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Sentimental/Romanesque
Gief : Une Autre Histoire
 Publié le 29/10/10  -  9 commentaires  -  50507 caractères  -  107 lectures    Autres textes du même auteur

Égarements romantiques.


Une Autre Histoire


Plak !

Le paquet a claqué sur le bureau.


- C’est bien, elle m’a dit, en me rendant mon paquet, ce qu’il faudrait c’est reprendre quelques passages.

- Ah bon…

- Vous verrez, nous avons porté quelques annotations.


Huit jours plus tard, il y avait des feuilles étalées dans tous les coins de la pièce. J’essayais de reprendre des passages, à droite, à gauche. À chaque fois, il me fallait retaper des pages entières sur mon antique machine à écrire. J’avais trouvé ce magnifique engin dans une brocante et un copain l’avait remise en état de fonctionnement. Je me regardais dans la glace, pianotant sur ce joyau. Comme dans un film, je ressemblais vraiment à un écrivain. Le problème, c’était les saisies multiples. Dès que je modifiais un endroit, il fallait que je recale trois pages plus loin. Et c’était gribouillé partout. Je ne m’en sortais pas. Les trois quarts étaient à refaire. J’ai laissé tomber, et moi avec, au fond du canapé. J’ai allumé la télé. Une pub me vantait les mérites d’un ordinateur portable, dernier cri de la technologie.

Le vendeur était fort, je suis sorti du magasin convaincu ; mais les mains vides. Comment avais-je fait jusque-là pour survivre sans micro-ordinateur ? Mais je n’avais actuellement pas les moyens de m’acheter un bidule pareil. Il faudrait que je trouve une machine d’occasion. Sorti du magasin, j’arpentais les boulevards en cherchant une boutique dans le coin. Je suis passé devant des gens qui mangeaient en vitrine. Ce n’était pas un happening, c’était un fast-food. Ils étaient tous aussi blancs que le carrelage, juste le trou de la bouche saigné au ketchup qui s’ouvrait et se refermait. Des culs de babouins. J’ai senti la nuit glisser ses mains froides dans mon dos. J’ai pris les petites rues.

La Seine aux pieds, couchée là, je dégustais mon amertume au ras de l’eau. Un de ces bateaux tout en lumière arrivait, des touristes collés sur les vitres. Un clodo s’est mis à pisser devant. Les flashes ont crépité. Dès que j’ai du fric, c’est juré, j’achète un sous-marin de poche et je torpille tous azimuts. On reverra la Seine charrier des tombereaux de cadavres. Alors, comme le clodo, je viendrai pisser ici. J’en étais là de mes réflexions quand mon attention a été attirée par une silhouette un peu plus loin. Une bagnole était garée sur le quai et une ombre sortait des trucs du coffre, puis les balançait à la flotte. Je me suis levé pour voir de plus près. Je commençais à avoir froid aux pieds.


J’avais aperçu le micro-ordinateur à l’arrière de la voiture. Un type sortait des cartons bourrés de papiers, de bouquins, et les jetait à l’eau. Puis une machine à écrire qui n’avait plus toutes ses dents. Quand il a empoigné l’ordinateur, j’ai fait un bond.


- Il marche encore votre truc ? j’ai demandé.


Il n’a pas répondu. Comme il se rapprochait de l’eau, je me suis placé à côté de lui. Cet idiot prenait son élan pour larguer la machine… Mon sang n’a fait qu’un tour… Au passage, je l’ai bloquée et j’ai tiré.


- Hé ! il a fait.

- Attendez… Ça m’intéresse.


Il n’a pas répondu, ne lâchait pas… Moi non plus.


- Je vous l’achète, j’ai dit.

- Je t’ai pas sonné ! il a gueulé.

- Cent euros !

- Merde !

- Cent cinquante ! Je vous en donne cent cinquante !

- C’est pas à vendre, laisse ça.


Et on tiraillait, chacun d’un côté. Nez à nez, nos haleines se mélangeaient.


- Deux cents, j’ai fait, plus je peux pas…


Il a lâché, je suis parti à la renverse, sur le cul, le micro bien calé dans les bras.


- Va te faire voir ! il a lancé.


Me tournant le dos, il est reparti vers sa bagnole.

Je suis resté par terre à regarder l’engin sous toutes les coutures ; il était en bon état. Deux cents euros, je m’en sortais bien.

Le type revenait vers moi, un carton dans les mains.


- Alors, t’es sûr que tu gardes cette machine ?

- Je vais vous faire un chèque, j’ai répondu.

- À ta place, je ficherais tout ça à la Seine.

- J’en ai besoin.

- T’en as besoin ?

- J’écris, je suis écrivain…

- Écrivain ? La mince affaire…


Il est parti d’un grand éclat de rire. De temps en temps, il replaçait le mot écrivain et repartait de plus belle. Il n’en finissait plus. Il a déposé son carton par terre et, les larmes aux yeux, il a sorti une flasque de sa poche et en a bu une longue gorgée. Il est resté, le flacon suspendu à la main, un instant, puis me l’a tendu. Il fallait fêter ça. J’ai avalé une petite gorgée. C’était du raide, les larmes me sont montées aux yeux tandis que j’étouffais un râle au fond de ma gorge.


- Alors, comme ça, tu fais partie de ces mecs qui tartinent des mots… Tiens, t’auras besoin de ça aussi…


Du pied, il a poussé le carton entre mes jambes.


- L’imprimante… la notice… les câbles… T’as tout ce qu’il te faut, mon pote… T’as plus qu’à te mettre au boulot !

- Je vous fais le chèque, j’ai dit.


Il a tourné les talons. J’ai sorti mon chéquier. La portière a claqué. J’ai ramené du fond de ma poche de quoi écrire. Il mettait le moteur en marche. Le chèque, j’ai crié, votre chèque !

La bagnole amorçait déjà un virage sur l’esplanade. J’étais là, toujours assis par terre, le stylo à la main. J’ai vu les feux arrière disparaître au bout du quai.


Ça se passait toujours aussi bien. La machine avalait les lettres les unes derrières les autres, sans rechigner. Au bout d’un moment, je ne regardais même plus mes doigts. Les yeux fermés, mes mains faisaient la course sur le clavier. Un coup c’était la gauche qui gagnait, un coup la droite. L’imprimante crépitait et crachait son papier au kilomètre.

J’ai téléphoné à la fille des public machins.


- Je vais pas tarder à vous livrer mon pavé…


Elle était toujours aussi gentille.


- Très bien, prenez votre temps, ne vous inquiétez pas, avait-elle répondu.


J’arrivais à la fin. J’avais le dos cassé à force d’être penché sur le clavier. Et tap ! Dernier envoi. J’ai filé prendre un bon bain, en laissant l’ordinateur fournir les dernières pages tout seul. Comme je n’avais pas de champagne, j’ai vidé une canette de bière dans la baignoire. Je suis ressorti de là une heure plus tard complètement K.-O. Je suis passé dans la chambre. Avec le peu d’énergie qui me restait, je me suis glissé sous la couette. J’entendais l’imprimante crépiter dans le salon. Je me suis déconnecté aussi sec.

