doigts tout en bosses. Comme ça, agrippés au plastique, c’est vrai qu’ils ont l’air drôlement crochu. Les enfants et leur mère s’éloignent et elle se garde bien de les rappeler. Elle retourne dans son repaire à petits pas rapides. Elle éteint la lumière du perron avant même de claquer la porte, puis elle s’y adosse pour la fermer, lâche ses sacs et à deux mains se soutient le cœur, ou les côtes, ou la peau, elle ne sait plus ce qui fait mal, elle ne sait plus ce qui fait que soudainement c’est plus dur de laisser les gens parler.


Son thé n’arrange rien, même en trichant et en mettant deux poches plutôt qu’une. Elle finit par jouer une pièce au piano de la main qui ne fait pas mal en renversant de l’autre du thé devenu tiédasse sur le clavier. Puis elle va se coucher, encore plus tôt que d’habitude. Les sacs sont restés dans l’entrée. Le mot sur le portail, elle ne l’enlèvera pas, ni ce soir ni jamais.


Le lendemain matin, elle n’a pas envie de se lever tôt pour déplacer la poussière, manger, faire une pause et manger le reste. Elle n’a pas envie de dormir non plus. Elle regarde son plafond à l’imprimé fleuri fané et elle ne pense à rien. Elle se lève à onze heures.


C’est une fois de plus en étant assise au piano que ça la frappe. L’expectative. Pour la deuxième fois ; c’est que l’espoir est un criminel multirécidiviste. Elle se dit qu’elle ne se donnera pas tant de mal cette fois, qu’elle va se contenter d’aller ouvrir et fermer la porte et que juste comme ça le rien qui va entrer et le rien qui va sortir vont dissiper l’illusion. Et elle s’en fichera à nouveau, et elle sera bien à nouveau, sorcière jusqu’à ce que mort s’ensuive, et même après, pour ce que les gens qui parlent en sauront.


En ouvrant la porte elle sursaute, puis elle rit en découvrant un chat noir et maigre, ses yeux verts clignant lentement en apercevant la vieille. Anaïs se dirige tranquillement vers lui, se baisse et le prend dans ses bras. Le chat dresse sa silhouette famélique, s’extirpant des mains cabossées pour aller se promener sur les épaules de l’inconnue comme s’il y avait passé toute sa vie. Le son du ronronnement commence comme une chaleur dans l’oreille droite d’Anaïs.


– T’as pas les yeux jaunes, moi j’ai pas de chaudron, mais on le dira à personne.


Lorsqu’elle rentre, le chat qui ronronne de plus en plus fort toujours perché sur ses épaules, queue à gauche, moustaches à droite, ses yeux tombent sur les sacs d’épicerie de la veille. Elle se baisse précautionneusement, le chat saute et va se coucher sur l’un des deux sacs. Anaïs se dit qu’il doit savoir ce qu’il fait et pioche à l’intérieur, en extirpant du multicolore. Elle n’a pas envie d’aller chercher ses lunettes dans son fouillis pour pouvoir lire les inscriptions, elle ouvre et mâchonne sans savoir. C’est bon, ça goûte l’Halloween sans enfants.


Elle lui offre les restes de son poulet de la veille. S’il y a une chose qu’Anaïs ne fait pas comme une sorcière, c’est la cuisine. Le chat noir dévore presque tout. Il en laisse pour plus tard, parce qu’il va rester. Il va être le seul pour qui l’histoire va s’arrêter un jour.


– Toi, lui murmure sa sorcière en lui grattant les oreilles, y avait toute une légende qui t’attendait.


 
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   carbona   
27/9/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Mes premières impressions :

Un texte pas évident à lire du fait de tournures de phrases cabossées et maladroites et un style simple (j'aime ça) mais qui mériterait d'être retravaillé pour obtenir moins de répétitions et plus de fluidité.

Une histoire qui me laisse avec une grande interrogation : quel est le passé d'Anais ?


