Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Sentimental/Romanesque
Arlet : Vagabondages
 Publié le 05/07/15  -  7 commentaires  -  8815 caractères  -  53 lectures    Autres textes du même auteur

Mes divagations...


Vagabondages


Je suis grande, enfin assez grande, et l’on dit aussi que je suis très belle, mais je ne peux en juger ! Quand vous viendrez me voir, je vous ferai découvrir mille merveilles et encore plus que vous ne pouvez imaginer.

Plongée dans mes pensées je n’ai pas vu que vous étiez déjà arrivé jusqu’à moi. Vous regardez autour de vous comme pour chercher une personne ou une chose. Doucement je vous prends la main et vous me laissez vous guider sans résistance, vous êtes comme un enfant. La chaleur vous étourdit un peu et je vous emmène à l’ombre des grands platanes qui bordent la route. Vous êtes sous le charme de tout ce qui vous entoure et notre balade commence au gré de notre fantaisie. Prendre quelqu’un par la main, c’est toujours une aventure nouvelle et à chaque fois un bonheur immense pour moi, mais aussi pour vous quand je vois vos yeux rêver ! Et j’en ai vu des regards rêveurs, tellement que je ne peux en connaître le nombre !

Le soleil brille haut dans le ciel, pas un nuage, les feuillages sont agités par un vent léger. Une douce langueur vous envahit, alors je fais un clin d’œil à mon ami le mistral afin de vous le présenter et il arrive à toute allure avec son air malicieux. Il est vrai que je l’adore, mais chut ! Regardez comme il est beau et fort, il va et vient dans tous les sens, on dirait un jeune animal. De plaisir les arbres se penchent et gémissent sous ses caresses, il s’engouffre dans le cœur des filles et soulève leurs jupes, les cheveux s’ébouriffent. Il faut que je vous dise, alors ces filles folles rient et dansent et perdent la tête. Le vent s’amuse encore plus fort, puis les gars viennent aussi se mêler à la fête et c’est une farandole endiablée que l’on danse à cent sur la place publique, que l’on danse à deux derrière un bosquet. Dans chaque taillis on rit, on s’aime, on chuchote, puis on reprend peu à peu ses esprits. Le vent malin alors ralentit sa cadence et chacun rentre chez soi, les joues rouges et le cœur palpitant de tendresse, mais ce sacré mistral en est toujours un peu le responsable !

Si je vous parlais de nos pittoresques marchés ? Mais non, ils ne peuvent se raconter, il faut y aller, je vous y accompagne. Nous arrivons sur une petite place et sommes pris dans un véritable tourbillon. Vous êtes étonné, ravi, curieux aussi. Vous tendez l’oreille, ici on appelle le client, on le flatte, on le cajole et parfois on le tutoie avec cet accent que vous venez de découvrir :


– Il est pour toi ma nine (1) ce beau rouget, vé il te regarde et frétille encore !

– Et toi mon beau garri (2), viens goûter mes belles oranges, tu verras comme elles sont douces ! Elles te donneront des couleurs car tu es plus blanc que le jupon de Fanny.


Vous souriez, c’est un grand déballage. On peut voir des pyramides de fruits, de légumes, d’aromates, de plantes du terroir, de fleurs et différents produits de la mer. Une odeur des plus suaves se dégage de tout cela. Vous êtes un peu étourdi par tout ce vacarme et vos yeux sont toujours rêveurs.

Lentement vous vous êtes éloigné et, après être sorti de la ville, vous avez emprunté un petit chemin tranquille où je vous ai suivi. Une grosse pierre forme comme un banc adossé à un talus de la garrigue et vous avez saisi l’invitation, les yeux rivés sur la mer, vous êtes toujours sous le charme. Vous êtes venu vous asseoir tout contre moi, j’en suis toute émue. Vos mains sont si douces que j’en ai le vertige et j’ai un peu honte de ma faiblesse. Rassurez-vous, mon accueil est amical, mais je dois pourtant vous dire que j’ai beaucoup d’amoureux qui viennent de par le monde pour me faire la cour ! Ils arrivent pâles, le cheveu en bataille, fourbus par une longue route. En général ils recherchent les rivages de la Méditerranée et alors leurs visages s’illuminent devant cette immensité si bleue. Je les regarde, toujours sensible à leur joie. La métamorphose se fera tout doucement et, dans quelques jours, ils ressembleront un peu aux solides provençaux et aux jolies filles de chez nous. Ces filles du Midi à la peau satinée à souhait, au corps souple et bronzé, des femmes dans toute leur splendeur.