Pendant tout mon sommeil, j’ai été dompteur de lettres sauvages. On les faisait entrer dans la cage en les poussant du bout d’un fouet. J’ai pénétré à mon tour sur la piste, dans mon habit de cuir rouge. Le Y et le M ont rugi. D’un geste prompt, je les ai fait taire. J’ai attrapé le cerceau et, hop, ils ont sauté au travers. Le H n’a pas voulu, mais je le connaissais bien, il me faisait le même coup à chaque représentation. J’ai hurlé et, à son tour, il est passé. La foule a applaudi. Une main sur le cœur, je me suis tourné vers les spectateurs et j’ai incliné la tête en avant. Puis j’ai fait monter le U sur un grand tabouret ; tout en lui parlant, et, sans le quitter des yeux, je me suis placé sous lui. Alors, s’inclinant, il a posé ses deux grosses pattes sur mes épaules. La foule applaudissait à tout rompre. Il y a eu un roulement de tambour, les lumières se sont baissées et un spot a pris le O dans son faisceau. C’était la partie dangereuse. Avec le O, on ne savait jamais ce qu’il pouvait se passer. Je me suis approché de lui et lentement, très lentement, j’ai placé ma tête à l’intérieur ; j’entendais les murmures courir sur la foule. Je suis resté un instant ainsi, avec le roulement de tambour qui ralentissait, puis j’ai commencé à me retirer. Juste au moment où je me dégageais, je l’ai senti se fermer et m’enserrer sous le menton. Ah, le con ! J’étais sûr qu’un jour il me ferait ça ! J’ai voulu me débattre, mais je ne m’en sortais pas… Alors, dans un grand mouvement de panique, j’ai déchiré le drap dans lequel je m’étais entortillé. Hébété, je suis sorti du lit. J’ai entendu l’ordinateur qui jacassait encore avec l’imprimante. Merveille de la technique, le travail se faisait sans moi. Du coup, je me suis laissé choir dans le lit pour m’octroyer un bonus. Je me suis rendormi.

Je me suis réveillé vers quinze heures. Juste le temps de porter mon roman à la fille ; je lui avais promis pour ce jour-là.

Bon sang, le paquet de feuilles ! Impressionné, moi aussi, j’ai glissé le tout dans un carton et j’ai filé par le métro. La fille était toujours aussi aimable.


- Je vais de suite le passer à notre comité de lecture. Nous vous donnerons rapidement un avis.


Je suis sorti de la maison d’édition avec le sourire. Il faisait un grand soleil, et comme on était le 21 juin, il n’était pas près de se coucher. Moi non plus. Et j’étais joignable sur mon portable vingt-quatre heures sur vingt-quatre.


Quelque temps plus tard, je recevais le fameux coup de téléphone. Ils étaient d’accord pour publier mon histoire. C’était toujours cette fille adorable. Elle m’avait parlé d’une deuxième partie ; qu’en fait, ils ne garderaient que ça, que le bouquin serait axé là-dessus. Je n’ai pas trop saisi ce qu’elle voulait dire et je n’avais aucune envie de chipoter, elle était trop charmante.

Je pouvais à présent prendre le premier avion et filer loin d’ici, me changer les idées. Alors deuxième partie, soit. J’entendais déjà ma peau cuire vers le Sud. C’est seulement une fois dans l’avion que j’ai commencé à avoir des frissons. Mon Dieu, tous ces trucs que j’avais gribouillés allaient se retrouver imprimés. Je sentais mon corps prêt à se disloquer. J’aurais voulu exploser, et l’avion avec, qu’on se disperse tous dans l’azur de cette journée sans précédent… Alors demain, dans les journaux : oui, il était dans l’avion, quel destin ! Oh, la statue, et la foule en pleurs et cette femme sous son voile noir qui jette la rose de sang au fond de ma nuit éternelle. Et la terre maintenant, qui descend et rentre dans ma bouche et m’étouffe et…


- Monsieur, ça ne va pas ?


J’ai ouvert un œil sur l’hôtesse de l’air au-dessus de moi. Si, si, ça va, un peu fatigué, c’est tout… Elle m’avait sauvé la vie et elle n’en savait rien, j’en suis tout de suite tombé amoureux.

Je passais cinq jours entre mer, sable et soleil. J’arrivais à ne penser à rien. Parfois la nuit, j’entendais l’encre crisser sur les pages blanches à l’imprimerie.

Dès le lendemain de mon retour, j’ai filé chez mon éditeur. J’allais avoir le choc de ma vie, je me disais. Effectivement.

Je suis entré dans le bureau de la fille ; elle m’a fait un grand sourire et m’a tendu le livre. Je l’ai pris avec délicatesse. Première satisfaction, ils n’avaient pas changé le titre. Je me suis calé dans un fauteuil et j’ai ouvert. La fille me regardait sans rien dire. Elle avait l’air contente pour moi. Je lui ai adressé un petit signe de tête et j’ai tourné la première page.

Mes sourcils sont descendus d’un cran et mes doigts se sont crispés. Le sol s’est dérobé sous mes pieds. La chute, la dégringolade.


- Ça ne va pas ? elle m’a demandé.


J’ai levé un regard éperdu vers elle.


- C’est une blague, j’ai réussi à articuler.

- Qu’est-ce…

- J’ai jamais écrit ça, je l’ai coupée.


Me souriant à nouveau, elle s’est levée, a sorti d’une armoire un paquet de feuilles et me l’a placé entre les mains.


- C’est bien ce que vous nous avez apporté, elle a dit.


Je devais acquiescer. Aucun doute, je reconnaissais bien les feuilles sorties de mon ordinateur. Le paquet était divisé en deux. Sur la première chemise, quelqu’un avait écrit : à revoir, confus. Sur l’autre partie, j’ai lu : O.K.

Je l’ai ouvert… Abasourdi, j’ai commencé à lire…


Pour ne pas changer, il faisait encore un temps dégueulasse. Les oiseaux ne voulaient même plus voler. J’avais échoué dans une rade quelconque et je liquidais, désabusé, ma bière et cette putain de journée. J’aurais mieux fait de rester couché ce matin. La Terre s’était arrêtée de tourner, mais je n’avais rien remarqué et je continuais à ramer. Et c’était dur, de plus en plus même. Je ne comprenais pas, qu’avec toutes ces techniques modernes, on n’ait pas réussi à faire un rafiot plus léger. Au comptoir, derrière moi, des mecs se sont marrés. Je me suis retourné et je me suis rendu compte que j’étais le seul à avoir les rames à la main. Depuis longtemps, les autres avaient jeté ça aux orties. Et pas un seul ne m’avait prévenu ! J’ai tapé un coup sur la table et je suis sorti en bousculant le garçon. En débouchant sur le trottoir, j’ai failli me cogner contre une femme.


- Pardon, j’ai fait.

- Pas de mal, elle a répondu, on l’a échappé belle.


Elle a souri puis a repris son chemin. Je l’ai regardée s’éloigner. Ravissante silhouette habillée tout en jaune, sous son parapluie jaune, lui aussi. Ça faisait une tache de soleil dans cette flotte qui dégringolait de plus belle. On l’a échappé belle ? À quoi donc ? À s’étaler dans le caniveau ? Je la voyais encore au bout de la rue, lumineuse. À la rencontre imprévue ? J’allais être trempé, maintenant. Puis la robe jaune s’est éteinte, absorbée par la grisaille de la rue. J’ai remonté mon col, ce qui n’a eu pour effet que de glisser un demi-litre d’eau glacé dans mon dos. Je suis rentré chez moi, j’ai balancé mes fringues ruisselantes et je me suis balancé également au fond du lit. La tête sous l’oreiller, je laissais passer la Seine.

Il fallait faire quelque chose. J’en avais marre de me balader constamment avec mes tripes dans les mains. Je devais ressembler à ces dessins anatomiques, ces écorchés dont on voit l’intérieur : le foie en rouge, la rate en bleu, les intestins en vert, les reins en gris. Il fallait que je me fasse opérer. Que quelqu’un mette un peu d’ordre là-dedans. Un bon chirurgien, voilà qui je devais voir. Et il était impératif que ce soit une femme. Seule la douceur d’une femme conviendrait à ce type d’intervention.

Alors je lui dirais :


- Regardez docteur, c’est affreux ! Quel désordre ! En plus, j’ai horreur de la juxtaposition de ces couleurs, ça me fait mal ! Virez-moi tout ça et faites-moi un chouette machin en plastique translucide. Que ce soit bien clair à l’intérieur, que je vois ce qui s’y passe, et que la lumière puisse y descendre sans risquer de se perdre. Faites ça pour moi, pour la science aussi, mais bon, faites-le, vite !