Quelques remarques au fil de ma seconde lecture :

- "Laisser les gens parler " < je comprends seulement maintenant, laisser parler les gens dans son dos. A ma première lecture, j'imaginais laisser les gens parler quand ils sont présents.

- "Et elle a le droit, elle aura à jamais le droit que ce soit à cause d’elle qu’on appelle sa demeure la maison Doigts Crochus < syntaxe pas très heureuse "que ce soit à cause d'elle"

- "changeant la poussière de place" < j'aime bien

- "C’est pire les tapis."< c'est pire avec des tapis ou c'est le pire les tapis ? cette phrase me fait buter

- "où ils sont aussi rares que les Martiens" < bof les Martiens

- "la fête a l’odeur de quelque chose qui se partagerait bien. " < joli

- "Anaïs se pose une question pour la première fois : je me demande si je ne pourrais pas acheter des bonbons aux enfants." < je pense qu'il serait plus judicieux de ne pas faire de citation mais de garder le "elle"

- "Elle finit par comprendre, comprendre que quelque part entre deux rideaux, comme ça, parce que, elle s’est mise à attendre." < je bute à nouveau sur la syntaxe, c'est le "parce-que" qui coince je crois. Pourquoi pas "Elle finit par comprendre que quelque part entre deux rideaux, elle s'est mise à attendre"

- "se dirige à petits pas feutrés vers la porte." < j'aime bien les petits pas feutrés

- "Anaïs se fait livrer pratiquement tout, et ça la gênerait de faire trop dépenser d’essence aux commerçants. " < je ne comprends pas : elle se fait livrer donc les commerçants se déplacent non ?

- "À l’épicerie, elle regarde les gens la regarder. Ça ne l’a jamais gênée." < ça m'étonne puisqu'elle donne jusqu'alors l'impression de ne jamais sortir et donc de ne jamais être vue

- "On ne sourit pas pareil aux personnages qu’aux personnes." < pas très bien formulé

- "qu’elle va se contenter d’aller ouvrir et fermer la porte et que juste comme ça le rien qui va entrer et le rien qui va sortir vont dissiper l’illusion." < très chouette !


En conclusion, je trouve que c'est une très belle histoire dont l'écriture nécessiterait d'être retouchée pour mieux être mise en valeur. Plus je relis ce texte, plus je l'apprécie !

   AlexC   
31/10/2015
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Bonjour,

Le style est celui du conte. Il est un peu lourd à lire par moments. Avec pas mal de transitions poussives et quelques phrases pas faciles à comprendre.
La trame est intrigante, mais assez quelconque au demeurant. Pas si amusante comme le laissait entendre la première description du personnage de la sorcière et pas si triste, comme le suggérait certaines descriptions. Surtout, cela manque à mon goût de force dans le propos. D’émotion. L’apparition finale du félin en est je trouve une image assez représentative.

Je tique :
-“Elle finit par comprendre, comprendre que quelque part entre deux rideaux, comme ça, parce que, elle s’est mise à attendre.”
-"Elle regarde dehors et pour la première fois ses murs lui semblent plus fades que le ciel à l’imprimé feuillu qui tapisse ses fenêtres.”
-"Ce n’est pas qu’elle n’a pas aimé les jours de fête avant, c’est qu’aujourd’hui, pour rien, la fête a l’odeur de quelque chose qui se partagerait bien.”
-"C’est bon, ça goûte l’Halloween sans enfants.”