Tout doucement vous vous êtes endormi. Lorsque vos yeux se sont fermés, je vous ai regardé dormir, souriant, abandonné et quand le ciel s’est rempli d’étoiles, j’ai souhaité que le temps s’arrête pour vous garder encore longtemps sur ce simple banc improvisé.

Quand la nuit me rend visite je rêve parfois à d’autres contrées, à d’autres paysages que j’aimerais découvrir, mais ce sont bien sûr des songes irréalisables. Tandis que vous dormez, moi j’écoute le silence, pesant, terrible, comme un gouffre immense vers le néant. Puis, petit à petit, c’est l’aurore qui arrive avec son sourire enchanteur, elle vient comme les fées de la tendre enfance viennent chasser les mauvais rêves de la nuit. Elle annonce la naissance d’un jour nouveau et c’est comme une fête dans la nature, la vie recommence à grouiller de toute part.

Vous avez dormi longtemps, votre regard est étonné. Levez-vous, venez marcher dans la rosée du matin et vous sentirez une étrange volupté s’emparer de tout votre être, la vie vous semblera douce, si douce ! Mais partons pour un autre vagabondage !

Nous nous sommes éloignés des rivages pour nous diriger vers les collines qui se présentent à chaque détour avec un paysage nouveau. Vos pieds foulent le thym, le fenouil, la sarriette, le romarin et toutes ces senteurs vous réjouissent. Les pinèdes nous offrent un peu d’ombre et nous y pénétrons en silence. De temps à autre, un petit lapin s’échappe en courant et les cigales s’arrêtent de chanter sur notre passage, puis reprennent aussitôt leur rengaine. Lorsque nous rencontrons des arbres morts, brûlés, tordus, un sentiment de colère éclate en vous, vous qui commencez à me connaître et qui, devant une telle désolation, imaginez ma souffrance.

Je suis un peu fantasque et mon côté parfois naïf vous agace quelque peu, alors vous n’hésitez pas à me « secouer » et à me dire ce que vous pensez. Cela me remet bien sûr les idées en place, mais mon affection pour vous est si grande que j’en ai aussi beaucoup de chagrin. Je deviens triste, la nature est morose, le ciel s’assombrit et vous pouvez voir des larmes de pluie tomber en silence. J’ai quelquefois des réactions bien plus vives, alors c’est le tonnerre qui gronde, je souffre, je suis malade par vous, malade de vous aussi.

Comme je suis bonne fille, le calme revenu je vous offrirai le plus beau soleil, je vous offrirai aussi, pour vos lendemains, la mer la plus calme et, si vous partez vers les calanques, vous la verrez si bleue, si transparente que vous voudrez la goûter toute, mais attention, elle se fera enjôleuse quand elle viendra se lover sur vos pieds douce et caressante et lorsque vous pénétrerez dans son eau vous serez ivre de joie. Vous voudrez aller encore plus loin avec elle, mais elle vous échappera toujours. Méfiez-vous, elle pourrait devenir cruelle et impitoyable, mais après la tempête lorsque toute la nature redevient harmonie, on sait lui pardonner !

Ses plus fidèles amis sont les pêcheurs. Ils ont le visage buriné par le soleil et le froid, leurs mains sont calleuses, mais ils ont gardé une âme d’enfant. Pour eux chaque départ c’est un peu l’aventure, ils rêvent qu’ils partent au bout du monde et, comme lorsqu’ils étaient enfants, ils s’inventent des histoires fabuleuses, leur embarcation devient un vaisseau du roi et leur pêche se transforme en mille joyaux.

De villes en villages nous avons parcouru un long chemin. Nous étions partis pour une simple promenade et nous avons traversé l’été, puis l’automne et d’autres saisons encore. Chacune vous a donné ce qu’elle avait de mieux, toutes se sont faites belles pour vous recevoir et vous êtes resté près de moi. Vous avez découvert les trésors que je possède, votre âme s’est enrichie et votre cœur a gardé sa jeunesse. Quand vous me regardez, vos lèvres dessinent toujours le même sourire plein de tendresse. Je vous ai vu rire et rêver en ma compagnie et quand j’ai souffert et pleuré, vous étiez triste !

Le temps passe, les villes grandissent, les hommes changent de vie, mais je suis restée la même, un mélange de bonne humeur, de soleil et d’embruns, de senteurs sauvages, d’exubérance et de silence. Je suis celle que l’on appelle la Provence, petit grain de sable au milieu de l’infini.

Ma terre est la patrie d’artistes merveilleux, j’ai inspiré d’illustres écrivains sous la plume desquels l’accent du Midi devenait poésie. Enfants du soleil, ils ont su faire partager une certaine douceur de vivre qui est la nôtre.