J’ai commencé à me renseigner, à droite, à gauche, dans le milieu hospitalier. Mais c’était comme partout, sans introduction pas moyen d’approcher les pontes. Je devais trouver une solution, mon état empirait. Et ce n’était pas ma qualité de journaliste minable qui pouvait m’aider ; je n’osais jamais prononcer le nom du canard pour lequel je bossais. Raisiné quadrichromie double page centrale, poster détachable crime du mois, palmarès serial killers et bontés de l’humanité en tout genre. Fallait bouffer, survivre ; je n’étais pas très courageux…

Un matin, j’ai enfin tenu une piste. J’ai obtenu un rendez-vous avec un prof. Et c’était une femme. Une prof, donc.


- Oh ! là, là ! elle a fait en regardant mes radios.

- Ah bon ? j’ai répondu avec tact.

- Votre cas me semble intéressant, cher monsieur, extrêmement.


Bien, bien, j’ai pensé. C’était sûr que ça devait la changer des crises d’appendicite, des ulcères, et autres bricoles qui rendent les humains détestables. Alors, forcément, mon cas…

Elle m’a fait passer une série d’examens. Je me suis retrouvé la tête coincée dans une machine. Elle était en face de moi, à cinquante centimètres. Son parfum venait chatouiller mes narines, Magie noire, sûrement. Pendant une fraction d’éternité, j’ai eu peur. Elle regardait par un petit tube qu’elle me braquait sur l’œil gauche d’abord, l’œil droit ensuite. Puis j’ai laissé son parfum m’envahir et je me suis détendu.


- Ah, ah ! elle a fait, le mal n’est pas toujours où on le croit, pas toujours.


Je ne disais rien. Elle m’impressionnait et j’avais décidé de lui faire confiance. Je n’avais pas envie de faire d’effort, je voulais qu’elle s’occupe de moi, qu’elle règle ça toute seule ; après tout, c’était son boulot. Je ne savais pas ce qui m’attendait.

Nous avons arrêté une date pour mon opération. Jusque-là ça collait, j’avais hâte d’en passer par ses mains expertes et être guéri. J’avais confiance.

C’était ce que je me disais, huit jours plus tard. Bien installé sur un chariot poussé par un assistant, j’ai pénétré dans la salle d’opération. Elle n’était pas encore là. Une autre personne s’est avancée vers moi et ce n’est que quand elle m’a dit : alors, en forme ? que je l’ai reconnue. C’était elle, métamorphosée. Elle était vêtue d’un drapé blanc, telle une tragédienne de la Grèce antique. Elle était fortement maquillée, en général je n’aimais pas, mais là, je devais reconnaître qu’elle avait un don. Aussi, c’est complètement subjugué que l’on m’a installé sur la table d’opération. Elle est passée derrière moi et a posé ses mains sur mon front. Elle me massait doucement les tempes, je trouvais que ça commençait bien. Je sentais toute une fatigue qui, partant de la plante de mes pieds, remontait le long de mes jambes, me traversait le ventre, passait dans mes poumons, gagnait ma tête et glissait dans ses doigts. Je sentais ma fatigue dans ses mains.

C’est magique, je me disais, j’aurais eu tort de ne pas venir. Puis je ne me suis plus rien dit du tout parce que je me suis endormi.

Il y avait un grand écran blanc, mais il ne passait aucun film, c’était le plafond et je me réveillais. J’avais mal à la tête. J’ai voulu porter la main à mon front, mais mon bras pesait au moins une tonne. La porte de la chambre s’est ouverte et elle est entrée, toujours de blanc vêtue. Elle m’a demandé :


- Désirez-vous boire quelque chose ? Martini, bourbon …

- Un martini, j’ai répondu, souriant.


Elle a alors dégrafé sa tunique et deux superbes seins sont apparus, elle m’a tendu celui sur lequel je pouvais lire Martini et j’ai commencé à téter. Ça n’avait aucun goût, alors je me suis vraiment réveillé. J’étais sur un lit dans une grande chambre blanche, j’avais du mal à bien voir, je n’avais qu’un œil ouvert, l’autre semblait collé. Je ne ressentais aucune douleur, aucun tiraillement au niveau du ventre. C’est bien, je pensais, elle a fait du bon boulot. Je ne savais pas encore. J’avais juste un peu mal à la tête et seulement cet œil qui ne voulait pas s’ouvrir.

Et, cette fois, elle est réellement entrée dans la pièce.


- Alors, comment vous sentez-vous ? elle a demandé.

- Ça a l’air d’aller, apparemment pas de problèmes.


Disant cela, je me suis redressé sur le lit et j’ai constaté que mes mouvements étaient faciles.


- Je ne ressens aucune douleur, j’ai continué.


J’ai repoussé un peu les draps. J’ai passé les mains sur mon ventre et c’était lisse, tout lisse, je ne percevais aucun pansement, aucune cicatrice. Je la regardais, interrogateur. Elle souriait.


- Qu’est-ce que… j’ai commencé.


Puis, sans pudeur, j’ai tiré sur mon pantalon et ai scruté mon ventre. Rien, il n’y avait rien.


- Mais, mais… j’ai balbutié.

- Allons, calmez-vous… Détendez-vous.


J’ai remonté les draps sur moi et me suis recalé au fond du lit. J’attendais la suite.


- Cher monsieur, vous êtes venu à moi en toute confiance, et je vous en remercie.


Bon sang, je n’aimais pas quand ça commençait comme ça. Elle a poursuivi :


- Votre cas m’a énormément intéressée et, croyez-moi, je l’ai bien étudié.


Alors évidemment, si elle l’a bien étudié !… Ça ne me rassurait même pas.


- Voilà ce que je me suis dit, a-t-elle continué, ce monsieur a des problèmes en dedans, ça le travaille trop à l’intérieur. Et, effectivement le mal était dedans. Et d’où venait ce mal ? C’était la question qu’il fallait se poser.


J’ai senti le poids de mon corps augmenter et m’incruster davantage dans le lit. Après une petite pause, elle a repris :


- C’est lorsque je vous ai fait l’examen des yeux, car j’avais un pressentiment, que j’ai compris votre problème. Tout se passe dans votre regard, c’est le point de départ. Vous êtes un idéaliste ! Mais je ne vous parle pas de politique, n’est-ce pas. Je parle de vos sentiments. Vous êtes un idéaliste sentimental ! C’est de là que provient votre malaise, de ce décalage. Vous êtes d’un romantisme absolu et, là, vous êtes à côté de la plaque, pardonnez-moi l’expression, vous êtes dépassé. Complètement dépassé. Nous ne sommes plus à l’époque des chevaliers, monsieur ! Ces sentiments n’existent plus ! Nous avons basculé dans le troisième millénaire. Il n’y a plus que des pulsions codées, véhiculées d’un bout à l’autre de la planète, qui vont s’incruster sur des rétines imbibées et abruties d’images stéréotypées. Alors, vous, là-dedans !… Vous n’y êtes pas, mais pas du tout !


Elle a marqué un temps d’arrêt. J’étais pétrifié, glacé au fond de ce lit. Elle a rattrapé le pan du drapé qui avait glissé, et, dans un geste théâtral, l’a jeté par-dessus son épaule. Se campant sur ses jambes, elle a repris :


- Alors je me suis dit qu’une démarche audacieuse de ma part s’imposait pour vous sauver. Il fallait que je vous donne les moyens d’appréhender le monde tel qu’il est. Que vous puissiez voir vraiment ce et ceux qui vous entourent.

- Qu’avez-vous fait alors ? j’ai réussi à articuler.

- Eh bien, sachez que depuis des années je travaille sur un projet, et aujourd’hui je vous ai offert le fruit de mes travaux !


J’avais tout de suite traduit : cobaye.


- Il s’agissait de vous doter d’un moyen de voir la réalité, de changer votre vision. Et ce moyen, je l’ai mis au point : il s’agit d’un œil bionique !

- Qu’est-ce que vous m’avez fait ?

- Un œil bionique. Je vous ai placé un système qui va réguler votre approche du monde et vous permettre d’être en phase avec votre environnement. Vous allez enfin éviter tous les porte-à-faux, tous les décalages. Et surtout, je vous rappelle votre demande, vous allez cesser de souffrir.


Je ne pouvais rien répondre. Il n’y avait que des points d’interrogation qui bataillaient furieusement dans ma tête. Après tout, pourquoi pas ? j’ai réussi à me dire, à la fin.