Bonne continuation

   Pascal31   
31/10/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Déjà bravo à l'équipe de publication d'avoir eu la bonne idée de publier ce texte le jour d'Halloween. Cela lui va comme un gant (comme une mitaine de sorcière ?) !
J'ai déjà lu quelques textes d'Alice (pas tous, mais il faudra que je me rattrape), et je suis à chaque fois fasciné par la facilité avec laquelle elle chope le lecteur.
Si j'ai eu quelques doutes avec le paragraphe d'introduction, parce qu'il faut s'habituer à un style d'écriture peu conventionnel mais qui colle parfaitement à l'histoire, j'ai ensuite été happé par ce récit amer sur une solitude ordinaire.
Vous avez su trouver les mots pour décrire ce terrible sentiment ("Elle finit par comprendre, comprendre que quelque part entre deux rideaux, comme ça, parce que, elle s’est mise à attendre. Elle n'a rien à attendre." => pour moi, l'un des plus beaux passages).
J'ai dévoré ce récit comme les enfants dévorent les sucreries d'Halloween. J'ai eu le cœur serré, quand la vieille est restée cachée, alors que les enfants et leur mère jasaient sur elle. Et pour ne pas nous laisser sur une note trop amère, vous brisez -un peu- la solitude de cette femme avec l'apparition d'un matou tout aussi esseulé. Et c'est toujours ainsi, non ? Deux solitudes qui s'annulent...
Un grand merci pour ce texte que j'ai vraiment beaucoup aimé.

   Pepito   
31/10/2015
Bonjour Alice,

Kriture :
"elle aura à jamais le droit que ce soit à cause d’elle qu’on appelle sa demeure" hiiiiiiiii ! elle a pas raté un virage là, la mémé. ;=)

"***" haha, on ne sait pas comment mettre les *** au milieu, hein ? ... ben moi non plus ! ;=)

"époussette ses lourds rideaux amidonnés de la poussière" hmmm, pas top "amidonnés de crasse" ou "moutonnés, veloutés, de poussière"

"Encore qu’elle ne se souvient pas de tout le monde," c'est pas plutôt "qu'elle ne se souvienne pas" ? ... en même temps, moi et le subjonctif, hein...

"juste de la main gauche parce que la droite fait trop mal ce soir." cette phrase là, même dans le noir, j'aurai deviné qu'elle était d'Alice... tout est dit, sans le dire, en deux petits mots.

Fond : bon, le Stéphane Roi y peut dormir sur ses six oreilles, c'est pas aujourd'hui qu'il va perdre son leader ship.
Que dire de plus... ha, oui : c'est d'saison ! ;=)

Alloooo, quoi ? Mais Alloooo ! ouïne...

Merci pour la lecture, toujours aussi agréable.

Pepito

   Anonyme   
31/10/2015
 a aimé ce texte 
Un peu
Étonnement je ne sais pas trop quoi penser de ce texte. Il ne m'a ni emballé, ni rebuté. Malgré de temps à autre un défaut de limpidité, quelques répétitions voulues, l'écriture se laisse poursuivre. Elle me semble moins sophistiquée que dans vos productions précédentes mais c'est un avis tout personnel. On retrouve par contre cette volonté de créer de l'émotion, de l'empathie, en l'occurrence avec cette vieille dame disgracieuse qui cherche une forme de rédemption. Peu convaincant, disons qu'on est proche du conte pour enfants. C'est sans doute ce que vous cherchiez.

   hersen   
31/10/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
C'est une histoire en demi-teinte.
On visite l'antre de la sorcière qui, à part qu'il est un peu poussiéreux, ne relève pas de l'horrible gourbi où un chaudron bouillonnant à grosses bulles vertes trônerait au milieu de la pièce principale.

J'aime assez l'angle par lequel on traite ici de la solitude.
En effet, on pourrait aisément dire qu'Anaïs a tout fait pour se retrouver seule. C'est elle-même qui a " profité" de ses doigts malades pour devenir une sorcière estampillée. Car enfin, elle n'est pas la seule à souffrir de l'arthrite et il n'est pas de notoriété publique que cette maladie engendre la sorcellerie.

Se mettre à l'écart peut être un choix, mais on voit ici qu'ensuite il n'est pas si facile de faire marche arrière. La bonne volonté ne suffit pas.

