Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Forums 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Fantastique/Merveilleux
ANIMAL : Le journaliste et le pêcheur
 Publié le 01/12/25  -  5 commentaires  -  9877 caractères  -  41 lectures    Autres textes du même auteur

Mais que fait donc ce pêcheur sur la plage…


Le journaliste et le pêcheur


Je suis là, sur une plage banale, au bord d'un océan gris et moche, sous un ciel gris et moche. Il fait froid. Un crachin sournois essaye de s'infiltrer sous mon caban. Je n'aime pas l’océan de l’ouest et il me le rend bien, semble-t-il. Parfait. J'ai besoin de taper dans le dur et je crois que ce troisième article sur les métiers de la mer va faire couler de l'encre.


Il y a, à quelques pas de moi, un autochtone qui se livre à une bizarre activité. Bien malgré lui, il sera le héros de mon histoire. Je n'ai l'intention ni de l'aborder ni de l'interviewer, évidemment. Je ne suis pas un journaliste ordinaire, moi. Je fais dans le mépris hautain et la critique au vitriol ; c'est ce qui rend mes articles si prisés. Je vais quelque part, je regarde vivre les gens, je jette des impressions en vrac dans mon micro puis je rentre chez moi. Je m'installe devant la cheminée avec mon notebook, je me sers un whisky bien tassé et j'écoute mon dictaphone, en général trois, voire quatre fois. Puis je ponds l’un de ces textes d'anthologie, antitouristique au possible, qui ont fait ma célébrité et ma fortune… mais dont certains m'ont valu de devenir persona non grata dans quelques régions de notre bel Hexagone.


Bon, au boulot, plantons le décor. J'enclenche mon dictaphone et je commence :

« Ambiance morne de bord de mer hors saison, grisaille humide. Un homme sur une plage déserte, un marteau, des clous, des trous qu'on creuse pour y planter des piquets. »


– C'est des poteaux !


« Tiens donc ! À qui parle-t-il, celui-là à qui on ne demande rien ? Il est tout seul sur cette plage de galets et de sable à gros grains, le genre qui entre péniblement dans les chaussures et qu'on n'ose pas affronter pieds nus. Il bruine. Il plante des poteaux, donc, dans le sable et les galets de la plage. La mer est bien laide, aujourd'hui. Elle a la couleur sale de la douleur. Elle semble presque boueuse. »


– C'est le sable. Les lames de fond le ramènent à la surface. Et la mer n'a jamais mal, c'est ceux qui vont dessus qui ont mal. Y a peut-être aussi des algues brunes ou rouges dedans, c'est pas impossible. Ça donne une couleur pas propre.


« Mais à qui parle-t-il, lui ? Il n'existe pas. C'est moi qui raconte. »


– Raconter, ça ne vous empêche pas d'être là. J'en profite, je vous parle, c'est mon droit. Si vous n'étiez pas là, je me parlerais à moi-même. J'ai l'habitude.


« Et il se parlerait de quoi, le bonhomme en gros drap bleu et bottes hautes ? »


– De filets, pardi ! Des filets que je tends. Je suis nature, moi, je parle de ce que je fais, pas de ce que j'aurais pu faire. Pourtant, hein, c'est bien plus facile de parler de ce qu'on n'a pas fait. On raconte mieux les rêveries que la réalité. Les filets, je vais les accrocher, bien tendus, entre les poteaux, là. Il faut de gros bouts de bois enfoncés profond, plantés dans le dur du sable toujours humide. C'est un gros travail. Je vais planter des poteaux de là à là ou peut-être encore plus loin. Puis j'y attacherai ces longues perches pour mettre les filets de bas en haut, assez haut. C'est pas le plus gros du labeur mais c'est le plus délicat, parce qu'il faut faire solide mais pas trop raide, sinon la mer va tout emporter en remontant. Et, trop mou, je n'attraperai rien.


