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Sentimental/Romanesque
audreydom : Définitions
 Publié le 30/10/10  -  14 commentaires  -  11613 caractères  -  104 lectures    Autres textes du même auteur

Laure vit dans un foyer avec son fils de 8 mois. Donner du sens à sa vie, rêver ? Elle n'a pas trouvé autre chose que de recopier des définitions du dictionnaire, cela lui plaît, elle se sent sérieuse. L'arrivée d'une nouvelle jeune femme peut bousculer ou non son existence...


Définitions


La nouvelle ne prononce pas un mot. Mince, les yeux noirs. La directrice se démène, l’accueil n’est pas chaleureux. La peur, la jalousie. La crainte d’entendre une histoire effroyable. Chacune la sienne.

Son bébé ne pleure pas. Tous les deux, silencieux.


Je porte Tom et file dans ma chambre. Dans son trotteur, il essaie de se frayer un chemin. Entre mon lit, le sien et la table.

Mon cahier, mon dictionnaire et mon stylo restent sur la table. Je cherche et je m’applique :

Apparence : aspect. Ce qu’on voit d’une personne ou d’une chose, manière dont elle se présente. Les diverses apparences de la lune. Phase. On a repeint la maison pour lui donner une belle apparence.

Cette phrase me plaît.


- Tom, quand on aura une maison, je peindrai les murs de ta chambre pour qu’elle ait une belle apparence.


Le chemin est étroit, ses doigts se cognent contre la table. Il pleure.


Béatrice frappe à ma porte.


- Laure, je te présente Salma et son fils Yanis. Salma, voici Laure et Tom qui a 8 mois.


Elle comble le silence en remuant. Quelques phrases banales adressées à Tom.


- Je vais dans le jardin. Si tu veux je peux te montrer où c’est.


Béatrice est satisfaite, sa silhouette ronde dévale les escaliers.


- J’y vais tous les jours, après la sieste, à la même heure. Béatrice dit que c’est important les repères pour Tom. Il a quel âge ton bébé ?


Je ne pose pas d’autres questions. Assises sur le banc, on regarde Tom dans l’herbe.


La nuit est claire. Je ne trouve pas le sommeil.

Ailleurs : dans un autre lieu (que celui où l’on est ou dont on parle), autre part. Allons ailleurs, nous sommes mal ici. Pourquoi chercher ailleurs ce que l’on a ici ?

Tom dort, les bras grand ouverts. Même ses petites mains ne craignent rien. Moi, je ne prends pas beaucoup de place dans mon lit. Je me recroqueville cherchant le sommeil, poings serrés. Quand il marchera, on aura une maison, ailleurs.

Premier jeudi du mois. Madame Voisin nous apporte des vêtements. Surtout pour nos gamins. Les cartons dans le hall, la même odeur de renfermé. Deux petits pulls, taille 9 mois, je les prends. Des baskets pour ses premiers pas…

Lucie déniche un soutien-gorge qu’elle brandit au milieu de la pièce.


- Tiens Laure, joli ! Pour aller te faire sauter…

- Fiche-moi la paix !


Le soutien-gorge me griffe la joue.


- Raconte à la nouvelle que tu couches avec n’importe qui…

- Ne l’écoute pas Salma…


Ses mains s’agrippent à mon tee-shirt.


- Montre-nous comment tu te déshabilles devant eux… !


Ses doigts se tordent et s’accrochent. Elle s’acharne. Mon tee-shirt se déchire. Mes seins dénudés. Humiliée, je cours dans ma chambre. Les baskets pour Tom resteront par terre.


- Elle n’est pas gentille.


Salma me rejoint dans le jardin. La voix craintive. La télé allumée dans la salle du rez-de-chaussée du foyer résonne.


- Tu dois dire à Béatrice qu’elle n’est pas gentille avec toi.