Les enfants ont vite fait de cataloguer cette femme, de la mettre dans une case dont elle ne pourra sortir. Même les parents font de même.

Et finalement, cette tentative de socialisation est un échec car Anaïs la tente le pire soir de l'année pour une prétendue sorcière. L'occasion est trop belle. Ainsi, on se réjouit de pouvoir faire une bonne blague, le genre qui fait peur aux enfants puisque c'est Halloween ce soir.
" Ce sont les enfants qui sont les bonbons de la sorcière "

Le piège se referme et Anaïs ne trouvera, pour son bonheur, qu'un chat famélique. ce qui au final ne fera que renforcer sa position de sorcière auprès des enfants, on le devine aisément.

J'ai eu un peu de mal à démarrer au premier paragraphe, peut-être un tantinet trop de répétitions.

L'affichette " Bonbons dans trente minutes " est assez drôle car trente minutes, sans référence à une heure de départ, est plus que vague.

Un petit subjonctif après " encore que " ?

Des gens, beaucoup de gens ! Au moins cinq !
Au moins cinq gens ? ( peut-être tourner la phrase autrement.)

Mais bon, ça c'est pour pinailler, j'ai beaucoup aimé.

Merci Alice.

   Vincendix   
31/10/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je commente rarement les nouvelles, elles ne sont pas écrites comme j’aimerais les lire et celle-ci n’échappe pas à « ma » règle. Mais cette fois, je fais abstraction des quelques lourdeurs d’écriture pour ne voir que le sujet et son développement. Le décor est planté, la dame habite seule dans une maison cachée par une végétation exubérante et située au centre d’une bourgade. Son allure, sa mine renfrognée et ses doigts déformés n’inspirent pas la sympathie des « gens ». Elle a l’opportunité de sortir de son isolement le jour d’Halloween, elle est dans le thème et elle achète des bonbons pour satisfaire le désir des petits monstres. Elle craint qu’ils passent devant chez elle sans sonner, elle les invite à le faire en punaisant un billet sur sa porte. Seulement, la défiance est plus forte que la gourmandise…
L’histoire pouvait s’arrêter là, mais, comme dans les contes de fée, la fin est « féérique ». La déception de la « sorcière » est compensée par l’apparition d’un chat abandonné qui lui manifeste de la gratitude avant même d’avoir dégusté un morceau de poulet… Que de leçons dans ce texte et j’ai l’impression d’avoir connu dame «Anaïs ».

   Cat   
1/11/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
C’est un conte à lire et relire lentement, pour s’imprégner de tous ses recoins.

« Anaïs est une sorcière parce qu’elle n’a plus rien à perdre. » Et de ce fait on peut laisser les gens parler…

Le décor est planté, et on se doute bien que tout ce qui va découler va tenter de prouver le contraire.

Voilà comment je suis entrée dans ton conte de saison, Alice. Intriguée aussi par ce nouveau style que tu sembles imprimer ici. Pourtant il est indéniable que ta « patte » fait toujours rage. La poésie que tu distilles à foison dans ton œuvre en général est plus « matérialisée » chez cette sorcière. J’ai comme l’impression qu’elle est davantage faite de chair et de sang. C’est la poussière dans sa maison qui rend le tout féérique.

Ce qui est surprenant aussi, c’est l’empathie immédiate pour une… sorcière ! Qui a envie de cela ? Mais qui ? Pourtant tu réussis à me faire aimer Anaïs dès les premiers mots. Parce que derrière se cache tout un pan de son histoire que l’on devine douloureux.

C’est là que réside ton tour de force d’écrivain, ici comme dans tes autres écrits. Sans rien dévoiler, tu permets à la lectrice que je suis d’échafauder toute ce pan à sa guise, par la seule magie de tes mots mis en scène.

Me demander d’analyser par le menu reviendrait à me rendre capable d’en faire autant. Et je peux rêver encore longtemps... ^^ J’adore les multiples niches d’humanité que tu offres sans compter. Ta nouvelle, comme toujours, est truffée d’images pleines de vie, superbes par leur crédibilité.