« Bon, on sait que c'est un pêcheur. Un pêcheur qui pêche depuis la terre. La mer lui a fait quelque chose, du mal, on peut le supposer. Il préfère l'attendre sur son terrain à lui. »


– C'est pas tout faux, ce que vous dites. Pas tout vrai mais pas faux non plus. Par exemple, la mer ne m'a jamais fait de mal. N’a pas pu. Parce que je m’arrange pour jamais aller dessus. J'irai un jour, quand ce sera moins idiot, faudra bien. Et là, ce sera un plaisir, vous pouvez me croire. Mais je suis un pêcheur, vrai.


« Ce pêcheur est sûrement un pessimiste, il n'a même pas un seau pour mettre ses prises. Il est vrai qu'on ne doit pas attraper grand-chose sur une plage. Les vrais pêcheurs vont assez loin en mer pour jeter leurs filets. »


– Grand bien leur fasse ! Et ils ne reviennent pas, un jour ou l'autre. Et les larmes de leurs femmes s’en vont se rajouter à la mer.


« On dirait à l’entendre, ce bonhomme, que tous les marins meurent en mer. »


– Périssent, pas meurent. Ils périssent, oui da, en mer, on périt et c’est chacun son tour. J'en connais qui ont tout essayé, toutes les heures, matin, soir, grand jour, milieu de la nuit, pour tromper la mer. Et ça marche un temps, ces ruses. Mais elle est patiente, la drôlesse. Pas maligne mais patiente. Elle les attend là et elle ne les trouve pas. Bon. Alors, elle les attend à un autre moment, ailleurs, et elle ne les trouve pas non plus. Et vous vous dites que ça peut fonctionner à tous les coups, ce truc-là, de n'être pas là où elle vous guette. C'est oublier qu'elle est grande. C'est immense, la mer, c'est partout. Petit à petit, elle attend en plusieurs endroits et, un jour, comme ça, parce qu'on a oublié qu'elle est si patiente et vaste et qu'on se croit malin, on ne revient pas. C'est fini.


« Oui, c'est un dur métier, tous ces efforts pour du poisson dans nos assiettes. »


– Du poisson ? Vous voulez dire ces bêtes visqueuses toutes mouillées ? Vous y croyez, vous, vous y croyez à ces histoires de pêcheurs de poissons ? Mais on s'en fiche, du poisson ! C'est juste pour dire qu'on fait quelque chose. Si vous me trouvez un seul pêcheur qui s'intéresse au poisson, pour le manger ou n'importe quoi, je vous paie la tournée et du bon raide. Ah, ah, ah ! J'en pleure, vous me faites trop rire avec votre poisson. Dites, sérieusement, vous imaginez ça, les gerçures, les muscles qui font mal, la peur de l'eau, le sel qui vous bouffe la peau, et l’humidité, et le vent, et le froid… Vous imaginez cette vie des pêcheurs pour juste du poisson ? C'est pour le coup que ce serait un métier de fou ou d'imbécile. Ou même les deux, tant qu'à faire.


« On pourrait penser, puisque le poisson se vend, qu'il rapporte de l'argent et qu'on mène cette vie pour la gagner. »


– La gagner ? Mais on l'a déjà, la vie. Et puis, réfléchissez un peu, ce serait la jouer, là, à chaque fois. À chaque fois qu'on va sur la mer, ce serait pour le coup comme de lancer un dé en pariant sur le six, avec sa peau pour seul enjeu. Ce serait un rien idiot.


« De toute façon, un pêcheur sur la plage risque tout juste un rhume. »


– Et des engelures. Et une perche qui lui tombe sur la tête. Et des tas d'accidents que vous pouvez pas imaginer. Mais vous êtes assez dans le vrai, encore, je suis un pêcheur plus futé que les autres. Remarquez qu'on est tout de même plusieurs à être comme moi, à tenter le coup d'ici. Mais je suis le seul à ne jamais perdre patience. Tous les autres, un jour, essaient d'aller en mer. Ils s'impatientent. Pas moi. Si l'autre en face est patient, je peux bien être aussi patient que lui.