- Ne t’occupe pas de ça. Et puis elle a raison… Quand Tom part chez ses grands-parents, je m’empresse d’aller coucher avec n’importe qui. Alors, elle a raison, y a rien à dire à Béatrice.


Elle ne parle plus. Ses mains posées l’une sur l’autre, son ventre plat. J’aurais voulu qu’elle trouve ça sordide, qu’elle m’insulte, qu’elle me dise que pour Tom, ce n’était pas normal, qu’elle crie pour moi… Les ongles rongés, j’allume une cigarette.


Salma entre dans ma chambre. S’assoit silencieusement. Elle regarde mon cahier, ouvert sur la table. Je le referme.


- C’est toi qui écris ?


Sa naïveté m’agace.


- C’est l’heure d’aller manger.

- T’écris quoi ?

- Des mots, sans importance.


Débarrassée, j’ai faim.


- Quels mots ?

- Je cherche des mots dans le dictionnaire et je recopie leurs définitions.

- Tu peux chercher un mot.

- Plus tard.


Le silence insistant. Son regard perçant. Je tourne quelques pages et m’arrête au hasard.


- Inventer : créer quelque chose de nouveau. Concevoir, créer, découvrir, imaginer. Les Chinois ont inventé l’imprimerie.


Elle me dévisage.


- Écris devant moi.


Je m’exécute.


- Pourquoi tu fais ça ?

- Pour rien. Mais je me sens sérieuse, tourner les pages, suivre du doigt la définition, écrire, souligner… toi ça te paraît ridicule.


Le lendemain, elle revient. Je l’attendais.


- Tu peux encore chercher un mot et écrire ?


Je m’applique davantage, me tiens droite. Fière dans mon travail inutile. Elle, muette. Moi, ambitieuse.

Chaque jour, de plus en plus de mots à prononcer, à écrire, ils remplissent les pages, s’incrustent dans les feuilles. Je m’en imprègne. Salma fixe mes lèvres, se penche, se rapproche, suit ma main avec insistance. Les définitions longues nous enivrent.


Ce week-end, Tom part chez ses grands-parents. Deux nuits. Seule. Je me jure de ne pas sortir.

Je lui mets ses plus beaux habits. Vérifie qu’il est bien propre dans ses oreilles, lui interdis de mettre ses doigts par terre.

Dans le hall, je souris. Un peu maquillée mais pas trop. Je m’efforce d’être polie. Un dernier bisou et Tom va dans les bras de sa grand-mère. La porte se referme, pas assez vite. J’entends « comment elle t’a affublé, on va changer tout ça à la maison. » Je me retiens d’ouvrir la porte et de cracher sur son manteau.

Je remonte dans ma chambre. Salma m’attend. Je cherche.


- Affubler : habiller bizarrement, ridiculement comme si on se déguisait. Accoutrer. Ces singes que l’on affuble d’une robe.


Je fais de grands gestes, imite le singe. Salma rigole. Je poursuis.


- On m’avait affublé d’un chapeau haut de forme. Elle s’affubla de la robe du prêtre.


Le rire de Salma redouble devant mon hystérie.


- Il faut voir comme elle est affublée.


La pointe de mon crayon perce la feuille. Elle ne rit plus.


- Laisse-moi. C’est terminé pour aujourd’hui !


Je veux prendre l’air. Ajoute du maquillage. Des traits noirs sous les yeux, épais. En ville, j’imite les autres femmes. Rentre dans les magasins, souris, remercie. M’invente des choses à faire. L’après-midi est longue. Les rues se vident. Je voudrais en rester là. Rentrer chez moi. Être attendue. Je me déteste dans ce bus. La photo de Tom est dans mon sac. Je la plierai. Je rentre dans un bar et m’arrange pour que l’on m’offre un verre. Il est brun, je lui plais. Je voudrais lui demander de me mettre dans ses bras, c’est tout. Lui parler de Tom. Dire qu’il était bien habillé et bien propre. Pleurer en répétant les phrases de ma mère. Mais je bois et je ris. Je le laisse me toucher. J’accélère les étapes, plie la photo. On va dans sa voiture. Il met le chauffage. Je me déshabille. Je n’ouvre plus les yeux. Mes parents jouent avec Tom dans leur grande maison. Ils sourient. Je les déteste. Et Lucie, ses doigts m’agrippent. Le soutien-gorge me griffe. Je transpire. Égratigne le dos de cet homme avec mes ongles. Les baskets pour Tom. Je les ai oubliées dans le hall. C’est à cause d’elle. Je claque mon corps contre le sien. Ma tête tape contre la vitre.