Anaïs n’a pas eu la force de ne plus laisser parler les gens, elle n’a pas réussi à changer les regards, mais à essayer elle a gagné le compagnon le plus fidèle qui soit, un chat … Il faut beaucoup les aimer pour comprendre. ^^

De te lire, Alice, jamais ne me lasse. Merci.
A très bientôt.

   Mare   
1/11/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour Alice,
Tout d'abord, merci pour ce conte d'Halloween : timing parfait !
L'histoire est jolie, touchante aussi. Et la fin m'a faite sourire.
Vous avez un vrai sens de la formule (j'ai particulièrement aimé: "On ne sourit pas pareil aux personnages qu’aux personnes".)
L'écriture tranquille et rythmée convient parfaitement au récit. C'est un beau moment de lecture que vous m'avez offert là.

La solitude chez les personnes âgées abordées avec infiniment de délicatesse.

Si j'avais juste un remarque à faire, peut-être, elle concernerait les deux paragraphes d'introduction. je trouve qu'ils sont un peu brefs. J'aurai aimé avoir juste un peu plus d'éléments concrets pour bien posé le personnage (eh oui, puisque c'est est un) avant de le suivre dans ce morceau de légende.

Pour le reste, juste: Merci !!

   ameliamo   
1/11/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Le vrai sujet c’est la solitude. Cette grande solitude apportée par la vieillesse. Parce que l’âge change quelqu’un ; de l’enfant il devienne jeune, adulte et après vieux. Et tous ces personnages sont présents, même si en arrière plan, dans l’histoire. Le temps qui passe, quelquefois, déforme l’aspect physique, spécialement à une femme, et elle peut ressembler à la sorcière d’un conte de fée. C’est toujours un motif de bruit et d'amusamment pour ceux qui ne pensent point, que le temps passe et pour eux aussi. C’est très bien écrit ce texte plein de tristesse, en fond, adouci par l’apparition de cet animal câline qui est le chat. Il lui va remplir, aussi comme pour nombreuse vieillards, la manque de l’amour. J’aime bien ce texte qui, même si dans un mode délicat et agréable à lire, présente une réalité douloureuse, la solitude.

   Automnale   
2/11/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément
J’ai lu cette histoire trois fois !

La première, dès sa publication. J’étais en retard, avais plein de choses à faire. Mais il ne m’a pas été possible de ne pas lire, jusqu’au bout… Une publication d’Alice, me disais-je, c’est comme un nouveau jouet offert à un enfant. Le paquet cadeau doit se défaire sans attendre.

La deuxième, ce matin, tranquillement. Et j’ai été émerveillée… Par le personnage, l’imagination de l’auteur, ses trouvailles… Et là, je pensais que c’était incroyable, si jeune, d’avoir de telles idées, si touchantes, originales, belles, justes... Alors, je suis restée sous le charme, j’ai savouré sans avoir la moindre envie de relever le petit je ne sais quoi éventuel de biscornu.

C’est seulement à ma troisième lecture que je me suis efforcée - telle est notre mission sur Oniris ! - de trouver des bizarreries.

J’ai aimé le personnage d’Anaïs. Il y a tant de sorcières un peu partout dans le monde, puisque seules, désespérément seules, ayant mal un peu partout, vieillissantes, désenchantées… Mais Anaïs, ce n’est tout de même pas n’importe qui. Chez elle il y a un piano – dont elle joue – et des bouquins. Je suis certaine que sa vie, au préalable, fut passionnante.