« Allons donc, le vent fait perdre ses esprits à ce brave homme, de quoi parle-t-il à présent ? »


– De lui, du triton ! C'est une espèce de mâle de la sirène. C'est le dernier, je crois bien. La mer, la garce, est son amie contre nous. Il la connaît, il sait comment la manœuvrer, vous pensez bien. Et il les veut pour lui, les sirènes. Il les veut toutes pour lui, avec leurs châteaux et leurs trésors. Mais on existe, nous, on est là, on accepte la mouillure, les sales blessures, le froid jusqu'au fond des os pour les aimer. Moi, je vous le dis, je sens que je le prends, ce coup-ci. Il vient à terre, quelquefois, pour chanter, qu'on dit. Pour séduire d'autres sirènes, celles qui pourraient aimer un de ces pêcheurs qui ne pensent qu'à elles. Et quand je l'aurai pris, j'irai sur la mer et elles seront là pour moi. Je sais bien qu'elles me connaissent, je suis toujours au bord de l'eau.


« Ainsi donc, les pêcheurs iraient en mer pour y trouver des sirènes à épouser ? »


– Et pour quelle autre raison ? Sérieusement, vous pouvez imaginer endurer tout ça pour une autre raison que l'amour ? Bon, c’est pas le tout de bavarder, faut finir avant qu’il soit là.


« Et elles ne diront rien, les femmes de marins, celles qui pleurent, si tous les marins épousent des sirènes ? »


– D’abord, c’est pas les mêmes épousailles. C’est sûrement pas chrétien, une sirène. Et puis, c’est pas jaloux, une femme de marin, ça comprend les choses quand c’est mieux de les comprendre. Ça nourrit des enfants, ça n’a rien contre des châteaux et des trésors. Vous, les gens de ville, vous ne savez rien des femmes.


« Le bonhomme plante ses derniers poteaux. Il y va de bon cœur. Il souffle un coup, regarde le large. »


– Au fait, vous avez déjà vu un triton ? Parce qu'il va falloir m'aider à mettre les perches et les filets en vitesse. Y en a un qui s'en vient, là, vous le voyez qui fait le malin dans les vagues ?


« C'est vraiment énorme, un triton, même vu d'ici, même vu avec le calme de celui qui se contente de raconter la vie des autres. On a envie de s'enfuir et de rester à admirer en même temps. On se demande à quoi peut ressembler une sirène. »


– Je les ai jamais vues que de loin, vous savez. Mais c'est beau, forcément. Il le faut !


« Oui, il le faut. Si les sirènes étaient moins belles, à quoi bon attraper des tritons ? »


– C'est le dernier, lui, le dernier ! Plus que lui… et à nous les sirènes !


« Le bonhomme court. La marée monte. Les filets s'élèvent. Le triton est curieux, il approche. Le bonhomme a de l'eau jusqu'aux hanches. Il est derrière ses filets. Il provoque, il se moque. L'eau est à sa poitrine. Il est tout rouge. Il crie. Il rit. Un son monte de la mer, du profond de l'eau. Sans l'avoir jamais entendu, on le reconnaît. Je le reconnais. C'est le chant des sirènes ! »


Mon dictaphone m'échappe des mains. Il tombe sur le sable et s'arrête d'enregistrer. Je m'en fous. Seul compte le chant des sirènes… Je dois y aller, le pêcheur a besoin d'aide…


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Luz   
16/11/2025
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
J'ai beaucoup aimé ce journaliste et ce pécheur au bord de l'océan de l'ouest.
Il y a de la poésie et de l'humour (le whisky bien tassé, les poissons : "ces bêtes visqueuses toutes mouillées").
L'écriture est rapide et belle, intelligente.
Bravo !
Luz

   Robot   
1/12/2025
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Un conte joliment poétique où l'imagination impose ses images, ses paroles et son décor. Le pêcheur nous emporte dans sa réalité et le lecteur se prend au jeu. Le journaliste comme faire valoir apporte le contrepoint de lucidité qui ne parvient pas à s'opposer à l'idée du pêcheur. le lecteur entend l'appel des sirènes qui l'attire petit à petit jusqu'à la fin du récit.
Une belle légende.