J’attends Salma. Mon maquillage a coulé.


« Amoureuse : qui éprouve de l’amour, qui aime. Épris. Mordu, pincé. Être amoureuse, tomber amoureuse de quelqu’un. S’amouracher, s’éprendre. Un jeune homme est éperdument amoureux de vous. Amoureux fou. Elle est folle amoureuse de vous. »

Je jubile, la définition est longue. Je remplis les trois quarts de ma page. Salma suit ma main. Mal à l’aise.


- Ce soir, tu veux sortir avec moi ? Yanis n’est pas là.


Je l’emmène dans le même bar que la veille. Le brun n’est pas là. Un autre accepte de nous offrir un verre. Salma refuse. Je danse, m’accroche aux cous des hommes. Je les excite. Salma est assise, me regarde. J’insiste pour qu’elle boive, mon verre à la main. Propose à un homme d’aller la chercher. Elle ne se laisse pas toucher. Je la provoque, bois encore plus que d’habitude. Deux hommes m’embrassent, ils se frottent contre moi. Je les écarte. Je raconte à Salma comment je me mutilais les bras, comment j’ai tenté d’interrompre ma grossesse, comment mes parents m’ont placée dans ce foyer. Je laisse les deux hommes revenir. Je suis ivre. Je veux les agripper. Je tombe sur la banquette. Salma prend ma tête entre ses mains et la pose sur ses genoux.


« Honte : déshonneur humiliant. Dégradation, indignité, opprobre, turpitude. À ma grande honte, être la honte, faire la honte de sa famille. Quelle honte de voir ça ! »

Tom est revenu. Il me sourit. Je me courbe. Sa petite main dans mes cheveux.


Salma s’absente plusieurs matinées par semaine avec Yanis. Je crois entendre qu’elle frappe à la porte mais elle ne vient pas. En l’attendant, je lis des histoires. Quelques livres trouvés dans les cartons de madame Voisin. Je souligne les phrases qui me plaisent et les apprends par cœur. Le lendemain, je les répète à Salma sans le livre. Elle me sourit, puis je les recopie dans mon cahier.


Tom se tient debout. Il va bientôt marcher. Je vis toujours dans ce foyer.


- Pourquoi tu es ici Salma ? Tu n’as pas de famille ?

- Cherche un mot.

- Réponds. Il va où Yanis ? Chez son père ?

- …

- Avec qui t’as fait ton gosse ? Pourquoi tu es ici ? Où vas-tu le matin ? Réponds !


Je veux une histoire atroce. Je veux me complaire dans l’horreur. Je la secoue.


- Réponds ! Tu m’agaces à venir dans ma chambre. À ne jamais rien dire, à me regarder remplir ce cahier. Tu viens ici pour quoi ? Ça te fait marrer, je suis ridicule avec mon dictionnaire ! Dis-le que je suis nulle ! Que je resterai toujours ici ! Que je ne suis pas capable de m’en occuper de mon gamin ! Qu’ils vont me le prendre !


Son silence m’insupporte. Je lui jette mon cahier à travers son visage. Elle ne lève pas le bras, se recule à peine.


- Dégage ! Laisse-moi tranquille. Je n’ai pas besoin de toi. C’est terminé d’écrire ces conneries ! Sors d’ici !