Cela faisait trois jours que j’étais rentré chez moi et je n’osais toujours pas sortir. Elle m’avait pourtant dit :


- Dès ce soir, vous pourrez ôter le bandeau et commencer une nouvelle vie. Ensuite, vous viendrez me voir rapidement pour que je vous opère l’autre œil. Pour l’instant, avec un seul œil de corrigé, vous pourrez alterner votre vision et mesurer pleinement la différence.


Elle avait ajouté me raccompagnant vers la sortie de son cabinet :


- Vous verrez rapidement les avantages que vous allez en tirer, vous serez surpris, vous me raconterez tout ça. N’hésitez pas à m’appeler.


Et, depuis, j’étais resté chez moi ; ce saut dans l’inconnu m’effrayait. Je savais bien que j’avais tendance à rêver, mais de là à me traiter d’idéaliste sentimental…

Allez, courage, je me suis dit, demain j’essaye, j’ôte le bandeau et je sors. Comme elle me l’avait préconisé, j’ai mis des lunettes de soleil et me suis fermé l’œil normal avec un sparadrap. J’ai poussé la porte de l’appartement et je suis descendu par l’escalier en regardant bien où je mettais les pieds. Ça y est, je suis dans la rue, je commentais pour moi-même. Jusque-là rien de spécial, c’était la même rue avec les mêmes bagnoles et les mêmes mecs dedans. Je poursuivais ma route. Ça allait toujours, je me dirigeais vers le centre-ville. Il y avait de plus en plus de monde sur les trottoirs. Ma vision était toutefois partielle alors je redoublais de vigilance. Arrivé à un carrefour, je m’apprêtais à traverser, mais comme le feu passait au rouge, je trouvais prudent de m’arrêter. Quelqu’un a buté derrière moi, je me suis retourné, c’était une femme. Elle m’a regardé l’air étonné et a dit brutalement :


- Pardon, pardon !


Elle m’a bousculé et a traversé en courant, juste devant les voitures qui démarraient, provoquant de furieux coups de klaxon.

Et là, j’ai vu. Elle avait dit pardon, ses lèvres avaient prononcé pardon, mais il était sorti de sa bouche comme une pluie de petites pointes d’acier. Je n’en revenais pas, je la regardais maintenant de l’autre côté de la rue et je voyais des pointes plus grosses à présent qui hérissaient partout son corps, les gens devant elle s’écartaient. Bon sang, je n’avais jamais vu ça ! J’entendais bien les autres qui disaient :


- Alors, qu’est-ce qu’il fait celui-là ? Il avance ou quoi ?


Je ne pouvais plus bouger, je voyais bien que je gênais mais j’étais cloué sur place. Et puis quelqu’un m’a poussé et j’ai fait un pas sur la chaussée pour garder l’équilibre. Un grand coup de frein s’est arraché tout contre mon oreille, une portière s’est ouverte et un type a hurlé :


- Alors, ça va pas non ? Tu veux mourir ou quoi ?


Je le regardais, éberlué, et là, j’ai vu encore ! Il avait juste dit ça, mais deux lames triangulaires sont sorties de ses yeux et ont sifflé à mes oreilles.


- Vous avez vu ce type !? j’ai dit aux autres. Vous avez vu ?


Personne n’a répondu. De derrière eux, j’ai entendu :


- On n’a pas idée, non plus, se jeter sous les voitures !

- Mais je me suis pas jeté, j’ai crié, c’est quelqu’un qui…


Mais qu’est-ce qui se passait, d’un seul coup ? J’ai fait quelques pas pour me mettre à l’écart. Je me suis adossé à un mur pour reprendre mes esprits. Elle m’avait bien dit qu’il fallait faire doucement au début. Il fallait que je l’appelle. Ne serait-ce que pour me rassurer.

Je cherchais mon portable dans ma poche et, mince, je l’avais laissé à la maison. Je me suis mis en quête d’une cabine.


- Allô, allô… Professeur ? Écoutez, il y a quelque chose qui cloche, là, j’ai failli mourir deux fois… Des lames qui…

- Vous exagérez, coupa-t-elle, êtes-vous mort ? Non, alors écoutez-moi bien : ce sont les premiers effets, c’est tout à fait normal. Vous voyez la réalité, et petit à petit, cela va rentrer dans l’ordre, vous allez vous y faire. Ne vous inquiétez pas. Courage !


J’ai raccroché et suis resté là, immobile dans mon aquarium. Dans la rue, devant moi, les voitures et les gens circulaient. Je ne les voyais pas vraiment, un peu comme une image de télé qu’on n'a pas le courage d’éteindre et qui reste là, en fond. Courage ! C’était vrai que je n’étais pas mort. Il fallait que j’arrive à maîtriser cet œil. Je venais tout juste de démarrer cette expérience.

Mon regard filait au loin. En haut du boulevard, la façade monumentale de la gare faisait barrage à ma rêverie. Je voyais les sculptures qui ornementaient chaque fenêtre. Je pouvais apercevoir les détails des gravures dans la pierre. La gare devait se trouver à plus d’un kilomètre et je distinguais chaque détail de sa décoration. Mon œil bionique décortiquait la façade, centimètre par centimètre. Mon regard descendant le long des grandes baies vitrées, je pouvais voir à présent le va-et-vient des taxis qui débouchaient dans la cour et déchargeaient les valises des voyageurs. Je voyais le tout ; je voyais l’ensemble et je voyais le détail.

Et puis ce taxi s’est arrêté devant le hall d’entrée. La portière s’est ouverte et je l’ai vue. Elle a réglé la course et elle est descendue de la voiture. Elle avait une robe jaune, des cheveux châtains, des yeux bruns, des lèvres rondes, des chaussures noires à talons, un sac à main jaune, des sourcils froncés quand elle a levé les yeux vers la pendule. Elle était devant la gare, elle était à un kilomètre et j’étais toujours dans ma cage en verre.

J’ai attrapé la poignée de la porte mais je me suis arrêté dans mon élan. Derrière la vitre, il y avait cinq, six personnes les yeux braqués sur moi. Et comme je n’appuyais pas du bon côté sur cette porte - mais, bon sang, comment ça s’ouvre - je les voyais se tasser de plus en plus contre la vitre et je sentais leurs yeux se tordre, leur bouche se fendre, et là encore j’ai vu ! Plein d’aiguilles métalliques ont commencé à voler partout, ça traversait la cabine ! Ça venait d’eux ! Je les voyais en train de me lacérer, mais ça ne me touchait même pas. Sa robe jaune a volé et elle est entrée dans la gare. Je suis sorti de la cabine. Il y en a un qui a tendu le poing, mais il l’a retiré vite fait et il m’a regardé passer avec ses gros yeux de crabe carbonisé et sa pince a fait clac dans le vide, j’étais déjà arrivé devant la gare.

Je me suis dirigé vers les guichets et j’ai demandé un billet pour n’importe où. Le guichetier a tendu une oreille et m’a demandé :


- Pardon, un billet pour ?

- Pour n’importe où.

- Mais qu’est-ce que c’est que ce guignol…


Il a appelé un copain derrière lui.


- Marcel, viens voir, j’en ai un pas triste, là…


Je me suis calé les coudes sur la tablette. Marcel s’est pointé, un peu joufflu et un peu sanguin, avec une moustache tristounette.

C’est seulement quand il a ouvert la bouche que j’ai réalisé l’intérêt de l’hygiaphone. Je ne le voyais plus, le Marcel, j’avais entendu :


- Alors, y a quelque chose qui va pas ?…


Et puis Marcel avait disparu derrière un épais brouillard. J’ai eu un haut-le-cœur. Je suis allé voir du côté des distributeurs automatiques. Au moins eux ne fonctionnaient pas au gros rouge. J’ai sorti un billet de dix euros et j’ai cherché la touche « N’importe où ». Il n’y en avait pas. Ils ne savent pas le fric qu’ils perdent, je me suis dit, avec tous ces types qui déambulent sans savoir où aller…

J’ai appuyé sur un bouton au hasard et ça coûtait nettement plus de dix euros.