   EtienneNorvins   
3/12/2025
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime bien
Un récit fantastique qui transforme une scène banale en allégorie, où l’absurdité le dispute à l’espoir. Le pêcheur, qui se dit « plus futé que les autres » parce qu’il reste à terre, se bat en fait lui aussi pour une chimère. Le narrateur, d’abord sarcastique, est finalement saisi par cette "magie", comme si la folie du pêcheur était contagieuse. La fin ouverte, où le dicta(to ?)phone est abandonné pour se joindre au pêcheur, suggère que le vrai récit n’est pas celui qu’on lit, mais celui qui sera vécu — même au prix d'une forme de folie. Cela suggère une sorte de "morale de la fable" : tout naïf qu'il semble être, est humain celui qui refuse la résignation ? Que vaut en effet une vie de labeur, si ce n’est pour croire, même déraisonnablement, en une forme de graal ?

   Louis   
3/12/2025
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime bien
Ce joli conte est d’abord une histoire d’écoute.

Le journaliste, protagoniste de ce récit, n’écoute pas les gens. Il n’écoute que lui-même : « j’écoute mon dictaphone (…). Puis je ponds l’un de ces textes d’anthologie (…) qui ont fait ma célébrité et ma fortune ». Il observe la vie des gens, sans communication avec eux, sans interlocution. Il est un observateur très subjectif et son point de vue se tient dans un « hautain mépris » : « je jette des impressions en vrac dans mon micro puis je rentre chez moi ». Il ne rend compte que de l’effet produit sur lui par ce qu’il perçoit de l’activité des hommes, il ne cherche pas à la comprendre, n’essaie pas d’en pénétrer le sens et le vécu. Il perçoit le monde à partir de ses aprioris.
Un trait marquant de sa pratique : le refus de l’interlocution ; il écrit des articles, communique unilatéralement, ne dialogue pas.

C’est une scène tout à fait inhabituelle dans sa fonction de journaliste que rapporte ce récit. Il voudrait écrire sur « les métiers de la mer ». Il est en "reportage", non sur des événements ponctuels, non sur des faits divers, mais, dans le genre documentaire « antitouristique au possible », sur le métier traditionnel des marins du côté de « l’océan de l’ouest ».

Sur une plage maussade, le journaliste observe un homme dont l’activité lui semble « bizarre ». Il ne cherche nullement le contact pour comprendre en quoi consiste son occupation : « Je n’ai l’intention ni de l’aborder ni de l’interviewer, évidemment. ». Le "reporter", comme à son habitude, parle à son dictaphone, il ne parle qu’à lui-même, mais, par on ne sait quel prodige, il est entendu par l’homme du bord de mer.

Et cet homme lui parle. Lui impose un dialogue. Lui impose une interlocution, malgré ses efforts pour le nier en tant que personne douée de parole, en tant que virtuel interlocuteur, et le chasser de la sphère du langage, qu’il veut occuper exclusivement : « Mais à qui parle-t-il, lui ? Il n’existe pas. C’est moi qui raconte. »
L’homme a l’audace de cet affront par lequel il quitte le statut d’image muette, pour se porter à son niveau forcément "supérieur" d’usager spécialiste de la parole et de la narration.
Objet de la représentation verbale, le voilà qui se porte à la position d’un sujet. Comme si l’objet de l’œuvre d’un peintre se mettait subitement à discourir avec lui, son auteur qui le représente, sur la manière même de le représenter.

L’homme, le « pêcheur », s’impose dans ce monde des mots, non pas comme causeur y faisant irruption de façon impromptue, mais comme être disert, perpétuellement loquace.
Il fait la leçon au journaliste, car lui aussi se parle à lui-même, mais, ajoute-t-il : « je parle de ce que je fais, pas de ce que j’aurais pu faire (…) On raconte mieux les rêveries que la réalité. » Le pêcheur prétend ne pas se raconter d’ "histoires", lui, et s’il parle, c’est de la réalité ; il agit et parle, sa parole accompagne ses actes.

Pourtant, c’est de cette parole qui prétend coller à la réalité des actes que va surgir un fantastique étonnant, alors que celle du journaliste qui, par "facilité", « parle de ce qu’on n’a pas fait », ne raconte que « rêveries », commence par s’en tenir à un plat et banal "réalisme".

Un faux dialogue s’instaure, dans lequel le journaliste ne s’adresse pas au pêcheur qui, lui, persiste à placer le reporter en position d’allocutaire, tout en énonçant des commentaires sur son monologue.