Je serre ses poignets, minces entre mes doigts. Je la pousse, jette tout ce qui est sur ma table, déchire les pages de mon cahier. Elle sort. Tom hurle. Mes bras ne le soulagent pas. Je pleure.


Je la guette. Ses absences sont de plus en plus fréquentes. J’entends quand elle sort de sa chambre. Ses pas ne viennent pas jusqu’ici. Elle me manque. J’ai recollé quelques pages de mon cahier, rouvert mon dictionnaire. Les mots m’occupent. Je relis les livres plusieurs fois, connais par cœur des pages entières.

Tom part ce week-end. Ma chambre, vide. Dans le bus, je regarde sa photo. Le paysage défile, j’ai mal au cœur. Mes cheveux mouillés, j’ai froid. Ma tête appuyée contre la vitre. Les gouttes de pluie glissent. Je descends en ville. Je marche, les yeux gonflés. Les battants de la porte de la bibliothèque claquent. Des jeunes sortent, sûrs d’eux. Je rentre. La chaleur me fait du bien. J’imite une jeune femme. Fais semblant de chercher un livre, en sors quelques-uns des étagères et m’installe à un pupitre. Je regarde autour de moi. Les autres chuchotent, lisent en marchant. Je me lève et suis la jeune femme jusqu’à un bureau. C’est à mon tour, je présente mes livres.


- C’est la première fois que je viens.


Elle me prend les livres.


- Vous désirez acheter une carte ?


Des regards impatients se posent sur moi. Je fais répéter. Ils m’étourdissent. Je ne suis pas comme eux. Je sors, cours sous la pluie, rentre au foyer. Écoute derrière ma porte, mes vêtements trempés, espérant que Salma vienne frapper.

Tom revient de chez ses grands-parents.


Salma est absente depuis plusieurs jours. Béatrice ne veut pas me dire pourquoi.

Elle ne sait pas si elle reviendra. Tom fait ses premiers pas dans la salle de télévision.

Tout le monde le félicite.




 
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   Anonyme   
22/10/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

j'aime bien ce texte, le portrait de la narratrice, celui en creux de sa voisine de chambre. j'aime les sentiments décrits, le désarroi de la jeune femme, sa fragilité, son ambivalence, son rapport aux autres, sa façon de lutter pour ne pas perdre totalement pied.

Le style est efficace. Plein de non-dits encore quand la lecture se termine. J'aime bien.

Bonne continuation
Jphil

   caillouq   
22/10/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Très beau portrait de femme à la dérive, peut-être en rémission, peut-être pas.
Une amitié naissante qui, probablement, s'est diluée dans les aléas de la vie avant d'avoir eu e temps de se consolider, comme ça arrive bien souvent.
Une très belle idée, celle des souffrances apaisées par l'écriture - au sens littéral, pas littéraire. Un relent de couvent dans ce foyer.

Et surtout, une fin ouverte, béante, qui laisse la place à toutes les interprétations, y compris les plus noires.
(et on ne saura jamais si Salma est illettrée ou, au contraire, une familière des mots)

J'aime beaucoup.



Quelques phrases qui m'accrochent néanmoins :

"Mes seins dénudés.": pas très naturel à la première personne

"La voix craintive.": la phrase nominale induit une tension qui est peut-être hors de propos à cet endroit-là

"Débarrassée, j’ai faim." ???

"Salma s’absente plusieurs matinées par semaine avec Yanis. Je crois entendre qu’elle frappe à la porte mais elle ne vient pas. En l’attendant, je lis des histoires." Comprends pas: si elle s'absente, c'est qu'elle n'est pas là. Alors pourquoi écrivez-vous qu'elle frappe ?


+++:


"Je veux une histoire atroce. Je veux me complaire dans l’horreur. Je la secoue."