Impossible de ne pas noter les trouvailles irrésistibles d’Alice. Et pourtant, il y en a tant :
- Tout ce qui est seul devient une histoire (je n’y avais pas pensé, et pourtant oui).
- Elle rêvasse en faisant du ménage sans le faire (fort possible).
- Elle n’a rien à attendre, tout le monde est mort depuis longtemps (oui, oui).
- Les visiteurs sont aussi rares que les Martiens (oui).
- On n’a pas cogné à sa porte depuis vingt ans, sauf peut-être pour un pari (tellement génial, même si l’enfance de l’auteur n’est pas loin).
- Avoir une idée est une chose terrifiante (parfois oui, mais c’est drôle !).
- Ca (avec une cédille !) la gênerait de faire trop dépenser d’essence aux commerçants (si ce n’est pas une idée géniale, qu’est-ce ?).
- Elle regarde les gens la regarder (eh oui).
- On ne sourit pas pareil aux personnages qu’aux personnes (quelle merveille !).
- L’espoir est un criminel multirécidiviste (époustouflant).
- Le chat va être le seul pour qui l’histoire va s’arrêter un jour (touchant).
- Le verrou Doigts Crochus c’est sa légende (encore et toujours génial)).
- Elle ne sait plus ce qui fait mal, le cœur, les côtes, la peau… (remarquablement bien vu).

Interrogations et sujets de dissertations :
- Dès lors que nous n’avons plus rien à perdre, sommes-nous des sorcières ?
- Quand on a plus rien à perdre, sommes-nous capables de laisser les gens parler ? (peut-être bien).

Les petits riens un tantinet biscornus :
- Elle aura à jamais le droit que ce soit à cause d’elle qu’on appelle sa demeure…
- Ils ont l’air drôlement crochuS (manque le « s », ah ah).
- Ca (avec cédille) goûte l’Halloween sans enfants (du québécois ?).
- Ses calendriers faits mains à jour avec une régularité métronomique (mis à jour, peut-être).

Comment ne serais-je pas touchée en apprenant qu’Anaïs déplace la poussière, mange, fait une pause, mange le reste… Eh oui, telle est la vie monotone d’Anaïs… Comment ne serais-je pas touchée en notant que cette dame achète des bonbons en espérant qu’il se passe enfin quelque chose… Mais il ne se passe rien, du moins pas ce qu’elle attendait… Quant à publier cette histoire d’Halloween, précisément le 31 octobre, seule Alice pouvait, moyennant une mystérieuse complicité Onirienne, réussir cet exploit !

Je me répète : je suis émerveillée. Emerveillée par les trouvailles d’Alice, son talent, son intelligence, sa sensibilité, son sourire sous-jacent, sa délicatesse… Pourquoi ne pas écrire un roman, Alice ? Certes, il est peut-être depuis un moment, avec d’autres, au fond d’un tiroir.

Moi qui ressemble un peu à Anaïs, à une sorcière donc (sans les doigts crochus, quand même !), je suis persuadée que l’auteur de "Sorcière" sera un jour prochain littérairement célèbre.

J’ai d’abord voulu noter « beaucoup + »). Mais pour la multitude de pépites, cette façon de toucher le cœur des lecteurs et pour l'incroyable jeunesse de l'auteur, je ne vais pas résister au « Passionnément ».

Merci, Alice, pour ce petit bonheur.

   Blacksad   
1/11/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je laisse de côté le côté "oh un texte sur Haloween publié le 31 octobre..."

J'aime beaucoup le style de votre écriture, vraiment beaucoup =)

Au début, j'ai eu du mal avec votre histoire, je ne voyais pas où vous vouliez en venir et puis... et puis une fois la fin lue, je l'ai trouvée belle cette histoire toute simple. Cette histoire de sorcière aux yeux du monde, cette histoire de solitude, cette histoire de paria qui en trouve un autre. Une sorcière et son chat noir.

Merci pour cette belle lecture.

