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Fantastique/Merveilleux
Andre48 : Un Last Word
 Publié le 09/10/18  -  8 commentaires  -  3458 caractères  -  57 lectures    Autres textes du même auteur

Dans ce texte, le soi-disant auteur n'est qu'un rêveur.
Le fameux tableau Night Hawks d’Edward Hopper sert de cadre à ses romans policiers.
Il rôde en face du bar et doit annoncer cette nuit-même à ses trois vieux personnages qu’il les abandonne en d’autres mains.


Un Last Word


Je savais que ce serait difficile.

La nuit, je me suis toujours approché en catimini du bar de Jay, le fameux tableau Night Hawks d’Edward Hopper. À ce coin de rue désert, la lumière des néons est censée attirer le client…

Du trottoir d’en face, je vois Jay avec sa veste blanche démodée, et Rose la serveuse aller et venir. Heureusement, Archie reste invisible dans son coin, ses longues phalanges sur le clavier du piano.

Un trio à deux balles qui a assuré mon pain quotidien depuis plus de trente-cinq ans. Un bar de nuit où peuvent entrer héros et victimes et où je peux développer les intrigues de mes polars. Des années que je les porte à bout de plume.

Un gentil trio sans histoire, né depuis mon premier roman de 1962. Ils avaient tous trente ans, comme moi. Des trafics, des flics véreux, des blondes à sauver… J’y ai même fait passer des espions russes et un soupçon de patriotisme, ça aidait à vendre.

Mais aujourd’hui, on approche de l’an 2000, c’est plus la même musique.

Ils ne font plus recette. Cent soixante-dix ans à eux trois ! Jay est un trop gentil patron au bord de la faillite. Rose ne fait plus rêver personne, aspect et caractère, tout est à revoir. Et Archie, on croirait entendre un piano mécanique à bout de souffle.

Ce soir, je le vois bien, c’est le pompon, triste à mourir. Trois clients dans un décor à filer le bourdon.

Je ne peux plus les supporter.

Même pas la peine de voir ou d’entendre Archie, ce serait encore pire. Je ne sais plus comment caser la phrase fétiche de Jay : « Le ciel est trop haut, la terre est trop basse, le bar est juste à la bonne hauteur. » (*)

Dans mon dernier bouquin, j’ai tranché en trois bouts cette phrase. Et allez, un bout par chapitre ! Ce démembrement sanglant, personne ne l’a remarqué ! Je suis scotché face au bar depuis plus de dix minutes. Je viens de les vendre et ils seront recyclés.

Comment le leur dire ?

Avec une blague douteuse pour détendre l’atmosphère, en demandant un cocktail : « un Last Word ».

Ils me connaissent et saisiront l’allusion : le mot de la fin. D’abord ça date d’après la grande guerre, la seule, celle de 1914. Et puis, c’est simple et dépassé ; à parts égales : gin, jus de citron vert, chartreuse et cherry.

Un « Last Word », après, je les mets au parfum.

D’abord, la bonne nouvelle, le trio fatigué sera rajeuni, revitalisé, mis au goût du jour.

Finie la routine, à chaque jour son événement, son rebondissement. S’adapter pour survivre, c’est ce que j’ai fait en cédant pour une bouchée de pain mes droits d’auteur à Janet, leur nouvelle patronne. En fait, elle revoit tout.

Le bar est toujours au coin de la rue, mais sera plus branché, ouvrira plus tard, fermera au petit matin.

Archie sera un DJ tatoué, autoritaire et à queue-de-cheval, un vrai mec ! Jay devient un jeune loup arriviste, faisant son show au shaker et menant quelques trafics douteux. Rose devra séduire, enjôler, repousser, en veillant à pousser à la consommation.

Le cocktail de base sera fric, sexe et produits prohibés. Là-dessus, Janet greffera tout ce qui a déjà été fait dans les thrillers.

Je devrais tout leur dire à mes trop vieux personnages, les caractères redéfinis, la nouvelle déco, le monde qui a changé, le tiroir-caisse qui doit chanter…

Ce soir, pas de cocktail, le courage me manque, je vais passer le coin de la rue et continuer à dormir.