Idée déjà évoquée au tout début. On voit très bien de quoi il s'agit. Félicitations encore.

   doianM   
25/10/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Une femme désorientée, qui cherche ses repères.
Isolée dans un foyer avec son fils qu'elle aime mais dont l'amour qu'elle lui porte ne la satisfait pas.
Des sorties dans les bars voisins, des amours d'un soir, la cruauté d'une de ses compagnes du foyer qui n'hésite pas de lui lancer au visage, devant la "nouvelle", ses frasques.sentimentales.
Cette "nouvelle" c'est Salma à laquelle elle s'attache.

Mais Salma est taciturne, plus réservée que l'autre seul ami qu'elle s'est trouvée: le dictionnaire.
Elle y cherche des mots dont elle copie les définitions comme si, à travers ces explications, elle pourrait trouver le sens de sa vie.

C'est intéressant et les mots recherchés viennent au bon moment, comme pour souligner un état d'esprit.

On aimerait pourtant savoir davantage, l'origine de ce besoin de trouver des significations des mots.
On ne peut que le deviner à travers les bribes de son existence.

   Jagger   
25/10/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↓
C'est un texte émouvant et pas facil à rendre, le résultat est bien.

"Je veux prendre l’air. Ajoute du maquillage. Des traits noirs sous les yeux, épais. En ville, j’imite les autres femmes. Rentre dans les magasins, souris, remercie. M’invente des choses à faire. " Dans ce genre de phrase, je mettrais des virgules plutôt que des points, ça hache vraiment trop le texte.

Les interventions avec les définitions sont bien, les signaler en italique serait peut-être bien. Le problème majeur avec ce procéder, c'est que ça risque de rendre le texte froid, suivant comme il est utilisé.

Ce que j'apprécie le moins, ce sont les dialogues et les comportements. Les premiers sont parfois pas très naturel dans leur déroulement (bien que certain soit sympa), et les seconds semble pas très bien amener, on ne comprend pas forcément la réaction du personnage, bien qu'on puisse la deviner.

Au final, un texte touchant et authentique, qui manque un rien de développement (les liens entre la mère et son enfant ne sont pas beaucoup exploité).

Merci à l'auteur

   Anonyme   
26/10/2010
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai d'abord pensé à un récit décousu. Puis, le fil s'est peu à peu déroulé ; les mots cherchés dans le dictionnaire permettent de suivre l'errance de cette femme : apparence, inventer, affubler, amoureuse, honte.

Un bon texte, bien écrit, qui se lit aisément. Seule la fin avec la disparition de Salma est un peu déconcertante.

   jaimme   
26/10/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une nouvelle qui parle après réflexion, qui ouvre un cœur. Un peu.
Le style utilise les mots simples de cette jeune femme qui voudrait bien... une autre vie, une autre personnalité. Qui se déteste.
J'aime l'idée du dictionnaire. Beaucoup. C'est ce qui donne un ton juste. Le reste me semble un peu trop connu, attendu dans ces circonstances. Je ne veux pas dire par là que c'est faux ou caricatural, mais dans ce type de portrait il y a bien des aspects déjà évoqués ailleurs. J'aurais voulu plus de ces petits traits comme le dictionnaire, la bibliothèque.
Une dernière chose: trop de choses sont dites dans l'incipit, c'est dommage.
Auteur à suivre.
Merci.

   Perle-Hingaud   
31/10/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une nouvelle qui trace son chemin, sensible, discrète. J’ai aimé l’idée des mots pour ne pas sombrer, les mots magiques, leur incantation dérisoire qui fait tenir debout, comme une réalité terrienne dans un monde flou. J’ai aimé les rapports humains esquissés, l’épaisseur des personnages, cette tranche de vie, grise. Les phrases courtes, sans superflu.
Un très bon moment de lecture. J’avais aimé « Ventre vide », je ne suis pas déçue par cette seconde nouvelle proposée. Merci à l’auteur.

   widjet   
2/11/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Ce deuxième opus est bien plus réussi que le précédent ("Ventre vide"), je trouve. OK, il y a encore des imprécisions, des étrangetés (dans la ponctuation notamment cette virgule dans « des mots, sans importance », l’absence de « ? » dans « tu peux me chercher un mot », aussi « débarrassée j’ai faim » qui m’a laissé perplexe), un style qui parfois désarçonne (phrases « ultra-cuttées » qui donne parfois un effet haletant bienvenu – à ce titre la scène de l’abandon sexuelle est assez réussi - un essoufflement qui correspond bien au personnage, mais le trop est parfois l’ennemi du bien…et là, l'auteur en fait parfois trop dans les phrases "clipesques").