   Anonyme   
2/11/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

j'ai bien aimé votre texte.
Je rejoins tout à fait le commentaire d'Améliano sur le fond, et celui d'Automnale aussi dans tout ce qu'elle dit de vos qualités d'auteure.
Alors je ne vais pas ajouter grand-chose, sinon que ce qui me parle le plus dans votre nouvelle c'est d'avoir montré avec beaucoup de sensibilité et de talent le drame de la solitude qui accompagne souvent le grand âge. Et aussi, avec l'entrée en scène du chat noir, d'avoir un peu réhabilité cet animal qui pour certains porterait malheur, et qui dans votre histoire apporte une présence amicale à cette vieille personne.
Sous couvert de "conte" votre histoire est au fond très réaliste.
Bravo et à vous relire.

Corbivan

   Louis   
2/11/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Qu’est-ce qui fait d’Anaïs une « sorcière », elle dont le nom est très éloigné des représentations communes de ce personnage des contes traditionnels ? Elle qui n’est qu’un être humain, tout humain, souffrant, comme tant d’autres.

La sorcière est celle qui « laisse les gens parler ». Elle est absente au monde humain, qui est d’abord celui de la parole qui s’échange, celui du dialogue, de l’intercommunication. Elle laisse dire sans rien dire ; elle ne répond pas à ce qui peut se dire sur son nom, elle ne tient pas une parole sur elle-même ; elle ne dit pas qui elle est, c’est à dire ne fait pas le récit de son histoire, de son passé, de son vécu. Elle se livre au langage des autres.
La sorcière est un silence, un trouble dans la conversation, une place laissée vide dans la position d’interlocution ; la sorcière se situe dans une ex-communication. Parce que sa parole est en principe absente, hors communication, elle est alors, quand elle survient, considérée hors du commun, hors norme : magique, porteuse de mauvais sorts, de malé-dictions, d’imprécations. Dans l’imaginaire collectif, la sorcière oscille entre le défaut de parole et la parole toute puissante. Ou bien elle se tait, ou bien sa parole ne peut qu’être mauvaise, et faire du mal.

Anaïs, la « sorcière », ne prend pas place dans l’échange verbal « parce qu’elle n’a plus rien à perdre ». Elle a donc tout perdu, perdu toutes les personnes qu’elle a aimées, perdu toute sa famille, et perdu son ego. Elle laisse dire sur son compte, elle a donc aussi perdu son amour-propre, sa fierté, son orgueil. Elle ne tient plus à rien dans son rapport aux autres, ne cherche plus à donner une image valorisante d’elle-même ; elle ne défend pas, ne restitue pas, par la parole, une image d’elle-même ; elle ne cherche plus à exister pour autrui.
La perte des autres, ceux qui « étaient tout » pour elle, est une perte totale d’autrui.

Anaïs, livrée à la parole des autres, jamais présente pour affirmer son histoire et ainsi son identité, devient donc « une légende de son vivant ». Elle est un être de discours où domine l’imaginaire, Anaïs n’intervenant pas pour restituer une réalité.
Nul ne connaît l’histoire d’Anaïs, ce qui contribue à en faire une « sorcière » ; sa vie ne sera donc pas contée, le narrateur de la nouvelle ne se place pas à juste titre dans un point de vue omniscient.

Le portrait d’Anaïs reprend sur plusieurs points l’archétype traditionnel de la sorcière : elle est âgée ; elle a des « doigts crochus », variante des doigts griffus qui rapproche la sorcière du diabolique ; elle ne nettoie pas la poussière, c’est-à-dire ne fait pas un usage courant du balai, or l’on sait que dans les contes traditionnels, les sorcières utilisent le balai pour voler, ainsi Anaïs « aime son plancher un peu moutonneux », un plancher qui ressemble à un ciel nuageux ; elle possède de nombreux livres, comme autant de grimoires anciens ; elle cuisine du poulet pour le souper comme pour le dîner, qu’elle ne différencie pas, or les sorcières sacrifient souvent des poulets dans leurs rituels de magie noire.
Seule originalité : elle joue du piano. Mais les sorcières dans l’imaginaire ont des chants, des danses, des chœurs, elles ne sont pas sans rapport avec la musique.
D’autre part, la musique est désignée comme son seul moyen d’expression. Il n’y a plus le langage, mais la seule musique.
Anaïs a toutefois conscience que ses doigts souffrent d’arthrite, elle n’a pas des doigts de fée, mais des doigts de « sorcière ».
Par ses doigts pourtant elle s’exprime hors du langage, et par les doigts, on l’exprime dans le langage comme « sorcière aux doigts crochus ». L’image de doigts est ici centrale dans la vie du personnage.