(1) Nine est un mot amical qui désigne une personne gentille, mignonne, etc.

(2) Garri signifie « rat » en provençal, mais c’est un mot affectueux employé très couramment.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   hersen   
21/6/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
La personnification est très réussie. Car jusqu'à la fin, je me suis demandé qui était le narrateur et donc cela oblige à une lecture plus attentive puisqu'on cherche des éléments pour deviner. Cela rend le commentaire un peu délicat. En effet, dévoiler serait tuer dans l’œuf les efforts de l'auteur.
C'est donc volontairement que je ne vais pas approfondir.

Le style est indéniablement agréable, il nous incite à suivre le narrateur et nous enveloppe de toutes ces bonnes choses. C'est une promesse. C'est idyllique, mais pourquoi pas, cela fait du bien de ne voir que le beau côté des choses, quelquefois.
Et puis, être amoureux, n'est-ce pas cela ? Car c'est texte d'amoureux, c'est certain.

   Lulu   
5/7/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce que j'aime avant tout dans ce texte, c'est la douceur qui nous accompagne du début à la fin. On se promène dans le sud, sans savoir précisément en quels lieux, et l'on apprécie.

Plus que le dévoilement du nom de Provence, que l'on devine tout de même, c'est donc la douceur de ce texte qui me touche. Cela donne envie, en effet, de vagabonder au gré de l'été, voire au-delà, dans les saisons qui suivent...

Cette douceur tient de l'écriture et de la tonalité de la narration. C'est une belle réussite. Je n'ai pas trouvé de maladresse.

Je ne suis pas fan de la Méditerranée, préférant l'Atlantique..., mais vous avez suscité ma curiosité.

Bravo, et bonne continuation.

   Alexa   
7/7/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte très agréable, réussissant à aiguiser notre curiosité et à nous emmener avec légèreté. L'utilisation du "vous" est assez énigmatique au début, poussant le lecteur à chercher mentalement qui peut bien être ce "vous", tout en lisant.
Bravo! Vive la Provence!

   MariCe   
12/7/2015
 a aimé ce texte 
Bien
J'aime beaucoup l'écriture, empreinte de sérénité et de douceur.
Cette balade en terre provençale n'est pas pour me déplaire et jusqu'à la fin, je me demandais qui parlait.
Un hommage bien chaleureux.

   Anonyme   
15/7/2015
Rien ne manque à ce tableau à la Daudet : les pins, les cigales, le mistral, les marchés (voici pour cent francs, du thym de la garrigue, un peu de safran... ), les senteurs, la mer, les pêcheurs. Tout juste si l'on ne s'attend pas à voir Manon dévaler les collines. Tout juste si l'on ne s'attend pas à entendre : "Tu me fends le cœur !" à une terrasse de café sous les platanes. Mais justement, à propos... et l'accent chantant de Pagnol ?
Merci pour cette jolie promenade.

   AlexC   
17/7/2015
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Hello Arlet,

C’est une douce excursion que vous nous offrez là. On se laisse transporter volontiers. Je ne connais pas bien la Provence, je ne saurais dire s’il manque quelque chose. Mais le style se marrie bien avec le registre je trouve, quelques tournures sont un peu lourdes ou trop simples à mon goût, mais rien de bien grave.

D’un point de vue complètement personnel, je ne suis pas un grand fan des descriptions, je n’ai donc pas été touché par votre récit, d’où l’appréciation. Mais j'en reconnais la qualité.

Je tique :
“Il faut que je vous dise, alors ces filles folles rient et dansent et perdent la tête.”
“vous la verrez si bleue, si transparente que vous voudrez la goûter toute, mais attention, elle se fera enjôleuse quand elle viendra se lover sur vos pieds douce et caressante et lorsque vous pénétrez dans son eau vous serez ivre de joie."

Je jubile :
“c’est une farandole endiablée que l’on danse à cent sur la place publique, que l’on danse à deux derrière un bosquet.”

Merci, en espérant vous lire bientôt.

Alex

   carbona   
4/9/2015
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Un joli texte, doux, léger et poétique.

Je ne suis pas adepte des descriptions mais je me suis laissée guidée en me demandant mais qui est ce narrateur : le vent, la météo, un arbre ? Découvrir la réponse à la fin est agréable.

Je ne suis pas très fan non plus des adresses au lecteur, mais le tout est bien mené.

Une promenade plaisante.

Merci pour cette lecture.


Oniris Copyright © 2007-2022