Mais, j’ai vu aussi des belles choses dans le suggéré, des phrases toutes simples mais qui mine de rien renforcent la personnalité et donne des indications sur le tsunami intérieur qui ravage cette héroïne en quête d’une rédemption impossible comme « Mon maquillage a coulé » ou « La pointe de mon crayon perce la feuille ». Belle force d’évocation et belle idée que ces définitions comme pour donner aux mots un rôle salvateur, une bouée qui maintient Laure à flot, qui l’empêche de sombrer.

L’auteur a réussi à donner une force brute, rugueuse à cette femme et cette fois-ci (contrairement au « ventre vide ») cela a fonctionné même si par intermittences car il y a toujours quelque chose de bouleversant dans les combats perdus d’avance. Abondance de « je » et de verbes « de mouvement » qui renvoie une impression fausse que cette femme contrôle tout, dirige tout alors que ca vie part à la dérive. Je trouve ça bien vu comme le contrepoids de l’autre femme Salma dont le silence et l’innocence désarmante contrastent avec Laure qui en a trop vu. Et puis cette fin ouverte qui laisse le lecteur reprendre la plume pour poursuivre l’histoire à son gré.

La plus belle phrase du texte, celle qui résume toute la vulnérabilité, toute la détresse de cette mère en perdition :
« Je voudrais lui demander de me mettre dans ses bras, c’est tout ».

Maintenant, il reste un travail de débroussaillage, des précisions à fournir aussi (qui est Lucie ? Pas un mot même succinct sur elle), mais ce texte là, subtil à bien des égards a du corps, des tripes.

Et plus que tout, de la personnalité.

Merci

W

   Flupke   
3/11/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour audreydom,

Un texte clair et limpide. Un portrait pointilliste bien dessiné.
Le sens de la phrase "Mes bras ne le soulagent pas." ne m'est pas apparu clairement. Peut-être serait-il intéressant de la reformuler ?

La détresse de la protagoniste est bien suggérée. Le texte est intéressant, je l'ai lu d'une traite. Bravo.

progrès : nom masculin (latin progressus, de progredi, avancer)

* Fait d'avancer, mouvement en avant, progression : Suivre les progrès de l'armée alliée.
* Fait d'aller vers un degré supérieur, de s'étendre, de s'accroître par étapes : Les progrès de l'incendie.
* Évolution régulière de l'humanité, de la civilisation vers un but idéal : Croire au progrès.
* Transformation vers le mieux dans un domaine particulier, évolution vers un résultat satisfaisant, favorable : Suivre le progrès des négociations.
* Amélioration de quelqu'un dans le domaine des connaissances, des compétences, etc. : Constater les progrès d'un élève.
* Ce qui marque une étape dans le sens d'une amélioration : Il recommence à marcher, c'est un progrès.