Anaïs s’est fermée aux autres, et puis un jour elle veut ouvrir sa porte et ses fenêtres.
Un jour, « ses rideaux amidonnés » sont devenus trop lourds. Les rideaux s’étaient baissés sur la scène du monde, les rideaux avaient été tirés sur l’extérieur, mais la solitude est devenue trop pesante. Les rideaux pèsent ce que pèse la solitude.

Elle choisit la date d’Halloween pour tenter de renouer une relation à autrui. Elle n’ira pas vers les autres, elle attend que d’autres viennent à elle, elle attend « un visiteur ».
Elle choisit cette date du trente-et-un octobre, parce que « les sorcières sont censées être toutes fausses à l’Halloween ». Elle, qui est une authentique « sorcière », se fera passer pour une « fausse ». Elle offrira des bonbons aux enfants, elle ne leur jettera pas de sortilèges, elle ne leur fera pas peur, elle aura des visiteurs.
Elle, qui est sorcière par défaut du langage dans sa fonction de communication, il n’est pas étonnant qu’elle cherche à retrouver une vie humaine par le langage, un langage écrit, elle laisse donc un billet sur sa porte : « Bonbons dans trente petites minutes. »
Elle se montre dans son village pour acheter les bonbons. Elle cherche aussi à reprendre existence dans le regard des autres.

Sa tentative s’avère pourtant un échec. On ne la voit pas, elle, mais son personnage de légende. La personne n’est plus visible derrière le personnage.
Mais ce personnage est une production du langage traditionnel du conte ; placée hors de la position d’interlocutrice, parce qu’elle n’a pas inventé son propre langage, parce qu’elle n’est pas elle-même intervenue dans la locution pour construire son propre récit, sa propre histoire, sa propre légende, Anaïs est devenue un produit de la narration, et du récit imaginaire des autres, et elle n’est plus perçue que par les mots qui la désignent comme « sorcière ».

Ses mots écrits eux-mêmes restent prisonniers du récit traditionnel : « Ou alors le soir de l’Halloween, les enfants sont des bonbons à elle » dit la femme, maman des enfants, déguisée en chat. Ses mots écrits sont interprétés sous l’influence des mots du conte, et dans les contes, la sorcière apparaît parfois comme une ogresse, un ogre au féminin. La sorcière des récits ne peut pas donner généreusement, elle prend et dévore les bons et bons enfants.
Anaïs laisse encore parler, elle laisse dire, et ne trouve pas la force de produire son langage, mais elle éprouve désormais la situation douloureusement.

Anaïs va alors jusqu’au bout de l’archétype de la sorcière ; résignée à n’être plus pour toujours que ce personnage, elle ouvre sa porte à un chat noir. Une personne déguisée en chat l’avait empêchée de sortir de son personnage de sorcière, un autre chat, authentique animal, la confirme dans son personnage. Le chat vient se substituer aux bonbons qui, associés aux enfants, sont mangés par la sorcière, comme si elle était une ogresse ; subsiste le chat, seule compagnie d’Anaïs avec lequel elle partagera ses rituels du poulet, avec lequel elle partagera sa vie.

Une nouvelle très intéressante donc qui montre le rapport complexe d’une personne au langage, où il y a va du statut social de cette personne, et de la perception que l’on se fait d’elle, toujours sous l’influence du langage.

Bravo Alice.

   Alice   
5/11/2015


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