Le journaliste découvre alors ce qu’il ne pouvait ni observer ni même imaginer à partir de ses aprioris.
Il a devant lui un "pêcheur" qui ne va jamais en mer.
Il apprend de lui que la mer est la grande « patiente », une immensité d’où l’on ne revient pas, qui guette chacun, et finit toujours, non par provoquer une « mort », mais par faire « périr », c’est-à-dire "se perdre" ou "disparaître".

Il apprend, stupéfait, parce que tout à l’opposé de ses idées toutes faites, qu'en général un pêcheur « ne s’intéresse pas aux poissons, "ces bêtes visqueuses toutes mouillées".
Un pêcheur n’affronte pas « la peur de l’eau, le sel qui vous bouffe la peau, et l’humidité, et le vent, et le froid » … juste pour du poisson.
Sa quête est autre. Il ne peut braver tant de dangers sur l’océan, produire tant d’efforts, défier tant de situations rudes et hostiles, pour si peu. Ce serait de sa part « folie » ou « imbécilité », explique l’homme du bord de mer.

Quel désir serait alors assez puissant pour pousser marins et pêcheurs à « endurer » les difficultés si grandes de leur "métier", et partir sur la mer si dangereuse ou tendre des filets sur les plages, opération qui n’est ni sans risques, ni facile ?

« L’amour » seul, selon le pêcheur des plages, peut être cette puissance suffisante, autrement dit celle du désir de retrouver en mer les « sirènes », et les « châteaux et trésors » qui lui sont associés.

Le poisson ne constitue pas une motivation assez forte, il faut associer le féminin à « ces bêtes visqueuses toutes mouillées » pour la comprendre, et reconnaître ainsi que ce sont les "sirènes", synthèses du poisson et du féminin, synthèses de réel et d'imaginaire, qui poussent à braver tous les dangers.
Seul, le chant merveilleux des sirènes peut attirer un pêcheur.
Les femmes des marins le comprennent, qui ne seraient pas « jalouses ». Sans doute par ce que leurs maris cherchent au loin, dans l’immensité de l’océan, le trésor du principe féminin qu’incarnent les sirènes, duquel pour une part elles participent.

Il faut toutefois, selon le malin pêcheur sur la plage, avant de partir en mer, capturer au préalable le « triton ».
Il ne s’agit pas de l’animal amphibien, mais du « mâle de la sirène ». Le discours du pêcheur oscille entre la référence à la légende d’une pluralité des tritons ( mais il en resterait un seul, « le dernier ») ou l’unique, dieu marin de la mythologie grecque, fils de Poséidon et d'Amphitrite.
Le triton, maître des flots, et mâle dominant, veut garder pour lui toutes les sirènes. Il doit être rendu inoffensif, et pour cela le prendre dans ses filets.

Ainsi le pêcheur, par sa parole, montre au journaliste ce qu’il ne sait pas voir par son observation. Il lui fait voir ce que recèle cet océan d’abord décrit comme « gris et moche », les trésors merveilleux et les châteaux qu’il renferme, les êtres enchanteurs qui en ont fait leur royaume.
Mais surtout, à celui qui ne voulait écouter que lui-même, il l’entraîne à écouter le chant des sirènes, au point de le conduire à quitter sa posture d’observateur passif, et de le faire participer à l’activité rêveuse du marin-pêcheur.

Une parole autre s’est imposée, et le journaliste extérieur au monde de la mer et de ses « métiers » finit par entrer dans l’imaginaire qui fait le réel des pêcheurs.

Merci Animal pour ce joli récit.

   Pepito   
22/12/2025
Bonsoir Animal,
Forme : Très bonne kriture, style au top.
"ce troisième article sur les métiers de la mer va faire couler de l'encre." ...petit jeu de mot mine de rien.
"Elle a la couleur sale de la douleur." ...très belle image.
...

Fond : bon là, j'avoue avoir décroché en cours de route. Trop poétique et évaporé pour mon pôvre gout très terre à terre.
Merci pour la lecture.


Oniris Copyright © 2007-2025