J’ai cherché le quai numéro vingt et je suis monté dans la quatrième voiture du train. J’ai choisi la meilleure place et je me suis installé confortablement sur la banquette, en m’appuyant sur le rebord de la fenêtre. Elle était quatre rangées plus loin, face à moi. Je ne me suis pas étonné, mon œil bionique fonctionnait à dix mille images seconde et en profondeur. Elle avait une bouche fantastique. Je devinais ses dents qui rigolaient toutes seules derrière ses lèvres.

Notre train glissait, c’était un voyage sans à-coups. Elle a croisé les jambes et j’en enregistrais le galbe. Il y a eu un flash, j’ai dû fermer mon œil bionique malgré mes lunettes de soleil. Quand j’ai pu regarder à nouveau, elle finissait de sourire et l’éclair déclinait dans sa bouche.

En descendant du train, je suis passé près d’elle. Son regard s’est accroché au mien. Je me suis retrouvé sur le quai, confiant. J’ai entendu les portes automatiques se refermer et le train est reparti. Dans le hall de la gare, j’ai entendu ses talons claquer derrière moi. Je me suis retourné et je lui ai demandé si elle connaissait un endroit sympathique dans cette ville où prendre un verre.


Dring, dring !… Ça faisait plusieurs fois que j’appuyais sur la sonnette, sans résultat. La porte restait close. Avec le boucan qu’il y avait derrière, la sono à fond, ce n’était pas étonnant. J’ai attrapé la poignée et… je me suis retrouvé à l’intérieur.

En sortant du bar, elle m’avait convié à une petite fête qu’elle donnerait chez elle, ce soir. J’étais retourné chez moi me raser de près et me changer. J’avais conservé mes lunettes de soleil, je commençais à apprécier mon œil bionique. Quand j’arrivais chez elle, la fête battait son plein.

J’ai salué d’un hochement de tête quelques invités qui ont eu la politesse de me reconnaître. Je me suis dirigé vers le point stratégique et j’ai attrapé une bouteille de bourbon. Les autres étaient un peu en avance. J’ai pris un verre, histoire de goûter, puis un deuxième pour confirmer. J’ai été me caler dans un coin avec le troisième et une assiette en carton remplie de toutes sortes de bidules à grignoter. Une vingtaine de personnes et des visages agréables. Ma robe jaune, qui était rouge à présent, dansait toute seule. Elle bougeait bien, on sentait que c’était son truc. Ses bras s’arrondissaient dans l’air, ses mains tournaient et traçaient des courbes lumineuses dans l’espace. Elle était en train de dessiner une fleur de lumière au beau milieu de la pièce. Et j’étais le seul à voir ça. Elle ondulait, les yeux clos, son âme dansant à côté d’elle. J’ai levé mon verre à sa santé. Elle m’a adressé un signe et a continué ses arabesques. Je suis resté à la regarder un bon moment avant de la rejoindre. J’étais un piètre danseur et mon œil bionique n’agissait pas sur ce terrain. Je l’ai accompagnée quelque temps, réussissant à l’enlacer par instants, au rythme de la musique. Puis je suis retourné m’asseoir pour la contempler. Elle était vraiment très belle à voir bouger ainsi. Mon œil enregistrait chacune des courbes que son corps inscrivait et il transmettait le désir à mon cerveau. À un moment, il a fallu que j’aille changer l’eau du poisson. J’ai ouvert deux ou trois portes avant de trouver la bonne et, quand je me suis vu dans la glace, je me suis trouvé bien crâneur. J’avais toujours mes lunettes de soleil sur le nez. Je faisais un peu guignol. Je les ai ôtées et ai décollé le sparadrap qui me maintenait l’œil fermé. Je verrais bien ce qui se passerait avec d’un côté l’œil bionique, et de l’autre, mon œil à moi. De retour dans le salon, j’ai repris mon statut de spectateur. Je ressentais la même sensation que lors des préliminaires des ébats amoureux. Je serais acteur plus tard. Je construirais son émoi jusqu’au basculement, et elle s’offrirait à mon désir. Pour l’instant, je voulais regarder cette femme magnifique qui tournait toujours pour mes yeux ; dont un bionique. Je laissais cette sensation m’envahir.

C’est le silence qui m’a fait sortir de mon engourdissement. J’ai regardé autour de moi. Il restait peu de monde. Deux couples, dont un lové dans les coussins du canapé, et l’autre, devisant à voix basse, un verre vide à la main. J’ai réussi à m’extraire du fauteuil. Je me suis avancé vers la baie vitrée, de l’autre côté de la pièce. Je n’apercevais plus ma robe jaune, rouge ce soir. Je suis resté collé telle une vitrophanie, mon regard se perdant parmi toutes les lumières de la ville en contre-bas. Je me suis accroché à la poignée de la porte, la tête me chavirait un peu. J’avais trop bu. J’ai décidé de retourner dans le giron du fauteuil. Et là, je me suis abandonné dans un léger vertige imbécile.

Un ange est venu me demander si je dormais. J’ai failli rouspéter, mais ouvrant un œil, sans savoir lequel, je l’ai aperçue en face de moi.


- Alors, l’atterrissage est difficile ?


J’avais du mal à distinguer quelque chose. Je clignais des yeux, le mien, puis l’autre, le bionique. Les images se superposaient, l’alcool sans doute. J’ai fermé les yeux pour être sûr qu’ils étaient bien ouverts.


- Quelle heure est-il ? j’ai demandé.

- Aucune importance…


J’aimais bien cette réponse. Ce n’était pourtant pas une bonne question. Je commençais à distinguer des formes. Une tache rouge allongée sur le canapé. Les autres étaient donc partis ?… Une musique légère subsistait, nous baignions dans une douce lumière. Je la voyais bien maintenant ; et je la voyais tellement bien que j’en voyais deux. Mais ce n’était pas dû à l’alcool, parce que ce n’étaient pas les deux mêmes. Qu’est-ce que c’est encore que ce cirque ? je me suis demandé. J’avais bien besoin de ça. J’ai passé la main devant mon œil : il n’y avait plus qu’une femme. Allons bon. J’ai fait pareil devant l’autre œil, le bionique, et c’est la deuxième image qui restait toute seule. Les yeux mi-clos, bercée par un saxo langoureux, elle flottait dans les coussins. Les sons se répercutaient et se mélangeaient dans ma tête. Je ne la quittais pas du regard. Il y avait un ange devant moi. La musique s’est arrêtée. Je me suis levé. J’ai choisi un disque : Titi Robin, une compilation qui venait de sortir. La guitare a claqué et les notes ont rempli la pièce. Je suis retourné m’asseoir en face d’elle. Je continuais de maintenir une main devant mon œil bionique et avec l’autre, le mien, je voyais un ange en face de moi.

J’ai basculé légèrement de côté et, en changeant de main, j’ai changé également mon regard. À mon œil bionique maintenant. Elle était toujours étendue dans les coussins. L’image de l’ange s’estompait, laissant la place à une superbe femme. Elle était plutôt bien foutue, le corps tendu par la musique. Ses jambes battaient la mesure suivant la guitare enflammée et le mouvement remontait sa robe sur ses cuisses. Mon œil bionique m’indiquait que la tension montait. Elle a envoyé promener ses chaussures avec un mouvement plus appuyé. Sa robe rouge était sur son ventre à présent. Ses jambes s’entrecroisaient, suivant la musique, et je voyais clignoter dans la pénombre le triangle blanc de sa culotte. Comme un phare dans la tempête guidant les marins perdus, les marins éperdus. J’ai changé d’œil pour reprendre mon souffle et l’ange était à nouveau là. Je me suis incrusté cette image au fond ma rétine bionique et je me suis laissé bercer. Mais au bout d’un moment, je me suis rendu compte que je changeais d’œil, la deuxième image accélérant le battement de mon sang dans mes veines. Et le phare clignotait de plus en plus vite. Où es-tu passé mon ange ? Vite, mon autre œil. La tête me tournait. Et l’autre œil, et encore, et encore. Et l’ange, et la fille, et la musique. Ma tête allait exploser et mon corps avec. Alors j’ai été poser ma main sur le triangle blanc et la lumière a fondu sous mes doigts jusqu’à disparaître.