:-)

Bonne continuation sur Oniris,

Flupke

   emi   
3/11/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai été pris par ce texte ; Audreydom a su nous présenter un milieu, des personnages qui accrochent. L'écriture est efficace. Il y a chez la narratrice et Salma une part d'opacité qui stimule le lecteur.
Malgré la noirceur du récit, la fin nous dit que la vie continue, qu'il y a de l'espoir.

   jamesbebeart   
3/11/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai bien aimé ce texte qui a encore à voir -comme le précédent- avec la parentèle. L'écriture est saisissante et terriblement efficace. On est emporté très vite et on s'attache aux personnages. L'héroine cherche dans sa vie des repères,des signes : Tom, les mots du dictionnaire qui la confortent dans son désir de réalité. Pour essayer de vivre un peu mieux.

   misumena   
6/11/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour, Audreydom,

J'ai bien aimé votre texte. Je trouve le ton très juste. J'ai eu l'occasion de rencontrer des jeunes femmes comme Laure, à la dérive, et les bras tailladés, parfois.
Laure m'a rappelé ce que Joyce Carol Oates écrit de Marylin Monroe, dans "Blonde", la manie des cahiers remplis de définitions. Ma mère fait ça, aussi. Bien sûr, le but est différent : Marylin Monroe, comme ma mère, sont des autodidactes que la connaissance séduit et angoisse. Mais il y a aussi chez elle de l'addiction, comme chez Laure, et (chez ma mère en tout cas), le plaisir et le calme que procure le geste graphique.

Je vois dans les errances sexuelles de Laure le même type d'addiction. Elle écrit avec les hommes des phrases peu construites, en ce sens que la relation qu'elle a avec eux ne provient pas d'une construction mentale personnelle... comme les phrases qu'elle recopie. Et bien sûr se pose alors la question de l'investissement qu'elle peut avoir dans sa relation avec son fils.

J'imagine mal Laure lire des histoires, au sens noble de "lire". J'ai l'impression qu'elle demeure à la superficie de l'écrit. Cela explique pourquoi elle fuit la bibliothèque. A moins que ce soit une métaphore de la crainte de l'overdose...

Quant à Salma, effectivement, on ne saura jamais si elle est illettrée ou non. J'aime cette question laissée en suspens.

Merci pour cette belle description d'une jeune femme à la limite.

Un petit bémol (un seul) : "Je porte Tom et file dans ma chambre" est une phrase qui me paraît maladroite. C'est dommage, elle est au début de la nouvelle. Le reste du texte m'a emportée.

   costic   
7/11/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une histoire qui se fond parfaitement avec le style de l'écriture: seule les définitions du dictionnaire permettent de reprendre haleine et nous offrent un moment de sécurité au milieu de cette vie hachée, pulvérisée. Une violence sourde reste présente tout au long du récit.
Un moment intense, qui semble proche de la réalité des femmes qui vivent dans les foyers.

   littlej   
2/12/2010
 a aimé ce texte 
Un peu
Le titre n'est pas super. On rentre. Tout de suite, une musicalité s'impose. C'est bien fait. Mais... cette musicalité devient mécanique à la longue, ces phrases hachées se multiplient, ça me gêne de plus en plus. Ce texte est la preuve, en passant, qu'il vaut mieux faire des phrases courtes, même un peu ternes, enfin, pas très enjolivées, que des phrases longues, peu enjolivées.
Mais, au bout d'un moment, ces phrases trop courtes commencent à peser. Bon, heureusement, que les dialogues sont bons. Oui, les dialogues sont rudement bien menés ! Enfin.
Le perso principal est un peu trop dans sa bulle, non ? Moi, je, je et je.
Le perso principal, la narratrice, n'est pas si original que je le pensais, elle est même banale "En ville, j’imite les autres femmes. Rentre dans les magasins, souris, remercie. M’invente des choses à faire..."
Si seulement il y avait plus de dialogues ! Bon sang, à la place on se coltine les jérémiades et les pensées de la narratrice : Je... je... je.. je..
Franchement, et c'est ce qui est dommage dans ce texte, s'il n'y avait pas ces dialogues très réussis à mon goût, le texte serait ennuyeux, raté peut-être. Mais je l'aime bien dans l'ensemble, car il y a en arrière plan ses mots, ses définitions, ça extirpe la situation de cette femme de celle des communs des mortes. Car la souffrance de la narratrice, elle, à mon avis, est plutôt banale.

j


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