Après tout, place à Janet.

Elle, elle saura leur dire.



(*) Frédéric Dard.


 
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Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   izabouille   
18/9/2018
 a aimé ce texte 
Bien
L'idée de départ est bonne, mais ce serait plus intéressant pour le lecteur de le découvrir au fur et à mesure car tout étant dit dès le départ, ce que vous écrivez n'a guère de sens. Je trouve qu'il y aurait moyen de travailler cette idée autrement, mais ce n'est là que mon humble avis.
Cela n'enlève rien au style qui est juste. L'écriture est belle et fluide, ça se lit facilement. Vous vous êtes approprié les personnages de la toile et vous en avez fait des êtres à part entière de manière subtile, j'aime beaucoup. On les imagine fort bien évoluer dans diverses histoires.
Merci pour le partage

   Mokhtar   
1/10/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Le superbe tableau « à ambiance » de Hooper, qui évoque autant le cinéma que le polar, a inspiré bien des auteurs (cf Patrick Besson : l’arrière saison).

Ici l’auteur annonce vouloir moderniser l’environnement et les mœurs de ses personnages. Sa métalepse consistant à entrer dans la scène pour faire ses adieux à ses vieux personnages constitue une idée originale et touchante. Elle constitue l’attrait principal de ce texte, qui a su créer une ambiance évocatrice.

La phrase fétiche de Jay : « Le ciel est trop haut, la terre est trop basse, le bar est juste à la bonne hauteur. » est de Frédéric Dard qui ajoutait, à propos du bar : « Tu peux le lâcher, il tient tout seul ».

Mokhtar, en EL

   Louison   
5/10/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Je trouve l'exercice difficile et cependant réussi. L'idée originale de partir de ce tableau pour créer une nouvelle histoire me plaît beaucoup.
Les personnages vont être remplacés, et l'atmosphère sera plus joyeuse, comme si c'était un autre film.
L'écriture est simple, on va droit au but.
Un bon moment de lecture pour moi.

Louison en EL.

   nanardbe   
9/10/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un style "droit au but" que j'aime particulièrement.
je suis un fan de la description "par le héro" être à table et suivre la conversation.

Bravo !

   plumette   
10/10/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour André

Je vous suggère de mettre une photo du tableau dans le Diaponiris!

je trouve que vous avez su vous emparez de l'ambiance du tableau, votre écriture est un écho à cette ambiance et votre idée est vraiment séduisante.

le narrateur est attaché à ses personnages et n'a pas le courage de leur annoncer crûment leur avenir.

c'est un autre tableau que vous composez pour le plaisir du lecteur!

Plumette

   in-flight   
10/10/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Une histoire brodée sur la base du tableau de Hopper: belle initiative !

Je n'aurais pas fait mention du tableau en début de récit ("le fameux tableau Night Hawks d’Edward Hopper") car la référence "prend trop de place". Je veux dire qu'elle oblige le lecteur à voir une référence là où votre texte peut suffire à bâtir une ambiance. Mais j'ai bien saisi vos intentions et c'est un texte plaisant.

   Donaldo75   
18/10/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Andre48,

Tout d'abord, bravo !

Il y a un vrai ton dans cette courte nouvelle, celui des auteurs de polar à l'ancienne, je veux dire à la "série noire". Et ce n'est pas si facile que de trouver cette tonalité et la tenir, dans un style sobre qui fait justement penser au tableau d'Edward Hopper.

La critique est subtile, Janet représentant le nouveau monde littéraire, la mode, le passage à l'an 2000 et tout ce qu'il représente en termes de renouvellement imposé par des sondages auprès du lectorat et l'émergence des images Internet. Ceci dit, tu le soulignes habilement, un thriller reste un thriller.

Utiliser ces personnages issus d'un tableau est une excellente idée. Ils prennent corps et le lecteur n'a pas envie de les voir partir dans un autre univers, même s'il est plus moderne. J'ai même peur pour eux; vont-ils survivre dans ce monde plus violent, plus brutal ?

Bref, c'est fort et j'ai adoré.

Encore bravo et bravo et même bravo !

Donaldo

   Andre48   
22/10/2018


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