Le lendemain matin, il faisait un soleil splendide. Christine, puisqu’elle s’appelait Christine, a proposé de prendre le déjeuner sur la terrasse. C’est là que j’ai constaté qu’on était dans une résidence, le truc haut de gamme. Ça se voyait rien qu’à la façon dont les arbres étalaient leurs branches dans le parc.

Après avoir flâné toute la journée et fait l’amour jusqu’à épuisement, moi du moins, elle m’a demandé si je voulais bien l’emmener au restaurant pour le dîner.


- J’ai une faim incroyable, m’a-t-elle dit, ça fait longtemps que je n’ai pas eu une telle envie.


Je me suis regardé dans la glace, avec mon œil bionique seulement, j’avais remis mes lunettes, et j’étais très beau. Toujours aussi mince, pas un poil de graisse et les cheveux… Ouais, pas mal non plus.

C’était elle qui avait choisi le lieu, je ne connaissais pas le coin. Auparavant nous étions passés par une boutique de fringues. Pour hommes.


- Il te va à merveille, m’avait-elle dit.


Cette plaisanterie m’avait coûté plus de cinq cents euros. Je n’avais jamais mis une telle somme dans un costume. Elle n’avait pourtant fait aucune réflexion sur mon habillement. Son regard avait suffi. Surtout penser dès demain à approvisionner le compte. Comment ? Demain, on verrait demain. Pour l’instant la carte de crédit fonctionnait et j’ai pénétré dans ce superbe restaurant, Christine à mon bras. À la fin du repas, je me suis empressé de m’emparer de l’addition. J’ai ressorti ma carte bancaire et, sans déplier la note, ça ne servait plus à rien, j’ai signé tout ça avec un grand sourire.

À cette allure-là, et pour les conserver, l’allure et Christine, j’ai commencé à m’organiser. Pendant dix, quinze jours, je me tapais, en plus de mon boulot, des heures de nuit jusqu’à tomber raide. Quand je retrouvais Christine, cette somme était engloutie en un week-end. Pourtant elle ne me demandait rien. J’offrais. Je ne vivais plus que pour ça. On prenait l’avion, direction le soleil pour deux ou trois jours. Deux ou trois jours de soleil, de baise, de vie. La barre était haute, mais j’arrivais à passer. Et tout ça grâce à mon nouveau regard.

J’avais fait faire l’opération à mon autre œil, entre temps, et tout fonctionnait à merveille. Non seulement je voyais enfin les autres dans leurs défauts, bien sûr, mais dans leurs qualités. Et puis surtout, c’était ça la grande découverte, je me voyais moi d’une tout autre façon. Et ça me réussissait bien, la preuve en était cette femme superbe avec qui je faisais l’amour.

Ah, Christine ! Surtout ne pas la lâcher.

Le problème c’était les revenus. Le fric. Cette femme avait un niveau de vie différent du mien. Je n’allais pas lui en tenir rigueur.

Alors je bossais comme un dingue. Mon patron ne me reconnaissait plus.


- Dites donc, vous en faites un max, vous, en ce moment, ça vous change…


Je ne l’avais pas habitué à ça. Je ne me posais plus de question au sujet de ce journal. Si on pouvait appeler ça un journal. Mais ce n’était plus un problème. Ma seule préoccupation c’était Christine, et, pour ça, il me fallait des revenus conséquents. Alors, n’importe quel reportage, bidon ou pas, n’importe quelle série de photos, sanglantes ou pas, faisaient l’affaire. Je tartinais tout ça le plus cyniquement possible et je courais à la comptabilité demander une avance.


- Vous en êtes déjà au salaire du mois de juillet, m’a répondu la comptable.

- Et alors ? j’ai fait.

- Nous sommes au mois de mai, monsieur, et le quatorze seulement. Nous vous avons avancé mai et juin pour les frais d’obsèques de votre mère…


Ma mère est morte ? j’ai failli l’apostropher. J’avais oublié mes arguments d’arracheurs de dents. Ma pauvre mère.


- Oui, je sais … Mais bon, là, j’ai vraiment besoin…


J’étais ressorti avec un chèque, cette fois encore, mais il fallait trouver autre chose à présent. Je sentais un tourbillon autour de moi.


- Pouvez pas faire attention, non ?


Une bonne femme que je venais de bousculer m’invectivait. Je suis sorti de ma torpeur et me suis excusé. Elle avait l’air mauvais comme une teigne. Des plis amers encadraient ses lèvres pincées. D’un geste rageur, elle serrait son sac sur ses gros seins et, me lançant un regard noir, a repris sa marche bancale. Alors j’ai vu ! Mon regard venait d’enregistrer la peur dans les yeux de cette femme.

Je me suis vite rodé à ce petit manège. Par un minimum de charité, je pratiquais du côté de Neuilly. Rien qu’en lisant le regard affolé des mémés, j’évaluais à combien se monterait la prise. Je ne réfléchissais surtout pas. Et les instants partagés avec Christine étaient toujours aussi vertigineux. Je me jetais en entier dans le précipice. Je vivais un truc fantastique, elle me disait maintenant qu’elle m’aimait ; il n’était pas question que je lâche la rampe. Il fallait bien que je m’adapte à elle. Elle ne connaissait pas les fins de mois difficiles, les impayés, et toutes ces petites notions qui polluent gentiment l’existence. Elle survolait tout ça avec grâce. Est-ce que j’en voulais au pauvre d’être né dans la misère ? Elle vivait facile. Je n’allais pas lui en vouloir. Il fallait que je suive le mouvement si je voulais la conserver. Et je le voulais. Alors, d’un côté des sacs raflés, et de l’autre, des reportages sordides dont même les hyènes n’auraient pas voulu.

Nous revenions de passer une semaine dans les îles, Christine et moi, quand j’ai reçu un appel de la banque. Mon dernier chèque avait été refusé et j’avais une semaine pour régulariser la situation.

J’ai fini par prendre une option sur un coup qui ne semblait pas poser de problèmes majeurs. Il fallait seulement chronométrer finement. Les sacs ne suffisaient plus, je passais au cran supérieur. Dans mon regard bionique, le film se déroulait déjà.


Cela faisait plus d’une heure que je me planquais, quand j’ai entendu l’ascenseur démarrer. Je me suis enfoncé au plus sombre du hall. J’avais enlevé les ampoules. Le type portait sur lui la recette de la boîte ; il ne pouvait la déposer à la banque que le lendemain matin. Le soir il était escorté, trop difficile. Par contre, le matin, il sortait tout seul, comme un grand, avec sa sacoche bourrée à craquer ; il faisait jour, il n’avait plus peur. L’ascenseur est arrivé au rez-de-chaussée. J’ai enlevé les mains de mes poches et j’ai serré les poings pour m’arrêter de trembler. J’étouffais sous mon bonnet. Le type est sorti de l’ascenseur. Il a allongé le bras sur l’interrupteur, la porte de l’ascenseur s’est refermée et le hall est resté dans la pénombre. Je l’ai entendu pester. Je l’ai laissé s’avancer quelques pas avant de lancer :


- Bouge plus… Pose la sacoche par terre, devant toi, et te retourne pas.


Il restait droit au milieu. Il ne comprenait pas le français ou quoi ?


- Pose la sacoche et recule…


Le gars ne bougeait toujours pas. J’ai repris en hurlant :


- Pose la sacoche et reprends l’ascenseur… Sans te retourner, vite !


Ma voix se coinçait un peu. C’était autre chose que de bousculer des vieilles bourgeoises friquées. J’étais en nage sous mon bonnet, cinq mètres derrière lui. Il devait entendre mon souffle qui se raccourcissait dans mes poumons.

Il a fini par se baisser et déposer la sacoche devant lui… J’ai soufflé… Ouf, les affaires s’arrangeaient… Clac !… Bon sang, l’ascenseur ! Quelqu’un venait de l’appeler… Et je voyais le truc qui remontait lentement… Je n’ai pas bien vu la suite… J’ai entendu un glissement… Le type avait plongé sur le carrelage, filant à travers le hall… Il s’est redressé à l’autre bout… Son bras s’est tendu dans ma direction en même temps qu’une déchirure se plantait dans mon souffle et j’ai vu la flamme avec au bout le revolver et le doigt du type coincé sur la détente et l’écho du bang qui résonnait entre mes tempes à n’en plus finir comme un méchant orage en montagne.

C’était la première fois que je mourais. Pour de vrai. C’était une curieuse impression. Je n’étais pas encore très loin, mais je me rendais bien compte que quelque chose d’irrémédiable venait de se produire. Et dans irrémédiable j’entendais diable.

Je pouvais suivre encore ce qui se passait. Le mec est arrivé près de moi, il avait une sale gueule. J’étais écroulé par terre, coincé contre un mur, les yeux ouverts. Il s’est penché au-dessus de moi ; il a eu un haussement d’épaule. Et là, j’ai vu ! Sa manche droite était légèrement déchirée et je voyais son poignet métallique, et sa prothèse d’acier remontant jusqu’à son épaule. Le type avait un bras robotique. Mon regard bionique marquait l’étonnement, comme s’il n’y croyait pas. Je me sentais de moins en moins concerné. Je prenais de la hauteur. Des gens descendaient l’escalier, le hall se remplissait de curieux. Parmi les spectateurs de mon malheur, je vis la fameuse prof, celle qui m’avait opéré. Elle hochait la tête et disait :


- Pauvre garçon, au moins j’aurai fait ce que je pouvais…


Comme quoi la science n’est pas la seule réponse, j’ai pensé. Et puis, que peut un regard, même bionique, contre un bras armé, de surcroît mécanique ? Et je montais et je voyais mon corps dans une mare de sang et la sacoche à cinq mètres. Ce n’était pas mon meilleur jour. Je sentais tout ça de plus en plus loin. Je ne me demandais même pas si j’avais mal. Je prenais du recul. Mon regard bionique élargissait son champ de vision, comme dans un long travelling vertical. Très lent. Je voyais de plus en plus de choses dans ce film.

Est-ce que ça allait durer encore longtemps ? Je commençais à trouver que cette projection manquait d’intérêt quand, soudain, la caméra, d’un coup de zoom, a fait un gros plan sur l’héroïne : Christine ! Mon Dieu, Christine… Elle était là, dans mon film.

Je ne peux pas partir comme ça ! J’essayais de crier, mais je n’entendais rien. Pas comme ça ! Il faut que je lui dise… Cinq minutes !… S’il vous plaît, cinq minutes… Et puis je n’ai rien rangé, je ne peux pas laisser tout ce bordel… Il faudrait que je range un peu…

Alors il y a eu un craquement, comme un haut-parleur dans les gares, qui crache d’un seul coup, et j’ai entendu : O.K. pour lui laisser le temps de ranger, mais pas plus.


Quand j’ai ouvert les yeux, j’étais dans ma bagnole, sur les quais au bord de la Seine. Je voulais que cette histoire vive quelque part et que chacun puisse se l’approprier.

Deux ans avant, j’avais eu une idée géniale. J’avais mis au point un logiciel à histoires. J’avais imaginé plusieurs situations et le logiciel qui se greffait dessus mettait alors en route de nouveaux rebondissements qui amenaient d’autres événements qui eux-mêmes provoquaient une nouvelle suite d’où découlait un dénouement différent. Tout ça fonctionnait merveilleusement bien et tous les enchaînements étaient aléatoires. On passait du présent au futur et on pouvait se retrouver dans le passé, le simple, le composé, l’antérieur. L’idée était la suivante : le livre sur mesure ! Génial, non ? Il fallait que je trouve un éditeur audacieux. Au lieu d’imprimer cinq mille exemplaires de la même histoire, on installait dans les points de vente un ordinateur et une imprimante. Le client était alors invité à rentrer un certain nombre de paramètres par un questionnaire dûment élaboré : sa date de naissance, son signe zodiacal avec son ascendant, ses goûts culinaires, aventureux, amoureux, ses fantasmes sexuels, et cetera. Le logiciel digérait tout ça et construisait une histoire en puisant dans la banque de données que j’avais mise au point. Deux années de travail. Tous les enchaînements étant aléatoires, je le rappelle, on avait une nouvelle histoire à chaque fois. Le livre sur mesure était né.


- Vous ne comprenez rien à la littérature, m’avait-on répondu. Avec votre truc, les gens vont se retrouver avec leur propre histoire. S’ils viennent acheter un livre c’est bien pour lire l’histoire d’un autre. La leur, elle leur sort par les pores de la peau. Ce qu’ils veulent c’est un bon roman qui va les emmener loin d’eux-mêmes. Une histoire abracadabrante, un truc impossible. Du virtuel. Alors votre logiciel et votre histoire à tiroirs, vous pouvez tout balancer à la baille, ça n’a aucun sens.


Alors c’est bien ce que j’étais en train de faire. Tout foutre à l’eau. Et j’ai commencé à jeter les trucs. C’est alors que ce type m’a cassé les pieds pour récupérer l’ordinateur. Cet imbécile ! Je n’ai pas hésité longtemps. Ah ! il était écrivain et il voulait un ordinateur ! O.K., j’allais lui en offrir un… Avec en prime une histoire toute faite dedans !


Le bouquin m’a glissé des mains et a claqué par terre. J’ai porté mon regard vers la fille derrière son bureau. Elle m’a souri.


- Alors, ça va mieux maintenant que vous l’avez relue, votre histoire ? Ça fait toujours un petit choc la première fois qu’on est édité. On a l’habitude ici, ne vous en faites pas, c’est notre métier.


D’un sourire crispé, je l’ai remerciée de son attention. Et je suis resté au fond du fauteuil, le livre par terre, devant moi.

Le téléphone a sonné. J’ai sursauté. La fille des public relations m’a tendu le combiné.


- C’est pour vous.


Tendant le bras par-dessus le bureau, j’ai pris le téléphone.


- Oui, allô ?…

- Bonjour… C’est Christine.


Le combiné m’a échappé des mains et a rejoint le bouquin par terre, entre mes pieds. Sur la couverture une silhouette de femme, dans les tons bruns et roses avec le titre en réserve blanche, légèrement ombrée : Une Autre Histoire.


 
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   caillouq   
21/10/2010
 a aimé ce texte 
Un peu
Ca commençait bien, petit ton enlevé et désinvolte, il est sympa ce type avec sa machine à écrire qui s'amourache de toutes les filles qu'il rencontre, mais ...
A partir de l'opération, on s'enferre vite dans des invraisemblances de plus en plus criantes. C'est fait exprès, manifestement. Mais ça rebondit de partout, au bout d'un moment je cesse de vouloir essayer de comprendre à quel niveau de discours on est (premier degré, là ? Deuxième degré, ici ? Plus ?).
Une métaphore de l'oeil bionique (à ce propos, j'aurais préféré un mot plus moderne, ou une invention, là ça rappelle trop les feuilleton débiles des années 70) un peu trop filée ...
Ah, finalement c'était une histoire dans l'histoire. Une chute sympa, annoncée mine de rien depuis le début avec la rencontre de l'homme à l'ordinateur, mais il s'était passé plein de choses depuis et on avait oublié. Un peu trop de choses, d'ailleurs, il me semble que le texte gagnerait à être raccourci du côté de l'histoire dans l'histoire. Mais même comme ça, ça se laisse lire.

   Jagger   
21/10/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
L'histoire est très originale, écrite dans un style plaisant.

On pourrait discuter éventuellement sur la classification du genre, mais ça peut aller ici, je pense.

L'histoire est complexe avec la vie de l'écrivain puis celle de l'homme aux yeux bionique. On comprend, mais on est peut-être un peu gêner de sortir d'une histoire où l'on commence à se sentir à l'aise pour en redécouvrir une nouvelle.

L'homme est sensé voir la réalité avec ses yeux bioniques, mais il semble finalement qu'il échange une vision déformée contre une autre.

Une opération de l'oeil est lourde alors que le personnage ne semble pas devoir récupérer longtemps. Ce n'est pas utile à l'histoire, mais ça donnerait du réalisme à l'histoire, par moment à peine tirée par les cheveux.

Au final, une bonne histoire où les caractères défilent sans que l'on s'en aperçoive.

Merci à l'auteur

   doianM   
21/10/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Une assez longue histoire qui en contient deux.
D'abord un jeune écrivain qui attend la sortie de son premier volume.
Ensuite une fantaisie sur un oeil bionique implanté qui va lui changer la vie. De surprise en bonheur, ensuite sombré dans le désespoir de se procurer davantage d'argent pour sa bien aimée, il finit par être tué par un bras robotique.
Et on revient à la première intrigue. On apprend que l'histoire deux est fabriquée par un logiciel d'écriture, existant, à son insu, sur l'ordinateur cédé par un inconnu.

Architecture intéressante, des idéés.
J'ai apprécié l'explication qui arrive à la fin et la Christine imaginaire qui semble débarquer dans la réalité et relancer l'histoire. Une autre. D'où le titre.

Une idée qui aurait pu être développée: le conflit entre l'oeil bionique et le bras robotique - la vue et le pouvoir-. Le pouvoir a le dessus dans cette histoire.

Ce que j'ai moins apprécié: les longues explications sur l'effet de l'oeil bionique, en ville et ailleurs. Ca devient lassant.

Ecriture correcte avec certaines lourdeurs sur le parcours.

   LeopoldPartisan   
21/10/2010
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai vraiment accroché à la première partie de ce texte. Cet auteur obligé de réécrire, en proie aux difficultés de se faire éditer et qui fait une rencontre pour le moins insolite sur les bords de la seine.
Curieusement la lecture de la partie de son livre qui ne serait pas de sa plume, m'a moins convaincue. pourquoi ? Je me pose moi-même la question! Peut être parce que moins ancrée dans la réalité de la vraie vie.
Belle performance quand même

   jaimme   
27/10/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une histoire diablement bien construite. Et souvent très bien écrite.
Une écriture de qualité, riche, au service d'une histoire, une vraie. Ce n'est pas si courant!
Moi j'appelle ça de la science-fiction, d'autant qu'un programme d'écriture aléatoire cela existe déjà, bien sûr pas encore à ce niveau. L'utilisation de l'oeil est particulièrement bien menée, d'autant que le lecteur reste dans un flou constructeur.
Un embryon de livre, pourquoi pas. Il y a de la matière, du potentiel.
Merci!

   Perle-Hingaud   
31/10/2010
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai bien aimé cette histoire, parfois un peu longue, mais au final fort distrayante. Apprécié également certaines descriptions (les clients du Mc Do, par exemple), ses débuts dans la rue avec son nouvel oeil. Un peu moins la caricature de Christine.
Bref, un moment agréable, merci.

   placebo   
31/10/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Le plak du début, je le trouve moyen, j'ai jeté 400 feuilles sur mon bureau, ça n'a pas fait ce bruit là (plutôt tchonk, mais bon c'est pas à moi de trouver l'onomatopée exacte :p)

Quelques répétitions, ''reprendre des passages'' dans les premières lignes par exemple. C'est inévitable d'en laisser quelques unes sur un texte aussi long, mais au moins soigner le début.

''Le vendeur était fort, je suis sorti du magasin convaincu ; mais les mains vides. Comment avais-je fait jusque-là pour survivre sans micro-ordinateur ? Mais je n’avais actuellement pas les moyens de m’acheter un bidule pareil.'' la construction est intéressante, mais améliorable, notamment en modifiant un des deux ''mais''.

Lors de ma première lecture, je n'ai pas vraiment relevé ces détails, ils me frappent juste maintenant. Je pense que ce texte s'apparente à pas mal de policiers (il en a l'intrigue en plus) où le style vif se lit facilement, quelques recherches, mais reste simple pour s'accorder avec la mentalité du protagoniste. En gros : bon boulot, mais quelques touches correctrices ne peuvent qu'améliorer l'ensemble :)

Bien apprécié le passage sur le ketchup, mais la comparaison avec les culs de babouin m'a gêné : le fait que les bouches ''s'ouvrent et se referment'' sans doute...


Tout au long de la nouvelle, le narrateur rentre chez lui se reposer, je n'ai pas trouvé très explicites les passages mentionnant ce changement de lieu, souvent j'ai été perdu pendant quelques lignes.

Je n'ai pas prêté attention au ''j'ai commencé à lire'', c'était pas plus mal pour bien s'immerger dans l'histoire.

''Fallait bouffer, survivre ; je n’étais pas très courageux…'' pas trop compris.

Vraiment apprécié les divers délires, je retiendrai le coup pas très raffiné du martini lol.
Bon, bah tout jusqu'à la fin en fait ;)

Mais deux légers bémols sur la chute :
- je pense que le potentiel d'une telle machine serait grand. Par contre, faut pas s'adresser aux éditeurs, effectivement :) mais l'histoire est bien ''abracadabrante''
- je vois mal le gars tout balancer à la flotte et dire ''cet imbécile''.

Un très bon moment,
bonne continuation,
placebo

   Anonyme   
3/11/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Hey ! j'ai failli passer à côté de cette nouvelle sans la voir (et la lire). C'est bien torché, alerte, vif. J'ai beaucoup aimé le passage sur le dresseur de lettres sauvages. Amusant. Quand tu as déchiré le drap, j'ai éclaté de rire. Quand il s'est s'agit de publier la deuxième partie, j'ai eu des soupçons : que pouvait avoir craché l'imprimante ? Pourquoi voulait-on la jeter à la Seine (tu n'as pas dit si elle était lestée d'un bloc de ciment). Et le coup de l'hôtesse, désopilant. Les rames aussi. Je me suis marré plus qu'une fraction d'éternité. Et j'ai continué à téter aussi. La fin est surprenante ; quelle imagination !

À quand le deuxième pour confirmer ?

   Flupke   
22/11/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Gief,

Une histoire qui apparait à sa lecture quelque peu décousue, mais c’est à la fin qu’on se rend compte de sa cohérence cyclique, le serpent se mord finalement la queue.
Quelques remarques :

« Des touristes collés sur les vitres » déclenche dans mon esprit fantasque des images de châtiments moyenâgeux et je préfèrerais : "Des touristes collés aux vitres"

Pendant mon sommeil j’ai été dompteur de lettres sauvages – bien aimé ce paragraphe onirique.

Il faisait un grand soleil – contraste sémantico-rhétorique entre le verbe terne « faire » et l’éclat du soleil. Je suggère de reformuler de manière plus heureuse.

Je suis rentré chez moi, j’ai balancé mes fringues ruisselantes et je me suis balancé également au fond du lit. Redondance du mot balancé, peut-être envisager un zeugma humoristique qui éviterait cette répétition.

C’était sûr que ça devait la changer des crises d’appendicite, des ulcères, et autres bricoles qui rendent les humains détestables. Alors, forcément, mon cas…
Ce “C’était sûr que ça » et ce « Alors, forcément, mon cas » ressemblent à des exclamations virtuellement identique quant à leur signification.
Je suggère par exemple : Forcément, mon cas devait la changer des crises d’appendicite, des ulcères, et autres bricoles qui rendent les humains détestables.

Bien aimé : « Je devinais ses dents qui rigolaient toutes seules derrière ses lèvres. » et « je me suis abandonné dans un léger vertige imbécile. »

« J’ai ressorti ma carte bancaire et, sans déplier la note, ça ne servait plus à rien, j’ai signé tout ça avec un grand sourire. », ce « ça ne servait plus à rien » m’a fait sourire.

J’ai bien aimé la structure du récit, même si du fait de la longueur certaines zones d’ombres tendent à désorienter, mais la fin fait prendre la mayonnaise.
Je pense que les vertus et propriétés de l’œil bionique devraient être résumées de manière concise et claire pour mieux en apprécier les effets.

Un bon moment de lecture, merci.

Amicalement,

Flupke


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